16/05/08
Israël fête ses 60 ans. Léquipe dUn Écho me demande dévoquer des souvenirs. Je vais donc tâcher de rapporter des faits, des histoires vécues dans ce pays depuis 1946. Des choses qui illustrent en petit ce quon vivait alors.
Eh oui, pour moi cela commence en Palestine, en Octobre 1946. Envoyé au Liban à titre de coopérant, ou prof de français pour un an, ce qui comptera comme service militaire, je faisais partie dun groupe de 12 séminaristes âgés de 20 ans. Débarqués en Égypte nous avions pris le train à minuit pour Haïfa, un train qui traversait le nord du Sinaï. De nuit on voyait les dunes de sable, et, de temps en temps un petit groupe de Bédouins sonnait, le train sarrêtait entre deux dunes, et on les voyait disparaître dans la nuit, allant quelque part dans les sables.
Dans le compartiment, deux personnes près de la fenêtre, comment savoir si ce sont des sionistes (bien sûr pas encore Israéliens) ou bien des civils anglais. Ayant fait un peu dhébreu biblique je chuchote Berêshit bara Elohim... (Au commencement Dieu créa...) et voilà que nos voisins continuent par cur avec un sourire les versets suivants. La conversation sengage, en anglais : ils retournent dÉgypte à Tel Aviv, on parle pendant une heure, mais à 1 h. du matin ils veulent dormir, et je demande encore comment on dit Good night en hébreu. Ma première leçon dhébreu moderne. Le matin à 6 h., on passe à Lod (Lydda). Sur le quai des gosses arabes attendent pour cirer les chaussures ou vendre des journaux. Jachète Ha-Aretz - il existait déjà - et je le rapporterai à mon prof dhébreu au séminaire. Je ne pensais pas alors que je reviendrais un jour ici, ni que je lirais Ha-Aretz tous les soirs sur Internet, 60 ans après. Nos voisins nous quittent, ils rejoindront Tel Aviv en bus, car le train ny passe pas encore. A Haïfa à midi nous prenons des taxis collectifs arabes et partons pour Beyrouth. On passe la frontière à Râs en-Naqoura (Rosh ha-nikra) sans problème. Et là commence un autre chapitre. Durant cette année 46-47 jai commencé à apprendre larabe oriental (les dialectes de Liban-Syrie Jordanie-Palestine sont très proches). Ce détail a sa place pour la suite de lhistoire.
A Pâques 1947, lUniversité Saint Joseph de Beyrouth organise un pèlerinage en Terre Sainte et nous descendons au Liban sud dans un car de lUniversité, nous passons la frontière, et là, en attendant le contrôle des passeports, nous nous asseyons sous des arbres. Des gosses nous entourent, des petits arabes, mais il y a aussi un gosse juif de 10-11 ans. Jentame la conversation... en quelle langue ? Eh bien en arabe ! Oui, vivant avec les enfants arabes, il le parle très bien. Intéressant. Je le quitte en demandant comment on dit en hébreu : Comment ça va ? Deuxième leçon, cela me servira. A Jérusalem on visite les Lieux saints, notre guide, jésuite français, ignore tout ce qui est juif, et quand on retournera au Liban par Ramlé et la côte je lui demanderai innocemment que lon passe par Tel Aviv, il me répondra, outré : Ça ne nous intéresse pas, on est venu en Terre Sainte.
En attendant nous sommes encore à Jérusalem, et on va faire une visite à Hébron, au tombeau des Patriarches. Mais dès lentrée de la ville, voyant un car inconnu (même si les mots Université Saint Joseph sont écrits en arabe sur le flanc du car), les enfants de la rue nous accueillent avec une pluie de pierres. Le chauffeur libanais moustachu saute du car et crie quelques mots en arabe, mais reprend vite le volant et nous déclare : Moi je nentre pas dans cette ville ! Je ne la verrai que 20 ans plus tard, en 1967.
A Jérusalem, à chaque coin de rue, des sacs de sable et derrière, soit un soldat anglais, soit un juif du Palmach, soit un garde arabe avec le voile blanc et rouge (keffié) et le cordon noir. Ils collaborent pour maintenir lordre, dans le climat déjà tendu.
