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En Palestine, les médias s'autocensurent sous le coup de la peur, J. L. Balint
Après la mise en ligne du remarquable rapport de V. Chemla sur l'affaire Al-Dura [*], qui consacre une brève note à la censure de fer imposée, depuis une décennie au moins, par l'autorité Palestinienne, pour faire barrage à tout ce qui entacherait l'image qu'elle veut donner d'elle-même au monde, je crois utile de remettre en course ce texte, malgré son ancienneté. Il corrobore adéquatement celui que le "Jerusalem Post" avait publié, en son temps - "Where the reporting stops" -, et que j'ai traduit en français [**] il y a quelques années. (Menahem Macina).
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[*] "Fr 2 et Enderlin n’expliquent pas à la Cour les incohérences et contradictions de l’incident Al-Dura"
[**]
"Le parti pris pro-palestinien n’est plus du journalisme".

03/03/08

Date de la première mise en ligne : 03/04/01

Original anglais : Judy Lash Balint, "Media frightened into self-censorship"

WorldNetDaily.com

Traduction française par Suzy Sternberg pour chretiens-et-juifs.org (sous le titre : "
Comment les Palestiniens intimident la presse pour qu'ils suppriment des reportages défavorables".)


Note de la rédaction de WorldNetDaily :

En dépit de l’accroissement de la violence et de la terreur au cours des cinq mois d’Intifada - l’attentat suicide de Hadera, commis par un terroriste palestinien, a tué trois Israéliens et en a blessé 60 - la couverture internationale des événements, durant cette période de troubles, a présenté le plus souvent un point de vue pro-palestinien.
Israël est fréquemment dépeint par les médias américains et européens - et, bien sûr, par la presse arabe - comme le brutal "Goliath", en lutte contre "David", le bon Palestinien.
Et ce malgré le fait que des dirigeants palestiniens, et particulièrement des dirigeants islamiques, appellent fréquemment et ouvertement à l’assassinat aveugle des Juifs et à l’anéantissement total de l’Etat juif.
Judy Lash Balint, écrivain et journaliste, qui habite à Jérusalem, et dont les articles ont paru dans de nombreuses publications dans le monde, y compris dans le Christian Science Monitor, le Jerusalem Post et le Seattle Times, a mené une enquête approfondie sur les représentants des médias, pour préparer les trois parties de ce rapport perspicace. Elle a mis à nu une pratique complexe d’intimidation, qui a exercé une profonde influence sur les journalistes et sur leurs reportages.
La première publication porte sur les retombées de la prise de photos de l’infâme lynchage de Ramallah en octobre dernier [2000].



Les journalistes et l’Autorité Palestinienne ont, ce qu’on pourrait appeler par euphémisme, des relations tendues.

Le Comité Indépendant pour la protection des journalistes, qui surveille les mauvais traitements infligés aux journalistes et défend la liberté de la presse dans le monde, rapporte : "Au cours de ces quelque sept années où l’Autorité Nationale Palestinienne a pris le contrôle de parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, le Président Yasser Arafat et son appareil de sécurité, à plusieurs niveaux, ont muselé les détracteurs de la presse locale au moyen d’arrestations arbitraires, de menaces, d’agressions physiques et de la fermeture de sources d’informations médiatiques. Pendant des années, le régime d’Arafat est parvenu à effrayer la plupart des journalistes palestiniens et à les amener ainsi à s’autocensurer".

On peut, à juste titre, supposer que les correspondants étrangers - qui, comme chacun sait, furent harcelés à Beyrouth, il y a 20 ans, par le précurseur de l’ANP, l’OLP - pratiquent le même genre d’autocensure aujourd’hui, ce qui nuit à une couverture honnête et objective des événements actuels.

Mais ce qui permet de bâillonner la vérité avec le plus d’efficacité, c’est l’entourage - l’idéologie univoque de la presse où l'expression d'une pensée indépendante exige toujours du courage et de la force d’âme. Dans une région où les médias ont, de plusieurs façons, influencé le conflit, la peur, combinée à une pensée soumise, chez ses protagonistes, augure mal de sa résolution.


