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Nous n’avons pas abandonné Philippe Karsenty, Daniel Seaman
Remarquable mise au point. D’autant plus méritoire – D. Seaman l’explique bien – que la diplomatie et le devoir de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat obligent les fonctionnaires israéliens du Gouvernement à une réserve qui leur vaut des critiques souvent injustes, comme dans ce cas de figure. Ce texte est à la limite du droit de réserve. Il est sans concession pour France 2 et, indirectement, pour Enderlin. Gageons que ce dernier va sortir les grands canons pour le contrer. Sauf coup de théâtre, les péripéties de cette affaire ne sont pas près de se calmer. Elles pourraient bien aller dans le sens d’une escalade. "Wait and see". (Menahem Macina).
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25/06/08

The Jerusalem Post

Texte original : "We did not abandon Philippe Karsenty".


Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

 

Au fil des développements concernant l’affaire France 2 - Al-Dura, durant les dernières semaines, beaucoup ont émis de sévères critiques à l’encontre de ce qui est perçu comme le silence de l’administration gouvernementale israélienne sur la question. Cette impression, qui n’est pas totalement infondée, est néanmoins inexacte.

Certes, durant les sept années écoulées depuis la première diffusion de la scène montrant un père palestinien et son fils pris dans un échange de tirs - dans laquelle il a été affirmé qu’Israël avait délibérément abattu le jeune garçon –, des fonctionnaires israéliens responsables de la diplomatie publique ont omis de se concerter pour arrêter une position officielle. En conséquence, la conviction de certains responsables officiels que toute référence à ces images emblématiques ne servirait qu'à perpétuer les dommages déjà causés à la réputation d’Israël à l'étranger, est devenue la position officieuse.

Si l’on peut discuter du bien-fondé de cette attitude, d’autres membres du gouvernement, qui avaient exprimé leur hostilité ouverte à l’égard de ceux qui mettaient en cause la crédibilité du reportage de France 2, l’avaient fait pour des raisons personnelles et politiques.

Cependant, jamais aucune de ces personnalités gouvernementales n’avait réellement examiné la quantité colossale de preuves qui contredisaient les affirmations émises dans le reportage initial de France 2. Ces responsables politiques israéliens manquaient aussi de la maturité intellectuelle indispensable pour être au fait du phénomène, largement répandu, qui prévaut dans les territoires palestiniens, de la manipulation des médias. Or, cette perception est fondamentale pour comprendre qu’une telle calomnie ait pu avoir été forgée d’entrée de jeu.

Cette situation a été abusivement exploitée par France 2 pour suggérer, par la suite, qu’Israël était d’accord avec le postulat de son reportage. Avant cela, elle se référait, de manière répétitive, à la reconnaissance initiale, par Israël, de la responsabilité de l’incident, comme à un indice de l’exactitude du reportage. Depuis le début, France 2 s’est abstenue de révéler que la position initiale d’Israël se basait uniquement sur le reportage monté [1], sans qu’on ait donné aux responsables israéliens la possibilité de vérifier les faits, en toute indépendance, avant de répondre.

Le fait qu’Israël n’ait pas retiré leur accréditation aux correspondants de France 2 a également fait l’objet de critiques. Mais des journalistes travaillant pour des médias palestiniens, libanais, syriens, et même iraniens, sont officiellement accrédités par Israël. Cela témoigne de la tolérance et de la nature de la démocratie israélienne, mais n’implique ni approbation du contenu de leurs reportages, ni appréciation de leurs aptitudes professionnelles.

Ceux qui se focalisent sur ces trois points ne tiennent pas compte du fait qu’Israël n’a pas cessé, dans le même temps, d’avoir une position plus active de contestation du reportage de France 2. Immédiatement après que l'histoire ait inondé les médias internationaux, le 30 septembre 2000, le commandant des opérations sur le front sud, le major général Yom Tov Samia, diligentait une enquête non militaire sur les événements relatés par France 2. Du fait de son rang, il s’agissait d’une enquête officielle. Il a réuni une équipe d'experts, qui comprenait [entre autres – NDT], un spécialiste de missiles balistiques et un juriste. Dirigés par le physicien Nahum Shahaf, ils furent les premiers à examiner en détail les événements et à analyser la séquence filmée diffusée par France 2.

