Avertissement : lUPJF détient les droits exclusifs sur ce texte et sur la vidéo réalisée à partir du film dEsther Shapira. Seuls de brefs extraits du texte ci-après peuvent être reproduits, dans les proportions fixées par les lois sur le Copyright. Mention obligatoire : "Transcription intégrale des commentaires et dialogues du film dE. Shapira : « 3 balles et un enfant mort »". © UPJF.
Pour visionner la vidéo du film, voir : " « Trois balles et un enfant mort » : La vidéo du documentaire d'Esther Schapira ".
30 septembre 2000, la bande de Gaza.
Un père et son fils pris sous une grêle de balles. Le même endroit, un an plus tard.
Un avant-poste israélien. Une bande de terre déserte où passent deux routes. Et les restes du mur contre lequel ils sétaient réfugiés.
Mohammed Al-Dura navait que 12 ans quand il est devenu martyr. Cette image a fait le tour du monde. Ce film révèle ce que limage ne révèle pas.
Trois balles et un enfant mort Qui a tué Mohammed Al-Dura ?
Un film dEsther Schapira.
[Chez les Al-Dura. La mère :]
Je me souviens, 3 jours avant sa mort, il ma demandé : « Si on est tué à Netzarim, est-ce quon devient un martyr ? ». En tant que mère, vous comprenez, javais peur de répondre à une telle question. Javais peur den parler. Mais Dieu lui a répondu. Dieu en a fait un martyr.
Le 30 septembre des milliers de gens répondent à un appel au rassemblement. Le rassemblement à Gaza a commencé de bonne heure. Le caméraman Talal Abu Rahme lui aussi est matinal. Il est en route pour se rendre au carrefour de Netzarim, la colonie israélienne. Le 30 septembre marque le début de lannée 5761. Comme les 300 habitants de la colonie, ce jour-là, Sarah Kostiner fête Rosh Hashana, le nouvel an israélite. Les soldats de la garnison qui veillent sur la colonie sentent une atmosphère de violence peser sur les fêtes. Pour la première fois, ils reviennent sur les événements de cette terrible journée. Pour des raisons de sécurité, ils restent anonymes.
Deux mois plus tôt, les négociations de Camp David avaient échoué. Trois jours plus tôt, un soldat de leur unité avait été tué dans une embuscade. Deux jours auparavant, le politicien de droite, Ariel Sharon, sétait rendu en visite au Mont du Temple. La veille, lIntifada Al-Aqsa fut déclenchée, dabord en Cisjordanie. Toutefois, les soldats de Netzarim savaient que lIntifada sétendrait à leur zone. Rosh haShana, le nouvel an, est généralement une période festive, mais même en des temps plus sereins, les fêtes juives ont une conséquence claire ici : létat dalerte maximum.
Un soldat :
A six heures du matin, on était tous debout et on sest préparés à la routine : jets de pierres et cocktails Molotov. On y est habitués. On sattendait à quelques centaines de manifestants dans les rues, parce que la radio militaire nous lavait dit. On sest donc mis en position dans le poste.
Narratrice
A 6h 30, les soldats franchissent le kilomètre qui sépare la garnison de lavant-poste, au carrefour. 25 soldats, soit plus que dhabitude, attendent que les manifestants sassemblent. Les premiers à être sur place étaient les caméramans.
Un soldat :
Plus tard, dautres gens sont arrivés. La présence des caméramans indiquait quil allait se passer quelque chose.
Autre soldat :
Ce jour-là, on a senti que ce serait important, vu le nombre de caméramans qui arrivaient avec des équipes de télévision.
Narratrice
Karni, le poste frontière : les colons doivent se frayer un passage. Les bus blindés pour Netzarim traversent ce carrefour et les territoires palestiniens. Un trajet de 4 km, qui peut savérer mortel. En conséquence, larmée a accru la protection des colons. Ce que les Palestiniens considèrent comme une provocation. Le carrefour de Netzarim est entré depuis longtemps dans la légende : les Palestiniens lappellent "Le carrefour des martyrs". Beaucoup y sont morts, tant des Palestiniens que des Israéliens. La route principale de Gaza traverse El Bureish, le village de Mohammed ; elle nest empruntée que par les Palestiniens. Elle croise la route qui relie Karni à Netzarim. Israéliens et Palestiniens assuraient conjointement la garde du carrefour, quand les deux camps espéraient encore la paix. Mais cétait avant le 30 septembre.