Ramallah : rien ne sera jamais plus comme avant

Le lynchage de deux réservistes israéliens, en octobre dernier [2000], s’est avéré un tournant décisif dans la couverture de la nouvelle Intifada. Jusqu’à ce moment-là, la plupart des journalistes occidentaux voyageaient où ils voulaient, en quête d’informations à transmettre sur l’essence de la violence arabe et la réaction israélienne.

Chris Roberts, reporter de Sky-TV, dit qu’au début de la violence, l’AP accueillait les reporters à bras ouverts.

"Ils voulaient que nous montrions des enfants de 12 ans en train de se faire tuer", explique-t-il. Mais après le lynchage, quand des agents de l’AP firent leur possible pour détruire et confisquer l’enregistrement de ce macabre événement et que les Forces de Défense israéliennes utilisèrent les images pour repérer et arrêter les auteurs du crime, les Palestiniens donnèrent libre cours à leur hostilité envers les Etats-Unis en harcelant et en intimidant les correspondants occidentaux.

"Après Ramallah, où toute bonne volonté prit fin, je suis beaucoup plus prudent dans mes déplacements”, admet Roberts.

Tout le monde s’accorde à dire - y compris le correspondant local arabe de ABC-TV, Ahmed Budeiri, jeune garçon intelligent d’une vingtaine d’années - que Ramallah est [un endroit] "vraiment dangereux pour les étrangers", après le lynchage.

Selon des rapports de première main, une équipe de télévision polonaise fut encerclée par les forces de sécurité palestiniennes, battue et dépossédée du film du lynchage. Mais la plupart des cameramen étaient des Palestiniens. Etant donné l’intimidation exercée à l’encontre des journalistes palestiniens par l’AP, il n’est pas étonnant que presque tous, à l’exception de l’un d’eux travaillant pour la chaîne arabe Al-Jazeera, et un autre pour une station privée italienne, aient remis leur film docilement.

Nasser Atta, producteur palestinien travaillant pour le réseau de TV ABC, était devant le poste de police de Ramallah, avec une équipe de photographes, alors que se déroulait cette scène sanglante. Participant, le lendemain, à l’émission "Nightline", de ABC, il dit au présentateur, Ted Koppel, que la foule avait agressé son équipe pour l’empêcher de filmer la scène.

"J’ai vu comment le jeune a essayé d’empêcher mon équipe de filmer cette séquence. Mon cameraman a été frappé", a dit Atta.

Un photographe britannique, Mark Seager, a écrit dans un journal londonien, le Sunday Telegraph, du 22 octobre : "J’étais en train de cadrer l’image quand un Palestinien me donna un coup de poing dans la figure et me dit : ’Donne-moi ton film’. Un type m’a tout simplement arraché mon appareil-photo et l’a brisé sur le sol".

La plupart des reporters reconnaissent que l’AP a confisqué ouvertement les séquences télévisées et les photos du lynchage. Mais quelques-uns, comme Neil MacDonald, de la Chaîne de Télévision Canadienne, ont interrogé à ce sujet Jibril Rajoub, Chef de la Sécurité de l’AP, et on leur a dit qu’on n’avait saisi aucune bande vidéo.

D’autres, comme William Orme, du New York Times, ont conclu d’eux-mêmes que, parmi la populace qui attaquait les journalistes, il y avait bien des officiers de police palestiniens en civil, mais que "personne ne laissait entendre qu’il s’agissait d’une politique de l’AP. Ce n’était pas un ordre officiel."

Le film qui a échappé aux griffes de la police de l’AP est parvenu jusqu’aux écrans de télévision du monde entier, de façon peu commune. Selon Gideon Meir, sous-directeur général des affaires publiques au Ministère israélien des Affaires Etrangères, l’Ambassade israélienne à Rome a pu se procurer la vidéo auprès de la RTI, chaîne de télévision italienne indépendante, et, six heures après cet horrible événement, on recevait les images à Jérusalem. Les Italiens en ont autorisé la diffusion gratuitement, a dit Meir.