Au cours de ce séjour on passe à lUniversité hébraïque au Mont Scopus, pour remettre une lettre dun Jésuite de Beyrouth à un professeur juif. Il y avait déjà collaboration et échanges à cette époque. Un jardinier gratte la terre. Je lui dis ma phrase Comment ça va ?, il sourit tout étonné (notre groupe de séminaristes est... en soutane noire), et répond Bien, merci. Troisième leçon. Mais je suis ému de ces courts contacts.
Enfin passons. Si je veux arriver à 2008 dans ce petit bulletin.
Etant devenu religieux (Petits Frères de Jésus de Ch. de Foucauld), je me retrouve en 1950 sur les routes de ce qui est devenu Israël, avec des Petites Surs qui commencent une fraternité à Jérusalem. Il faut se débrouiller pour avoir des tickets dalimentation, car bien des denrées sont encore limitées. Dans la tournée, nous allons aussi en Galilée, et tout se fait en stop. Chaque chauffeur sarrête pour ramasser les stoppeurs. Cest courant. Un camionneur qui va en fait à Afoula pousse jusquà Nazareth (12 km plus loin), pour nous rendre service. Cétait lbon temps !
A Nazareth, nous rencontrons un vieux prêtre arabe qui nous dit : Oui, nous sommes restés. On nous a dit : Partez, partez, on va chasser les Juifs et vous reviendrez. Moi jai dit aux gens : Restez, il narrivera rien. Et nous sommes restés. Ce nest sûrement pas tout le tableau, il y a eu ces avertissements des dirigeants arabes, mais aussi des actions militaires israéliennes qui ont provoqué la fuite des réfugiés. Il y a deux versions, partielles et partiales, ce nest pas mon sujet, mais je pensais utile de raconter ce que jai entendu alors. Israël avait deux ans.
En 1953, pendant les vacances de mes études de théologie en France, jai passé deux mois en kibboutz. Que dhistoires encore ! Jen rapporterai deux : à Tséélim, un enfant de 14 ans, venu dans un groupe denfants travailler pendant lété, me dit : Il paraît quy a des curés dans le kibboutz ! Eh oui, et jen suis un. Ah bon, alors jai des questions : Pourquoi vous avez des statues (en hébreu, même mot pour statue et idole) dans vos églises ? Ne voulant pas membarquer dans ces petits problèmes avec un enfant, et mon hébreu étant encore limité, je lui dis : Je suis ici pour clouer des caisses, laisse-moi travailler. Il sexcuse : Daccord, daccord, mais juste une dernière petite question : Quest-ce que Jésus a changé ? Bon, on sest quitté bons amis sans avoir abordé cette petite question.
Dans le même kibboutz, une fillette de 14 ans qui arrachait des herbes dans les sillons, sadresse à moi (je travaillais à 10 mètres delle) : Tu es chrétien, tu veux vivre avec nous ? Alors pourquoi tu ne te convertis pas au judaïsme ? Le genre de travail que nous faisions ne lui permettait pas de commencer mon éducation. Toutefois dans les années qui ont suivi, quand on me demandait : Tu nes pas venu faire de la Mission (prosélytisme) ? Je pouvais dire : Non, je nen ai jamais fait, mais on en a fait auprès de moi. Et je me rappelais en souriant la gosse dans le champ.
Finalement en 1956, ayant fini mes études, je débarque à Haïfa et vais à Jaffa commencer ma vie de travail et prière. Il faut manger. Je vais donc au bureau dembauche faire la queue. Lemployé voyant mon passeport me dit : Avec un truc comme ça tu ne peux pas travailler ! Va au ministère du Travail. Jy vais, et la secrétaire du ministre (il ny avait personne dans les couloirs) me déclare : Monsieur, si on vous a donné un visa dun an, il faut manger, donc vous avez le droit de travailler. Cétait lbon temps.
En fait japprends la céramique chez un artiste connu avec qui je travaille quand il prépare les noms des camps de concentration pour le carrelage de la Salle du Souvenir à Yad Vashem. Quand je pense que cest à cause de la Shoa que jai voulu vivre ici... La boucle se ferme. Je vis avec un autre frère dans une baraque au nord de Tel Aviv. Lui travaille comme soudeur dans une usine. Une nuit quil était seul, des gens nous soupçonnant de Mission mettent le feu à un coin de la baraque. Mon frère court chez les voisins, et cest lun deux qui laidera à éteindre le feu. Notre propriétaire avait reçu des menaces : Si tu ne les chasses pas... Il nous dit cela en riant, et ne change rien de son attitude bienveillante.
