03/03/08
Pour mémoire

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| Par Véronique Chemla pour Guysen International News 2 mars 2008 22:38 |
Le 27 février 2008, Philippe Karsenty, directeur de lagence de notation des médias, Media-Ratings(1), a listé devant la 11e chambre de la Cour dappel de Paris les incohérences, contradictions et invraisemblances relatives au reportage filmé au carrefour de Netzarim (bande de Gaza) et diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000. Ce qui lamenait à maintenir ses propos initiaux - « faux reportage » - et à souligner la « mise en scène de la mort de Mohamed al-Dura ». Ce qui a fortement embarrassé Arlette Chabot, directrice de linformation de France 2, et Charles Enderlin, correspondant en Israël de la chaîne publique, démunis dexplications pour contrer les objections de lappelant. Reportage sur des débats tendus. Devant la salle de la 11e chambre de cette Cour, où sagglutinent des dizaines de personnes une dame interroge une voisine venue soutenir Charles Enderlin : « Pourquoi Charles Enderlin a-t-il affirmé navoir pas diffusé la scène de lagonie de Mohamed al-Dura parce quelle était insoutenable, alors quil ny a aucune scène dagonie dans les rushes quil a présentés en novembre 2007 à la Cour (2) ? » Sa voisine se tait, en souriant avec assurance.Laudience de plus de six heures devant cette Cour a souvent ressemblé à cette scène, à la différence que Charles Enderlin et Arlette Chabot furent visiblement gênés face à la démonstration de Philippe Karsenty. Celui-ci avait interjeté appel du jugement de la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris le condamnant, en 2006 (3), pour diffamation à légard des intimés, car il avait notamment qualifié d« imposture médiatique » ces images controversées. La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, simprovise gendarme pour dégager un espace dans le hall attenant à la salle daudience. Elle fait ajouter des chaises dans cette salle, traite quelques affaires et fait entrer la presse. A Philippe Karsenty, elle ordonne : « Vous vous tairez quand je vous le dirai ». Afin daccueillir la foule compacte qui sexaspère bruyamment dans le hall, elle décide que laudience aura lieu dans une salle plus vaste. Le refus dentendre comme témoin un expert en balistiqueLà, Arlette Chabot, directrice de linformation de France 2, se place discrètement parmi le public, puis rejoint Charles Enderlin et un responsable de France 2 dans les bancs où se sont placés les intimés. Le cameraman palestinien, Talal Abou Rahma, qui a filmé les images controversées, demeure absent des audiences. Dans le banc derrière celui des avocats de lappelant, est assis le Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Il avait demandé le 14 août 2007 à France 2 de rendre publics les rushes tournés le 30 septembre 2000 par Talal Abou Rahma. Le 15 janvier 2008, il sest exprimé en faveur de la création d'une commission d'enquête technique composée de spécialistes - en balistique, de la médecine légale, des images, etc. - pour analyser ce reportage contesté (4). Sur le chemin menant à cette salle, une spectatrice lui déclarait que « ces images ont attisé lantisémitisme » et évoquait « lagression antisémite dont [son] fils a été victime : « Moi, je peux [faire face]. Mais un enfant ! » Patrick Klugman, membre du comité directeur du CRIF et vice-président de SOS-Racisme, sassied du côté de France 2 en expliquant que cela ne revêt aucune signification. Cette fois-ci, Charles Enderlin répond aux questions posées par les journalistes. Lune delles est accueillie fraîchement par les intimés qui ne semblent pas avoir apprécié son article sur laudience de visionnage de ces rushes émaillés de saynètes de guerre. Cette journaliste se défend : « Jai fait mon travail de journaliste ». « Alors faites votre travail de journaliste ! », lui intime Arlette Chabot. « Cest ce que je fais ! », lui répond cette journaliste qui soulève des questions pertinentes destinées à Charles Enderlin. Celui-ci linforme quil va présenter des images des mêmes scènes, mais prises sous un angle différent, ce qui démontrera la réalité des blessures des Palestiniens. La Présidente Laurence Trébucq présente ses « excuses pour navoir pas » prévu la tenue de laudience dans une salle suffisamment grande pour accueillir tant de spectateurs. Puis, elle rappelle au public les consignes à respecter, sous peine dexpulsion de la personne troublant la sérénité des débats, voire celle de tout le public. Un rappel quelle répétera quand les partisans de lune ou lautre partie exprimeront leur soutien. Laudience demeurera très attentive, malgré la longueur inattendue de laudience.Philippe Karsenty et son avocat demandent que soit