09/05/08
Original anglais : John Whitbeck, "If Kosovo, why not Palestine?" (Si le Kosovo [a obtenu son indépendance], pourquoi pas la Palestine), paru sur le blog Window To Palestine, le 28 février 2008
Traduction française : Menahem Macina
Il est temps pour la direction politique palestinienne de Ramallah de mettre à lépreuve la communauté internationale à propos de lindépendance de la Palestine.
Comme prévu, le Kosovo a rendu publique sa déclaration unilatérale dindépendance, et les Etats-Unis ainsi que la plupart des pays de lUnion Européenne, avec lesquels cette déclaration a été coordonnée, se sont empressés daccorder une reconnaissance diplomatique à ce « nouveau pays ». Lextraordinaire témérité de ce développement devrait frapper quiconque est attaché tant au droit international quau sens commun.
Les conséquences potentiellement déstabilisantes de ce précédent (à propos duquel les Etats-Unis et lUnion européenne insistent bizarrement sur le fait quil ne faut pas le considérer comme un précédent) ont été abondamment discutées, en référence à dautres Etats souverains reconnus internationalement qui sont confrontés à des mouvements séparatistes puissants qui pratiquent une autodétermination, précaire mais efficace, tels lAvkhazie, lOssétie du Sud, la Transnistrie, le Ngorno-Karabakh, la république serbe de Bosnie, la République turque de la partie nord de lîle de Chypre et le Kurdistan iraquien -, ainsi quà dautres minorités mécontentes partout ailleurs dans le monde. Une de ces conséquences, potentiellement constructive, na pas encore été discutée.
Limpatience dont ont fait preuve les Etats-Unis et lUE à découper une partie du territoire dun Etat-membre des Nations Unies (universellement reconnue, même par eux, comme faisant partie du territoire souverain de cet Etat), au prétexte que 90% de ceux qui vivent dans cette portion du territoire de lEtat sont partisans de la séparation, contraste fortement avec la patience sans borne dont font preuve les Etats-Unis et lUnion Européenne quand il sagit de mettre fin à loccupation par la force, qui dure depuis 40 ans, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza (dont aucune partie nest reconnue par quelque pays que ce soit comme faisant partie du territoire souverain dIsraël, et dont seule une infime partie Jérusalem-est occupée est considérée par Israël comme relevant de sa souveraineté). Pratiquement tous les habitants légaux de la Cisjordanie et de la bande de Gaza aspirent à la liberté, et ce depuis plus de 40 ans. Cest pour cela quils sont punis, sanctionnés, assiégés, humiliés et, jour après jour, sans fin, tués par ceux-là mêmes qui se targuent dun haut niveau de moralité.
Aux yeux des Etats-Unis et de lUnion européenne, une déclaration proclamant que le Kosovo est indépendant de la souveraineté serbe, doit être reconnue, même si la Serbie nest pas daccord. Par contre, leur attitude a été radicalement différente quand la Palestine a proclamé son indépendance vis-à-vis de loccupation israélienne, le 15 novembre 1988. A lépoque, les Etats-Unis et les pays de lUnion européenne (qui, estiment constituer la "communauté internationale", à lexclusion de la majeure partie du genre humain) ont été ostensiblement absents, alors que plus de 100 pays reconnaissaient le nouvel Etat de Palestine, et leur non-reconnaissance a rendu symbolique cette déclaration dindépendance, et malheureusement aussi pour la plupart des Palestiniens.
Selon les Etats-Unis et lUnion Européenne, pour être reconnue et effective, lindépendance palestinienne doit être négociée sur une base bilatérale inégale entre la puissance occupante et le peuple occupé, en insistant sur la nécessité dobtenir laccord final de la puissante occupante. Pour les Etats-Unis et lUnion Européenne, tant la loi internationale que les droits et les désirs dun peuple qui souffre et est lobjet dun traitement brutal depuis longtemps, ne sont pas pertinents. Pour les Etats-Unis et lUnion Européenne, on ne peut pas exiger des Albanais kosovars, qui ont bénéficié de près de neuf années dadministration onusienne et de la protection de lOTAN, quils attendent plus longtemps leur liberté, alors que les Palestiniens, qui ont subi plus de 40 années doccupation, peuvent attendre éternellement.