Au cours de cette année 1956, Israël noccupe pas les territoires et a 13 km de large en son milieu (bande côtière). Les pays voisins disent et redisent que cet État doit disparaître, et des groupes armés entrent la nuit du nord, de lest et du sud, quatre fois par semaine et tirent ou jettent des grenades. En sept mois, 114 attentats avec des victimes israéliennes. Heureusement les attentats sont moins efficaces quaujourdhui, car depuis on a trouvé mieux pour tuer.
En 1959 avec deux autres frères, je vais travailler un mois en kibboutz, et le responsable des loisirs vient me dire : Il faut nous faire une petite conférence sur vous. Réticent au début, je cède quand il me dit : On vous reçoit, vous travaillez avec nous et on ne sait pas ce que vous êtes ! Un vendredi soir, je parle 20 minutes, sans trop entrer dans les détails religieux. Oui, nous travaillons, divers travaux, au milieu des gens, et le soir nous prions Dieu. A la sortie une jeune fille minterpelle : Dommage, tu nas pas exposé lidéologie qui est derrière tout cela !
Bien des années après, revenant au kibboutz en visite, je vois des uvres très belles en émail sur cuivre sur les murs de certains bâtiments. Qui fait cela ? Cest Gaia. Je la rencontre, elle me dit : Ah, tu sais quand je travaille, je pense à toi... Tiens, tu sais donc que je fais de la céramique ? Non, non... cest autre chose : pour travailler, je ferme les yeux et je vois une image, et je recopie ce que jai vu. Alors, doù ça vient ? (elle pense à Dieu, à ces religieux venus autrefois qui travaillaient et priaient). Au début je ne voulais même pas signer : ce nest pas de moi, ça ! Après une pause : Et tu sais, quand tu as parlé au kibboutz, javais 14 ans. Seize ans avaient passé depuis.
En 1960 je demande à être naturalisé. Au bureau lemployée dit simplement : Bon, deux photos et 3 Livres. Pour une Livre, on avait un kilo de pommes. Trois mois après la réponse favorable arrive. Entre parenthèses, aujourdhui des Européens me disent : Comment ? tu fais partie de ce peuple ?! Je dis : Oui, certains Israéliens font des choses regrettables, dautres protestent et agissent, je ne me sens pas seul. Ceci dit en passant, très brièvement.
Parmi les voisins de notre baraque il y a un ménage hollandais. Elle, fille du Grand Rabbin de Hollande, mort en camp, a été elle-même de 10 à 14 ans en camp, avec Anna Frank. Elle est sortie vivante, mais très marquée. Un jour jarrive à la porte de la cuisine, elle remue une soupe, les yeux fixes droit devant elle. Elle sent ma présence et sursaute effrayée. Oh pardon... tu sais, je vis encore ça. Parfois jai faim soudain, il y a bien du pain dans le placard, mais je cours en acheter à lépicerie. Elle est retournée en Hollande où elle est morte de la tuberculose.
Après neuf ans (que je ne raconte pas en détails !), donc en 1965, nous sentons le besoin de vivre aussi avec la minorité arabe dIsraël, et nous voilà à deux à Tarshiha, village arabe assez aisé, 1000 catholiques avec des minorités : 200 orthodoxes, 100 musulmans, et 10 familles juives, tenant des petites boutiques en bordure de la route. Dans lHumour en finale on retrouvera un de ces petits commerçants. Pendant deux ans je continue ma céramique et lautre frère travaille dans les champs avec des ouvriers arabes et juifs. Que dhistoires là encore. Que damis jai gardés là-bas. Jai ainsi pu voir la réalité par lautre bout de la lorgnette. Déjà des expropriations (limitées) avec des bons prétextes : Le gouvernement dit : On leur a proposé des dédommagements, ils ont refusé. Mais ils avaient sans doute de bonnes raisons de refuser. Là encore ce nest pas le lieu de développer, mais cest deux ans de rencontres, de réflexions, de joies et de peines. On réalise de façon concrète que chaque peuple a ses qualités et ses défauts. Et pas les mêmes... doù tellement de malentendus.