entendu, « dans le respect du contradictoire », lexpert balistique Jean-Claude Schlinger, missionné par lappelant et auteur dun rapport exonérant Israël de la responsabilité des tirs qui, selon Charles Enderlin et son cameraman, auraient le 30 septembre 2000 tué Mohamed et blessé Jamal al-Dura (5). Jean-Claude Schlinger a étudié des images de France 2, dagences de presse et de médias - Associated Press, Reuters, BBC - disponibles « dans les mois ayant suivi lincident du 30 septembre 2000 ». Dans son rapport, il conclut : « Il est sérieusement possible quil sagisse dune mise en scène » (6). Une demande considérée comme tardive par les intimés et inutile par le représentant du ministère public, lavocat général Antoine Bartoli, car ce rapport a été communiqué aux parties et aux juges. Après une pause, la Cour rejette cette requête. Le visionnage de la présentation PowerPoint de Philippe KarsentyPhilippe Karsenty et lun de ses deux avocats, Me Patrick Maisonneuve, sollicitent de la Cour lautorisation de visionner un document pour « compléter linformation sur la scène objet de la discussion ». « Je ne veux pas donner limpression de fuir la vérité », assure Me Francis Szpiner. Lavocat général Antoine Bartoli sen « rapporte à la Cour ». La Cour « est favorable à cette demande concernant une présentation quelle va découvrir : pour des raisons techniques, elle na pu en voir le contenu dune durée denviron 30 minutes. » La présidente Laurence Trébucq fixe le programme de laudience : visionnage de cette présentation de Philippe Karsenty et du CD-Rom des parties civiles, puis les plaidoiries et les réquisitions de lavocat général. Elle réitère les règles : Philippe Karsenty et Charles Enderlin sarrêteront « de parler quand la Cour dira: Stop ! » Sur le côté gauche de la salle, Philippe Karsenty se place près de son moniteur, pour être quasiment face à la Cour, et presque de dos au public. Quittant leurs bancs, les intimés et leurs avocats sagglutinent à quelques mètres face à lécran, de profil par rapport à la Cour. « Talal Abu Rahma, supermenteur » (Philippe Karsenty) Philippe Karsenty mentionne la présence de dix secondes de rushes de France 2, non diffusées par cette dernière, mais par la BBC. « Ces rushes nont jamais été donnés à la BBC », assure Arlette Chabot. Ce que répète, en exultant, Me Francis Szpiner, avocat de France 2 et de Charles Enderlin. « Jai acquis ces archives auprès de la BBC. Je peux vous apporter la facture », affirme Philippe Karsenty. La Présidente rappelle quil ne peut pas présenter de « pièces supplémentaires ». Vite, Arlette Chabot se ravise : « Je me demande si Charles Enderlin ne les a pas utilisés dans un autre sujet » Philippe Karsenty désigne le time code (7) de la BBC qui authentifie ces images cruciales, postérieures à celles où Charles Enderlin (8) annonce lenfant mort, et dans lesquelles lenfant bouge. Philippe Karsenty commente un document dune douzaine de Questions/Réponses illustrées de manière didactique et vivante par des cartes, des photos, le reportage incriminé, des rushes dagences de presse présentes au carrefour de Netzarim, des saynètes de guerre simulée (10), des interviews par Canal + ou Esther Schapira (9) de protagonistes, en particulier Talal Abu Rahma, qui se contredisent avec aplomb, etc. Exemples. Combien de minutes de lincident al-Dura Talal Abu Rahma a-t-il filmées ? En 2000, ce cameraman affirmait sous serment avoir filmé 27 minutes, puis, en 2001, il réduisait cette durée à six minutes. A Esther Schapira, Charles Enderlin parlait d« environ 30 minutes ». Cet incident dure moins dune minute dans les rushes de France 2, visionnés en 2007 devant la Cour dappel de Paris (11). Combien de cameramen étaient présents au carrefour de Netzarim ? Talal Abu Rahma évoquait « 20, 25 à 30 cameramen ». Lors de laudience, ce nombre est fixé par France 2 à « au moins quatre cameramen, dont Talal Abu Rahma » et ceux de Reuters et dAP (Associated Press). Que tournaient Reuters et AP au même endroit ? Des saynètes de guerre, mais pas lincident al-Dura. En tout cas, aucun film de ces cameramen sur les al-Dura nest visible, pour diverses raisons selon leurs auteurs : film « brûlé », film raté au développement, etc. Combien dimpacts résultent du tir nourri visant les al-Dura ? En 2001, Talal Abu Rahma déclarait : « Les balles pleuvaient autour de nous comme de la grêle ». Et ce, pendant « 45 minutes ». Sur le mur derrière les al-Dura, il ny a que huit traces pouvant être des impacts de projectiles. Soit un tir toutes les cinq à six minutes. Où sont les balles censées avoir blessé le père et tué lenfant (12) ? Talal Abu Rahma a indiqué quun général palestinien les détient. A la suite des dénégations de ce dernier, il sest emberlificoté dans ses explications en affirmant que « France 2 a récupéré les balles dans le mur », puis a concédé en souriant les détenir : « Nous avons nos secrets
