[*] M. Macina, "Catholiques et diffamateurs dun peuple dont ils ignorent tout"; et Discours anti-israélien dans l'hebdomadaire catholique Dimanche-Express.
Dimanche
Express
Numéro 18
Hebdomadaire du 4 mai 2008
20, place de Vannes 7000 Mons
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ISRAËL A 60 ANS
Un anniversaire en demi-teinte
Les 8 et 9 mai prochains, lEtat dIsraël commémorera le soixantième anniversaire de sa création. Mais si le cur de la plupart des habitants de ce pays est à la fête, ce nest pas le cas des Palestiniens, qui attendent depuis soixante ans la fin de leur exil, ou des Arabes israéliens, qui ont toujours le sentiment, aujourdhui, dêtre des citoyens de seconde zone.
Rétrospective
Sil est légitime pour le peuple hébreu de fêter le soixantième anniversaire de son indépendance, on peut sinterroger sur le sens quil peut y avoir à célébrer un tel événement, alors que les Palestiniens ne disposent toujours pas, aujourdhui, dun Etat digne de ce nom et quil reste encore bien des inégalités entre juifs et Arabes, que ceux-ci soient musulmans ou chrétiens. Même les Israéliens commencent à en avoir assez de toute cette violence. Non seulement, ils se rendent compte quil leur sera impossible dy mettre fin par la répression militaire, mais ils ont conscience également du coût économique important que cette forme dapartheid représente pour eux. La majorité des dirigeants savent dailleurs aujourdhui que la seule issue à ce conflit passera par des négociations et des concessions.
La paix semble si loin
Les Israéliens ne sont toutefois pas les seuls à avoir changé leur regard sur ce qui se passe actuellement au Proche-Orient. Il est loin, en effet, le temps où les Palestiniens demandaient la destruction dIsraël. La mort de Yasser Arafat a permis la mue du mouvement national palestinien et Mahmoud Abbas, son président, a bien conscience aujourdhui que la paix et la réalisation dun Etat palestinien entraîneront forcément des concessions de leur côté, notamment en ce qui concerne le droit au retour ou la division de Jérusalem. Même les pays arabes ne reconnaissant pas Israël, comme lArabie Saoudite, se déclarent prêts, depuis quelque temps, à établir des relations avec lui en cas de retrait total des Territoires occupés. Pourtant, malgré ces évolutions récentes, la paix semble toujours aussi éloignée, le plus grand obstacle étant, à lheure actuelle, la division des Palestiniens en deux entités politiques concurrentes contestant chacune la légitimité de lautre.
Loin de nous, cependant, de mettre la responsabilité de cet échec sur le seul peuple juif. Première puissance économique de la région, Israël mérite bien sa place dans les rétrospectives que lui consacre en ce moment la presse internationale. Mais force est de constater que soixante ans après sa création, cet Etat suscite toujours autant de questions et de souffrances. Sa légitimité est toujours contestée, ses agissements critiqués, sa normalisation inachevée. Combien de temps faudra-t-il encore pour que lon puisse parler de ce pays sans que cela soulève des polémiques ?
Pascal ANDRÉ
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LE SIONISME
Une doctrine à proscrire ?
Directeur scientifique du Musée de lEurope à Bruxelles, lhistorien Elie Barnavi a été ambassadeur dIsraël en France, de 2000 à 2002. Membre du mouvement 'La paix maintenant', il a également écrit plusieurs ouvrages sur lhistoire du peuple juif et de son pays. Il est donc particulièrement bien placé pour répondre à nos questions relatives au sionisme.
Comment sest forgé le sionisme ?
Depuis la diaspora, en lan 70 de lère chrétienne, il y a toujours eu dans le peuple juif une aspiration à revenir à Sion, cest-à-dire à Jérusalem, mais le sionisme politique, en tant que tel, nest né en Europe quau XIXe siècle, au moment où naquit lidée dEtat-nation. En cela, le sionisme ne diffère guère des mouvements nationaux qui existaient à lépoque. La seule différence, peut-être, cest quil naurait pratiquement eu aucune chance de réussir, sans lantisémitisme qui régnait alors un peu partout sur le vieux continent. On le voit dailleurs dans les statistiques, dès laube du XXe siècle. Il existe un courant continu dimmigration vers la Palestine, mais à chaque vague de pogroms, il gonfle sensiblement jusquà devenir irrésistible pendant et surtout après la seconde guerre mondiale. Paradoxalement, je pense que, sans la Shoah, il ny aurait pas eu dEtat dIsraël. Seule la disparition dun tiers du peuple juif a convaincu les juifs quil fallait donner naissance à un état ; et a également convaincu les autres nations de cette nécessité.
