08 mai 2008
Nous le prédisions (1) : à mettre la charrue avant les bufs, le président de la République et son éminent conseiller sont assurés de voir leur « coup » faire long feu.
En effet,
« le calamiteux lancement du projet d'Union méditerranéenne, devenu, depuis, Union pour la Méditerranée, a éveillé en Europe des incertitudes sur les ambitions européennes du président Sarkozy » (2)
Il y a peu (3), M. Henri Guaino [1], linitiateur du projet, estimait inutile de
« conditionner la coopération avec la Méditerranée à la résolution des questions politiques
» ;
et affirmait :
« cest en avançant sur des coopérations concrètes, de plus en plus étroites, que lon peut créer des liens de solidarité entre les peuples ».
Une utopie ! Un boomerang ! Car, depuis,
« Paris peine à convaincre tous les chefs dEtats arabes » (4).
Certains dentre eux
« ont fait part de leurs réticences à participer à un sommet auquel doit être convié le Premier ministre israélien ».
- Cest le cas du dirigeant libyen, qui a confirmé son absence ;
- du président algérien qui soumet sa participation à lévolution de « la situation au Proche Orient » ;
- du président syrien avec lequel la France a suspendu ses contacts, en raison de sa responsabilité dans la confusion politique au Liban.
Or, la confusion est à son comble dans ce pays, appelé pourtant à participer, le 13 juillet, à Paris, à la construction de lUnion pour la méditerranée. Pro- et anti-syriens sy affrontent, et lon évoque le « risque de partition » (5), soit la consécration des divisions, non seulement entre les pays invités, mais à lintérieur même de ces pays.
La paix dabord, indispensable même pour le seul projet qui reste encore à M. Sarkosy : la dépollution de la Méditerranée. Dans les conditions de vie de la bande de Gaza, qui nous sont décrites par nos médias, pouvons-nous seulement exiger le traitement de toutes les eaux usées avant leur déversement dans la Méditerranée, et nous assurer du résultat ?
Pour éviter un échec trop précoce, les dirigeants français souhaitent lintervention de M. Moubarak, à qui la présidence, ou la co-présidence de lUnion, seraient proposées, ainsi que celle de M. Ben Ali, « à qui nous faisons miroiter la création, en Tunisie, d'un secrétariat de l'UPM ». Ainsi, nous payons déjà le prix de cette utopie, il faudra sûrement un prix plus élevé pour sassurer de la présence de quelques-uns des 47 participants prévus.
Nos dirigeants croient-ils sérieusement à lunion de gens et de nations, sans parvenir, au préalable, à la paix, ou à un semblant de paix ? Personne nimagine que la charrue puisse précéder les bufs. Il sagit dun coup sans lendemain
pour la galerie !
Abandonnons les constructions utopiques, coûteuses et inefficaces. Bornons-nous aux relations bilatérales fructueuses !
© Gabriel Lévy
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Notes
(1) "La Charrue avant les bufs », 3 avril 2008, mis en ligne sur les sites : Aubagne-sur-le-Cours et upjf.org.
(2) Le Monde, du 5 mai 2008.
(3) Le Figaro, du 28 mars 2008. « Faut-il croire à lunion pour la méditerranée ? »
(4) Le Monde, du 4 mai 2008.
(5) Le Figaro du 8 mai 2008.
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Haut fonctionnaire français devenu conseiller spécial du Président Sarkozy. Voir Wikipedia.
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Mis en ligne le 09 mai 2008, par M.











