29 février 2008
Texte original : " Interview with Ph. Karsenty:
Editors Weblog a obtenu un entretien exclusif avec Philippe Karsenty, qui a fait appel dun verdict de 2006, le condamnant pour diffamation, dans un procès qui loppose à la chaîne française de diffusion France 2 et à son journaliste-vedette, Charles Enderlin. Laudience du 27 février a duré plus de six heures, mais le tribunal a ajourné sa décision au 21 mai 2008.
Selon Karsenty, « le reportage [de France 2] est le plus grand travestissement médiatique à avoir eu un tel impact ». Mais il ne croit pas que le reportage présumé frauduleux soit représentatif de manipulations plus répandues dans les couvertures de presse.
Voici une rapide récapitulation de laffaire.
En 2000, France 2 diffuse un reportage, réalisé par un caméraman local et commenté par Enderlin, sur la mort dun enfant palestinien censé avoir été tué par des tirs israéliens. Des images emblématiques qui ont été largement reproduites par la suite et utilisées comme symbole par la propagande palestinienne.
En 2004, la firme Média-Ratings de Karsenty accuse le reportage de France 2 dêtre une supercherie, et ce pour une foule de raisons. Plus tard, Karsenty est traduit en justice et reconnu coupable, en octobre 2006, davoir diffamé Enderlin et sa station, la chaîne nationale de diffusion France 2. Il fait appel de la décision et, au cours des nouveaux débats du 27 février, beaucoup de temps est consacré à examiner et discuter les séquences vidéo et les images. En exclusivité pour ce blog, vous pouvez lire le rapport balistique réalisé à linitiative de Karsenty.
Sans trop entrer dans les détails du nouveau procès, Karsenty affirme quune grande partie du reportage réalisé à lépoque a été mis en scène avec laide de la population locale, ce qui semble confirmé par les rushes que lon peut voir sur Honest Reporting, ainsi que par ceux qui ont été montrés au tribunal. « Ce jour-là, à Gaza », dit Karsenty, « il y avait un plateau de cinéma ». Dautres grandes agences de presse, dont Reuters et Associated Press, étaient présentes.
Ces sortes de pratiques de manipulation et de mise en scène médiatiques sont-elles répandues ?
« Je ne généralise pas », dit Karsenty, qui souligne que ses affirmations nont trait quà ce reportage précis dans ces circonstances. Mais cet événement devrait attirer lattention sur lutilisation, par les organismes de presse internationale, de correspondants et de collaborateurs-caméramans locaux, au matériau desquels les agences doivent souvent faire confiance tel quil est.
En fait, les rushes du caméraman de France 2 ont été proposés à CNN, qui, au début, a refusé de les diffuser, faute davoir obtenu les garanties dauthenticité quil demandait.
Karsenty na pas dit si ces pratiques médiatiques étaient répandues à léchelle internationale, mais il affirme quelles sont une réalité en Palestine, « une situation où la presse se plie entièrement aux consignes des autorités palestiniennes » (Voir ici le suivi de la couverture de presse du lynchage du 12 Oct. 12, 2000).
Autre étrange résultat de cette affaire : durant les années écoulées depuis le début de cette controverse, peu de médias français traditionnels ont ouvertement pris la défense de Karsenty, ni ne se sont montrés disposés à mettre cette affaire en vedette dans leurs programmes d'informations.
Des blogs et des médias indépendants en ont de plus en plus traité, mais en dehors de France. Selon Karsenty, une affaire comme celle-là naurait jamais autant traîné en longueur aux Etats-Unis, parce que des blogueurs et des médias vraiment indépendants auraient depuis longtemps déniché la vérité (il évoque Dan Rather et la controverse autour des documents de Killian). http://en.wikipedia.org/wiki/Rathergate
Ce que montre également laffaire Al-Dura, cest que la France est (toujours) un « système avec des médias dominants qui ne reconnaissent pas leurs erreurs », dit Karsenty. Il fait remarquer que les quelques blogs et agences de presse 'indépendants', en France, considérés comme légitimes par les médias traditionnels, sont tous dirigés par des journalistes professionnels qui ont travaillé dans les médias traditionnels.
Mais Karsenty refuse de considérer laffaire Al-Dura comme le symbole de pratiques courantes de manipulations dans la presse. Et le reportage de France 2 nest pas symptomatique dune volonté de faire de linformation-showbiz, ni dun ordre du jour médiatique de plus en plus guidé par le tape-à-lil et le sensationnalisme. Pour lui, cest tout simplement lhistoire dun caméraman local qui a fourni un reportage défectueux, lequel a été repris par un organisme de médias grand public et son très respecté journaliste, qui nont ni lun ni lautre reconnu leur erreur.
Selon Karsenty, un site Web américain publiera sous peu les 18 minutes des rushes que France 2 a montrés au tribunal (sur les 27 minutes filmées par le caméraman).
Karsenty se dit confiant à propos du résultat de lappel. Le tribunal rendra sa décision le 21 mai.
© Editors Weblog avec Ph. Karsenty
Mis en ligne le 2 mars 2008, par M.