Vous venez de parler de lantisémitisme qui régnait en Europe aux XIXe et XXe siècles. En quoi diffère-t-il de lantijudaïsme ?
Personnellement je distingue assez nettement les deux. Lantijudaïsme, cest la haine des juifs en tant que communauté religieuse. Il ne sagit donc pas de racisme, même sil a pris au fil du temps une coloration de plus en plus sociale et économique. Cest toutefois avec la sécularisation de lOccident que tout se précipite et que lantijudaïsme chrétien cède la place à lantisémitisme racial. Pour forcer le trait, je dirais quau Moyen Age, les juifs ont le nez de tout le monde et sont habillés différemment, et quà lépoque moderne, ils sont habillés comme tout le monde mais ont un nez différent. Or, on peut changer dhabit, mais pas de nez. Lantisémitisme, vous laurez compris, cest donc la haine des juifs en tant que race.
Non, bien sûr, même sil arrive que ce soit le cas. Car sil y a des antisionistes qui ne sont pas antisémites, linverse existe également. Il faut donc lire entre les lignes, voir ce qui se cache derrière les mots. En fait, comme lantisémitisme est devenu culturellement et socialement inacceptable après la seconde guerre mondiale, lantisionisme est devenu, chez certains, un moyen commode pour faire de lantisémitisme sans le dire. Et puis, il y a des gens qui se disent antisionistes, alors quils sont tout simplement opposés à la politique du gouvernement israélien. Dans ce cas il sagit dun usage impropre du mot. En effet, il nest pas nécessaire dêtre antisioniste pour être en désaccord avec ce qui se fait dans les territoires occupés.
Est-ce que le sionisme na pas parfois servi à justifier linjustifiable ?
Cest vrai que je ne suis pas toujours daccord avec la manière dont nous avons traité les arabes de Palestine et cest vrai aussi que nous menons encore aujourdhui une politique de colonisation qui est inacceptable. Mais ce nest pas parce que des atrocités ont été commises au nom du sionisme que celui-ci doit être rejeté. Quelle idéologie peut se vanter davoir échappé à ce phénomène ? Que na-t-on pas fait au cours des siècles au nom de la révolution, de la lutte des classes, de la Nation ou de la liberté ?
Oui, mais comment expliquez-vous que de telles atrocités aient été commises en Israël, après tout ce que les juifs ont vécu ?
Cest un peu trop facile de présenter les choses comme cela. Tout dabord, ce qui se passe actuellement en Israël na rien à voir avec ce qui sest passé. Pensez seulement à ce que les Belges ont fait au Congo ou les Français en Algérie. Nous sommes très loin du compte. Ensuite, il ne faut pas oublier que les Israéliens sont des hommes et des femmes comme les autres, ni pires ni meilleurs. Il ny a donc aucune raison dattendre de leur part un comportement collectif parfait, surtout que leur situation est loin dêtre évidente. Et puis, il ne faut pas oublier que la plupart des juifs vivent avec le sentiment que ce quils ont vécu dans le passé peut encore se produire. Cest ce quon appelait autrefois le complexe de Massada. Enfin, je dirais que sil y a une leçon à tirer de lHolocauste, celle-ci est forcément universelle. Pourquoi les juifs seraient-ils les seuls concernés et devraient-ils supporter les leçons de morale de lEurope ?
Propos recueillis par Pascal ANDRÉ
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LÉTAT HÉBREU
60 ans dune histoire mouvementée
Au-dessus de lui, un portrait de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme.
En 2008, lEtat dIsraël fêtera ses soixante années dexistence. Une existence mouvementée si lon en juge par le nombre des guerres qui lont opposé à ses voisins arabes pas moins de six -, mais aussi controversée, tant a été grand le retentissement dans lopinion publique mondiale de la volonté expansionniste de ce pays, de sa politique du fait accompli, et de la souffrance quil a infligée au peuple palestinien.
LEtat dIsraël est né de limmigration massive de Juifs vers la Palestine depuis la fin du XIXe siècle. Alors sous mandat britannique, celle-ci fit lobjet dun partage par lAssemblée générale de lONU le 29 novembre 1947 entre les Juifs nouvellement arrivés et les Arabes palestiniens qui occupaient cette terre depuis près de 2000 ans. Il faut dire que, depuis des décennies, Juifs et Arabes se disputaient lantique Palestine biblique. Cest ce qui poussa David Ben Gourion à proclamer unilatéralement lEtat dIsraël le 14 mai 1948, lequel fut immédiatement reconnu par de nombreux pays du monde, principalement occidentaux.