TVNewsweb, site web destiné aux réalisateurs et correspondants de télévision, a rapporté la transmission de la séquence de façon quelque peu différente.

"Deux bandes vidéo sont subtilisées et réapparaissent à Jérusalem, une heure plus tard. La bande d’Al-Jazeera est mise en vente pour le prix de 1000 dollars la minute mais elle est filmée de loin, d’une main tremblante et manque d’impact. La bande de la RTI est très précise."

La vidéaste israélienne de la RTI, qui a assisté à la scène, fait un rapport, en tant que témoin oculaire, au cours d’une conférence de presse organisée à Jérusalem par le Ministère Israélien des Affaires Etrangères et le Service de presse du Gouvernement. A la fin, la RTI met la bande à la disposition des agences en Italie, et les horribles images font la une de la plupart des journaux télévisés du soir.

Pendant ce temps-là, Riccardo Cristiano, reporter chevronné de la TV italienne, venait de sortir de l’hôpital, où il avait passé plus d’une semaine à se remettre de blessures qu’on lui avait infligées, à Jaffa, où il avait été tabassé alors qu’il couvrait les émeutes provoquées par les Arabes palestiniens. On lui avait cassé le nez, tailladé la joue et il faillit perdre l’usage de son oeil droit.

Le reporter de la chaîne de télévision gouvernementale italienne reprit son travail le jour précédant le lynchage. Selon MacDonald de CBS, Cristiano, "un type très pacifique", a été traumatisé par l’attaque dont il avait été l’objet à Jaffa. MacDonald rapporte que quand Cristiano reçut des menaces de mort, le lendemain des événements de Ramallah - probablement de la part de Palestiniens qui avaient, à tort, associé sa chaîne de TV avec la séquence accablante du lynchage -, il écrivit une lettre en anglais à un ami journaliste palestinien du journal Al Hayat Al Jedida, assurant son collègue que sa chaîne n’avait rien à voir avec le tournage et qu’il ne transgresserait jamais l’éthique journalistique en transmettant un film à une ambassade, ou à un service gouvernemental.

Le lundi 16 octobre, une version arabe de la lettre fut publiée à la Une du journal. Cristiano se vit supprimer son accréditation par les Israéliens et fut rappelé à Rome. La correspondante de la RTI quitta précipitamment le pays, pour sa propre sécurité, après l’utilisation d’arrêts sur images de son film, par les Forces de Défense Israéliennes, ce qui permit de capturer six des auteurs du crime, au cours de raids secrets.

La journaliste que je suis s’est rendue à Rome pour rencontrer Cristiano, en décembre dernier. Cet homme, grand, moustachu, aux cheveux gris et à la voix douce, reconnaît qu’il est de gauche, mais que, dans sa quête de justice pour ceux qu’il estime opprimés, il a le sentiment de marcher sur les traces de son père, Paolo Cristiano, artiste italien renommé.

Cristiano-père était membre de la résistance italienne et a passé trois ans dans plusieurs camps de la mort nazis. Il pesait 30 kilos lors de son retour à Rome. Riccardo dit que son père est profondément blessé par ceux qui accusent son fils d’antisémitisme.

"La seule chose qu’il voulut faire quand il vint me rendre visite en Israël, ce fut de se rendre à Yad Vashem", dit Riccardo calmement. Récemment, Cristiano a rencontré le chef du Conseil juif de Venise pour lui expliquer ses actes et a obtenu son soutien.

La lettre de Al Hayat est devenue une question politiquement significative, en Italie, parce que Cristiano travaillait pour une chaîne gouvernementale, et on considéra que sa lettre avait mis en danger la vie d’un reporter d’une chaîne indépendante dirigée par l’ancien Premier Ministre italien, Silvio Berlusconi, de l’opposition centre-droit. Le parti de Berlusconi est critique à l’égard du soutien apporté aux Palestiniens par les médias contrôlés par le gouvernement.

