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"Israël, construction rusée et à l'usure, utopie israélienne": un journalisme doctrinaire, M. Macina
Je vais, ci-après, donner des verges, pour qu’ils m’en fouettent, une fois de plus, à ceux de mon camp, qui me reprochent de citer la prose de nos ennemis. Mais, si j’expose ici (au pilori) le texte, bête et méchant, de cette journaliste à l’anti-israélisme militant, c’est pour inviter ceux qui se seraient laissé éclabousser par son poison, à ingérer bien vite l’antidote du commentaire qui l’accompagne. (Menahem Macina).
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17/05/08


Le texte qui suit, intitulé "Israël, construction rusée et à l'usure", est l’oeuvre de Virginie Roussel, journaliste à
La Libre Belgique ; il a été mis en ligne sur le site de ce quotidien, le 14 mai 2008.

 

Remarque liminaire : Je reproduis, en l’état, le texte paru dans le quotidien belge, sans corriger ni son style, ni sa ponctuation. En parlant de ponctuation, on admirera, au passage, l’expression d’anthologie : « Serge Dassault, le pape de l'aéronautique française d'origine juive… ». C’est évidemment M. Dassault qui était d’origine juive et non l’aéronautique française. Mais voilà, comme trop de ses collègues, hélas, Madame la journaliste (faut-il encore lui concéder ce titre ?) n’a cure de la ponctuation. Résultat :

·         il y avait déjà « la finance juive » ;

·         plus récemment, est apparu « le lobby juif international » ;

·         et aujourd’hui, grâce à Mme Roussel - ci-devant correspondante à Paris du journal La Libre Belgique -, il y aura désormais « l'aéronautique française d'origine juive ».

 

Si j’insiste sur cette bévue de ponctuation et sa conséquence hilarante, ce n’est pas pour venger à bon compte l’injustice de cet article, ni pour noyer le poisson de sa féroce critique d’Israël, en jouant l’indigence d’expression de la rédactrice ; c’est pour mieux mettre en lumière l’obsession antijuive – pour ne pas dire plus – de l’auteure.

Car, outre son style bizarre (« une construction à l’usure », vous connaissez ?), l’ambiguïté – voulue - des mots du titre flirte avec l’antisémitisme le plus éculé :

ruse et usure, ne sont-elles pas les deux mamelles de la haine antisémite ?

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Texte paru dans la Libre Belgique du 14 mai 2008

Nota : Les mises en grasses rouges sont, bien évidemment, de notre Rédaction. Elles ont pour but de mettre en exergue les inexactitudes, les raccourcis orientés, les omissions et les interprétations biaisées de ce texte. Les notes entre crochets expliquent et commentent ces mises en exergue typographiques.

 

Il y a 60 ans, jour pour jour, Israël apparaît sur la carte du monde. Marie Drucker et Max Gallo reviennent sur sa genèse. Une orientation très grand public à travers 5 enquêtes constituées d'images d'archives et d'interviews.

Israël : quand le rêve fait l'Histoire (à 20h50, sur France 3) est un titre bien gentillet pour décrire la genèse d'Israël. Si, d'aventure, il vous prenait l'envie de créer un nouvel Etat, sachez qu'il vous faudrait vous armer d'un solide courage physique, n'agir que par ruse, vous constituer un réseau d'amis bien placés à travers le monde, disposer d'une poignée d'agents secrets mercenaires et, surtout, ne jamais négliger la communication [1].

En matière de ruse et de lobbying, le coup fait à De Gaulle est exemplaire. Le 5 juin 1967, après la Guerre des Six Jours qui voit l'attaque surprise par l'aviation israélienne d'avions égyptiens [2], De Gaulle décrète un embargo sur les armes. Contrairement à ses prédécesseurs, il entend ménager de bonnes relations avec les Etats arabes. Mais les amis d'Israël lui pardonnent difficilement sa décision et sa petite phrase sur ce "peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur". Serge Dassault, le pape de l'aéronautique française d'origine juive [3], décide alors de contourner l'embargo et de faire sortir ses Mirages. Les avions arriveront en kit dans des caisses contenant officiellement du matériel agricole. Grâce à plusieurs complicités au sein des ministères, des administrations et même de l'armée française [4], Israël obtiendra les plans des avions militaires. Et elle réussira à les construire, elle-même, sur son propre territoire.

