7 juin 2006
Sur le blog de Gérard Huber
Parmi les premiers signataires de la pétition « Pour Charles Enderlin », un acteur essentiel manque encore à l'appel : Talal Abu Rahma. C'est tout à fait étonnant, lorsqu'on sait que, comme caméraman de France 2, c'est le seul témoin de ce qui s'est vraiment passé au Carrefour de Netzarim, le 30 septembre 2000. Et s'il est un reporter qui connaît la dignité professionnelle de Charles Enderlin, cest bien lui. Alors ? Eh bien, son absence prouve que ceux qui sont à lorigine de la pétition nont nul besoin de sa signature. En effet, ils en ont orienté lobjet sur le respect de la dignité professionnelle dEnderlin, alors que la controverse porte en réalité sur l'exactitude du témoignage de Talal.
Enderlin, France 2 et les lecteurs de Contre-expertise dune mise en scène - et de mes nombreux articles depuis - savent que, depuis le début de mon enquête, jai lutté contre lattaque ad hominem et contre laccusation de manipulation portée à lencontre de France 2. En revanche, jai posé des questions radicales pour tout ce qui concerne la phase amont du montage du reportage, cest-à-dire la capture des images, ses conditions, le fait quaucune chaîne de télévision présente sur place ne les ait prises, mais quen revanche, comme ceux de France 2, les rushes de Reuters, filmés ce jour là, à ce moment précis, montraient plusieurs saynettes mises en scène par des Palestiniens et destinées à épouvanter le téléspectateur.
Au demeurant, je rappelle également que, même lorsque jai mis en doute lexactitude du témoignage de Talal, jai toujours respecté la dignité de sa personne. Il faut impérativement faire la distinction entre les actes et la personne, et, sur ce point, jéprouve les mêmes sentiments que les pétitionnaires, lorsque je constate que quelquun les confond. La personne ne se réduit pas à ses actes, cest précisément le sens du mot « dignité ». La dignité est le droit des droits. Nul ne peut la perdre, quel que soit lacte quil a commis.
Si donc, par-delà la « dignité professionnelle » dEnderlin, les pétitionnaires - qui confondent les deux - ont ressenti cette atteinte à sa dignité, je comprends leur démarche. Pour autant, moi qui respecte Enderlin et Talal, je ne peux signer cette pétition, parce quaucune forme de dignité nest mise en question par la controverse actuelle. En outre, son texte repose sur une confusion - non dite - entre leurs rôles professionnels respectifs. Enfin, à aucun moment, Enderlin, ni, par la suite, France 2, ni, aujourdhui, les pétitionnaires, ne tiennent compte du démenti, voire du désaveu, que Talal a donné, le 30 septembre 2002, du témoignage quil avait fait, le 3 octobre 2000, devant lOrganisation palestinienne des droits de lhomme, et au cours duquel il avait accusé les soldats de larmée israélienne davoir tué « intentionnellement et de sang-froid » Mohamed Al Dura.
Car, une fois le démenti de Talal intégré, que reste-t-il du commentaire dEnderlin ? Rien, strictement rien, puisque cest sur la base de ce témoignage, ultérieurement démenti, quil a donné le sens que lon connaît aux images. Doù cette autre question : pourquoi, dès le 30 septembre 2002, Enderlin na-t-il pas reconnu la faillibilité de son commentaire ?
Et aujourdhui, vous les pétitionnaires, comment pouvez-vous accepter quEnderlin qui nétait pas sur place, continue de prétendre en savoir plus que son caméraman sur ce qui sest vraiment passé ?
POURQUOI NEXIGEZ-VOUS PAS DE TALAL QUIL EXPLIQUE CLAIREMENT ET SANS CONTRADICTION CE QUIL A VU ?
Que vous soyez désormais inquiets de la « perestroïka » qui sannonce dans les médias, est votre affaire, mais cela ne doit pas vous aveugler. Depuis la mise en place dInternet, rien nest plus comme avant. La multiplication des versions données sur telle ou telle image, et Dieu sait si, à propos de la "mort" dAl-Dura elles sont nombreuses et contradictoires, y compris chez vous qui croyez dur comme fer à la version quen a donnée Enderlin, doit rendre encore plus exigeante la vérification des sources et des témoignages. Vous devez donc accepter, quà un moment donné, lorsque la controverse enfle, ce nest pas forcément pour de mauvaises ou méchantes raisons, mais pour que la vérité des faits soit enfin établie en toute objectivité.
Je le rappelle : Enderlin a lui-même dit son accord avec ma proposition dune Commission denquête internationale. Il ne serait pas souhaitable que cette pétition lui fasse obstacle. Messieurs les pétitionnaires, libérez votre action et, vous autres qui souhaitez quun terme soit mis au climat dhostilité qui couve, appelez à la constitution de cette commission.
© Gérard Huber
Mis en ligne le 8 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