Au cours de plusieurs interviewes, Cristiano prit soin de ne parler que de ce qui lui était arrivé entre temps et non des détails de sa lettre controversée. Même s’il ne travaille pas, il est théoriquement encore employé par sa chaîne, en attendant la sanction du conseil de discipline qui décidera de son avenir en tant que journaliste. Sa lettre du mois d’octobre a été écrite sans autorisation, et il ne peut se permettre une autre initiative qui ne serait pas autorisée, telle qu’une interview expliquant ses actes.

Détail intéressant, Orme se souvient que, dans une conversation téléphonique avec Cristiano, le jour où la lettre a été publiée dans Al Hayat, le reporter italien a vérifié et même défendu son contenu, disant à Orme qu’il se faisait du souci pour la sécurité de son personnel.

Il est certain que le sort de Cristiano fournit un certain éclaircissement sur la fraternité journalistique de ceux qui couvrent les événements du Moyen-Orient. Comme les autres reporters qui furent tabassés par les Palestiniens, au cours de ces derniers mois, Cristiano n’est pas furieux contre leur usage de la violence. Et il n’attend pas beaucoup non plus de l’AP. Il raconte comment son équipe était en train de filmer un garde du corps du Ministre des affaires de Jérusalem, Faisal Husseini, qui avait giflé quelqu’un, à une garden-party de la Maison d’Orient, quartier général de l’AP à Jérusalem. Un autre garde s’avança vers lui et effaça le film. Cristiano, chef-adjoint du bureau, protesta. Le lendemain, Husseini envoya ses excuses et tout fut pardonné.

Alors que Cristiano a des sympathies évidentes pour la cause palestinienne, il n’est pas anti-israélien. Il parle de son intérêt particulier pour les Arméniens et considère que tant les Israéliens que les Palestiniens sont "des nations qui vivent un traumatisme".

Mais tant qu’il n’est pas disculpé, Cristiano demeure un homme en disgrâce.

"Mes amis croient que je suis dans cet état parce que j’ai perdu mon travail à Jérusalem", dit-il tristement, "mais la vérité, c’est que j’ai perdu mon honneur et ma crédibilité vis-à-vis de moi-même et de mon héritage".

Dans ce passage, J. Blint rapporte des interviewes révélatrices de reporters travaillant sur le terrain en Cisjordanie et à Gaza, régions où sévit le conflit, et elle explique comment les différents défis auxquels font face les journalistes affectent profondément la manière dont ils rapportent les nouvelles.

De très nombreuses interviewes de correspondants basés ici, ainsi que de ceux qui sont venus au Moyen-Orient pour couvrir la crise qui ne cesse de s’aggraver, révèlent une réalité journalistique extrêmement complexe et qui ne peut que conduire à des reportages tendancieux. Parmi les journalistes, dont plusieurs centaines de reporters basés à Jerusalem, il y a différents degrés de connaissance et de compréhension de la situation. Après la première semaine de violence, beaucoup d’organes de presse ont envoyé à Jérusalem des journalistes affectés à d’autres postes pour aider leurs collègues. Dans quelques cas, certains avaient déjà une expérience de la couverture des événements au Moyen-Orient, mais la plupart du temps, les journalistes débarquaient dans leurs bureaux avec peu de données sur l’histoire, la géographie ou le paysage politique de la région.

Vers qui se tournent-ils pour un cours intensif sur le conflit israélo-palestinien ?

D’une façon générale, ce sont d’autres journalistes qui leur fournissent une vue d’ensemble de la façon dont les choses se présentent. Georges Malbrunot, correspondant du quotidien français Le Matin, par exemple, appelle la BBC "sa Bible vivante". Ainsi, comme le fait remarquer Fiamma Nirenstein, correspondante israélienne du journal italien La Stampa, "l’extraordinaire pouvoir officieux des médias - iconoclaste, sportif, ironique, pratiquement tous du même avis", entre en jeu [1].

