14/05/08
Voir la première partie du dossier
Texte repris du site Un écho dIsraël http://www.un-echo-israel.net/article.php3?id_article=6231
Diversité, unité
Chaque assemblée messianique est autonome et a son caractère propre. Pourtant, malgré cette diversité, on peut tout de même parler du « mouvement messianique dIsraël ». Dans certaines villes, Jérusalem, Haïfa, Tel Aviv en particulier, des assemblées se retrouvent régulièrement plusieurs fois par an, à loccasion dune fête, pour louer ensemble, ou lors dune crise politique, pour intercéder. Dautre part, des messianiques de diverses congrégations sengagent ensemble dans les actions sociales, pour la musique, ou pour le témoignage.
Depuis 1981, les pasteurs messianiques ont senti le besoin de se rencontrer. Une Conférence Nationale des pasteurs et anciens a lieu trois fois par an. Malgré quelques essais, aucune déclaration commune na pu être élaborée et aucune autorité centrale ne représente ce mouvement à léchelon national. Des retraites spirituelles régionales et nationales, organisées régulièrement, semblent le mieux répondre aux besoins des leaders. Dès 2003, que cela soit en Galilée, ou à Jérusalem, les pasteurs arabes évangéliques y sont également conviés. De même, les cadres des assemblées russes et amhariques, restés pendant quelques années à lécart à cause de la langue, se joignent actuellement aux retraites des pasteurs de langue hébraïque. Depuis 2001, une retraite bisannuelle de 3 à 4 jours, dans le Néguev, organisée au niveau national, rassemble 50 à 70 participants. Ils sont là pour écouter ensemble le Seigneur.
En 1997, les dirigeants messianiques israéliens créent leur propre réseau informatique permettant des relations et informations intercommunautaires rapides.
La musique
La louange ayant une place primordiale dans les assemblées, il a fallu composer, ou traduire des cantiques. En 1957, fut publié un livre de chants - « Chir hadash » (un chant nouveau) - comprenant 200 chants et hymnes, dont la majorité comprenait des cantiques évangéliques, souvent très beaux, traduits en hébreu. En 1976 est publié un autre livre contenant 400 chants dont des Negro spirituals, des chants du renouveau charismatique et des assemblées messianiques dAmérique. Tous traduits, bien sûr, en hébreu. Mais, très vite, sont apparus des chants composés en hébreu, plus populaires et simples : quelques versets bibliques répétés. Cétait plus facile à chanter pour les nouveaux immigrants. La guitare fit son entrée.
Dès 1979, les compositeurs messianiques israéliens organisent un congrès de musiciens messianiques, leur permettant de se faire entendre. Les meilleurs chants sont retenus et édités en livrets. En 1997, est publié un livre de chants messianiques, dont la plupart des paroles sont tirées de la Bible. Certains chants reprennent des prières juives du Siddour (livre de prières).
Actuellement des jeunes compositeurs préfèrent souvent écrire des paroles de leur cru, exprimant leur foi, leur joie, leur amour pour Yeshoua [Jésus]. La musique, très rythmée, reste cependant souvent pauvre.
« Allons-nous un jour, nous les Israéliens, écrire des hymnes, des symphonies, des oratorios, des uvres qui tiennent la rampe ? »,
se demande David Loden, un des premiers musiciens messianiques dIsraël.
Depuis trois ans, accompagnée de batteries, de guitares électriques, et dun piano, une chorale messianique composée de jeunes et de quelques anciens, tous Israéliens, se produit à Jérusalem. La salle est comble, et lenthousiasme très israélien encourage ces jeunes artistes.
Lopposition
Du point de vue juridique, les assemblées messianiques sont des associations déclarées (amoutot). En général, leur présence est acceptée. Pourtant, lopposition existe.
Les messianiques sont accusés par certaines autorités juives dêtre missionnaires. Dans un document ratifié par les leaders des quatre dénominations juives (conservateurs, orthodoxes, libéraux et réformés), il leur est reproché dêtre « en conflit radical avec les intérêts communautaires et la destinée du peuple juif », et dafficher un « judaïsme qui nen nest pas un », ce qui leur permet « dessayer de convertir leurs anciens coreligionnaires ».