»Pourquoi Talal Abu Rahma na-t-il pas filmé lévacuation par ambulance de Mohamed al-Dura mort, lui a qui en filmé plusieurs auparavant ? « Il navait plus de batterie dans sa caméra », avance Charles Enderlin. « Cest faux. Il lui restait la moitié de sa cassette et de la batterie, comme il la affirmé à Esther Schapira », assène Philippe Karsenty. Pourquoi Charles Enderlin fait-il confiance à Talal Abu Rahma ? Interviewé par Esther Schapira, il évoque la « désinformation israélienne » quil distingue des « Palestiniens qui sont des cameramen journalistes professionnels ». Il défend son cameraman : « Talal a la carte de presse israélienne, un laissez-passer israélien. Quand nous voulons savoir si un cameraman appartient à une organisation, a maille à partir avec Israël, on vérifie auprès du Shin Bet, le service intérieur de renseignement israélien ». Philippe Karsenty réplique vivement en citant Daniel Seaman (13), directeur du bureau de presse gouvernemental (GPO) qui dépend du Premier ministre israélien, qualifiant Talal Abu Rahma de « menteur ». Lapidaire, il résume : « Arlette Chabot fait confiance à Charles Enderlin qui fait confiance à son cameraman super-menteur ». Guysen a révélé, le 2 mars 2008, que Talal Abu Rahma, cameraman palestinien de France 2, na plus de carte de presse israélienne depuis 2002. « Charles Enderlin se trompe et nous trompe » (Philippe Karsenty) Qui est prévenu et qui est partie civile ? Qui est sur la défensive et qui poursuit ? Même la présidente Laurence Trébucq sy perd. Et pourtant, cette qualité traduit aussi un rapport de force patent et induit des obligations en termes de charge de la preuve. Sans explications convaincantes, les parties civiles pinaillent sur des éléments marginaux de la démonstration nombre denfants de Jamal al-Dura -, sans ébranler la pertinence de largumentation de Philippe Karsenty. Elles sengouffrent dans les minuscules failles, ou supposées telles, pour stigmatiser limpudent qui, sans carte de presse, se permet de critiquer Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, titulaires, eux, du précieux sésame (14). Philippe Karsenty sétonne que Jamal al-Dura soit plâtré à des endroits exempts la veille dimpacts de balles ou de traces de sang, et que du sang soit visible sur son plâtre. Il informe la Cour que Jamal al-Dura avait été attaqué en 1992, à coups de hache, par des Palestiniens qui laccusaient de collaborer avec Israël. Soigné à Gaza, ce dernier avait bénéficié, grâce à son employeur israélien, dune opération dans un hôpital israélien en 1994. A lappui de ses dires, Philippe Karsenty cite le dossier médical de Jamal al-Dura. « Même les Palestiniens ont droit au respect de leur vie privée. Comment vous êtes-vous procuré ce dossier médical ? », soffusque Me Francis Szpiner.« Je lai reçu par La Poste », réplique Philippe Karsenty. Rires dans la salle. Philippe Karsenty fait part du refus de CNN de diffuser la première ces images pour ne pas les authentifier. « Avez-vous une attestation de CNN le prouvant ? », interroge Me Francis Szpiner. Lappelant nen a pas, mais présente sa source : Ton rêve est mon cauchemar, un livre dElisabeth Schemla (15). « Cest lhomme qui a vu lhomme qui a vu lours », persifle Me Francis Szpiner. Quant aux témoignages de cameramen palestiniens, présentés par les intimés, la graphologue missionnée par Philippe Karsenty conclut quils sont écrits par Talal Abu Rahma. Ce qui incite lappelant à évoquer dautres « faux ». « Les conditions de tournage à Gaza » (Charles Enderlin) Lappelant décortique les images diffusées par France 2 au JT du 30 : saynètes de guerre jouées (16), Palestiniens simulant de fausses blessures, etc. Me Patrick Maisonneuve souligne une contradiction : « Un médecin parle dune blessure par balle à la jambe gauche, alors que le père situe cette blessure à la jambe droite ». Les intimés et leur défense esquivent les questionnements sur les nombreuses incohérences, contradictions et invraisemblances. Face au moniteur, Charles Enderlin intervient sans convaincre, en réitérant sa confiance en son cameraman et en mettant en avant son savoir sur lIntifada : « Certains Palestiniens croient que les tirs ne les concernent pas... Ce sont des rushes, pas de la vidéosurveillance ! Les cameramen filment des scènes quils pensent utiles à leur reportage... Je suis passé des dizaines de fois au carrefour de Netzarim ». « Ces images donnent limpression dun tournage », remarque la Présidente, en évoquant le Palestinien tirant au travers dun trou dans une pièce vide ! « Cest réel. Les Palestiniens nutilisent pas