En fait, le meilleur reportage factuel de la nouvelle intifada a été le fait de quelques correspondants connaissant la région, venus en avion pour quelques semaines et partis avant d’être contaminés par le politiquement correct exigé de l’ensemble des journalistes à demeure.

Jack Kelley de USA Today, par exemple, a envoyé deux ou trois histoires remarquables pendant son court séjour à Jérusalem. Dans un article, il décrit son expérience à bord d’une jeep de la Force de Défense Israélienne qui patrouillait dans la région explosive qu’est la Jonction Ayosh, devant Ramallah. En tant que témoin oculaire de la provocation violente de jeunes Arabes et des décisions prises par les soldats, également jeunes, de Tsahal, il a pu donner un aperçu exact d’une situation difficile.

Mais pour la plupart des correspondants qui résident à l’Hôtel de la Colonie Américaine, il y a certaines suppositions “préétablies” qui servent de toile de fond à tout reportage. En tête de liste, vient la notion que les Palestiniens sont engagés dans une noble lutte pour l’indépendance et que les oppresseurs israéliens emploient toute leur puissance pour leur faire obstacle.

Des journalistes en viennent à adopter ce point de vue car il est fondé sur leur expérience dans leur pays natal, où ils étaient les porte-drapeaux des droits des minorités et d’autres causes progressistes, mais c’est aussi parce qu’ils dépendent de l’aide des gens du pays, ici en Israël. Comme très peu de correspondants étrangers en Israël parlent couramment l’hébreu ou l’arabe, ils comptent sur un réseau de sources locales ainsi que sur le service “d’aides”, c’est-à-dire de personnes du pays qui peuvent les aider à régler des problèmes. En ce moment, quelque 400 résidents de l’Autorité palestinienne sont en possession d’accréditations du Service de Presse du Gouvernement israélien.

Le conflit actuel fait rage surtout dans la Région A (sous total contrôle de l’Autorité Palestinienne), aussi n’est-il pas surprenant que ces "aides" soient généralement de jeunes Palestiniens qui ont fait leurs études aux Etats-Unis, qui savent comment procéder dans les territoires de l’AP et qui présentent les journalistes à leur cercle de connaissances.

La plupart de ces “aides” palestiniens savent aussi l’hébreu , et leur accréditation auprès du Service de Presse Gouvernemental leur permet généralement de se débrouiller pour naviguer dans tout Israël sans être inquiétés par la Sécurité.

Contrastant avec ce réseau officieux du côté palestinien, les correspondants obtiennent généralement le point de vue israélien de sources officielles. Le Service de Presse du Gouvernement - actuellement dirigé par un seul homme - est chargé d’informer les journalistes des réunions d’information avec de hauts fonctionnaires et de coordonner la couverture des allées et venues du Premier Ministre et du Cabinet. Le Ministère des Affaires étrangères et le bureau du porte-parole de la Force de Défense Israélienne permettent l’accès aux commandants de la FDI et à d’autres hauts fonctionnaires.

“Nous souffrons d’un flot d’informations”, remarque le chef de bureau du Washington Post, Lee Heckstader. D’autres, comme Phil Reeves du journal londonien The Independent, reconnaît qu’Israël offre un excellent accès aux hauts fonctionnaires alors que l’accès aux hautes personnalités de l’AP est plus limité et plus circonspect. Chris Roberts, de la chaîne de télévision Sky News, basée au Royaume Uni, dit que les Israéliens font un effort pour entretenir des relations publiques officielles et que c’est là "une machine bien huilée". Mais il y a très peu d’efforts, du côté israélien, pour établir des relations personnelles avec les journalistes et leur procurer une vision des événements dénuée de propagande, et qui ne soit pas celle de l’homme de la rue.