Le contenu de l’analyse et ses résultats furent remis au conseiller du Premier ministre pour la presse étrangère, le Dr Ra’anan Gissin, puis à moi-même, début 2001. Après avoir passé des dizaines d’heures à examiner le matériau, et seulement après que tous les problèmes aient été traités de manière satisfaisante à nos yeux, notre scepticisme initial se mua en certitude que les accusations formulées contre Israël, dans le reportage de France 2, n’avaient aucun fondement. Forts de cette connaissance, Gissin et moi, en notre qualité de représentants de l’Etat d’Israël, avons mis en cause l’honnêteté du reportage de France 2, lors de certains entretiens de presse.

Les fonctionnaires civils ne doivent, ni ne peuvent exprimer des vues ou des opinions personnelles. Ils répondent à leurs supérieurs, conformément aux positions des élus du Gouvernement. Tous les actes ou déclarations d’un fonctionnaire du gouvernement ont des conséquences juridiques pour l’Etat et doivent donc satisfaire aux critères du Bureau du Procureur général, sous peine de s’exposer à ne pas bénéficier de sa protection en cas de procédure judiciaire.

Assez vite, France 2 en Israël exigea des excuses, et menaça, à trois reprises, le Bureau du Premier ministre de poursuites judiciaires, pour des déclarations émises par le Service de presse du Gouvernement à propos du reportage Al-Dura. A chaque fois, ses allégations ont été rejetées après que le bien-fondé des déclarations de ce service ait été démontré, vérifié et juridiquement approuvé par le Bureau du procureur général, en accord et avec le soutien du Bureau du Premier ministre.  

En 2005, le directeur du Service National de Sécurité, le major général de réserve, Giora Eiland, a exposé des arguments qui contestaient le récit de France 2. Les résultats de l'enquête mettant en cause la crédibilité de la séquence vidéo de France 2 étaient si écrasants, que Eiland rétracta la reconnaissance initiale par Tsahal de sa responsabilité dans l’événement allégué, et adressa une lettre dans ce sens au tribunal français [2].

Le procès en diffamation intenté à Philippe Karsenty en France, mit Israël dans une position embarrassante. Israël ne pouvait pas donner l’impression qu’il interférait dans la procédure judiciaire qui se déroulait en France, tant pour des raisons diplomatiques que par authentique respect pour le fonctionnement judiciaire d’un pays démocratique ami. En même temps, la réticence d’Israël à prendre ouvertement le parti de Karsenty a été dénaturée par France 2, qui l’a présentée comme une confirmation [du bien-fondé - NDT] de sa plainte en justice. C’est pourquoi la position officielle d’Israël a été rendue publique, en septembre 2007, dans une déclaration du Bureau de Presse du gouvernement, approuvée par le Bureau du Premier ministre et défendue par les représentants du Procureur général devant la Haute Cour de Justice d’Israël.

L’Etat d’Israël n’a pas abandonné Karsenty et n’a pas gardé le silence sur la question du comportement professionnel de France 2 dans l’affaire al-Dura. Cependant, une nation n’a pas toujours la liberté d’agir de la même manière qu’un individu. Il ne faut pas en déduire que les fonctionnaires du Gouvernement israélien ne peuvent pas tirer les enseignements de la situation.

L’une des plus importantes leçons de cette affaire a été que nous ne devons pas nous hâter d’assumer la responsabilité d’accusations avant que les faits aient été établis.

La  découverte de la vérité à propos de cette affaire a montré qu’Israël peut aussi bénéficier des efforts de personnes privées et de professionnels dans le domaine des médias, du droit, de la balistique, de la physique, etc. De tels experts peuvent analyser des prises de vues, mises en scène ou trafiquées, qui sont offertes aux médias comme des faits, et vérifier leur exactitude avant que l’image devienne emblématique.


Daniel Seaman *

 

© The Jerusalem Post

 

* L’auteur est directeur du Bureau de Presse du Gouvernement.


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Notes du traducteur

 

[1] Il s’agit de la vidéo de 59 secondes, réalisée à partir des 26 minutes de rushes.

 

[2] "Une lettre de Tsahal à Ch. Enderlin, qui infirme les allégations du tribunal français" (10 septembre 2007). 

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Mis en ligne le 26 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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