Ce jour-là commence comme tant dautres jours de manifestations. Cest un jour férié, et les enfants sattroupent le long de la route du carrefour. Manifestants palestiniens et soldats israéliens, chaque camp a ses instructions et sait exactement quoi faire. Pierres, balles de caoutchouc, cocktails Molotov, gaz lacrymogènes, et les caméras sont omniprésentes. Au moins 10 photographes et journalistes déquipes de télévision sont sur les lieux. Des Palestiniens travaillant pour les médias occidentaux et les chaînes de télévision fournissent des images au monde entier. Parmi eux, un caméraman de la chaîne de télévision France 2, Talal Abu Rahme. Il filme les mêmes scènes depuis des années.
Talal :
De 7h du matin jusquà laprès-midi, ils ont seulement lancé des pierres et des cocktails Molotov, et larmait tirait des balles de caoutchouc et des gaz lacrymogènes.
Narratrice
Des cocktails Molotov au nom dAllah. Vers midi, la situation saggrave.
Un soldat israélien :
Cela faisait vraiment peur. On sest retrouvés encerclés. Ils tentaient descalader les murs du poste. Deux dentre eux ont atteint le toit. Javais très peur.
[Scènes de paniques, organisées ? On voit des 'blessés' enfournés dans une ambulance arrivée miraculeusement. On distingue nettement le geste dun des jeunes tapant de la main à larrière de lambulance, pour signaler au chauffeur quil peut rouler ! Puis balayage de caméra montrant des scènes identiques denfants et de jeunes gens qui courent en transportant des 'blessés' et en les enfournant dans des ambulances qui arrivent également avec une rapidité et une précision incroyables, comme dans un ballet orchestré.]
Narratrice
Au même moment, à El Bureish, à 2 km du carrefour. Mohammed dort encore. Normalement, il devrait être à lécole depuis longtemps, mais aujourdhui est un jour de manifestation. Mohammed adore ces jours-là, car son école ferme, et il se passe toujours quelque chose au carrefour. Sa mère lui a déjà interdit de sy rendre. Il déjeune à 10 h. Quand elle va le chercher, ses surs lui disent quil est parti avec son père à Gaza.
La mère :
Javais toujours peur quil participe aux manifestations et sattire des ennuis. Les jours de manifestations, il ny a rien à faire, les gens traînent dans les rues, allument des feux, et Mohammed aimait cela. Mais, ce jour-là, je ne pensais pas quil irait là-bas. Je le croyais en sûreté parce quil était avec son père.
Narratrice
La route de Gaza passe par le carrefour de Netzarim, où la bataille fait rage depuis le début de la matinée. Il est environ 11 h quand Jamal Al-Dura traverse le carrefour avec son fils, Mohammed. Ils allaient à Gaza pour acheter une voiture, expliquera plus tard, le père de Mohammed. Cest jour de manifestation, et la plupart des magasins sont fermés.
Arrivés au marché aux voitures, ils ne parviennent pas à trouver le modèle de jeep que veut Mohammed. Aussi, vers midi, avec dautres voyageurs, ils rentrent chez eux en taxi. Alors quils approchent du carrefour, ils sont stoppés par la police.
Jamal al-Dura sur les lieux du drame
Cest ici que le chauffeur du taxi a dû sarrêter. La circulation au carrefour était interdite pour laisser passer les ambulances transportant les blessés dans les hôpitaux. Mohammed, moi et les autres, sommes descendus du taxi. Nous avons commencé à quitter le carrefour pour rentrer à pied chez nous.
Narratrice
A pied, en passant par un carrefour bloqué, où les blessés sentassent déjà ? Au lieu de passer par lorangeraie, un raccourci plus sûr, ils passent par la route où lémeute fait rage, jusquà la route principale, et ils continuent pour traverser le carrefour.