Il est aisé de discerner les conséquences de ce vide. Quand Ted Koppel enregistra un programme de l’émission “Nigthline”, au centre de l’YMCA de Jérusalem-Est, au début de l’intifada, plusieurs jeunes Arabes anglophones, séduisants, élégamment vêtus, prirent soin de réserver une chaise pour Deborah Sontag, chef du bureau du New York Times. Quand D. Sontag arriva, une des jeunes femmes du groupe l’accueillit en l’embrassant. En revanche, lorsqu’un Israélien plus âgé vint se présenter, Sontag le salua d’un bref signe de tête, tant elle était absorbée par ses élégants amis.

L’influence des membres des équipes arabes de télévision est évidente, même dans les bureaux de certaines chaînes de télévision. Au studio de ABC-TV, par exemple, la seule carte accrochée au mur est datée de mars 2000 et porte le titre de “Palestine”.

Un reporter qui travaille pour un journal canadien explique comment la connaissance de l’arabe peut être très utile. A Beit Jalla en décembre dernier, la Force de Défense Israélienne envoya un missile dans l’église de Saint Nicholas, causant peu de dégâts. L’AP y réunit une conférence de presse. En anglais, le prêtre dit : “Oh, c’est affreux. Voyez ce que font les Israéliens” En arabe, on les surprit à se dire : “Ce c----- d’Arafat. Pourquoi ne peut-il pas s’abstenir d’utiliser ses fusils ? Il nous fera tous tuer”. Mais la plupart des journalistes ne parlent pas arabe, aussi utilisent-ils des équipes palestiniennes, ce qui crée un autre problème. Le harcèlement des journalistes palestiniens critiques à l’égard de Yasser Arafat est bien documenté par les associations des droits de l’homme israéliennes et palestiniennes. Le Comité de Protection des journalistes a écrit, dans un rapport du 20 octobre 2000 :

"Par routine, les principaux journaux évitent de couvrir des sujets tels que le haut niveau de corruption et la mauvaise gestion de l’AP, les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité, et ils s’abstiennent de faire des reportages qui pourraient présenter Arafat sous un jour négatif. De plus, les principaux quotidiens palestiniens entretiennent tous des relations amicales avec l’AP, ce qui rend leurs articles encore moins percutants. La coercition, l’enlèvement et la violence, pratiques utilisées par les forces de Jibril Rijoub, chef de la sécurité de l’AP, sont des réalités de la vie pour les Arabes de Jérusalem-Est. Qui sait sous quelle pression agissent les Palestiniens travaillant pour les organes de presse occidentaux ou à qui ils envoient leur reportage ? En effet, il semble y avoir peu de changement depuis le temps où, dans son livre ’Vision double’, Zev Chafets écrivait un commentaire sur la façon dont les journalistes occidentaux couvraient la guerre du Liban au début des années 80. (Il suffit de remplacer ’Commodore’ par ’Colonie Américaine’ et Beyrouth par Jérusalem)".

Voici ce qu’écrivait Chafets : “Conformément au système de sécurité dépendant de l’OLP, les reporters occidentaux se ghettoïsèrent et devinrent, en fait, des complices de ceux qui les isolaient et les surveillaient. Ils se rassemblaient autour de l’Hôtel Commodore dirigé par les Palestiniens qui connaissaient leurs mouvements, leurs contacts et pouvaient surveiller les communications vers l’extérieur. Certains de ceux qui avaient des bureaux à part dans la ville s’aperçurent qu’ils avaient besoin d’employés palestiniens locaux afin d’établir des contacts et d’être guidés à travers les complexités de la vie à Beyrouth. Ces assistants étaient, dans bien des cas, soumis à la discipline de l’OLP ; et si l’organisation était circonspecte dans ses relations avec la plupart des reporters étrangers, elle pouvait se permettre de l’être beaucoup moins à l’égard de ses compatriotes palestiniens ou des Musulmans libanais. Même les reporters conscients que leurs employés locaux pouvaient servir d’intermédiaires aux services de renseignements de l’OLP, répugnaient à les laisser tomber ; dans beaucoup de cas, ces gens qui faisaient office de tampons étaient très précieux.”