En 1977, une loi a été votée pour freiner ce mouvement. Interdiction dévangéliser des mineurs et de proposer une aide matérielle en vue dinciter à la conversion. Le reste est légal.
En 1997 et 1998, deux nouvelles lois anti-missionnaires plus incisives sont présentées à la Knesset. Elles nont pas de suite. Il faut dire que beaucoup de ce que lon raconte et répète sur ces "missionnaires", et qui relève souvent plus du mythe et du préjugé, savère aujourdhui sans fondement, sauf pour quelques rares exceptions.
Lorganisation Yad Leahim (la main tendue aux frères) qui reçoit des subsides gouvernementaux pour son activé caritative, a un département anti-missionnaire très organisé et efficace. Découvrir les messianiques, les menacer et attirer parfois contre eux la haine des voisins, des patrons, des propriétaires et même des directeurs décole. Dans certains cas extrêmes, les enfants « dépistés » doivent quitter létablissement scolaire où les parents les avaient inscrits, et des adultes perdent leur travail, simplement à cause de leur foi. Depuis la naissance du mouvement messianique, des pasteurs, en particulier, ont été menacés et du matériel a été abîmé. Des graffitis ou posters, avec la photo du « messianique » du quartier, sont affichés : « Danger ». Certaines salles de culte ont été incendiées. Mais cela reste exceptionnel. Citons, en particulier, la communauté dArad, harcelée par le groupe orthodoxe des Hassidim de Gour, ces dernières années, et ses membres insultés publiquement.
Cette « haine profonde » qui apparaît dans certaines couches de la population, na, en fait, rien détonnant, tant la peur de se voir « ravir » des frères est latente. Peut-on penser que cette peur senracine dans une longue histoire de persécution et de conversions forcées ?
Un messianique, très discret, ayant été obligé de déménager avec sa famille, me disait :
« Pourtant, je nai rien fait de mal. Je nai rien à cacher. Jai simplement rencontré le Messie dIsraël ».
On pense à ce que Jésus disait à ses disciples : "Vous serez haïs de tous à cause de mon nom" (Lc 21, 17).
Quelques exemples récents :
· En avril, le tribunal local de Jérusalem avait accordé à une association messianique le droit de restaurer lintérieur dune maison qui lui appartenait depuis 20 ans et lui servait de lieu de réunion et dactivités caritatives, en collaboration avec certains habitants du quartier. Mais le Conseil du quartier Rehavia, de Jérusalem, mobilisé par une association anti-messianique et soutenu par le Parti national religieux, prit peur. Craignant linfluence que pourraient avoir ces messianiques sur le voisinage, sur les enfants en particulier, il a fait signer une pétition adressée à la Cour suprême pour arrêter les travaux en cours.
· Latmosphère anti-messianique a culminé dans un attentat terroriste à Ariel, le 20 mars, contre un pasteur et sa famille, lequel a failli coûter la vie au plus jeune fils de 16 ans, qui a été grièvement atteint. Lenquête navance pas, malgré la caméra installée devant la maison à cause des menaces. Etouffer cette affaire serait très grave, en ce que cela ouvrirait la voie à dautres attentats.
· Quelques rabbins ont essayé de boycotter le concours international de la Bible qui a lieu, comme chaque année, le jour de lIndépendance. En effet, Yad Leahim avait découvert quune candidate, sur les quatre sélectionnés par un concours préliminaire, était une juive messianique de 17 ans. Pour ces rabbins, soutenus par les deux grands rabbins dIsraël, elle nest donc plus juive et ne peut représenter Israël à ce concours. Mais du point de vue juridique, a déclaré le ministère de lEducation, elle est juive. Le concours a donc eu lieu avec tous les candidats sélectionnés. Une jeune Israélienne de 15 ans a gagné le concours.
Pourtant, si, en 1986, ma maîtresse doulpan disait : « les Juifs messianiques, cela ne doit pas exister », le climat actuel est différent. La population laïque, en particulier, est plus ouverte à la diversité de croyances. Dans la presse et la télévision, on parle parfois favorablement de ces messianiques, comme de loyaux citoyens.