leurs balles pour rien », affirme Charles Enderlin. « Cest une mise en scène », note la présidente. « Ce nest pas une mise en scène. Je suis un professionnel qui couvre lIntifada depuis des années. Cest la réalité », maintient Charles Enderlin. « Ces images donnent un peu limpression que cela ne se passe pas trop mal et que cest filmé à la demande des cameramen », insiste la présidente. « AP et Reuters, ce sont des professionnels. Ce sont les conditions de tournage à Gaza ». « Vous dites que ce nest pas de la mise en scène ? » « Non, cest filmé ». Arlette Chabot contre-attaque en extrapolant : « On envoie les images dans le monde entier. Cela tendrait à prouver que depuis des années, les agences de presse internationales, reprises par les télévisions du monde entier Cest une mise en cause de toute la presse internationale. Cela veut dire quAP et Reuters ne filment que des [Palestiniens] qui simulent, des mises en scènes ! » « Pas que [des mises en scène]. Mais aussi [des mises en scène] », rectifie la présidente. Progressivement, dinvraisemblances en contradictions, Philippe Karsenty parvient à sa conclusion : toutes les scènes diffusées ce 30 septembre 2000 sont jouées par les Palestiniens, aucune trace de sang sur le sol, sur le mur et sur les vêtements des al-Dura natteste une quelconque blessure des al-Dura, nulle image ne prouve la mort de Mohamed al-Dura vers 15 h, comme la assené Charles Enderlin se fiant à son unique source : Talal Abu Rahma. Ainsi, Mohamed al-Dura déplace un chiffon rouge de sa cuisse vers son abdomen, pour simuler une blessure sanglante. Quand il pose ce tissu sur son ventre, on constate labsence de blessure à la cuisse. Par contre, le matin même, avant midi, un garçon palestinien mort a été transféré à la morgue de lhôpital de Gaza. Nul ne connaît les circonstances de sa mort ou son identité. Sur les photos produites par France 2 et prises à la morgue, les blessures de cet enfant palestinien sont différentes de celles censées avoir tué Mohammed al-Dura selon les témoignages de Jamal al-Dura et Talal Abu Rahma. « Le scandale du siècle » Me Francis Szpiner Bras croisés, Arlette Chabot hoche la tête en signe dincrédulité, de négation ou deffarement. Elle sétonne : « Ne croyez-vous pas qu'en huit ans le gouvernement israélien n'aurait pas réagi ? » Philippe Karsenty explique que le colonel Yom Tov Samia a diligenté une enquête, marginalisée par « lestablishment israélien soucieux, fin 2000, de conclure un accord avec lAutorité palestinienne et ne se rendant pas compte de limpact de ces images dans le monde musulman ». Ce que nie Charles Enderlin : « Israéliens et Palestiniens ont suspendu leurs négociations jusquen décembre 2000 ». Philippe Karsenty se prévaut du soutien précoce et continu de Daniel Seaman, directeur du bureau de presse gouvernemental, et de celui, récent, de Raanan Gissin, ancien porte-parole dAriel Sharon. « Pourquoi les autorités israéliennes nont-elles pas dénoncé le scandale du siècle ? », relance Me Francis Szpiner. « Charles Enderlin a travaillé avec le porte-parole dAriel Sharon. Il connaît beaucoup de monde », estime Philippe Karsenty. « Vous avez énormément travaillé Quelles raisons vous ont poussé à investiguer, à dire quil sagit de désinformation ? », senquiert la présidente. Et Philippe Karsenty de raconter comment « ce reportage la interpellé ». Et dévoquer le film dEsther Schapira, lenquête de lingénieur israélien Nahum Shahaf, la manifestation en 2002 du Prix de la désinformation à France 2 et à Charles Enderlin (17), ses rencontres avec des responsables de France 2 « Je ne fais pas de politique. Je suis un citoyen français. Les images diffusées par France 2 sont des mises en scène. Cest un faux. France 2 dépense énormément dargent pour cacher ce mensonge. Largent du contribuable français peut être mieux utilisé. Des gens de France 2 me téléphonent : « On a honte ». On ne peut pas continuer avec une chaîne dEtat qui diffuse ces mensonges », sindigne lappelant. « Licône médiatique dune icône journalistique » (Philippe Karsenty)Eviter de répondre aux questionnements se retourne contre les parties civiles. Aussi, celles-ci déploient avec habileté leur tactique : abandonner dès que possible le domaine de la raison - celui de Philippe Karsenty et de la Cour -, pour se situer sur le registre émotionnel afin de gagner lempathie des juges, et discréditer largumentation de Philippe Karsenty en lassimilant à une thèse conspirationniste. Calmement et prudemment, Philippe Karsenty refuse de se laisser entraîner hors du cadre de la plainte et répond en circonscrivant son sujet étudié et lobjet des débats : le reportage incriminé du 30 septembre 2000. En résumé : « Charles Enderlin affirme que Mohamed al-Dura