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Sous Israël, quoi ? Alain Rubin
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Sur le site ResilienceTV.

 

 

Il y a quelques années déjà, un journaliste français [1] faisait paraître un livre au titre choc : Sous Israël, la Palestine.

Le titre résumait le propos : Israël n’était qu’un greffon européen illégitime et oppresseur, une simple variante de la république de Boers dans laquelle les Afrikaners protestants néerlandais et les Huguenots français étaient remplacés par des Européens et des Arabes de « confession » juive, les uns et les autres se prenant faussement pour des Hébreux exilés en Europe et dans les pays arabo-islamiques.

Ce genre d’ouvrage, qui ignore sciemment plus de vingt siècles d’histoire, s’efforce de développer une argumentation que l’on retrouve aujourd’hui chez l’Autorité palestinienne, ce qui n’étonnera pas, mais aussi chez Condoleezza Rice et, bien entendu, sous la plume de la cohorte de journalistes formatés qui nous servent des articles quotidiens hostiles à Israël, ou, sous l’aspect d’ouvrages d’Histoire, nous sont contées des histoires : celles de leurs certitudes idéologiques, vendues au grand public comme étant des vérités irréfragables.

Ces certitudes visent à délégitimer Israël. Elles sont actuellement mises en œuvre pour obtenir la condamnation de la construction de 1 300 logements dans des quartiers juifs de Jérusalem. Ces quartiers, nous dit-on, doivent devenir des portions de la future Jérusalem, capitale palestinienne, une « terre arabe » disait, hier, un officiel syrien.

Tiens ! Une question : Si, sous Israël, on trouve la « Palestine », sous Jérusalem, que trouve-t-on ?

En 1840, un recensement ottoman constatait que plus de 50% des habitants de ce qui devait devenir, après 1948, la « Vieille Ville », dite aujourd’hui « Jérusalem-est », étaient des Juifs. Ainsi, la Jérusalem, dont les habitants juifs sont, pour nos journalistes et Madame Rice, des « colons », c’est-à-dire des intrus indésirables, cette Jérusalem était, en 1840, une ville principalement peuplée de Juifs.

Les ancêtres arabo-musulmans des actuels Palestiniens constituaient alors moins de 25% des habitants de la grosse bourgade endormie, qu’était devenue la prétendue troisième ville sainte de l’islam.

En 1948, avant qu’elle ne soit annexée par la Jordanie, la partie orientale de Jérusalem comprenait la ville intra-muros où se trouvait le vieux quartier juif des XVe, XVIe, XVIIe, XIXe, et XXe siècles. Jusqu’en 1948, la Jérusalem de l’époque du Yichouv * était une véritable capitale, ultra majoritairement juive. « Terre arabe » ?

En d’autres termes, sous la Jérusalem palestinienne, on trouve Israël, son peuple ! On comprend que l’archéologie soit considérée, ici et là, comme un crime colonialiste sioniste. Elle montre ce que l’on trouve partout, sous la Jérusalem ottomane, byzantine, et romaine, ainsi que sous les bourgades et anciennes bourgades « arabes ».

Tiens ! Une autre question : les Palestiniens appellent aussi Jérusalem « El Qods » (prononcer el qouds). D’où vient ce nom ? Quel peuple, quelle culture et langue se trouvent sous cette appellation arabe ?

Pour les Juifs, Jérusalem c’est, en hébreu, Yiroushalaim ‘Ir ha-Qodesh [2]: Jérusalem la sainte. El Qods n’est donc rien d’autre que la déformation, par mimétisme, de ha-Qodesh.

« Sous » la Palestine, pour reprendre le langage de nos pourfendeurs du « colonialisme des Juifs sionistes », on ne cesse de trouver Israël, ici et là, dans tout le pays. On nous objectera sûrement que si Jérusalem est la sainte, « El Qods », c’est parce que Muhammad l’a rêvée sainte - quand il s’est envolé sur sa jument [mythique] pour rencontrer Salomon, Jésus, Moïse, à partir du rocher où Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils –, et c’est pourquoi les conquérants arabes, vainqueurs des Byzantins, l’ont surnommée ainsi, eux aussi, sans que cela ait un rapport quelconque avec le nom que les Juifs lui donnaient depuis déjà presque deux millénaires et demi.

Nous voyons ainsi que nos journalistes historiens du dimanche, qui écrivent sans complexe : « sous Israël, la Palestine », sont devant la question de Jérusalem et plus généralement devant celle de Israël/Palestine, comme des géologues du dimanche. Ils sont comme des amateurs ignorant la tectonique des plaques, qui chercheraient à dater l’ancienneté de couches géologiques de régions de plissement, en observant des zones de retournements et en qualifiant de couches plus récentes les couches les plus anciennes qui se retrouvent en surface au-dessus de couches plus récentes, à la suite de mouvements de la croûte terrestre. C’est de cette manière que les journalistes et les journalistes historiens de l’école de pensée qui domine les médias français, peuvent voir, sous Israël, la Palestine, sans aller voir ce qui se trouve sous la « Palestine ».