Nous voilà ensuite à Haïfa, où je travaille maintenant comme typographe sur ordinateur pour une maison dédition. Adieu la céramique. En sept ans jen verrai, des livres, des auteurs ! Une ou deux histoires : parmi nos clients un rescapé de la Shoa qui écrit un livre de petites nouvelles, 3-4 pages chacune. La Shoa lobsède : Un enfant juif erre, voulant acheter une boussole pour rejoindre un oncle dans le nord de la Pologne, ses parents étant disparus. Finalement une vieille Polonaise à qui il demande une boussole lui dit tristement : Pauvre gosse, où veux-tu trouver une boussole, quand Dieu a perdu la sienne ? Je cite une phrase de son livre, elle reflète le désarroi dalors.
Ce même vieux juif polonais, intéressé par mon histoire, minvite chez lui (Ma femme veut te connaître). Et quand je déballe notre belle théorie : Vivre avec les pauvres, les gens qui souffrent... il me dit soudain : Mais si tu veux vivre avec ceux qui souffrent le plus, ce nest pas avec nous que tu dois être, cest avec les Palestiniens ! Un rescapé de la Shoa. Jai pu lui dire que nous avons des frères et surs chez les Palestiniens, et Si lon adopte un peuple, cest pour la vie... Du reste, Israël ne souffre-t-il plus ? Il semblait satisfait de ne pas mavoir convaincu.
En 1967, après des mois de peur dêtre envahi et supprimé, on se retrouve le 7 juin dans Jérusalem-est et les territoires, et on a enfin accès au Mur occidental (du Temple), ce qui était impossible pendant 20 ans. Moi aussi avec mon passeport israélien, je ne pouvais plus aller à Bethléem. On partage la joie pas encore bien digérée. Mais la rencontre avec nos frères et surs de Vieille Ville, annexés en une nuit, nous fait sentir de nouveau les deux côtés du problème. Un soldat trop zélé a planté un drapeau israélien sur le dôme doré de la Mosquée dOmar, mais Moshé Dayan donne lordre de le retirer. Jaccompagne un de nos frères de Vieille Ville à la banque, je sers dinterprète. Lemployée me demande, comme pour un touriste : Quand est-il entré en Israël ? Je lui traduis avec un sourire embarrassé, il rétorque : Dis-lui que cest eux qui sont entrés chez moi ! Cest lui qui dans nos échanges de ces jours inoubliables, nous a dit : On navait pas idée que vous viviez dans la peur... Que de souvenirs de cette période !
En 1973-4, à la guerre de Kippour, face à lÉgypte et la Syrie, on manque de craquer, Moshé Dayan a une dépression nerveuse, pendant 8 jours la radio bredouille des nouvelles banales, peu claires. Finalement on prend le dessus. Et les pourparlers avec lÉgypte aboutiront en 1977 à la venue dAnouar Es-Sadate à Jérusalem. A la Knesset il dit : Pendant 30 ans nous avons refusé dadmettre votre présence, eh bien je suis venu vous dire : vous êtes ici et nous (lÉgypte) lacceptons. Près du grand hôtel King David où lon reçoit les officiels, je suis là parmi la foule qui se masse le plus près possible, des drapeaux égyptiens flottent, on regarde, je pleure comme bien dautres.
Mais pendant les trois mois qui ont suivi cette guerre, en 1974, les hommes étaient restés sur les fronts. On manque de main duvre, on demande des volontaires, et je me retrouve à la poste dAfoula, comme facteur. A 6h.30 on trie le courrier. A 7 h. on part le distribuer dans les quartiers et la campagne environnante. Un matin on reçoit une masse de revues très lourdes à distribuer dans toutes les maisons. Un protestant de Jérusalem a fait un recueil de textes de propagande pour convertir nos compatriotes. Mes collègues facteurs protestent (je ressens la même chose, surtout que cest très lourd, et... il y a une diatribe contre le Pape ! Ah, que faire ?). Un vieux fonctionnaire juif religieux, ancien dans le métier, est assis à sa table, et il tranche : Ils ont payé le timbre, il faut distribuer ! Cest ainsi que jai distribué, une fois dans ma vie, des vilaines choses sur le Pape.