Le Jerusalem Institute of Justice (J.I.J)
Un jeune avocat messianique a créé et dirige cet Institut dont le nom suffit à définir son but. Se référant à la Cour suprême dIsraël, cet Institut veut permettre, entre autres, à tout Juif de trouver sa place en Israël, et cela quelle que soit sa foi.
Depuis deux ans et demi, douze Juifs messianiques, auxquels le ministère de lIntérieur refusait le droit de citoyenneté selon la Loi du Retour, avaient demandé laide juridique au bureau davocats en lien avec J.I.J.
En avril 2008, cet Institut eut gain de cause : une décision fut promulguée par la Cour suprême, stipulant que, selon la loi, « être juif messianique nempêche personne dêtre citoyen dIsraël selon la Loi du Retour ». Une décision très attendue.
Le J.I.J lutte pour permettre à la communauté juive messianique dêtre reconnue comme étant simplement lun des divers mouvements du monde juif. Cet Institut mène aussi dautres combats, contre la pauvreté par exemple.
Le moshav Yad Hashemona
Yad Hashmona
En 1974, Seppo Raulu, un Finlandais, reçoit de Golda Meir le droit dinstaller un moshav sur lune de collines jouxtant Abou Gosh. Il vient, avec quelques concitoyens, bâtir un mémorial pour honorer la mémoire de 8 Juifs autrichiens réfugiés en Finlande et expulsés vers Auschwitz. Cest Yad Hashmona (mémorial des huit). Ces Finlandais protestants, venus pour aider Israël, y créent une entreprise de menuiserie. Les meubles et infrastructures communes affichent un pur style scandinave.
En 1989, trois Juifs messianiques israéliens se joignent à ces Finlandais.
Peu à peu, des Juifs messianiques remplacent les pionniers finlandais. En 2008, sur les 15 membres fondateurs, seules quatre Finlandaises sont encore là. Ce village messianique se compose actuellement de 15 familles et de 8 célibataires : 38 membres et une quarantaine denfants. Tous ont la nationalité israélienne, acquise parfois par le mariage. Une vingtaine de volontaires internationaux partagent leur vie et leur travail.
Ces dernières années, ce moshav sest transformé en un centre touristique, avec maisons dhôtes, salles de conférences et restaurant strictement cacher, permettant des cérémonies religieuses, mariages, bar-mitzva, anniversaires, etc. toutes tendances confondues.
En 2000, le moshav inaugure son « village biblique » permettant de découvrir les conditions de vie et de travail de lépoque biblique. Une foule dIsraéliens viennent le visiter et y prennent souvent un repas. Certains redoutent linfluence de ces messianiques. Mais, pour Yad Hashmona, la visite de ce musée biblique na rien à voir avec une velléité missionnaire. Le moshav dit aspirer à une cohabitation harmonieuse et vouloir trouver sa place dans la société israélienne. Sur ce point, son intégration semble parfaitement réussie.
Comme beaucoup de villages communautaires, Yad Hashmona est actuellement en cours de privatisation. Cet été, les 38 membres toucheront la totalité de leur salaire.
Conclusion
Ce mouvement est-il devenu un pont entre les Juifs et les chrétiens, comme le désiraient ses précurseurs ? Il est temps que nous, les chrétiens, soyons attentifs à cette réalité nouvelle mais, à la réflexion, plutôt ancienne - de lexistence de Juifs ayant rencontré le Ressuscité, Jésus Messie dIsraël, sans perdre, pour autant, leur judéité. Et quils puissent compter sur notre solidarité et notre prière.
Bibliographie sur le sujet :
· Facts and Myths. About the messianic congregations in Israel, Kai Kjaer- Hansen and Bodil F. Skjott, Caspari Center, Jerusalem (1999).
· Revue Mishkan : The messianic movement in Israel to day, Caspari center, (2006).
Antoinette Brémond
© Un écho dIsraël
Mis en ligne le 16 mai 2008, par M.