D’un point de vue politique, l’ancienneté n’est pas toujours un critère. On vient de le voir récemment au Kosovo. Le cœur historique de la Serbie est devenu une seconde Albanie.

Que les Juifs soient, en tant que nation, plus anciens ou moins anciens que les Arabes et les autres groupes musulmans qui forment le peuple palestinien (Circassiens, Tchétchènes, Algériens, Négro-Africains descendants d’esclaves, Fellahs égyptiens, Albanais, Bosniaques, etc.), ce n’est pas non plus un critère absolu dans la négociation nécessaire.

Les démocrates pourront toujours objecter à Israël que les nouveaux quartiers majoritairement juifs, où 1 300 logements doivent être construits pour loger les enfants des actuels habitants, n’existaient pas en 1948 à l’est de la vieille cité, dans laquelle les Juifs constituaient la majorité de 1840 à 1948, et que ces nouveaux quartiers ne sont devenus majoritairement juifs que depuis 1967.

Les démocrates pourront objecter que ces quartiers doivent devenir palestiniens, sans que les Juifs cessent de pouvoir y vivre pour autant, en devenant soit résidents israéliens en Palestine, soumis aux lois du nouvel Etat, soit Palestiniens de la minorité nationale juive, comme en Israël il y a des Israéliens de la minorité nationale arabe, et comme il y pourra y avoir en Israël des résidents arabes anciens réfugiés de 1948, ou enfants de ces réfugiés, circulant librement entre Israël et la Palestine, dans le cadre d’un accord de paix et de reconnaissance mutuelle. Par contre, traiter de « colons » les Juifs de Jérusalem-est n’a rien à voir avec la démocratie, cela revient, en réalité, à vouloir une future Palestine "Judenrein" [3] **.

 

Alain Rubin

 

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Article sélectionné par Netha

Notes

* Yichouv, mot hébreu désignant l’auto-organisation des Juifs de la Palestine ottomane de la fin du 19ème siècle à 1918, puis celle du mandat britannique jusqu’à la proclamation d’indépendance le 15 mai 1948 (partis politiques, syndicats ouvriers et patronaux, organismes économiques, structures de défense, système de représentation locale et internationale…)

** en 1920 et 1921, la Société des nations (l’ancêtre de l’ONU) reconnaissait la légitimité de la reconstitution politique de la nation juive sur son territoire historique, celui où elle s’était formée il y avait quelque trois millénaires, qui constituait, depuis toujours, le centre de sa pensée et de ses aspirations, et où subsistait une petite minorité juive, traitée par l’autorité ottomane et le voisinage un peu comme les blancs sudistes des Etats-Unis traitaient les anciens esclaves noirs jusqu’aux lois civiques des années soixante du siècle dernier. La SDN autorisait le retour des exilés dans les différentes parties de l’ancien Israël (Judée-Samarie, Galilée-Galaad, sur la rive orientale du Jourdain). L’administration britannique interdira cependant le retour de Juifs sur la rive orientale du Jourdain (Galaad). En 1947, le plan de partage de l’ONU prévoyait deux états nationaux sur le territoire de la Palestine du mandat britannique. L’un formé d’une majorité juive et d’une forte minorité arabe, l’autre d’une majorité arabe et d’une minorité juive. Qualifier de « colons » les Juifs habitant des portions du futur Etat palestinien revient à préconiser son homogénéité nationale arabe, tandis que l’on soutient, à l’inverse, le retour des cinq millions d’Arabes prétendant descendre des six ou sept cent mille réfugiés qui ont quitté Israël en 1948 (volontairement, et/ou suite à des expulsions), lors de la guerre déclenchée par la Ligue arabe. Selon cette manière de présenter le conflit, il résulterait d’un accord de paix, deux Etats arabes : l’un purement arabe - la future Palestine -, et l’autre, à majorité arabe, avec une forte minorité juive - l’actuel Israël.


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Note de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Ph. Zard, un de nos internautes, nous signale qu'il s'agit, en fait, de "Ilan Halévi, militant juif antisioniste qui... a longtemps exercé des responsabilités au sein de l'OLP". Dont acte. Sur ce personnage, voir Wikipedia


[2] L’auteur parle, de manière erronée, de "Iroushalaim ha kaddosh". Yeroushalaim étant féminin, en rigueur de termes on devrait avoir "haqedoshah", ce qui serait un décalque servile de "Ville sainte". En fait, l’expression consacrée est ‘ir haQodesh, qui a le sens de ville du Saint - c’est-à-dire Dieu (cf. "Qodesh ha-Qodashim", le Saint des Saints).


[3] Dans la terminologie raciale nazie, le mot signifie « pur de juifs », et se passe de commentaires.


 

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Mis en ligne le 25 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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