[*] Voir : "Ingrid Betancourt libérée rend un hommage indirect à l'armée israélienne".
4 juillet 2008
Texte repris du site Objectif-info
Qui ne se réjouirait de la libération d'une femme, captive de cruels guérilléros dans la jungle colombienne depuis plus de six ans, et de ses retrouvailles avec des enfants au tempérament remarquable, qui ont courageusement combattu pour leur mère, des années durant ?
Cependant, le battage médiatique que cette libération a provoqué en France est tout à fait démesuré. Il faut tout de même rappeler qu'Ingrid Bétancourt, personnalité politique très peu connue à l'époque en Colombie, avait transgressé les instructions très pressantes et répétées du gouvernement et de l'armée de son pays en se rendant jusqu'à Paujil, où les FARC l'ont capturée. Cette conduite aventureuse avait des motifs politiciens : soutenir un maire appartenant à son minuscule parti écologiste, et se positionner, dans la perspective de la future élection présidentielle. On ne peut pas dire qu'Ingrid Bétancourt soit le symbole d'une cause noble, mais celui d'une cause humanitaire. Par contre, ses bourreaux sont une des incarnations du terrorisme contemporain, un mélange de communisme, d'antiaméricanisme et de mafia.
Ce que la presse a presque tu, c'est que la libération de la célèbre captive est le résultat de la victoire d'une stratégie gagnante, la stratégie américano-israélienne sur une stratégie visiblement perdante, celle de Sarkozy-Chavez. La stratégie de ces derniers consistait à faire peser toute la pression sur le président colombien Uribe, à le pousser à une négociation et à des concessions, mortelles pour la Colombie, au bénéfice de ses sauvages ennemis, et accessoirement à l'accuser d'un échec éventuel, ou de la mort de l'otage. La stratégie américano-israélienne a consisté à renforcer les capacités militaires de la Colombie, à la doter des moyens logistiques et de renseignement, nécessaires à une guerre victorieuse de contre-guérilla et à la conduite d'opérations sophistiquées. Ce sont les coups portés aux FARC qui ont désorganisé ses structures et ouvert la voie à une remarquable opération d'intoxication et à une libération "à l'israélienne", à laquelle Américains et Israéliens ont activement collaboré.
La stratégie de Sarkozy était d'autant plus déficiente qu'elle s'appuyait largement sur Hugo Chavez, un des dirigeants les plus toxiques au pouvoir en Amérique Latine depuis l'effacement de Fidel Castro. Hugo Chavez a partie liée avec les FARC, et il est désireux, comme tout dictateur, de déstabiliser ses voisins indépendants. Chavez a aussi partie liée avec l'iranien Mahmoud Ahmadinejad, dont il est le point d'ancrage en Amérique Latine. C'est dire qu'il est pleinement engagé dans un combat anti-occidental tous azimuts, accessoirement antisémite. Il vient de prendre la tête d'un mouvement de pays sud-américains contre la directive européenne adoptée par le Parlement de Strasbourg pour réguler l'immigration en Europe, menaçant cette dernière de déclencher un boycott pétrolier. Hugo Chavez se voit comme le grand leader d'une croisade anti-occidentale des damnés de la terre. La volonté de Nicolas Sarkozy d'évoquer le nom de Chavez dans son allocution signale une volonté de consensus, qui confine à la faute politique et morale.
Nicolas Sarkozy a eu le mérite - mais pouvait-il faire autrement - de mentionner la captivité de Guilad Shalit, le soldat israélien de nationalité française, capturé par le Hamas sur le territoire israélien, il y a deux ans. Dans l'enivrement médiatique interminable louant la libération de l'autre binationale, Ingrid Bétancourt, la place consentie à Guilad Shalit s'est située entre epsilon et zéro. La faute en revient essentiellement aux préjugés anti-israéliens enracinés dans le personnel politique français, comme dans celui de l'intelligentsia et des médias, par quatre décennies de militantisme antisioniste national depuis de Gaulle jusquà Jacques Chirac. La faute en revient aussi à l'attitude, particulièrement effacée, de ceux qui soutiennent, en France, le combat d'Israël pour survivre et le combat contre le terrorisme.
Après la libération d'Ingrid Bétancourt, la Franco-Colombienne, à qui l'on a consacré autant d'espace médiatique, de ressources financières et d'engagement politique des plus hautes autorités du pays, il est temps de penser à l'autre Français qui est entre les griffes des fanatiques les plus cruels de la planète, Guilad Shalit. Il est temps que l'État s'engage réellement, non pour le libérer, mais pour lui donner le soutien politique et idéologique ainsi que l'assise institutionnelle qu'il mérite, face à ses féroces geôliers. Il est temps de donner à la cause de sa libération toute la place qui lui revient dans l'opinion, car nos médias, souvent financés sur fonds publics, ne doivent pas fonder leur devoir d'information sur des préjugés éculés. Il est temps de créer des comités locaux de soutien et de promouvoir une information sur ce jeune homme, sur sa famille héroïque, sur l'absurdité de sa détention par un groupe sans pitié, dont les valeurs sont aux antipodes de ce qui fait la France.
Jean-Pierre Bensimon
© Objectif-Info
Mis en ligne le 4 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