a été tué par les soldats israéliens. Aucune image ne montre cet enfant mort ni des tirs israéliens. Certains disent lavoir vu dans un marché à Gaza ». Charles Enderlin déclare alors que Jamal al-Dura est prêt à faire exhumer le corps de son fils afin que des examens ADN établissent un lien familial entre lenfant décédé et lui. « Pourquoi vouloir exhumer le corps ? Que [France 2 et Charles Enderlin] nous montrent ces balles ! », sexclame Philippe Karsenty. Ni la Cour ni Philippe Karsenty ne réclament ni ne retiennent cette mesure. Même quand Arlette Chabot, éludant une remarque de Me Patrick Maisonneuve et de la présidente, reprend à deux reprises cette proposition dune « expertise ADN pour sortir du débat ». Pendant une pause, conscient de lenjeu médiatique, Charles Enderlin sapproche du banc de la presse (18), et exprime calmement à des journalistes de médias arabes son incrédulité choquée : « Le père perd son fils le matin et va tourner laprès-midi ! » Le visionnage souvent calamiteux du CD-Rom de France 2 et Charles EnderlinMaintenant, cest au tour de France 2 et de Charles Enderlin de présenter leur CD-Rom composé de trois éléments : « les mêmes scènes [contestées par Philippe Karsenty] filmées par dautres cameramen sous un autre angle », le reportage diffusé le même jour sur TF1 et un reportage comportant linterview de Jamal al-Dura par Talal Abu Rahma, montrant les « cicatrices de ses blessures ». Le premier élément est conçu pour prouver lauthenticité des saynètes de guerre. Et on va voir ce quon va voir : « tous les points litigieux soulevés par Philippe Karsenty » apparaîtront vains, selon Arlette Chabot ! Et on a vu. Et ce film sest retourné contre les intimés, car on est resté sur les questions soulevées par Philippe Karsenty. En étant partagé entre la stupeur devant le grotesque et le ridicule de commentaires off, feignant dexpliquer linvraisemblable. Exemple : « On entend : « Lenfant est mort, lenfant est mort ! ». Ce qui signifie, en arabe parlé, quil est en danger de mort ». Autre citation : « Sous les rafales, lenfant bouge une dernière fois. Il est blessé à la tête et enfin, ne bouge plus. Le pied de lenfant selon un médecin légiste nest à lévidence pas dans une position naturelle ». Et comment ! Rappelons que, dans cette image, Mohammed al-Dura, déclaré mort par Charles Enderlin sur des images précédentes, maintient ses jambes au-dessus du sol et soulève son coude pour regarder la caméra. Ces assertions du film ne suscitent pas de questions de la Cour et de lAvocat général Antoine Bartoli. Le reportage de TF1 montre des saynètes de guerre et évoque notamment la mort de « 15 Palestiniens dont deux enfants ». Dans le troisième reportage, le « médecin orthopédiste montre une radio de Jamal al-Dura et décrit la nature des blessures » de ce dernier. Puis, se rendant compte que cette radio est à lenvers, il la fait pivoter pour la mettre dans le bon sens de lecture. Puis, nous voyons le roi Abdallah II de Jordanie effectuer une visite à lhôpital militaire dAmman où est pris en charge Jamal al-Dura. Suivent les images dun enfant palestinien à la morgue de Gaza. Enfin, Jamal al-Dura, maigre, montre les cicatrices longues et fines sur son corps : jambe gauche, abdomen, etc. Charles Enderlin explique que « trois médecins jordaniens lont soigné ». Un film à voir absolument sur le blog de Charles Enderlin. De manière surprenante, Talal Abu Rahma ne sexplique pas, dans ce document audiovisuel, sur les contradictions émaillant ses déclarations successives, les invraisemblances de ses images, etc. Ce témoin, journaliste-cameraman et source constitue pourtant lélément nodal de laffaire al-Dura. Talal Abu Rahma sert la cause palestinienne « Qui aurait fait la manipulation ? Le cameraman ? Charles Enderlin ? Pour faire venir un faux malade et le roi de Jordanie dans lhôpital, il faut », dit la présidente, exprimant des réserves et du scepticisme dans le ton de sa voix. « Talal Abu Rahma est responsable », juge Philippe Karsenty. Et il cite Daniel Seaman (19) : « Ces images sont des mises en scène ». Talal Abu Rahma est un criminel et France 2 a une attitude criminelle en défendant ces images », juge Philippe Karsenty. « Est-ce que vous êtes en train de nous dire : "[Talal] est vendu. [Les cameramen] savent que cest un faux. Ils se tiennent les coudes" ? », demande la présidente. Philippe Karsenty évoque Pallywood, lindustrie audiovisuelle de propagande palestinienne, et poursuit : « Talal Abu Rahma a déclaré à un journal marocain avoir choisi le journalisme pour servir la cause palestinienne. Les médias sont les instruments des faibles. Nous, Occidentaux, avons un regard critique et navons pas à nous laisser manipuler Charles Enderlin a reçu ces