L’un des reporters détenus par l’OLP à Beyrouth en 1981 quitta le Liban en toute hâte peu de temps après avoir publié un article où il confirmait le harcèlement des journalistes à Beyrouth. John Kilner est toujours correspondant du New York Times. Kilner arriva à Jérusalem en décembre et y demeura quelques jours afin de couvrir l’actuelle intifada. Malgré l’expérience considérable qu’il a de l’OLP, Kilner refusa d’être interviewé pour cet article, mentionnant “des problèmes délicats de personnel” avec le chef de bureau du Times, Sontag, qui se trouvait être absente du pays au moment de cette demande.

D’autres journalistes refusent tout simplement de se sentir concernés par les tentatives de censure de l’AP. Reconnaissant qu’il existe ici "des incidents bien connus visant à supprimer des histoires", Reeves, de The Independent remarque néanmoins : "Tout le monde le fait. Les Britanniques l’ont fait en Irlande du Nord".

D’autres nient catégoriquement qu’il y ait une quelconque intimidation de la part de l’AP. Parlant pour l’Association de la presse étrangère, William Orme (mari de Sontag), qui travaille pour le New York Times, dit qu’il ne connaît aucun incident documenté sur le harcèlement ou l’intimidation exercés officiellement par l’AP. Les attaques physiques contre les journalistes étaient toutes des actes de violence de rue perpétrés par des individus qui agissaient par animosité envers les Américains, déclare Orme.

Le chef de l’Association de la presse étrangère n’est pas forcément d’accord. Dans un article publié dans Ha’aretz (19 octobre 2000), le président Howard Goller affirme qu’en général, l’on peut dire que de nombreuses pressions sont exercées sur les journalistes étrangers.

"En certaines occasions, des soldats israéliens ou des représentants de l’AP, ont essayé de nous empêcher de filmer certains événements", confirme Goller.

La remarque de W. Orme fait étrangement penser à John Chancellor, éditorialiste de NBC, qui observait, en 1982, au plus fort de la Guerre du Liban : “Il n’y a pas de censure à Beyrouth”. Et ce, malgré l’assassinat par l’OLP de sept journalistes étrangers à Beyrouth Ouest entre 1976-1981, selon Edouard George, alors rédacteur en chef du quotidien de langue française “L’Orient le Jour”, et le départ de la ville de plusieurs journalistes occidentaux à cause des menaces de l’OLP.

Les agences de presse qui fournissent des reportages par téléscripteurs aux journaux du monde entier n’ont pas été épargnées non plus par les pressions de l’AP. Il y a quelques mois, l’Union des journalistes palestiniens s’est lancée dans l’action. Une lettre signée par l’Union des Journalistes Palestiniens a été publiée dans le quotidien de l’AP, “Al Hayyat”, condamnant la couverture du conflit par le bureau de l’ “Associated Press” de Jérusalem.. Dans cette lettre, le groupe menaçait d’adopter “toutes les mesures nécessaires à l’encontre des membres de la rédaction de l’Associated Press”. Les représentants de l’Associated Press de Jérusalem refusent de discuter de ce sujet.

Selon un journaliste travaillant à Jérusalem, le bureau de Reuters à Gaza, dont le personnel est surtout composé de journalistes palestiniens, fut fermé pour une courte durée. Il semble que les efforts de l’AP pour étouffer les critiques des médias réussissent parce que les agences de presse occidentales sont inextricablement liées à des Palestiniens soumis depuis longtemps à l’influence de l’AP.

Quelques jours à peine après les exécutions à Nablus (Shechem), en janvier, de deux Palestiniens accusés de collaboration avec Israël, des agents du service de sécurité palestinien arrêtèrent un photographe qui filmait l’un de ces deux macabres événements sans autorisation de l’AP. Seuls trois photographes travaillant pour l’AP furent autorisés à couvrir l’exécution. L’accès de la station de police où avait lieu l’exécution fut interdit à d’autres reporters et cameramen. Le photographe détenu, Mjadi el-Arabid, travaille à la fois pour des agences de presse étrangères et israéliennes.

