Bruno Guigue, Aux origines du conflit israélo-arabe. Linvisible remords de lOccident. LHarmattan, Coll. Comprendre le Moyen-Orient, 1998, 110 p.
Recension par le prof.
La thèse que défend Bruno Guigue, ancien élève de lEcole normale supérieure et de lEna, nest pas nouvelle : la proclamation de lEtat dIsraël, il y a cinquante ans, a été une injustice flagrante envers la population palestinienne, sur laquelle lOccident a transféré la charge de « réparer » le mal fait aux Juifs par lantisémitisme ; et ce péché originel de lOccident rend compte, par le privilège éthique quil confère à lEtat dIsraël, de la politique darrogance et de supériorité de lEtat juif. LOccident il faut lire en fait, les nations dorigine et dinspiration chrétiennes en accordant la reconnaissance internationale à un Etat pratiquant le déni de droit envers la population autochtone, na fait que prolonger au XXe siècle lethnocentrisme qui était déjà au fondement de lextermination des populations amérindiennes après la découverte du Nouveau monde, du dépeuplement systématique du continent africain par la traite des Noirs, des atrocités commises au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par les puissances coloniales, et même du génocide perpétré par les nazis à lencontre du peuple juif.
Pour le démontrer, lauteur propose ici un essai qui veut « mettre en question le point de vue qui fut longtemps dominant dans les sphères occidentales » en remontant jusquaux origines de lantisémitisme européen. Car cest bien là, pour lui, la clé du problème : dans le complexe judéo-européen où le Juif joue un rôle à la fois de miroir et de victime maximale autant, au stade de la bonne conscience, par la systémacité de la persécution, quau stade de la mauvaise conscience, par le laxisme envers ses exigences, et en particulier envers lintransigeance des dirigeants israéliens. De ce fait, il insiste sur lambivalence de la tradition chrétienne lui opposant louverture de lislam, qui, « à linverse, a su accueillir en son sein les fils dIsraël ».
Il y aurait beaucoup à dire à propos dune telle thèse : discuter telle ou telle affirmation, montrer que telle interprétation reste indécidable ; surtout quelle repose sur un postulat suivant lequel lEtat dIsraël trouve sa seule légitimité dans le devoir de réparation à légard des rescapés de la Shoah. Si cette dimension nest probablement pas absente, en particulier lors du vote, en 1947, du plan de partage, cest diminuer drastiquement la signification de la fondation de lEtat que de ly restreindre.
Et lOccident terme générique qui demanderait à être précisé est peut-être ce quen dit Bruno Guigue, cet espèce de monstre de bonne conscience, habile à transférer sur lAutre sa propre responsabilité. Il est, heureusement, aussi autre chose. Lhistoire « révisionniste » quen propose lAuteur reste peu satisfaisante.
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Bruno Guigue, Aux origines du conflit israélo-arabe. Linvisible remords de lOccident. LHarmattan, Coll. Comprendre le Moyen-Orient, [rééd.] 2002, 190 p.
Recension par le prof.
LAuteur, ancien élève de lENA et collaborateur de la revue des Etudes, réédite ici, sous une forme actualisée, un ouvrage déjà paru chez LHarmattan, en 1998 (voir recension ci-dessus). La thèse reste la même, ce qui ne saurait surprendre : que la guerre engagée par les Etats-Unis contre le terrorisme international éloigne, même si daucuns pensent le contraire, une solution équitable du conflit, conduisant les Palestiniens au choix biaisé entre une résignation sans espoir et une révolte sans issue. Et lOccident, depuis cinquante ans, loin de faire pression sur Israël pour quil limite ses ambitions, na fait quencourager ce dernier en le confortant dans son sentiment de supériorité morale. A linverse, la partie palestinienne est, a priori, suspectée darrière-pensées, et cest pour cela quIsraël ne peut et ne doit pas lui faire confiance
Que les politiques dIsraël, des Palestiniens ou des Etats-Unis ne soient pas toujours claires, nul ne le niera ; quelles aient même été plus dune fois maladroites, cela ne fait aucun doute
Et peut-être lOccident mais la notion est trop vaste pour être vraiment pertinente : il faudrait préciser a-t-il sa propre responsabilité dans la situation actuelle. Mais en rendre Israël seul responsable, avec la bénédiction de lOccident, cest pratiquer lexagération que lon reproche précisément aux « autres » de faire. Et sil ne faut pas conforter Israël dans sa bonne conscience, il ne faudrait pas non plus conforter les Palestiniens dans la leur, à moins que ce que lon recherche soit précisément denfoncer les uns comme les autres dans limpasse où ils sont déjà.
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Bruno Guigue, La guerre des mots. LHarmattan, Coll. Comprendre le Moyen-Orient, [rééd.] 2003, 110 p.
Recension par le prof.
Il ne sagit nullement de « comprendre le Moyen-Orient » (comme le titre de la collection le laisserait penser), mais de dénoncer ce que lAuteur appelle la « narration dominante » en Europe, et en France en particulier, où [selon lauteur] la propagande israélienne est complaisamment relayée par des intellectuels qui ont pignon sur rue.
Certes, comme il ny a pas, selon lui, de solution militaire au conflit, lissue de ce dernier se joue au niveau de lopinion publique internationale ; ce qui expliquerait la « guerre des mots » que se livrent les commentateurs. Mais alors que lon croyait et un certain nombre détudes essayaient de le montrer quune désinformation et une diabolisation étaient en uvre, dans les médias européens, pour donner dIsraël une image déformée, Bruno Guigue entend nous démontrer que désinformation et diabolisation touchent les Palestiniens et leur juste cause, et que les intellectuels juifs, pour lessentiel, y prennent une part active. Quun prétendu « retour de lantisémitisme » est instrumentalisé comme moyen de propagande pro-israélienne ; que la présentation de donnée dans la presse pour expliquer léchec des négociations israélo-palestiniennes sous légide des Américains désigne systématiquement la responsabilité de la délégation palestinienne, et en premier lieu dArafat lui-même, mais occulte aussi systématiquement la responsabilité pour ne pas dire plus de la délégation israélienne
[Il sagissait alors des négociations de Camp David].
Louvrage est agréablement écrit, la démonstration habile. Il convaincra ceux qui, faute de connaissances historiques sérieuses et adéquates, ne pourront pas prendre le recul nécessaire pour adopter une attitude critique et faire le départ entre mythes et réalité. Car cest bien à cela quon assiste ici, sous prétexte de dénoncer les « mythes pro-israéliens », à la transformation des « mythes pro-palestiniens » en vérités authentiques.
Un manichéisme inacceptable.
Professeur à lUniversité de Tours et directeur de la revue Sens
© Sens *
* Sens: Juifs et chrétiens dans le monde aujourd'hui est une revue publiée mensuellement à Paris par l'Amitié judéo-chrétienne de France. Voir aussi "L'Amitié Judéo-Chrétienne de France (A.J.-C.F.) et la revue Sens".











