Union des Patrons et Professionnels Juifs de France
Vous êtes : Accueil » Tribune/Opinions» Contributeurs Spécialisés
Contributeurs Spécialisés
Le "critère Daniel Pearl", Judea Pearl (remise en ligne)
On m'a demandé de remettre en ligne cet article de février 2008. Je défère d'autant plus volontiers à cette requête, qu'elle est pertinente. En effet, comme on le lira (ou le relira), au milieu de l'article, face à la photographie de Daniel Pearl, avec en arrière plan et en médaillon, la photo de Mohammed al-Dura et de son père s'abritant derrière un baril, la réflexion du père du décapité, sur le rôle qu'a joué l'événement al-Dura dans l'exécution de son fils et d'autres innocents, devrait marquer au fer rouge la conscience des journalistes : "Les médias ne peuvent être entièrement exonérés de leur responsabilité dans la mort de Daniel, ni de celle qu’ils ont dans le « tsunami de haine » qui a déferlé sur le monde et qui continue d’augmenter". Mon interlocuteur a raison: la remise en course de cet article remarquable s'impose, au point où en est la controverse qui fait rage, suite à l'arrêt de la Cour d'appel de Paris, reconnaissant la légitimité des critiques mettant en doute l'authenticité de cet événement et fustigeant sa diffusion inopportune, dont on connaît, depuis, les conséquences terrifiantes. (Menahem Macina - 08/06/08). Un article admirable, qu’il faut faire connaître le plus largement possible. Le critère * Daniel Pearl, proposé par Judea Pearl, père du journaliste juif américain, odieusement torturé, mutilé et finalement égorgé, par haine des Juifs et de l’Occident, devrait passer sinon dans la pratique du journalisme, du moins, dans la psyché de tout ce que l’humanité compte d’hommes et de femmes droits et de bonne volonté. Transcendant son immense douleur personnelle, cet homme vient d’enrichir la civilisation en créant la norme d’une attitude humaine ouverte à la souffrance d’autrui, sans même exclure celle de l’ennemi. Un tournant moral sans précédent dans l’histoire de la lutte pour la vérité, dans un monde en proie à un déchaînement de fanatisme et de haine, que rien ni personne ne semble capable d’endiguer. (Menahem Macina - 03/02/08).
Imprimer    Envoyer à un ami 

* Le terme anglais ainsi traduit est "standard", qui peut aussi se rendre par "norme" comme le fait un autre traducteur - excellent ! - sur son blogue "Autour de la Liberté".

30 janvier 2008


The Wall Street Journal

 

Texte original anglais : "The Daniel Pearl Standard".

 
Traduction française : Menahem Macina

 

 

Cette semaine marque le sixième anniversaire de l’assassinat de mon fils Daniel Pearl, qui fut journaliste de ce journal. C’est l’occasion adéquate de prendre du recul et de réfléchir à ce que cette tragédie nous a appris.


On me demande souvent pourquoi la mort de Daniel a touché tant de gens, et pourquoi, parmi toutes les victimes du terrorisme, il est si souvent érigé en icône de l’histoire troublée du XXIe siècle.

 

Ma réaction spontanée est qu’il était journaliste, et que les journalistes, plus que les membres d’autres professions, typifient ce qu’il y a de fort, de beau et de vulnérable dans une société libre. Le meurtre d’un journaliste dépourvu d’armes nous rappelle quel trésor constituent les libertés dont nous jouissons dans notre société, mais aussi à quel point nous sommes vulnérables aux forces qui menacent ces libertés.

 

Mais cela ne constitue pas une explication suffisante de l’attention que suscite la tragédie de Danny. Après tout, 30 journalistes ont été tués en 2002, et 118 autres dans le seul Iraq depuis le début de la guerre.

 

Ce qui choque, dans le meurtre de Danny, c’est qu’il n’a pas été tué en raison de ce qu’il écrivait ou envisageait d’écrire, mais pour ce qu’il représentait – l’Amérique, la modernité, l’ouverture, le pluralisme, la curiosité, le dialogue, la droiture, l’objectivité, la liberté d’investigation, la vérité et le respect envers tout le monde. Bref, chacun de nous était visé à Karachi, en janvier 2002.

 

Ce nouveau tournant consistant à tuer des journalistes en raison de ce qu’ils représentent a changé le cours de ce métier comme celui de l’ensemble de la société.