Dans cette période 1970-1980 il y avait à Afoula, notre petite ville, des essais dattentats de la part des habitants arabes du nord de la Samarie. La police a convoqué les hommes de nos quartiers pour une garde civile des quartiers la nuit : un groupe de 21h.00 à 1 h. du matin, et un autre de 1 h. à 5 h. Jai dû y aller pendant un an (toutes les trois semaines). On était par groupes de deux. A 20h.30 on recevait un vieux fusil pour deux. Cétait mon compagnon qui le portait. Quatre heures à se traîner en disant ce quon peut. Mais un jour, les policiers tout fiers annoncent : On a des fusils tout neufs, un par personne. Je fais la queue, et arrivé au policier je dis : Je suis religieux chrétien, je ne porte pas darme. Un jeune gars derrière moi, élève la voix : Moi, le pacifiste, je men charge ! En fait je tourne 4 heures avec un autre, mais à 1 h. du matin on se retrouve dans une auto avec le jeune. Ah cest toi ? Jessaie de dire doucement que je suis venu comme chrétien vivre ici avec... Très bien, mais sois conséquent, va jusquau bout ! Tu crois que ça me plaît de me promener la nuit, que jai envie de tuer ? Non, mais je garde mon quartier, mes enfants. Je me tais, nayant plus rien à expliquer. Alors à la fin il conclut : Enfin, lhonneur de lhomme, cest sa foi. Et il se calme.
Nous voilà en 1984, des attaques de la frontière nord, déjà alors, déclenchent la première guerre du Liban. Ariel Sharon, envoyé par Menahem Bégin pour lutter dans le sud Liban, dépasse largement sa tâche et se retrouve à Beyrouth. Était-ce nécessaire ? Un officier sur le front de Beyrouth dit publiquement quil faut se retirer, que cest injustifié, mais on ne lécoute pas. Alors il quitte son poste, rentre chez lui. Désertion ? On ne linquiétera pas par la suite. Du reste à la télévision on voit dans le soir des soldats assis autour du feu qui disent : Cest une sale guerre ! On na rien à faire ici ! Et 400.000 israéliens vont manifester sur la grand-place de Tel Aviv pour le retrait immédiat. Bégin en attrapera une telle dépression quil se retirera chez lui, laissant son poste à dautres.
Et je nai rien dit de la guerre dIrak, où Israël est bombardé sans réagir (peu de morts, mais des blessés, et surtout, que de maisons complètement détruites !), ni des attentats plusieurs fois par semaine en 1996 avec une fois 22 morts et 70 blessés, une autre fois 12 morts et 100 blessés. Occasion de dire que quand on parle de blessés, le lecteur se dira : Bon, un peu amochés mais ça passe. Non, parfois cest 6 mois dans le coma (ou des années), ou bien paralysé pour la vie, ou un enfant de 10 ans les deux jambes coupées. Doù le mur... Depuis quil est là, il ny a presque plus dattentats.
Et pourtant, on est en droit de vouloir le voir disparaître. Car son trajet annexe des terrains, coupe les gens de leur hôpital, les enfants de leur école. Des Israéliens ont manifesté avec des Palestiniens pour faire changer lemplacement ici ou là. Ce qui a amené une fois la Haute Court de Justice à prescrire de changer le tracé. Mais cela reste une plaie. Et le dilemme : quand on ouvre les portes du Mur, le lendemain il y a un attentat grave dans la population israélienne (cest arrivé plus dune fois dans le passé). Ce nest pas ici le lieu den parler ni de donner la solution. Cela, on le fait de loin, en Europe. Mais, sur place, on est déchiré. Car on sait ce que cela coûte aux pauvres civils, actuellement surtout les Palestiniens. Dieu sait peut-être, lui, ce quil faudrait faire, car il a sûrement une boussole. Mais les hommes sont coincés, par des années et des générations de peurs et de souffrances, comment dénouer les nuds ?
En regardant en arrière, à travers ces 60 ans, je me rappelle tout cela, et tout le reste. Vous avez là quelques flashes dici de là à travers les années. Il faut quand même laisser la place aux autres dans cet Écho. Mais il y aurait encore tant à dire...
Yohanan Elihaï
© Un écho d'Israël
Mis en ligne le 16 mai 2008, par M.











