Texte anglais : "Egypt builds a wall and changes its tune on Israel's barrier".
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org
On a fait beaucoup de bruit autour de la barrière de sécurité, qui isole la Cisjordanie. Quand elle sera achevée, en 2010, cette barrière qui suit approximativement la frontière entre Israël et le territoire palestinien sétendra sur quelque 805 km. Les Israéliens affirment que le but de cet ouvrage est de réduire les attentats terroristes contre lEtat juif. Il y a peu de raisons de mettre la chose en doute : malgré un attentat, perpétré en mars, qui a tué huit étudiants dun institut religieux juif de Jérusalem, les statistiques montrent que cette barrière et son homologue autour de Gaza sont efficaces.
Les habitants de la Cisjordanie condamnent louvrage parce quil empiète sur le territoire palestinien davant 1967, quil limite la liberté de mouvement, et sépare les agriculteurs de leurs champs. Le Hamas, qui a pris le contrôle de la Bande de Gaza depuis juin 1967, décrit son territoire comme une « grande prison ». Jusqu'à récemment, lEgypte comptait parmi les critiques bruyants. En 2003, le ministre des Affaires étrangères de lépoque, Ahmed Maher, décrivait louvrage comme « défiant la légitimité internationale et lopinion publique mondiale ».
Et tandis quIsraël sactive rapidement à circonscrire hermétiquement sa menace côté Cisjordanie, les Palestiniens font face à la perspective dun autre mur qui va les encercler. Toutefois, ce mur nest pas construit par les Palestiniens, mais par lEgypte, qui aspire à se protéger davantage de ses voisins palestiniens de Gaza.
Le Caire a toutes les raisons de se faire du souci. En janvier 2008, le Hamas a démoli la clôture de la frontière entre Gaza et lEgypte, ce qui a permis à environ 700 000 Palestiniens près de la moitié de la population de Gaza de déferler dans le désert du Sinaï. Au début, Le Caire a considéré la brèche de Gaza comme une occasion de conforter sa bonne foi pro-palestinienne. Puis, la réalité sest mise en place. LEgypte, à ce quil semble, sest inquiétée de ce que lentrée des Palestiniens dans le Sinaï exacerbe le problème quelle a avec le terrorisme. En avril 2006, 23 touristes ont été tués dans un attentat à la voiture piégée, dans la station touristique de Dahab, dans le Sinaï ; deux jours plus tard, des Observateurs de la Force multinationale de lONU, chargés de lapplication du traité de paix entre lEgypte et Israël, ont été la cible dun attentat-suicide.
Pour le Caire, la menace sétend au-delà du Sinaï. Les islamistes dEgypte - menés par les Frères Musulmans ont enregistré des gains politiques importants, ces dernières années, obtenant 88 des 444 sièges au Parlement en 2005. La perspective dune connexion entre le Hamas et les Frères Musulmans terrifie le gouvernement égyptien. Pour reprendre lexpression dun analyste politique égyptien, « le Hamas, cest les Frères Musulmans sous forme de stéroïdes [hormones] ».
Moins de deux semaines après la brèche dans la frontière de Gaza, Le Caire a pris des mesures draconiennes pour ramener les Palestiniens à Gaza. Il en a arrêté des dizaines dont un groupe de Palestiniens armés, réputés préparer un attentat contre des touristes israéliens dans le Sinaï et a promptement scellé à nouveau sa frontière avec des kilomètres de barbelés. Le Hamas a crié à la honte et juré quil ne permettrait pas que la frontière reste close. En février, deux gardes-frontière égyptiens ont été blessés par des tirs palestiniens et plusieurs autres ont dû être soignés pour des fractures, après avoir été atteints par des pierres lancées depuis lautre côté de la frontière.
Du fait de laccroissement des tensions le long de la frontière, lEgypte a assoupli sa position concernant la barrière [israélienne] de Cisjordanie. En mars, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a déclaré : « Quiconque veut ériger une barrière de sécurité dans son pays est libre de le faire ». Par la suite, il a été annoncé que lEgypte utiliserait 23 millions de dollars de lassistance américaine pour édifier sa propre barrière le long de la frontière avec Gaza.
Des équipes du corps du génie militaire sont attendues sous peu en Egypte, pour encadrer le projet.
Le changement dattitude du Caire est dû, au moins en partie, à Washington. Durant plus dune décennie, des armes ont été introduites librement dans Gaza, des tunnels de contrebande omniprésents relient le Sinaï aux zones palestiniennes, et contournent la surveillance israélienne. Mais depuis la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, le problème attire de plus en plus lattention, du fait que des roquettes à plus longue portée - que lon suppose avoir été transportées via ces tunnels ont commencé à tomber, avec une plus grande fréquence, sur des villes israéliennes. Au cours des discussions concernant le budget 2008, le Congrès sest montré si inquiet de linaction égyptienne perceptible concernant les tunnels, quune clause a été insérée conditionnant laide américaine de près de 100 millions de dollars à des mesures égyptiennes pour contrer ces voies de contrebande darmes.
Pour Le Caire, cette pression américaine a été un mal bienvenu. Le gouvernement égyptien se limite à déverser un flot de bonnes paroles à propos de la crise humanitaire à Gaza, alors quau fond, il éprouve de lappréhension pour le caractère militant de Gaza sous la domination du Hamas. Ces sentiments sont seulement devenus plus intenses du fait des récentes percées politiques et sociales des islamistes dEgypte.
En définitive, la frontière de Gaza est, plus que toute autre chose, une question de sécurité nationale égyptienne. Aussi, malgré les comparaisons qui ne manqueront pas dêtre établies entre les barrières israélienne et égyptienne, Le Caire na dautre dalternative que davancer dans la construction dun mur à lui. Comme Israël la appris il y a quelque temps, les bonnes barrières font les bons voisins, surtout quand vos voisins sont vos ennemis.
David Schenker *
© The Weekly Standard
* David Schenker est membre permanent et directeur du programme de politique arabe à lInstitut dEtudes du Proche-Orient de Washington.
[Texte aimablement signalé par M. Taub, Israël.]
Mis en ligne le 23 avril 2008, par M.