Avec le "processus dAnnapolis", qui ne mène nulle part, comme cétait clairement lintention américaine et israélienne, dès le départ, le précédent du Kosovo offre à la direction palestinienne de Ramallah - acceptée comme telle par la "communauté internationale" parce quelle est considérée comme servant les intérêts israéliens et américains -, une opportunité en or de prendre linitiative, de réinitialiser ses objectifs et de restaurer sa réputation ternie aux yeux de son peuple. Si cette direction croit vraiment, malgré toutes les preuves du contraire, quune solution décente "à deux Etats" est encore possible, cest linstant idéal pour réaffirmer lexistence légale (quoique sous occupation militaire prolongée) de lEtat de Palestine, précisément dans la totalité des 22% de la Palestine mandataire qui navait pas été conquise ni occupée par lEtat dIsraël avant 1967, et dappeler tous les pays qui nont pas accordé la reconnaissance diplomatique à lEtat de la Palestine en 1988 et particulièrement les Etats-Unis et lUnion Européenne - de le faire maintenant.
La direction politique albano-kosovare a promis de protéger la minorité serbe du Kosovo, dont on sattend à ce que la peur la fasse fuir. Les dirigeants palestiniens pourraient promettre daccorder une généreuse période de temps qui permettrait aux colons israéliens vivant illégalement dans lEtat de Palestine, et aux forces doccupation israéliennes de se retirer, et également denvisager une union économique avec Israël, louverture des frontières et un statut de résident permanent pour ceux des colons illégaux qui accepteraient de vivre en paix sous domination palestinienne.
Bien entendu, pour éviter que les Etats-Unis et lUnion Européenne ne traitent cette initiative comme une plaisanterie, il faudra quil y ait des conséquences significatives et explicites, sils devaient le faire. Une des conséquences serait la fin de lillusion dune solution "à deux Etats". La direction palestinienne ferait clairement savoir que, si les Etats-Unis et lUnion européenne, qui viennent juste de reconnaître un deuxième Etat albanais sur le territoire souverain dun Etat-membre des Nations Unies, ne reconnaissaient pas maintenant un Etat palestinien sur une minuscule partie de la patrie palestinienne occupée, elle dissoudra lAutorité Palestinienne (qui, du point de vue légal, aurait dû cesser dexister en 1999, à la fin de la "période intérimaire" de 5 ans, fixée par les accords dOslo), et que le peuple palestinien cherchera alors la justice et la liberté par voie de démocratie, par la poursuite, tenace et non violente, de lobtention des pleins droits de citoyenneté dans un seul Etat de tout lIsraël-Palestine, libre de toute discrimination basée sur la race et la religion, et avec légalité de droits pour tous ceux qui y résident.
Les dirigeants palestiniens ont trop longtemps toléré lhypocrisie et le racisme occidentaux et joué le rôle didiots crédules. Il est temps dinverser les choses, de manière constructive, et de secouer la "communauté internationale" pour quelle prenne conscience du fait que le peuple palestinien ne tolèrera tout simplement plus longtemps une injustice et un abus intolérables.
Si ce nest pas maintenant, alors quand ? [2]
John V. Whitbeck *
© Window Into Palestine Blogspot de lauteur
* John V. Whitbeck est avocat international ? Il a été conseiller de léquipe palestinienne de négociations avec Israël.
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Notes du traducteur
[1] Voir le livre de Florent Brayard, Comment lidée vint à M. Rassinier ? Naissance du révisionnisme. Préface de Pierre Vidal-Naquet. Fayard, 1996, 464 p. Voir aussi le compte-rendu de louvrage, dans Le Monde du 16 février 1996, en ligne sur le site PHDN.
[2] J'ignore si M. Whitbeck est Juif, mais ce qui est certain est que sa formulation anglaise, "If not now, when", resemble étrangement à la maxime de Hillel qui se termine par "we'im lo' akhshav az eimataï" (et si [tu n'agis] pas maintenant, alors, quand?)
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Mis en ligne le 09 mai 2008, par M.