Au même moment, les colons de Netzarim prient pour célébrer le nouvel an, sur la terre juive ; de cela ils sont convaincus. Ils en donnent pour preuve la découverte de ruines archéologiques dune synagogue de Gaza, remontant à lépoque biblique. Construite en béton, leur nouvelle synagogue sert aussi de bunker.
Une habitante de la colonie :
Nous étions à la synagogue, quand, soudain, nous avons entendu des tirs et des explosions. On nous a dit que des milliers dArabes avaient encerclé le carrefour de Netzarim et menaçaient la vie de nos soldats. On craignait quils se dirigent vers notre colonie en direction des barrières de la colonie.
Narratrice
Mais quest-ce qui a déclenché la fusillade au carrefour ? Qui la initiée ? Comment pierres, balles de caoutchouc, cocktails Molotov et gaz lacrymogènes, ont-ils laissé place à des tirs à balles réelles ?
Jamal Al-Dura :
On était sur le trottoir, et alors ils se sont mis à tirer sur nous.
Narratrice
La fusillade éclate à midi, de manière brutale et sans avertissement préalable : sur ce point, les deux parties [israélienne et palestinienne] sont daccord. Manifestants et journalistes courent se mettre à couvert, y compris Talal Abu Rahme. Soudain un minibus surgit on ne sait doù. Talal [le caméraman palestinien] et quelques enfants tentent de se réfugier derrière lui.
Talal :
Les 5 premières minutes, ça tirait de partout. Après cela, non. Cela venait seulement de cette direction [il fait un geste de la main désignant la fenêtre devant laquelle il est assis], de derrière moi.
Narratrice
Derrière Talal Abu Rahme se trouve la base israélienne. En face, il y a Jamal et Mohammed Al-Dura. Accroupis derrière eux : un autre caméraman et son assistant. Avec beaucoup dautres, ils vont trouver refuge derrière une jeep qui passe à côté deux. Seuls Jamal et Mohammed Al-Dura restent là.
Abrités de lautre côté de la route, Talal et les enfants observent alors ce qui se passe durant les 45 minutes suivantes.
Talal
Ils les visaient, cest sûr, car, à cet endroit, il ny avait personne excepté le garçon et son père. Personne dautre. [On voit, derrière le fût de béton, lenfant blotti contre son père qui fait des signes en direction de la gauche, tandis quon entend distinctement des voix dhommes crier : « Mat al waled » (lenfant est mort), à plusieurs reprises.]
Jamal
Jai levé la main droite pour leur faire signe darrêter de tirer sur mon fils et sur moi. Ils nous tiraient dessus à larme automatique. Mais ils nont pas arrêté.
Talal
Le garçon a été touché au ventre. Jai entendu un boum, et un nuage de fumée sest formé. Quand la fumée sest dissipée, jai vu le garçon couché sur les genoux de son père. Il saignait.
Narratrice
Cétait linstant de vérité. A cet instant, Mohammed est encore en vie. Une main cache lobjectif. Le film est coupé à cet endroit et reprend, une fois la fumée dissipée. Mohammed gît maintenant, mort.
Jamal
Mohammed était un enfant innocent. Il a été assassiné sous les yeux du monde entier.
Talal
Voilà au moins une preuve quon peut montrer au monde, vous savez. Ce garçon a été tué sans aucune raison.
Narratrice
Les soldats ont-ils vu le père et son fils ? Les ont-ils visés délibérément ?
Talal
Ils nont pas tiré pendant une minute par erreur, nest-ce pas ? Ils ont tiré pendant 45 minutes ! Si vous regardez à lil nu, vous pouvez voir à 200, 300 mètres. Ils ne pouvaient pas voir ? Ils sont aveugles, ou quoi ? Ils ne pouvaient pas les voir ? Un homme et un enfant, cest visible !
Narratrice
Les tireurs délite, Ariel, Alexei et Idan [noms demprunt pour des raisons de sécurité], sont postés à lextrémité nord de lavant-poste. Ils ont la meilleure vue sur le carrefour. Pierres, cocktails Molotov, gaz lacrymogènes, balles de caoutchouc fusent.