 

C’est au travers du visage de Danny, que les gens en sont venus à percevoir l’abîme de cruauté et d'inhumanité dans lequel on a laissé couler cette planète qui est la nôtre, au cours des deux dernières décennies. Son assassinat a prouvé que l’attentat du 11 septembre [2001] n'était pas un événement isolé, et il a contribué à redonner vie aux vieux concepts du juste et du faux, du bien et du mal. Le relativisme moral est mort avec Daniel Pearl, en janvier 2002.  

 

Et les journalistes sans armes dans des zones de guerre sont devenus bien plus vulnérables. Ils ne sont plus perçus comme des collecteurs neutres d’information, mais bien comme des représentants d’entités politiques ou idéologiques. La presse et les médias sont effectivement devenus plus orientés et guidés par un objectif. Aujourd’hui, les journalistes sont contraints d’être au service des idéologies de ceux qui les rétribuent, ou de ceux qui leur donnent accès à des sources d’information. Un parfait exemple de cette pression est le fait que CNN ait admis, en 2003, avoir caché ce qu’elle savait du régime iraqien pour conserver son bureau à Baghdad. Au milieu du récent chaos de Gaza, des agences occidentales de presse ont volontairement présenté la propagande mensongère du Hamas comme étant la vérité. 

 

L’une des choses qui m’attristent le plus est que la presse et les médias ont joué un rôle actif, peut-être même important, dans l’exacerbation de la haine et de la cruauté. Il ne s’agissait pas seulement de fanatisme.

 

Mon attention a été éveillée à cet aspect des choses par la Consul général pakistanaise, venue nous présenter ses condoléances à notre domicile californien. Alors que nous parlions de la composante antisémite du meurtre de Danny, elle me dit :

 

« Que peut-on attendre de ces gens qui n’ont jamais vu un Juif de leur vie et qui ont été confrontés, jour et nuit, à des images télévisuelles de soldats prenant pour cibles et tuant des enfants palestiniens ? »

 

A l’époque, rien ne permettait de savoir si elle essayait d’exonérer le Pakistan de sa responsabilité dans le meurtre de Danny, ou de la faire endosser par les médias européens et arabes en raison de leur déshumanisation tenace des Juifs, des Américains et des Israéliens. La réponse est devenue évidente en 2004, quand un ami m'a appris que des photos de Mohammed Al-Dura étaient utilisées comme arrière-plan de la bande vidéo du meurtre de Danny.

 

Al-Dura, les lecteurs doivent s’en souvenir, est l’enfant palestinien âgé de 12 ans qui aurait perdu la vie sous les balles israéliennes, à Gaza, en septembre 2001 [en fait 2000]. Comme nous le savons à présent, il est très probable que toute la séquence était une escroquerie, mise en scène par des reporters locaux et les caméramans de France 2, la chaîne d’information officielle française. France 2 a diffusé la vidéo, à plusieurs reprises, et l’a distribuée dans le monde entier à quiconque avait besoin d’un prétexte pour exacerber la colère ou la violence, dont les tueurs de Danny.

 

La Consul du Pakistan avait raison. Les médias ne peuvent être entièrement exonérés de leur responsabilité dans la mort de Daniel, ni de celle qu’ils ont dans le « tsunami de haine » qui a déferlé sur le monde et qui continue d’augmenter.

 

Paradoxalement, la multiplication des nouvelles chaînes d’informations dans le monde arabe, processus qui est généralement considéré comme un pas en avant positif, a beaucoup contribué à cette propagation de la haine et de la violence. D’une part, ce phénomène a mené à la démocratisation des médias, car il permet aux téléspectateurs d’envisager d’autres points de vue, qui s’opposent parfois à la ligne du parti officiel. D’autre part, la démocratisation a mené à la vulgarisation. La concurrence a contraint les nouvelles chaînes à se faire l’écho des sentiments des téléspectateurs, plutôt qu’à les informer, à renforcer des préjugés invétérés, plutôt qu’à les remettre en question.

 

Désireux de satisfaire la boulimie d’autosatisfaction de leurs clients, ces chaînes n’ont pas réfléchi aux conséquences néfastes, voire mortelles, à long terme, de la mise en scène d’histoires de victimes et de bourreaux, présentées comme des comptes-rendus de presse.