images en urgence. Il na pas dû se rendre compte sur le moment. Mais après, quand nous avons apporté les preuves des mises en scène, il aurait du reconnaître son erreur initiale... Rien ne peut empêcher la vérité de prospérer ». Charles Enderlin tempête : « Cest laccusation la plus grave contre un journaliste : bidonnage, être responsable dun faux. Je me serais fait avoir par Talal ! Je lui fais totalement confiance depuis 1988. Jamais France 2 et les autres médias nont eu de problème avec Talal, qui na jamais été mis en cause par Israël (20). La carte de presse israélienne a été retirée à tous les cameramen palestiniens au début de lIntifada. Talal est blanc comme neige ». Or, Guysen a révélé que ce cameraman ne détient pas cette fameuse carte de presse. « Très vite, il y a eu une controverse sur lorigine des tirs », se souvient la présidente. « Nous avons diffusé les réactions des autorités israéliennes. Jamais une autorité ne nous a écrit pour nous demander une enquête. Il y a quelques mois, quelquun a demandé les rushes. On a proposé un visionnage à létat-major israélien », révèle Charles Enderlin. Des parallèles infamants : « Karsenty, cest le croisement de Faurisson et de Meyssan » Me Francis SzpinerMe Bénédicte Amblard, autre défenseur des intimés, reprend sa plaidoirie traditionnelle afin de démontrer la diffamation à légard de Charles Enderlin et de discréditer ceux qui contestent sa version de lincident al-Dura. « Philippe Karsenty se fonde sur le documentaire de la Metula News Agency (Mena) », dont elle allègue, à tort, avoir obtenu récemment la condamnation (21). A la Mena, elle associe les critiques de la version de Charles Enderlin : Gérard Huber et Luc Rosenzweig. « Selon la Mena, Mohammed nest pas mort ! Il suffit de regarder les images ! Nous sommes dans la folie . La Mena se fonde sur une prétendue enquête de larmée. Cest faux. Le colonel Yom Tov Samia a pris une initiative personnelle. [Le physicien] Nahum Shahaf et Yossef Uriel [Lire : Doriel. Note de la Rédaction d'upjf.org] [Ndlr de Guysen : membre, pendant peu de temps, de la commission denquête de Tsahal] ont fait lobjet de critiques. Ce ne sont pas des experts en balistique ». Et de lire un extrait dun jugement du tribunal de Tel-Aviv (22), « qui a examiné toute lenquête. Yossef Uriel [Doriel] a été débouté. Ce jugement les stigmatise tous deux. Nahum Shahaf prétend que lassassin dYtzhak Rabin nest pas le bon assassin ! » Afin de caractériser linfraction de diffamation, elle insiste sur labsence de bonne foi, « lanimosité particulière » de Philippe Karsenty à légard de Charles Enderlin : « On va loin et fort. Cest inadmissible pour un professionnel dont nul na contesté le sérieux ». Usant deffets de manche, elle laisse tomber théâtralement ses papiers pour exprimer son exaspération devant laccusation de « faussaire » visant son client. Défenseur de Charles Enderlin « qui fait honneur à sa profession et a été récompensé », Me Francis Szpiner (23) va poursuivre dans cette veine visant à discréditer lappelant, la graphologue et lexpert israélien. « Je me garderai de dire [sil sagit de] balles israéliennes ou palestiniennes [Ndlr : Charles Enderlin marque sa désapprobation en dodelinant de la tête]. Personne nen saura jamais rien... Je parle des honnêtes gens », énonce Me Francis Szpiner, qui exclut de cette catégorie Philippe Karsenty, «croisement de Robert Faurisson (24) et de Thierry Meyssan (25) ». Narquois, il évoque « limmense complot international, une mise en scène qui a continué à la morgue, à lhôpital à Gaza, à Amman où le roi Abdallah II de Jordanie a été trompé par ses médecins ! » Dans sa plaidoirie, cet avocat glisse une « définition » du sionisme : « Un Juif qui paie un deuxième Juif pour quun troisième Juif aille faire la guerre en Israël ». Lors de ses déambulations, il jette de fréquents regards vers les bancs de la presse et le public, peut-être pour vérifier leffet de son discours. Sa voix fluette senfonce dans les graves pour stigmatiser « les extrémistes qui nacceptent pas la couverture honnête des événements [par] Charles Enderlin ». Quant à Nahum Shahaf, Me Francis Szpiner fabule sur les conditions de reconstitution de la scène controversée : « Cet expert a utilisé des poupées Barbie. A 99,99%, les poupées Barbie que l'on trouve dans le commerce sont blondes. Ce physicien israélien a peint en noir leur visage. Pour certains Israéliens, les Palestiniens sont les Nègres de leur temps ». Daniel Pearl décapité par des terroristes islamistes avec limage du petit Mohamed al-Dura incrustée dans la video dal-Qaïda ? Ben Laden justifiant les attentats du 11 septembre 2001 par la mort de Mohamed al-Dura ? Se targuant de sa fonction de défenseur de lassociation