Et soudain, des coups de feu.
Un des tireurs de Tsahal
Les premiers coups de feu nous ont surpris. Par chance, on a eu le réflexe de se baisser. Il y a eu une seconde salve en direction des fenêtres de lavant-poste.
Autre tireur
Les tirs venaient du carrefour, du poste palestinien, et surtout des deux tours [immeubles situés à quelque deux cents mètres de lavant-poste israélien]. Quand la fusillade éclate, on se met à labri et on commence à tirer du côté doù venaient les tirs. Ils tiraient de tous les côtés contre le poste, de tous les côtés.
Autre soldat :
Ils étaient postés sur deux hauts blocs dhabitation, appelés « Jumeaux ». Et de là-haut, ils nous tiraient dessus.
Autre soldat
Chacun de mes camarades dans le poste se met à labri, presque au ras du sol.
Narratrice
Dans un angle diamétralement opposé, à environ 120 mètres, le père et son fils sont recroquevillés derrière le fût de béton.
Un soldat :
De notre poste, on pouvait voir le fût et lautre côté où ils étaient censés se cacher. On peut tout voir à lil nu ou avec des jumelles, tout, à cette distance. On na rien vu. Il ny avait personne à cet endroit. Vous savez, dans la position palestinienne il y avait des cavités dans le mur. Parfois, un policier prenait son arme et nous tirait dessus. On le voyait et on tirait immédiatement sur lui dans la cavité.
Narratrice
Les soldats visaient le poste palestinien. A une distance de trente mètres sur la gauche, se trouvaient le père et son fils. Est-il possible que des tireurs délite puissent manquer leur cible ?
Un soldat
Nos armes sont équipées des meilleurs viseurs reflex au laser. Cela permet de tirer avec une grande précision. Aucun de nous na tiré en rafale. Aussi, il ny avait aucune possibilité quun innocent soit touché.
Un autre soldat
Eux ils étaient en tir automatique. Ils sont moins bien entraînés. Ils ne savaient pas dans quelle direction ils tiraient.
Un autre soldat
Ils tiraient comme des dingues. Si quelquun a tué [lenfant], je suis certain que ce nétait ni moi, ni lun de mes camarades, auquel cas ça ne pouvait être que les Palestiniens.
Narratrice
Les Palestiniens affirment que ce sont les Israéliens. Les Israéliens affirment que ce sont les Palestiniens, mais pour Jamal, la chose est claire : son fils est mort, abattu par des soldats israéliens. En supposant quils soient responsables, était-ce un tragique accident ou un meurtre perpétré de sang-froid ?
Talal
Ils les visaient, cest clair, car aux alentours, il ny avait personne, sauf le père et son fils. Personne.
Un soldat
Ce nétait pas un accident.
Narratrice
Ce nétait pas un accident. La distance était trop réduite et la visibilité, trop bonne, les deux camps sont daccord là-dessus. Et comme les soldats eux-mêmes laffirment, leur tir est bien trop précis. Alors, était-ce un meurtre ? Mais pour quelle raison ? Pourquoi des soldats voudraient-ils tuer un homme désarmé et son fils ? Même après le début des tirs, beaucoup de gens couraient à découvert au carrefour. Pourquoi nont-ils pas été touchés aussi ? Et pourquoi les soldats, des tireurs délite, ont-ils mis 45 minutes pour atteindre une cible immobile ?
Jamal et son fils sont emmenés à lhôpital. 15 minutes plus tard, Talal Abu Rahme est lui aussi en sécurité. Il doit faire vite. A 16 h 30, cet après-midi, il doit expédier ses images à Jérusalem par téléphone satellite. Il appelle son patron, Charles Enderlin, le correspondant de France 2, et lui expose ce qui sest passé. A 16 h 15, il est déjà arrivé au studio de Gaza, avec près de 60 minutes de rushes.
E. Shapira à Talal
Combien de minutes [de prises de vues] leur avez-vous fournies ?
Talal
Environ 6 minutes.
E. Shapira
Et vous avez choisi quoi ? Tout ce qui concernait lenfant ?