Cela nempêcha pas les Etats arabes de la région à [sic] lever aussitôt les armes contre ce quils considéraient comme une agression colonialiste envers leur terre ancestrale. Il en résulta la première guerre israélo-arabe qui dura jusquen janvier 1949, et se solda par la victoire de lEtat dIsraël, lequel étendit son territoire jusquà près de 76 % de la Palestine originelle. A ce moment, lopinion publique des pays occidentaux était favorable à lEtat hébreu, considéré comme le refuge des rescapés de la Shoah de la Seconde Guerre mondiale.
Cette guerre nallait pas être la dernière. En 1956, prétextant la nationalisation du Canal de Suez par Nasser, alors maître de lEgypte et idole du monde arabe, lEtat juif attaqua son voisin avec le soutien de la France et de la Grande-Bretagne. Cette guerre-éclair, conclue par une nouvelle victoire éclatante des Israéliens, se heurta cependant au veto des Etats-Unis et de lURSS, qui forcèrent les Occidentaux à renoncer à leurs conquêtes militaires.
Tsahal invincible ?
Lannée 1967 marqua un tournant dans limaginaire collectif occidental. En effet, la Guerre des Six jours entre Israël, dune part, et lEgypte, la Syrie et la Jordanie, dautre part, fut loccasion de la prise de conscience dans lopinion publique mondiale du drame vécu par la peuple palestinien, contraint à un premier exode en 1948-1949, et forcé en grande partie de quitter les 'Territoires occupés' par Israël à lissue de ce nouveau conflit.
Désormais, à la 'guerre israélo-arabe', se substitua la 'guerre israélo-palestinienne' menée depuis lors par lOLP (Organisation de la Libération de la Palestine) contre lEtat hébreu. Celle-ci mena [sic] les forces israéliennes à intervenir dans la guerre civile du Liban, après que la guerre du Kippour, en octobre 1973, eut révélé la fragilité de 'Tsahal', jusqualors réputée invincible. De 1982 à 1985, les forces armées israéliennes se battront contre les Palestiniens retranchés à Beyrouth, sans toutefois parvenir à éliminer ceux-ci.
Des espoirs morts
La solution au problème palestinien restait introuvable. Il fallut la première guerre du Golfe, en réponse à linvasion du Koweit par lIrak, pour que des négociations sérieuses débutent entre Israël et les Palestiniens. Celles-ci aboutirent aux accords dOslo en 1993, qui devaient régler le conflit en prévoyant la création dun Etat palestinien sur les Territoires occupés. Malheureusement, la poursuite par Israël de la colonisation de ces mêmes territoires, jointe à lassassinat de son Premier ministre Iytshak Rabin le 4 novembre 1995, mineront ce plan de paix.
En septembre 2000, une provocation dAriel Sharon, 'faucon' israélien, déclencha une nouvelle révolte des jeunes Palestiniens. Depuis lors, et bien que 'Tsahal' se soit retirée de la Bande de Gaza en septembre 2005, il semble que les accords de paix nés à Oslo soient bel et bien morts. En témoigne loffensive menée par larmée de lEtat hébreu contre le Hezbollah libanais un mouvement politico-militaire antisioniste dans le 'Pays des Cèdres' du 12 juillet au 14 août 2006, offensive qui se soldera par un échec pour 'Tsahal' et le Premier ministre actuel Ehoud Olmert. Cela convaincra-t-il lEtat juif à [sic] conclure enfin une paix durable avec son ennemi héréditaire palestinien ? Rien nest moins sûr...
Louis Mathoux
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UN PEUPLE, UN LIVRE, UNE TERRE
Le secret de la longévité dIsraël
Si lEtat dIsraël fête ses soixante ans dexistence cette année, lhistoire du peuple juif, elle, remonte à plus de 4 000 ans. Un destin extraordinaire que nous explique lhistorien israélien Elie Barnavi, actuellement directeur scientifique du Musée de lEurope à Bruxelles.
Comment expliquez-vous une telle continuité à travers lhistoire ?