SOS-Attentats, Me Francis Szpiner récuse tout lien de cause à effet : « On a voulu faire porter tout cela [à Charles Enderlin] ! Cest scandaleux ! Les terroristes nont pas besoin de prétexte pour tuer et nont pas un raisonnement intentionnel ». Lavocat général requiert la confirmation du jugement Dune voix doucereuse, lavocat général Antoine Bartoli (26), soucieux de ne pas être long à une heure tardive, requiert la confirmation du jugement condamnant pour diffamation M. Karsenty : « Il y a incontestablement des recherches, mais les sources sont "univoques par rapport à sa thèse" », cest-à-dire abondent dans son sens. Il dénie [à Karsenty] le bénéfice de la bonne foi. Létroit contrôle de lAutorité palestinienne sur les médias, notamment internationauxPour Philippe Karsenty, Me Delphine Meillet souligne létroit contrôle des médias par lAutorité palestinienne (27) - ce dont se plaint Reporters sans frontières (RSF) (28) - et lengagement politico-journalistique de Talal Abu Rahma en faveur de la cause palestinienne. « LAutorité palestinienne a promulgué une loi, en 1995, qui prévoit une peine de six mois demprisonnement [à l'encontre de] quiconque critique lAutorité palestinienne. En plus des pressions exercées par cette Autorité sur les journalistes, pour parfaire le tableau, il y a laffiliation politique des cameramen palestiniens utilisés par les médias internationaux. Parfois, les médias ne sont pas téméraires, et frisent la collaboration avec le pouvoir en place. Pour beaucoup, la règle est de rester en bons termes avec le pouvoir. Cest le cas de Talal Abu Rahma. Dans certains cas, linformation contrôlée est fabriquée, manipulée, tronquée. Comme la écrit Khaled Abu Toameh, journaliste du Jerusalem Post : « On ne sait pas ce qui se passe [dans les territoires de lAutorité palestinienne] ». Cette avocate cite les sources diverses, antérieures aux propos [reprochés à] Philippe Karsenty, et ayant alimenté sa réflexion : les films de la Mena, dEsther Schapira, le livre de Gérard Huber, Contre-expertise dune mise en scène (29), la question du député Roland Blum (30), etc. « Philippe Karsenty nest pas un extrémiste. Ses sources ne sont pas univoques : Canal +, un livre non poursuivi par les parties civiles. Philippe Karsenty a commencé à avoir des doutes. Il a mené une investigation. Sans vous [Ndlr : la Cour], il naurait jamais pu obtenir les rushes de France 2. Il a fallu sept ans pour les avoir. Pour tout le monde, ces rushes durent 27 minutes. Ceux visionnés durent 18 minutes. Il en manque un peu, [notamment] la scène de lagonie de Mohammed al-Dura, que Charles Enderlin a déclaré au Nouvel Obs ou à Télérama avoir coupée car elle était « insupportable » (31), déduit Me Patrick Maisonneuve. Il interroge : « Lexpert [en] balistique nest pas un mercenaire de Philippe Karsenty. Il corrobore ses affirmations. Les tirs ne provenaient pas de la position israélienne. Charles Enderlin maintient quil sagit de tirs israéliens [Ndlr : Charles Enderlin approuve de la tête]. Ces images auraient-elles eu de telles conséquences sans son commentaire ? » Il récapitule les invraisemblances, incohérences et mensonges émaillant laffaire al-Dura et conclut sur la demande de relaxe de son client. Enfin, la présidente Laurence Trébucq donne la parole à la défense. Avec cur, Philippe Karsenty déclare : « Je suis sincère. Jai fait une enquête sérieuse. Des gens ont payé de leur vie cette imposture médiatique réalisée par Talal Abu Rahma, commentée par Charles Enderlin et diffusée par France 2. Lhistoire jugera ce mensonge (32). Dans cette affaire, il ny a pas de complot, mais une somme de lâchetés. La plupart des médias se sont fourvoyés. Le rapport balistique prouvant mes affirmations sera bientôt en ligne. Les 18 minutes de rushes de France 2 seront prochainement en ligne sur un site américain. La vérité est plus forte que tout. Elle prévaudra un jour. Je maintiens mes accusations contre France 2 et je les renforce après avoir vu les images qui ont été présentées à la Cour et les explications abracadabrantesques de Charles Enderlin. Je me battrai jusquau bout pour faire reconnaître aux autorités françaises le mensonge Al-Dura. Je le dois au père de Daniel Pearl (33), Judea Pearl, qui, un jour, ma demandé dobtenir justice au nom de son fils. Je le dois à mes parents qui mont élevé dans le respect de la vérité. Je le dois au peuple juif, victime de massacres pendant 3000 ans à cause de mensonges comme celui-ci. Je le dois à la France, dont des médias et certaines élites se sont fourvoyés pour couvrir ce mensonge inique. Je le dois à lHistoire ». Larrêt sera rendu le 21 mai 2008. Véronique Chemla |
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Mis en ligne le 03 mars 2008, par M.