Talal (nerveux et parlant en même temps que la journaliste)
Non, non, non, non
depuis le début, je lui ai donné les images depuis le début des tirs jusquà la fin.
E. Shapira
Mais vous aviez filmé avant cela ? Vous aviez dautres matériaux avant cela
Talal
Oui
E. Shapira
Avez-vous montré cette partie-là ?
Talal
Non. Cest moi qui décide ce qui est important. Je sais ce qui est important. Cest moi le journaliste. Je décide de ce qui est important. Le reste, cétaient des jets de pierres. Pourquoi montrer des jets de pierre alors que jai des images de fusillade ?
Narratrice
La bande arrive au studio de France 2 à Jérusalem vers 18 h. Enderlin demande à larmée de faire un communiqué. Sans avoir vu le film, ni même parlé avec les soldats, le représentant de larmée parle d « instrumentalisation cynique denfants ». Charles Enderlin rédige son reportage, sur la base des rushes et des impressions de son caméraman.
Enderlin
Nous avons décidé de donner gratuitement la bande aux agences de presse avec lesquelles nous avons des accords. Nous ne voulions pas monnayer la mort dun enfant. Mais nous avons gardé les droits.
Narratrice
Le soir même les images sont diffusées dans le monde entier. Dans les pays arabes, aux Etats-Unis, en Asie et en Europe. Et, bien sûr, en Israël.
Moshe Tamman [ami israélien de Jamal Al-Dura] regarde, lui aussi, ces images, et il est bouleversé. Il connaît le Palestinien : cest son ami, Jamal.
Jamal
On avait une relation privilégiée comme deux frères. Je passais tout le temps le voir. Il minvitait souvent chez lui. Jy passais parfois la nuit après avoir dîné. Je faisais un peu partie de la famille. On est resté proches. On prend des nouvelles. Il ma plusieurs fois proposé de largent.
Narratrice
Jamal a travaillé pour lentreprise de Moshe durant 20 ans. Deux ans plus tôt, ils avaient dansé ensemble pour la Bar mitzvah du fils de Moshe, et aussi sa résurrection, car Yaniv est atteint de leucémie. Jamal a partagé leur douleur, puis il sest réjoui quand lenfant sest rétabli. Aujourdhui, cest Jamal qui a perdu son fils. Ce jour fatal du 30 septembre [2000], Moshe appelle la famille de Jamal. Il propose de prendre en charge son traitement dans une clinique proche de Tel Aviv.
Moshe Tamman
Jai demandé : que se passe-t-il ? Jai été stupéfait quand il ma répondu : « lAutorité Palestinienne refuse quon m'emmène me faire soigner dans un hôpital en Israël. »
Narratrice
Jamal Al-Dura est soigné à lhôpital Shifa à Gaza. Il a été atteint par plusieurs balles : dans le bras, à labdomen et aux jambes. En examinant les balles, il aurait été facile de déterminer avec quelles armes les coups de feu avaient été tirés. Mais, selon les médecins, on na pas retrouvé de balles, car elles se sont désintégrées en pénétrant dans le corps. Mais là non plus, aucun fragment de balles na été trouvé. Il ny a pas dindice quant au type darme utilisée. Etait-ce une Kalachnikov, calibre 7, 62, comme celle quutilisent les Palestiniens ? Ou bien un M16 israélien, calibre 5, 56 ?
Tandis quon soigne Jamal, on prépare le corps de son fils, dans la pièce dà côté. Le médecin a très peu de temps. Mohammed doit être enterré le jour même en martyr.
Médecin palestinien
Il ressort clairement de lexamen du corps que les balles ont pénétré de face et den haut. Une balle est entrée dans labdomen et est sortie du corps, là. Cette blessure a été mortelle. La deuxième blessure est juste sous le torse. La balle est sortie près de la hanche gauche. Cette blessure aussi aurait été fatale, car elle aurait entraîné une hémorragie mortelle. La troisième blessure, à la jambe, était relativement bénigne.
Narratrice
Les conclusions sont fondées sur une analyse externe du corps. Il ny a eu ni autopsie complète, ni étude balistique, ni examen des blessures internes. Cela aurait permis de déterminer le calibre et la trajectoire des balles dans le corps. Pour le docteur, la preuve est si flagrante quun examen externe suffit.