 

Il ne fait pas de doute que les médias ont l’obligation de montrer la dépravation et les excès. C’est tout le but du journalisme. Mais dans un monde infecté de fanatiques qui circulent avec des allumettes enflammées, les journalistes ne peuvent verser tout bonnement de l’essence dans la rue et prétendre qu’ils n’ont aucune responsabilité dans l’explosion inévitable.

 

Au cours d’une cérémonie en mémoire de Danny, un prêtre catholique a émis une observation intéressante, selon laquelle, en tant que médiateur de la réalité, le journaliste moderne peut être comparé au prophète biblique. Ma première réaction fut que la comparaison était excessive. Pourtant, après réflexion, j’en suis venu à comprendre son intention. Qui sert aujourd’hui de boussole morale pour la société, et, comme les anciens prophètes, risque sa vie en montrant la corruption, l’injustice structurelle, le terrorisme et le fanatisme ? Le journaliste.

 

Mais la Bible nous offre aussi un test infaillible pour faire la distinction entre les faux et les vrais prophètes. Le test n’est pas basé sur la nature des faits rapportés, mais sur la méthode et les principes invoqués par le message. Transposé en langage laïc moderne, cela signifie que le véritable journaliste ne fera jamais de compromis sur les principes universels de morale et d’humanité, et ne nous permettra jamais d’oublier que tous, y compris nos adversaires, doivent être présentés avec dignité et respect, en tant qu’enfants d’un seul Dieu.

 

En conséquence, pour différentier le vrai journalisme du faux, il vous suffit de choisir un journal ou une chaîne de télévision et de vous demander quand ils ont, pour la dernière fois, montré la photo d’un enfant, d’une grand-mère, ou toute autre scène inspirant l’empathie, de l’autre partie en conflit.

 

Je propose d’appeler ce simple test, le "critère Daniel Pearl du journalisme responsable". Quiconque lit aujourd’hui les reportages de Danny, et examine la manière dont il rendait compte du facteur humain sous-jacent à l’information, admettra que l’adoption, par la profession, du critère proposé, serait un tribut approprié à ce qu’il nous a légué.   

 

Judea Pearl *

 

© The Wall Street Journal

 

 

* M. Pearl est professeur à l’UCLA (Université de Californie, à Los Angeles) et  président de la Fondation Daniel Pearl (www.danielpearl.org), dédiée à la promotion de la compréhension entre l’Orient et l’Occident, et à celle de la tolérance et de l’humanité.

 

 

[L’original anglais de ce texte nous a été aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

Mis en ligne pour la première fois, le 3 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

 

Remis en ligne le 8 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

World wild web consortium
Moteur de recherche google
Search Engine google
Search Engine Yahoo
Moteur de recherche Yahoo
Moteur de recherche voila
GUYSEN ISRAEL News
AC-Medias.org
Agence Juive pour Israël
Alexandre Del Valle (site)
Aliya (Fondation Leavi)
Ambassade d'Israël en France
Ambassade d'Israël en Belgique
Amitiés Québec-Israël
Antisémitisme.info
Aroutz7
Belsef
Calendrier juif
Chrétiens et juifs
CID-Info
Communauté online
Connec'Sion.com
Conscience Politique
Consistoire de Paris
Coordination Lutte antisémitisme
CRIF
Desinfos.com
Die Jüdische (en allemand)
Europolitica
Facts of Israel (bilingue)
Famous Jews
France-Israël
Franceisrael.info
Guysen
Hébreu (Morim)
Hebreunet.org
Histoire juive
Infoweb-J
Honestreporting
Israel Hasbarah Committee
Israël Magazine (fr)
Isranews.com
IsraTV
Jerusalem Post (français)
JTA
Judeoscope (Québec)
KKL
Laïc-info
Lutte contre le négationnisme
MediaLine
MEMRI (presse arabe traduite)
Middle East sites
Ministère israélien de l'Aliyah
Myths and facts
Négation de la Shoah
Objectif Information
Observatoire Médias Palestiniens
Palestine Facts
Palestinian Medias Watch (PMW)
Presse mondiale sur le Web
Primo-Europe
Proche-orient.info
Révisionisme démasqué
Shalom Israël
Sionisme (un siècle de)
Tsahal en anglais
UEJF
Un écho d'Israël
UNIFAN, portail de l'alyah francophone
Valeurs actuelles