Le 27 février 2008, Philippe Karsenty, directeur de lagence de notation des médias, Media-Ratings(1), a listé devant la 11e chambre de la Cour dappel de Paris les incohérences, contradictions et invraisemblances relatives au reportage filmé au carrefour de Netzarim (bande de Gaza) et diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000. Ce qui lamenait à maintenir ses propos initiaux - « faux reportage » - et à souligner la « mise en scène de la mort de Mohamed al-Dura ». Ce qui a fortement embarrassé Arlette Chabot, directrice de linformation de France 2, et Charles Enderlin, correspondant en Israël de la chaîne publique, démunis dexplications pour contrer les objections de lappelant. Reportage sur des débats tendus.
Devant la salle de la 11e chambre de cette Cour, où sagglutinent des dizaines de personnes une dame interroge une voisine venue soutenir Charles Enderlin : « Pourquoi Charles Enderlin a-t-il affirmé navoir pas diffusé la scène de lagonie de Mohamed al-Dura parce quelle était insoutenable, alors quil ny a aucune scène dagonie dans les rushes quil a présentés en novembre 2007 à la Cour (2) ? » Sa voisine se tait, en souriant avec assurance.
Le refus dentendre comme témoin un expert en balistique
La Présidente Laurence Trébucq présente ses « excuses pour navoir pas » prévu la tenue de laudience dans une salle suffisamment grande pour accueillir tant de spectateurs. Puis, elle rappelle au public les consignes à respecter, sous peine dexpulsion de la personne troublant la sérénité des débats, voire celle de tout le public. Un rappel quelle répétera quand les partisans de lune ou lautre partie exprimeront leur soutien. Laudience demeurera très attentive, malgré la longueur inattendue de laudience.
Le visionnage de la présentation PowerPoint de Philippe Karsenty
Où sont les balles censées avoir blessé le père et tué lenfant (12) ? Talal Abu Rahma a indiqué quun général palestinien les détient. A la suite des dénégations de ce dernier, il sest emberlificoté dans ses explications en affirmant que « France 2 a récupéré les balles dans le mur », puis a concédé en souriant les détenir : « Nous avons nos secrets
»
Philippe Karsenty sétonne que Jamal al-Dura soit plâtré à des endroits exempts la veille dimpacts de balles ou de traces de sang, et que du sang soit visible sur son plâtre. Il informe la Cour que Jamal al-Dura avait été attaqué en 1992, à coups de hache, par des Palestiniens qui laccusaient de collaborer avec Israël. Soigné à Gaza, ce dernier avait bénéficié, grâce à son employeur israélien, dune opération dans un hôpital israélien en 1994. A lappui de ses dires, Philippe Karsenty cite le dossier médical de Jamal al-Dura. « Même les Palestiniens ont droit au respect de leur vie privée. Comment vous êtes-vous procuré ce dossier médical ? », soffusque Me Francis Szpiner.
« Licône médiatique dune icône journalistique » (Philippe Karsenty)
Le visionnage souvent calamiteux du CD-Rom de France 2 et Charles Enderlin
Talal Abu Rahma sert la cause palestinienne
Des parallèles infamants : « Karsenty, cest le croisement de Faurisson et de Meyssan » Me Francis Szpiner
Létroit contrôle de lAutorité palestinienne sur les médias, notamment internationaux