Sur le site World Politics Review
Texte anglais original : "
Traduction française : Menahem Macina
Paris Après quun jeune homme juif de 17 ans portant kippa ait été brutalement battu par une bande dadolescents, dans le 19ème arrondissement de Paris, à la fin du mois dernier, les réactions de la presse française comme celles des autorités ont été particulièrement ambiguës. Le jeune homme, connu seulement sous le prénom de Rudy dans les comptes-rendus français, na pas seulement été bourré de coups de poings et de coups de pieds durant lagression, mais également battu avec ce qui a été identifié, selon les versions, comme une "barre de fer", ou une "canne" de métal. Cette rossée a eu lieu un samedi, jour de Shabbat pour les juifs, dans un quartier à forte population juive orthodoxe. Elle semble avoir continué même après que Rudy se soit évanoui, et elle na pris fin quaprès quun habitant du lieu soit intervenu et ait chassé les jeunes assaillants. Selon la télévision française par cable iTELE, le jeune homme a été abandonné avec plusieurs fractures du crâne et des côtes brisées. Sammy Ghozlan, du Bureau de Vigilance contre lAntisémitisme, relate que quand le jeune homme a émergé pour la première fois du coma, le dimanche suivant, il sest mis à hurler : « Ils vont me tuer ! Ils vont me tuer ! ».
"Le jeune homme a-t-il été victime dune agression antisémite ?",
se demandait le quotidien Le Figaro, deux jours après lincident, et il répondait sans hésitation à sa propre question :
"Oui, mais sur fond daffrontements entre bandes de quartier appartenant à des communautés différentes
Les enquêteurs relient l'agression à une spirale de violences allant crescendo".
Selon Le Figaro, cette "spirale de violence" a opposé des jeunes Noirs, des Nord-Africains, et des jeunes Juifs. Le Figaro a corroboré la possibilité de lhypothèse dune "guerre de bandes", en relatant que Rudy avait été cueilli par la police, en décembre dernier, après que des bagarres aient éclaté entre jeunes Juifs et jeunes Nord-Africains au Parc de Bercy. Rudy y avait participé à une veille pour les trois soldats kidnappés par le Hezbollah. Selon Le Figaro, la police avait trouvé "Rudy et ses camarades" en possession de poings américains. Selon un rapport ultérieur du Monde, Rudy semble plutôt avoir tenté de se défendre avec un casque de moto (utilisé comme arme improvisée, selon la terminologie de la police française). Le Figaro a même publié un compte-rendu, selon lequel on suppose que le jeune homme de 17 ans décrit dans le titre comme un "Juif orthodoxe et militant" était "proche" des groupes juifs dautodéfense. Linformation est parue dans Le Figaro du jour suivant lincident. Elle a été rapidement démentie par la mère du garçon.
En annonçant louverture dune enquête criminelle officielle pour tentative de meurtre, trois jours après lagression, le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a, en quelque sorte, entériné le scénario "guerre de bandes"/"spirale de violence". Tout en spécifiant que lantisémitisme était un "facteur aggravant", M. Marin a fortement relativisé laccusation en parlant d"antisémitisme par incidence". Marin a dit que la rossée de Rudy était la dernière dune série de trois incidents qui avaient eu lieu ce même samedi dans le parc des Buttes-Chaumont et dans ses alentours. Ces incidents auraient apparemment opposé, selon la description de Marin, des bandes "africaines" ou "noires" et des "bandes juives". "On ne retient pas une volonté dagresser particulièrement une personne de confession juive", a dit Marin, "mais la volonté dagresser une personne appartenant à une bande constituée de jeunes juifs". Tout en reconnaissant que les assaillants qui agressaient Rudy, criaient des insultes antisémites, Marin a à nouveau relativisé limportance de cet élément. "Des insultes antisémites ont fusé, de même que des injures racistes", a-t-il dit. (Source : [Le Monde]).
Le problème avec ce scénario "spirale de violence"/"guerre de bandes", cependant, cest que tous les épisodes de la série semblent avoir consisté en assauts à sens unique contre des individus ou des jeunes juifs nettement inférieurs en nombre, et non en "altercations" entre "bandes" rivales. On suppose quun premier incident a eu lieu vers 16h 30, quand un jeune adulte juif a été attaqué par un groupe dadolescents appartenant à ce que Marin a appelé "une bande de jeunes de couleur". Selon le rapport de la police, le jeune adulte a pu sen tirer sans dommage, mais il saperçut ensuite quil avait perdu la chaîne de son étoile de David dans la bagarre. Cest ce qui est supposé avoir donné lieu au second incident, à peu près une demi-heure plus tard, quand il est revenu avec "trois compagnons" pour chercher sa chaîne. A ce moment-là, deux de ses compagnons ont été attaqués individuellement. Lun deux a subi une blessure au couteau, "relativement grave", au bras, précisément en essayant de se protéger dun assaillant qui brandissait "une machette ou un couteau de boucher".
