[*] Voir : "Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d'Europe".
13/05/08
Ce texte de l'entretien entre Georges Bensoussan et Didier Pasamonic est repris de la Revue Regards
Question : Quels sont les éléments historiques qui permettent daffirmer quil ny a pas de lien de causalité entre la Shoah et la fondation de lEtat dIsraël ?
G. Bensoussan : Israël naît directement dun mouvement politique qui sappelle le sionisme, et non pas seulement de lantisémitisme ou de la quête dun Etat-refuge. Le mouvement sioniste traduit la volonté de donner une nouvelle définition, nationale, laïque et sécularisée de lidentité juive. Il sagit aussi de chercher à sortir dune condition daliénation et de souffrance. Si Israël a vu le jour en 1948, ce nest pas seulement parce que lONU la décidé en 1947, cest parce quil y avait préalablement un foyer national juif qui comptait environ 600.000 personnes, et qui fonctionnait déjà comme un Etat. Il en avait toutes les formes et toutes les institutions. Ce nétait pas une communauté juive de plus, comme en diaspora, mais lembryon dun Etat.
Q. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis nétaient pas favorables à la création de cet Etat
G. B. : En effet. Le Royaume-Uni sest abstenu de voter en faveur du Plan de partage, le 29 novembre 1947. De surcroît, sur le terrain, les Anglais, favorables aux Arabes, leur ont cédé au moment de leur retrait de Palestine un grand nombre de leurs positions militaires. Les Etats-Unis nétaient guère davantage favorables à la création dun Etat juif : le Département dEtat a même milité contre le partage. Mais Truman a passé outre in extremis. Après le vote favorable du 29 novembre 1947, et du fait de la montée des violences en Palestine au printemps 1948 (avant la déclaration dindépendance), Washington va toutefois proposer à lONU en mars 1948 de suspendre la décision du Plan de partage, ruinant la possibilité de lEtat juif. Mais lorganisation internationale ne donnera pas suite à la recommandation américaine.
Q. : LURSS est donc le principal allié de la création de lEtat dIsraël
G. B. : Absolument. Allié diplomatique dabord, puisque cest le premier pays qui reconnaît lEtat juif. Allié également lorsque, un an avant, le ministre soviétique des Affaires étrangères, Andreï Gromyko, prononçait un véritable plaidoyer en faveur de lEtat juif. Allié sur le terrain, enfin, dès lors quune grande partie des armes de la toute jeune armée israélienne (la Hagana, devenue Tsahal) sont des armes tchèques dorigine russe, arrivées en Israël grâce au feu vert des Soviétiques.
Q. : Comment les alliances se sont-elles renversées pour aboutir au soutien américain daujourdhui ?
G. B. : Les Soviétiques avaient misé sur un Etat anti-impérialiste et anti-britannique dans la région, puisque les sionistes se battaient contre les Anglais depuis 1945. Ils font le calcul selon lequel les Israéliens seront demain leurs alliés contre la Grande-Bretagne. Ils se trompent : Ben Gourion choisit très tôt, dès 1949, le camp occidental. Doù le renversement dalliance, complet et immédiat.
Q. : Sil ny a pas de lien de causalité historique entre la Shoah et lEtat dIsraël, il existe cependant un lien entre les deux...
G. B. : Tout à fait, et même un lien puissant. Mais il est dordre politique et non historique. Il est au centre de lidentité israélienne daujourdhui, façonnée par la mémoire de Shoah. La question est donc de savoir comment lon est passé du rejet dune tragédie qui inspirait alors honte, voire dégoût, à la mémoire sacralisée daujourdhui.
Propos recueillis par Didier Pasamonik
Conférence de Georges Bensoussan
« Israël, le sionisme et la destruction des Juifs dEurope »
Mardi 20 mai à 20h30
Espace Yitzhak Rabin, Bruxelles.
Infos 02 - 543.02.70
© Regards
Mis en ligne le 13 mai 2008, par M.