Si ce peuple a traversé les siècles, cest, me semble-t-il, parce quil a toujours cru en sa singularité. Il a beau vivre exactement comme tous ceux qui lenvironnent , toute son histoire est colorée par le sentiment très fort davoir été élu par Dieu, par la conviction davoir un destin singulier parmi les nations. Depuis lantiquité il y a donc une volonté évidente, dans ce groupe humain, de se retrancher des autres. Cest ce que jappelle lostracisme volontaire du peuple juif. Ce nest donc pas seulement un peuple qui a été ostracisé par les autres, cest aussi un peuple qui sest ostracisé.
Le fait davoir été choisi par Dieu na pas été quune bénédiction pour le peuple juif ?
Cest exact, car se retrancher des autres a forcément un prix, et celui-ci a parfois été terrible. Mais, assez paradoxalement, il na pas toujours été nécessaire pour le peuple hébreu daffirmer sa singularité et de se retrancher des autres pour être ostracisé. Les pires persécutions sont dailleurs arrivées au moment où les juifs navaient plus aucune envie de se démarquer. Au contraire, ils aspiraient à se fondre dans la société et être traités comme les autres.
Cet ostracisme est-il toujours constitutif de lidentité juive ?
En tant quhistorien je me méfie des catégories absolues et immuables. Evidemment, les choses ont beaucoup évolué ces soixante dernières années. Dabord parce que les sociétés daccueil en Occident ont changé, mais aussi parce que le peuple juif lui-même a évolué. De fait, ce nest pas la même chose davoir un Etat souverain et de ne pas en avoir. Bien sûr, il y a des permanences troublantes, comme lhostilité de certaines nations à légard de lEtat hébreu, comme si Israël était devenu en quelque sorte le juif des nations. Est-ce que ce sera comme ça jusquà la fin des temps ? Je nen sais rien, mais il est clair que cela dépend en grande partie de la manière dont la situation au Proche-Orient va évoluer.
En dehors de lélection divine, y a-t-il dautres choses qui caractérisent le peuple juif ?
Jai coutume de dire quIsraël est un peuple qui sest constitué autour dun livre - la Bible et qui garde en mémoire la promesse dune terre. Sans cette triade originelle, il ny aurait effectivement pas didentité juive et pas non plus dEtat dIsraël. Il est dailleurs étonnant que le mouvement sioniste, pourtant laïque et consciemment en rupture avec le mouvement rabbinique, ait revendiqué cette terre comme étant la sienne et ait été incapable de simplanter ailleurs. En fait, il ny a aucun moyen de faire une séparation nette, chez les juifs, entre ce qui est religieux et ce qui ne lest pas. On peut être français et chrétien, allemand et chrétien, mais on ne peut être que juif et juif. Cest très compliqué. Notre religion étant ethnique, tribale et nationale, il est extrêmement difficile de distinguer ce qui dépend du domaine de la foi et ce qui relève du champ de lEtat. Cest pourquoi la création dIsraël sinscrit à la fois dans une très longue continuité et une rupture complète.
Quelles sont les frontières de la terre promise par Dieu au peuple juif ?
Il ny a pas de frontières, car il sagit dune terre mythique, rêvée, fantasmée. Et si le sionisme navait pas matérialisé cette attente en simplantant en Palestine, il ny aurait pas cette discussion autour des frontières de lEtat hébreu. Cest donc une question politique et non une question religieuse. Bien entendu, les juifs orthodoxes sont aussitôt entrés dans le débat. Pour eux, lerrance du peuple juif est une punition divine qui sera levée quand le Messie sera de retour. A leurs yeux, il nest possible de rejoindre la terre promise que conduit par la volonté divine. Dailleurs, les plus fanatiques dentre eux ne reconnaissent pas lEtat dIsraël, ils ne paient pas les impôts, ils ne servent pas [dans] larmée... Certes, ils habitent en Israël, mais pour eux, cest un Etat 'goy' (non juif, ndlr). Il a été créé contre la volonté divine.
Etes-vous optimiste quant à lavenir de lEtat dIsraël ?
Je létais davantage que je ne le suis aujourdhui. Je ne vois pas très bien comment on va pouvoir sen sortir seul. Nous avons besoin dun coup de pouce de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis. Nous sommes dans une situation dextrême faiblesse. La conjoncture actuelle nest pas bonne, sauf si le monde sen mêle de façon active, puissante et déterminée. Le problème est que tout le monde est daccord sur ce quil faudrait faire, mais pas sur la manière de limposer. Et cest ça que jattends du prochain gouvernement américain, quelque chose de plus volontariste.
Propos recueillis par Pascal ANDRÉ
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Mis en ligne le 03 mai 2008, par M.