En termes de stratégie de communication, l'Exodus reste un formidable coup médiatique [5]. L'enjeu était de taille : il s'agissait à l'époque de faire voter par l'ONU la création de l'Etat d'Israël [6]. C'est Ben Gourion, surnommé le fils du Lion, qui eut l'idée de l'Exodus [7]. Il avait annoncé à son cabinet sa volonté de prendre le monde à témoin. Et il décida de recourir à un bateau symbole qui frappe l'imaginaire chrétien occidental en faisant de l'Exodus une version moderne de l'épisode biblique [7]. Il récupère donc un vieux rafiot, un bateau à vapeur fluvial venant des Etats-Unis. Conçu initialement pour naviguer sur un lac, il ne peut accueillir que 500 à 600 passagers. Ben Gourion y fait s'entasser 4 600 juifs rescapés des camps nazis, des hommes valides, mais aussi des vieillards, des femmes et des enfants. Et l'Exodus quitte le sud de la France pour rejoindre la Palestine. Après plusieurs jours de traversée dans de mauvaises conditions, il est refoulé à l'arrivée par les Britanniques. Quelques jeunes passagers échappent à la vigilance des soldats anglais pour embrasser la terre promise devant les espacés [8] entonnant l'hymne de l'Exodus [9]. Deux témoins cruciaux assistent à la scène. Deux hommes chargés de mener une enquête qui décidera de la création ou non d'un Etat juif ont été dépêchés par Ben Gourion [10]. Ce qu'ils voient sur le quai les bouleverse... [11]

Sur le plateau de ce cinquième numéro de "Droit d'Inventaire", Marie Drucker reçoit Eli Barnavi, universitaire et ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002; Robert Badinter, sénateur des Hauts-de-Seine et ancien Garde des sceaux; ainsi que Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères. Avec l'historien Max Gallo, ils remontent aux sources de l'utopie israélienne [12].


Virginie Roussel *

 

© La Libre Belgique


* Correspondante de La Libre Belgique à Paris.

 

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Remarques et commentaires


[1] On me pardonnera de reproduire ici cet extrait de mon introduction à l’article précédent sur le même sujet, intitulé
"La Libre Belgique titre: «Israël construction rusée et à l'usure». Protestation du CCOJB: « La dame signataire de l’article fait semblant de ne pas remarquer que toutes les minorités ethniques ont procédé de la sorte, mutatis mutandis (voyez, entre des dizaines d’autres exemples, le Kosovo), et font de même sous nos yeux, aujourd’hui encore (voyez la propagande palestinienne). Comme d’habitude, seul Israël est épinglé. C’est pitoyable, bien sûr, mais, hélas, terriblement efficace auprès de l’opinion publique ». J’ajouterai que c’est de cette manière qu’il a été mis fin à des situations inadmissibles qui duraient parfois depuis des siècles sans que s’en émeuvent les nations qui en étaient responsables, et entre autres : l’esclavage, les guerres et l’exploitation coloniales, le racisme et la ségrégation. Ce qui est frappant (et choquant) c’est de voir avec quelle rapidité les contemporains et les descendants des bénéficiaires de ces injustices se sont refait une virginité. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de les entendre crier maintenant "haro sur le baudet", le baudet en question étant, à les entendre, "le dernier Etat colonialiste et ségrégationnisme de la planète" : Israël, bien sûr ! (Voir : M. Macina, "Ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal" ;  et "Les nations malades de la peste... sioniste").

[2] Pas un mot de l’imminence, alors, d’une attaque de l’Etat d’Israël par plusieurs armées arabes, ni du casus belli que constitua le blocus maritime imposé par l’Egypte. Pour mémoire, voici un bref résumé de la situation, emprunté à l’article "Guerre des Six Jours" de Wikipedia : "En mai 1967, l'Égypte, qui procède à d'importants mouvements de troupes dans le désert du Sinaï, exige le départ des forces de maintien de l'ordre de l'ONU, qui s'y trouvent depuis 1957, et signe une alliance militaire avec la Jordanie. L'Égypte impose aussi le blocus du détroit de Tiran qui donne accès au port israélien d'Eilat. Israël se retrouve face à des armées arabes hostiles sur tous les fronts. Israël décide de lancer une attaque préventive (5 juin 1967) contre l'Égypte au sud, suivie d'une contre-offensive à l'agression jordanienne à l'est et de l'expulsion des forces syriennes du plateau du Golan au nord." 