En dépit de cette tactique, Orme rejette d’emblée la comparaison avec la tactique de Beyrouth, affirmant que cette “période n’a absolument aucun rapport avec la situation actuelle”. Assimiler l’OLP à Beyrouth, à l’AP d’aujourd’hui, est “inexact”, affirme Orme.

“Là-bas, c’était une armée qui menait une guerrilla et pouvait avoir des raisons de barrer l’accès à la presse. Ici, nous parlons de certaines régions sous contrôle militaire israélien et d’autres régions sous contrôle de l’AP, de sorte qu’il existe des entités gouvernementales officielles”. Les menaces des Palestiniens contre les journalistes sont analogues à celles des colons qui menacent aussi les équipes de télévision, argumente-t-il. Il est trompeur de suggérer qu’il y a une politique d’intimidation de la part de l’AP, conclut Orme, citant les “centaines de plaintes” que son organisation a reçues sur la façon de gérer la presse par le gouvernement israélien - tous les moyens sont utilisés : accès limité, tirs sur les reporters, interdiction à des ressortissants israéliens de se rendre dans certaines régions. En revanche, “seule une poignée de journalistes a porté plainte contre l’AP. “Il n’y a pas d’auto-censure” non plus, affirme Orme catégoriquement.

En revanche, un correspondant d’un journal britannique de langue hébraïque, qui a préféré garder l’anonymat, a constaté que l’auto-censure exercée par les reporters au Moyen-Orient aujourd’hui est comprise et tacitement approuvée par les services nationaux de leurs journaux.

“Ils ferment les yeux sur cela car ils savent qu’ils ne pourraient pas fonctionner du tout sans l’aide des gens du pays”, dit-il.

Pour illustrer ce point, le journaliste britannique cita un événement qui eut lieu en novembre. Des équipes de télévision occidentales qui filmaient des manifestations contre le Président égyptien Mubarak furent forcées de remettre leur film aux forces de sécurité palestiniennes à un poste de contrôle, tandis qu’assistaient à la scène des fonctionnaires du service de renseignement égyptien. Selon cette source britannique, l’incident ne fut pas signalé. Ce même reporter affirme que la police palestinienne confisqua des séquences filmées à Bethléem et explique que beaucoup de reporters occidentaux exercent une auto-censure pour éviter de se faire confisquer leur matériel.

Les journalistes qui ont été physiquement attaqués par des Arabes ont de toute évidence un sens beaucoup plus aigu des lieux où ils peuvent se rendre et de ce qu’on peut dire. Le reporter Hugh Dellios de “Chicago Tribune” a subi un violent passage à tabac dans la vieille ville de Jérusalem, le huitième jour des émeutes. Maintenant, Dellios et un collègue du “Toronto Star”, qui était avec lui ce jour-là, “réfléchissent à deux fois avant de se rendre quelque part”. Dellios estime qu’il a été traité de la sorte parce que, dans la foule grouillante en quête de cibles, il a été repéré comme occidental. “Des femmes se sont mises à crier : “C’est un Américain”, se souvient Dellios. “Ils savaient que nous étions journalistes, mais ils me soupçonnaient d’être un provocateur israélien.”

Les mêmes soupçons pesèrent sur le correspondant au Moyen-Orient du Wall Street Journal, Steven Glain. A deux reprises, alors qu’il couvrait les émeutes du haut des toits de la Vieille Ville de Jérusalem, de jeunes Arabes demandèrent à Glain s’il était juif.


© Judy Lash Balint, 2001, WorldNetDaily.com


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[1] Voir la traduction française que j’ai réalisée de l’article de Fiamma Nierenstein, "Les journalistes et les Palestiniens". [Note de Menahem Macina]

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Première mise en ligne 21/02/01 su mon ancien site chretiens-et-juifs.org

Remis en ligne le 03 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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