Selon Marin, on suppose que Rudy a ensuite été agressé dans la foulée dun troisième "affrontement", quelque deux heures plus tard, entre une "bande" de 20 à 25 "jeunes noirs" et un "nombre nettement inférieur de jeunes Juifs", parmi lesquels se trouvait Rudy. La suggestion de Marin, selon laquelle Rudy faisait partie dun groupe ou même dune "bande" est en contradiction avec les précédents rapports, selon lesquels il était seul. Toutefois, les récits de témoins interviewés ensuite sur radio RTL et sur iTELE, indiquent aussi quau moment du troisième incident, un groupe de jeunes Juifs sétaient rassemblés dans la rue Petit, où lincident a eu lieu. Lhabitant de lendroit, interviewé par iTELE relate quil a vu une bagarre éclater entre deux groupes : lun "totalement désarmé", et lautre brandissant des "barres de fer".
RTL sest également entretenu avec un habitant de lendroit, qui est finalement venu à la rescousse de Rudy. Lhomme a refusé dêtre interviewé à lantenne. Mais, comme la raconté le journaliste de RTL, Thomas Prouteau, voici ce quil est censé avoir vu :
Samedi, vers 19h, le témoin aperçoit des jeunes qui courent dans toutes les directions. Lun deux enlève sa calotte pour la cacher. Très vite la rue est vide. Mais un peu plus loin en haut de la rue, le témoin voit un adolescent seul, à terre, sur lequel sacharne un groupe de jeunes dorigine africaine. Cinq dentre eux le rouent de coups. Un des assaillants le frappe très violemment au visage, un autre le frappe avec une canne.
De plus, RTL sest entretenu avec "Sylvie", employée dans une boulangerie du quartier, qui a été témoin des incidents survenus plus tôt ce jour-là. Les incidents décrits par "Sylvie" correspondent, eux aussi, clairement à des "agressions", non à des "affrontements", et, chose significative, ils ne semblent pas avoir été mentionnés par la police ni évoqués dans les médias. Elle raconte, par exemple, quelle a vu un assaillant lever une barre de fer et en frapper un jeune homme sur le sol. Cet homme portait une calotte. Elle raconte aussi avoir vu un second jeune homme battu si durement par une bande, que son visage était "complètement bouffi et méconnaissable". "Je suis Juif", lui a dit le jeune homme, "nai-je donc plus le droit de vivre ?"
Comme le site de Primo-Europe la indiqué, il y a une autre raison évidente de rejeter le scénario des "guerres de bandes" de M. Marin [le procureur de la République]. Comme dit plus haut, lincident sest produit au cours du Sabbat juif. Or, le jour du Sabbat, il est interdit aux Juifs orthodoxes de transporter sur eux des objets, a fortiori des armes. La conséquence de ce détail a été, en fait, reconnue par un officier de police du 19ème arrondissement qui sest entretenu avec Le Figaro, et dont lidentité na pas été révélée. "Les Juifs qui observent le Sabbat, ne peuvent avoir aucun objet sur eux, ni se défendre", dit lofficier de police cité, "identifiables par leur calotte, ils constituent une proie facile". Etonnamment, cette citation figure dans larticle du Figaro, qui déclare catégoriquement que lagression de Rudy fait partie dune "spirale de violence" entre différentes "communautés".
Il est possible que quelques jeunes juifs, à lévidence plus aguerris, aient voulu se rebiffer dans la rue Petit. Mais, à y regarder de plus près, lhypothétique "spirale" de violence "intercommunautaire" semble plutôt avoir été une véritable violence antisémite paroxystique. Toutefois, pour les services du procureur de la République de Paris et certaines Rédactions de presse parisiennes, il semblerait que quand des incidents antisémites se produisent en série, il faille supposer que cela en affaiblit le caractère antisémite.
John Rosenthal
© World Politics Review
Mis en ligne le 10 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











