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[Affaire Al-Dura] Félicitations, Philippe ! Par Jean-Pierre Bensimon
"Une Cour d'appel vient de statuer qu'il est possible, en France, sans encourir la condamnation d'un tribunal, de dire et d'écrire qu'un enfant palestinien, mort près de son père, après 45 minutes de mitraillage, qui ne saigne pas et qui lève le coude, que l'on ne peut autopsier parce qu'il aurait été prestement enterré, participe à une mise en scène. Qu'il est possible de dire et d'écrire qu'un journaliste qui a commenté un événement dont il n'a pas été le témoin, et qui porte l'accusation, formelle et sans réserves, contre des soldats israéliens assaillis dans un poste d'observation, d'en être les auteurs, est une honte pour sa profession [...] Qu'il est possible de dire et d'écrire qu'un journaliste qui prétend avoir soustrait le plus longtemps possible au public et aux professionnels de la communication les rushes de son clip sous le prétexte qu'ils montraient une agonie insoutenable, alors que le visionnage ne découvre qu'une suite de saynètes et d'interviews tout à fait ordinaires, pourrait être un fieffé menteur..." (J.-P. Bensimon) - C'est peu dire que je m'associe pleinement à cet éloge mérité. Merci à l'auteur de l'avoir rédigé. (Menahem Macina).
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22 mai 2008 

 
Sur son site Objectif-Info.

 
  Voici la France touchée à son tour par un séisme, un tsunami, une tornade, … Nous ne sommes plus à Séville au XVe siècle, avec Miguel de Morillo et Torquemada, la question et le bûcher en moins. Nous ne sommes plus à Moscou en 1936 avec Andrei Ianourievitch Vychinsky, les aveux et la balle dans la nuque en moins.
 
Voici qu'une Cour d'appel vient de statuer
  • qu'il est possible en France, sans encourir la condamnation d'un tribunal, de dire et d'écrire qu'un enfant palestinien, mort près de son père, après 45 minutes de mitraillage, qui ne saigne pas et qui lève le coude, que l'on ne peut autopsier parce qu'il aurait été prestement enterré, participe à une mise en scène.
  • Qu'il est possible de dire et d'écrire qu'un journaliste qui a commenté un événement dont il n'a pas été le témoin, et qui porte l'accusation, formelle et sans réserves, contre des soldats israéliens assaillis dans un poste d'observation, d'en être les auteurs, est une honte pour sa profession - d'autant que d'où ils étaient, ces soldats ne pouvaient atteindre le soi-disant refuge des soi-disant victimes.
  • Qu'il est possible de dire et d'écrire qu'un journaliste qui prétend avoir soustrait le plus longtemps possible au public et aux professionnels de la communication les rushes de son clip, sous le prétexte qu'ils montraient une agonie insoutenable, alors que le visionnage ne découvre qu'une suite de saynètes et d'interviews tout à fait ordinaires, pourrait être un fieffé menteur.
Il faut féliciter Philippe Karsenty pour sa fierté et son inflexibilité, face aux accusateurs puissants qui multiplièrent les coups bas. Il faut féliciter le groupe israélien de la Mena [Metula News Agency], autour de Stéphane Juffa, de son effort inlassable pour réunir, l'une après l'autre, une multitude de preuves de la supercherie. Il faut féliciter le professeur américain Richard Landes pour sa ténacité et son désir incoercible de démonter le mécanisme de la falsification, et Gérard Huber pour avoir exposé, en français, une première synthèse de la question. Il faut féliciter Menahem Macina pour son application à réunir et à relayer systématiquement sur le Web l'information sur ce dossier. Ils ont fait honneur à une très grande tradition française ouverte par Bernard Lazare, Georges Picquart, et Émile Zola.

Cependant, pour aller au fond des choses, il faut aujourd'hui, huit ans après, replacer tout de même les faits et les acteurs dans le contexte de l'époque.
 
Le soi-disant événement, l'agonie et la mort du petit al-Dura sous les balles de Tsahal, s'est déroulé le 30 septembre 2000. Saisissant le prétexte de la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple, le 28 septembre, dont il avait été dûment prévenu et qu'il avait agréée, Arafat lançait, le lendemain, 29 septembre, la grande offensive politique et militaire longuement échafaudée, qu'il dénomma lui-même "Intifada al-Aqsa". Pour mobiliser les Palestiniens, reproduisant exactement la grande tradition de Amin Husseini, le mufti fasciste de Jérusalem des années 30, il lançait la rumeur que "les Juifs" s'apprêtaient à détruire la mosquée al-Aqsa pour reconstruire leur temple. D'où le nom donné à l'insurrection. A destination de l'opinion internationale, Arafat avait besoin d'un événement de charge symbolique très puissante, susceptible de mobiliser contre Israël, des mythes aussi archaïques que dévastateurs. L'employé à Gaza de l'Autorité palestinienne et de France 2, le cameraman Talal Abou Rahme, et son patron Enderlin, lui firent cadeau de la mort du petit al-Dura le lendemain, au carrefour de Netzarim à Gaza.
 
Ce qu'il faut souligner, c'est que - vraie ou fausse - la mort d'al-Dura ne pouvait devenir une arme de premier ordre, dans la guerre psychologique qui accompagnait l'offensive militaire palestinienne, qu'à la stricte condition d'inonder les réseaux mondiaux d'information. Il fallait entrer dans chaque foyer en Occident, et susciter une indignation indicible à l'encontre d'Israël, en brandissant la preuve de pratiques abominables qui lui ôteraient toute respectabilité, toute légitimité d'exister. C'est à partir de là que le vulgaire faux se transforme en arme de guerre, les grands réseaux d'information, en supplétifs de l'état-major palestinien en campagne.
 