[3] J’ai dit, plus haut, ce qu’il fallait penser de cette formule ridicule. J’ajouterai seulement, que la précision "d’origine juive", accolée au nom de Serge Dassault, est clairement destinée à renforcer la théorie du complot, ou du lobby juifs. C’est oublier que Dassault, converti du judaïsme, était catholique de longue date… Mais Mme Roussel et ses semblables semblent avoir en tête la célèbre formule : "chassez le naturel [juif], il revient au galop".

[4] Les "complicités"… Encore la théorie de la solidarité juive = complot = lobby ! "Et même [dans] l'armée française", croit utile de préciser la journaliste : aïe ! Dreyfus n’est pas loin…

[5] "Un vaste coup médiatique". Au point où elle en était, la journaliste aurait pu préciser que ce "coup médiatique" avait été ourdi dès l’époque des camps d’extermination. La preuve, comme elle le dit plus loin : "Ben Gourion fait s'entasser 4 600 juifs rescapés des camps nazis" sur l’Exodus. Voir plus loin.

[6] "Il s’agissait, à l’époque, de faire voter par l’ONU la création d’Israël". Nous avons affaire ici à un procédé journalistique (et sophistique) classique. Sachant la suite, puisque elle a la chance de vivre (et d’écrire, hélas) soixante ans après les événements, Madame Roussel projette dans le passé le résultat de l’enchaînement des événements en les présentant comme voulus et calculés d’avance par l’intelligentsia sioniste d’alors. Il ne lui vient pas à l’idée que la réalité – beaucoup plus concrète et… dramatique était celle de milliers de rescapés de la Shoah qui, dans un combat terriblement inégal avec la puissante marine anglaise, s’efforçaient de rejoindre le pays de leurs ancêtres qui avait justement été créé pour servir de refuge aux Juifs du monde entier. Au lieu de cela, elle plaque sur un passé, pourtant bien documenté, la grille de lecture pro-palestinienne et "droit-de-l’hommiste", qui constitue la Vulgate de tout ce que la société européenne multiethnique compte de "belles âmes", anciennement chrétiennes, qui, après leur apostasie de fait, se sont lancées, à corps (et âmes) perdus, dans cette nouvelle religion, avec le zèle des néophytes de la nouvelle idéologie, superbement ignorants de l’histoire. A cet égard, la journaliste aurait été bien avisée de s’inspirer de l’article, factuel et bien documenté, de Laure Mandeville et Patrick Saint-Paul, paru dans Le Figaro du 2 mai, sous le titre astucieux, "Le vieil homme, l’Exodus, et la mer".

[7] Intimement persuadée – on ne prête qu’aux riches ! - que toute l’opération a été concoctée par Ben Gourion, Mme Roussel nous apprend que le dirigeant sioniste a "décidé de recourir à un bateau symbole qui frappe l'imaginaire chrétien occidental en faisant de l'Exodus une version moderne de l'épisode biblique" (entendez : la sortie d’Egypte). Bien que ce soit là pure imagination de sa part, il se trouve que, dans sa belle ignorance, la dame a frôlé une typologie biblique prophétique : celle de l’endurcissement de Pharaon. Le pharaon de l’époque, c’était Ernest Bevin, ministre britannique des Affaires étrangères et antisémite convaincu. On peut dire que son entêtement à empêcher quelques milliers de réfugiés Juifs de quitter la Gola pour entrer dans leur Terre promise, correspondait étrangement à celui du pharaon refusant de laisser les Hébreux quitter l’Egypte pour se rendre en Canaan.

[8] Les "espacés"… Il semble qu’il faille lire "rescapés". Coquille ? Certainement. Cela arrive, certes, mais est-ce pardonnable de la part d’une journaliste qui vise aussi haut, et dans un quotidien de cette notoriété ?

[9] Mais la bévue qui précède n’est rien en comparaison de l’ignorance historique abyssale de cette journaliste. Quand on se targue de réécrire l’histoire de la naissance d’Israël, il faut au moins savoir que "l’hymne", entonné alors par les "espacés" en question, n’était pas celui "de l’Exodus", mais l’hymne national juif, la Hatikva (l’espérance). Ignorance d’autant plus inadmissible que la chose est expressément dite dans l’émission.

[10] Est-il besoin de préciser que les "témoins cruciaux" dont il s’agit n’ont pas été "dépêchés par Ben Gourion" ? En effet, ces personnalités n’étaient aux ordres de personne, pas même de Ben Gourion, ils étaient membres de l’UNSCOP, la Commission Spéciale sur la Palestine, chargée par l’ONU d’étudier la question des réfugiés juifs désireux d’émigrer en Palestine. Personnellement, je ne suis pas sûr que les deux ou trois personnes sur lesquelles "zoome" la caméra, dans le documentaire projeté par France 3, étaient des membres de cette Commission. Ruth Gruber, la journaliste américaine la plus fiable en cette matière, puisqu’elle accompagna les membres de l’UNSCOP dans leur tournée en Europe et en Palestine, n’en parle pas dans son rapport circonstancié. Elle fournit, par contre, des détails importants sur l’arrivée de l’Exodus à Haïfa, où elle se rendit en personne lorsque, se trouvant à Jérusalem, dans le cadre de sa couverture des travaux de l’UNSCOP, pour le compte de son journal, le New York Herald, elle apprit l’arrivée de l’Exodus (voir : "Ruth Gruber’s Exodus: Part II". Précisons encore que c’est sur la base des informations qu’il a recueillies de sa bouche, que l’écrivain Leon Uris rédigea  son livre, Exodus, et le scénario du film du même nom.

[11] "Ce qu’ils voient sur le quai les bouleverse". Cette remarque, apparemment incidente – qui n’est d’ailleurs que la reprise, presque mot à mot, d’un passage du commentaire du film projeté au cours de l’émission de France 3 -, n’est évidemment pas neutre. L’allusion - qui a toutes les chances d’avoir été perçue, voire admise, par de nombreux téléspectateurs -, peut se résumer en ces termes, à la lumière des remarques antécédentes de la journaliste : C’est l’apothéose du dessein machiavélique de Ben Gourion : on s’est arrangé pour que les membres de cette commission d’enquête onusienne soient mis en condition, ce jour-là, par le spectacle des réfugiés juifs clandestins maltraités par les forces de l’ordre anglaises (qui ne faisaient, après tout, qu’appliquer la loi internationale, non ?) ; et le résultat est couru d’avance ; le rapport accablant de ces "témoins cruciaux" influencera la décision de l’ONU ; et, de fait, la résolution de partage de la Palestine sera finalement adoptée, au grand dam des Arabes, qui la rejetèrent, et des Britanniques, qui la boycottèrent par leur abstention. Ce qu’aurait pu écrire la journaliste de la Libre Belgique sans se faire la propagandiste de l’Etat juif, mais simplement en rendant compte honnêtement des faits, est ceci : En faisant un exemple sévère des passagers de l’Exodus, les Anglais pensaient tuer dans l’œuf le mouvement d’immigration vers la Palestine ; mais ils obtinrent l’effet inverse : le caractère inhumain de leur traitement des rescapés de la Shoah qui s’efforçaient désespérément de se réfugier en Palestine, déclencha une réprobation internationale qui, entre autres facteurs, a probablement joué en faveur de la reconnaissance de l’Etat d’Israël.

[12] "L’utopie israélienne". Cette expression, sur laquelle s’achève l’article, constitue le sceau du journalisme doctrinaire. La réalité importe peu à ces petits juges de l’histoire. Du haut de leur tribune salariée, ils ont tout pouvoir pour assener le droit international à cet Etat-voyou qu’est Israël, à leurs yeux, et pour tenter de discréditer cet Etat auprès de leur lectorat. Au fond, ces gens diffèrent peu des irrédentistes arabes, en général, et palestiniens, en particulier, dont toute l’énergie, depuis des décennies, s’épuise à nier la réalité du droit d’Israël à vivre sur une portion – au demeurant modeste – de ce qui fut leur patrie ancestrale pendant au moins un millénaire, et à tout faire pour qu’un Etat juif ne puisse y subsister en tant qu’entité politique spécifique.


Menahem Macina


© upjf.org

 

Mis en ligne le 17 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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