Plusieurs questions restent à élucider:
  • Qui a donné l'autorisation de diffuser le clip, dont la nature de faux était évidente pour un professionnel, dont la dangerosité sautait aux yeux, tant la charge de haine qu'il véhiculait était lourde ?
  • Qui a donné l'ordre de le céder gratuitement à tous les réseaux TV du monde, pour déclencher une grande campagne internationale de diffamation d'Israël, en concomitance avec l'offensive armée d'Arafat ?
Nous sommes convaincus que, dans la France de septembre 2000, une décision stratégique aussi lourde n'a pu être prise qu'à l'Élysée, et non dans les bureaux de France 2. La preuve en sera apportée dans 70 ou 80 ans, quand les archives seront déclassifiées, mais tout incline à le penser.
 
Quelques jours après l'incident de Netzarim, le 4 septembre, Madeleine Albright, la Secrétaire du Département d'État auprès de Bill Clinton, tenta de convoquer une réunion israélo-palestinienne, à Paris, pour forcer la signature d'un cessez-le-feu. Jacques Chirac, à qui l'on avait demandé d'être l'hôte de la rencontre - c'est-à-dire un facilitateur discret -, se comporta en procureur, plus que véhément, jusqu'à la grossièreté envers Éhoud Barak et la délégation israélienne. Il est quasiment acquis aujourd'hui - des témoignages nombreux ont été publiés - qu'il contribua activement à l'échec de l'arrangement espéré par les États-unis. Arafat repartit d'ailleurs de Paris, à l'issue d'épisodes rocambolesques, sans avoir rien signé. La politique officielle française ultérieure de soutien aveugle de l'intifada armée,  mobilisant massivement l'influence politique internationale du pays pour mettre en échec Israël, a été en cohérence avec une éventuelle directive de l'Élysée de diffuser promptement et gratuitement le clip d'Enderlin au monde entier.
 
Dans Chirac d'Arabie, paru en 2006, les deux auteurs, Éric Aeschimann et Christophe Boltanski, consacrent un chapitre entier aux liens saumâtres et intenses que Jacques Chirac avait noués, de longue date, avec Rafic Hariri, un homme d'affaires libanais devenu Premier ministre de son pays, intime du roi Fahd d'Arabie, pays dont il avait aussi la nationalité. Avant son assassinat à Beyrouth, il était si proche de Jacques Chirac, que, nous disent les auteurs, "Le premier ministre libanais exerce une influence grandissante sur la politique arabe de la France" (p. 251). Jusqu'où est allée cette "influence grandissante" ? Dès 1987, Chirac avait dit au chef de sa diplomatie: "… suivez ses conseils" (p. 231). L'individu, surnommé par l'entourage de Chirac "Trafic Hariri", exerçait sur le président français une influence telle (sonnante et trébuchante, nous disent les auteurs), qu'il a très bien pu être l'agent bienvenu et adulé de la politique saoudienne au centre du dispositif diplomatique français pour le Proche et le Moyen-Orient. Dans ce contexte, la politique arafatolâtre de Chirac et l'autorisation subséquente de diffusion internationale gratuite du clip al-Dura s'expliqueraient aisément.
 
L'épisode al-Dura nous a menés au cœur du pouvoir français et de sa politique dite "arabe". Il nous mène aussi au coeur d'une autre calamité, peut-être encore plus sérieuse, le piétinement ordinaire des valeurs universelles et l'empire général des égoïsmes particularistes. Enderlin a sali sa profession, mais elle fait corps avec lui. Il a été à l'origine de ce qui sera une immense campagne de dénigrement d'Israël en Occident et d'antisémitisme forcené dans le monde arabe, qui coûta bien des vies. Et une personnalité comme Elisabeth Lévy, qui a tout compris de sa supercherie, qui a tout perçu des méthodes du représentant de France 2 à Jérusalem, réclame qu'il continue son travail comme si de rien n'était. Au lieu de promouvoir l'autorité de la déontologie professionnelle, d'exiger la qualité professionnelle et l'honnêteté dans ses rangs, de les épurer des brebis galeuses, la profession joue la solidarité corporatiste.
 
Il existe depuis de nombreuses années, parmi les hommes politiques et les économistes français, un grand débat sur le point de savoir si le pays est engagé ou pas, dans une phase historique de déclin. La bataille fait rage sur les chiffres (le rang de la France dans le monde, en termes de produit par habitant, sa dynamique technologique, son industrie, sa balance commerciale, etc.), et sur les institutions (le droit du travail, l'organisation des pouvoirs, la fiscalité, etc.). Ce ne sont là que des symptômes. Si l'on veut vraiment approcher de près le déclin français, c'est du côté des valeurs, de la déontologie, de l'ancrage démocratique, qu'il faut chercher. De ce point de vue, la sainte alliance du pouvoir chiraquien et des médias antisionistes aura été l'expression la plus parlante de la pente sur laquelle la France est désormais entraînée. Mais voilà, il y a cette décision de la cour d'appel de Paris du 21 mai 2008…
 
© Jean-Pierre Bensimon
 
[Texte aimablement signalé par R.R., Bruxelles.]
 

Mis en ligne le 23 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 
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