Médecin palestinien
Cétaient les Israéliens, parce que les impacts venaient de haut. Et dailleurs, pour quelle raison les Arabes lauraient-ils abattu ? Cétait un Arabe comme eux.
Narratrice
Le jour même, on fait à Mohammed des funérailles de martyr. Des milliers de gens suivent le cortège. Des centaines de milliers de gens dans le monde regardent la procession mortuaire. Mohammed est maintenant un symbole de cette Intifada qui, en deux jours, a déjà fait plus de blessés que les hôpitaux de Gaza ne peuvent en soigner. Les blessés sont transportés en Egypte et en Jordanie. Par conséquent, le lendemain, Jamal Al-Dura est, lui aussi, transféré vers un hôpital de Amman, où le roi Abdallah lui rend visite et donne de son sang. Plus tard, le président libyen Kadhafi fera aussi une apparition. A linvitation du roi Abdallah, la famille de Jamal laccompagne. Il appelle ses proches et ses amis au téléphone. Il parle à Moshe, son patron et ami en Israël, et relate des détails cruciaux qui demeurent inconnus des médias.
Moshe Amman
Il ma dit quil avait été atteint par un total de 9 balles. 5 balles ont été extraites à lhôpital Shifa, de Gaza, et les 4 autres dans un hôpital dAmman.
Narratrice
Si les balles avaient été retrouvées, auraient-elles permis détablir si les tirs provenaient dune Kalachnikov palestinienne ou dun M16 israélien ? Mais pour les manifestants attroupés devant lhôpital, le Parlement et lambassade dIsraël à Amman, la question est clairement tranchée : cétait un meurtre de sang-froid. Et ils ne sont pas les seuls à avoir cette conviction. Les images du corps de Mohammed et de la brutalité des forces doccupation, qui tuent des enfants innocents, circulent sur 400 sites Internet. [Défilé de captures décran de sites, dont la dernière porte : « No comment ! » (sans commentaire).]
Devant lintensification de la pression internationale, larmée et le gouvernement, publient une déclaration reconnaissant la possibilité dun tragique incident, ce qui est perçu comme un aveu de culpabilité.
Le porte-parole de larmée israélienne
Daprès ce que nous savons, et cest très peu, il nétait pas exclu quun enfant ait été tué dans un échange de tirs, involontairement, bien sûr, avec la possibilité que les tirs provenaient du côté israélien. Mais très rapidement, nous avons conclu quune enquête était nécessaire.
Narratrice
En conséquence, le général Yom Tov Samia est chargé de constituer une commission dinvestigation de lincident. Une décision controversée, du fait que Samia est aussi le général responsable de la bande de Gaza. De ce fait, son impartialité est mise en doute. Les jours suivants, la situation militaire saggrave rapidement. Le général Samia prend un certain nombre de décisions en contradiction totale avec son activité dinvestigation.
Général Samia
Les deux ou trois premières semaines, je ne me préoccupais que des blessés, pas des médias, ni de quoi que ce soit dautre que les blessés au carrefour [de Netzarim], ou dans toute la bande de Gaza.
Narratrice
Mais, dès les jours suivants, leur nombre continue daugmenter. Mis à mal par les images de Mohammed, qui mobilisent les masses, créant toujours davantage de nouveaux martyrs et causant des centaines de blessés, surtout du côté palestinien, le processus de paix finit par échouer. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, on assiste à une spirale de violences qui ne cesse de croître rapidement. A fortiori au carrefour de Netzarim, qui reste inaccessible aux soldats.
Général Samia
On ne pouvait pas sy rendre pour reconnaître les lieux. Aucun caméraman, militaire ou civil israélien ne pouvait y accéder, seuls les Palestiniens pouvaient y aller.
Narratrice
Le lendemain, la police palestinienne se rend sur les lieux pour donner la possibilité à la presse de prendre des photos. Aucune des preuves scientifiques nest mise en sécurité. Le site nest pas isolé. Pourquoi ?
Le Chef de la police palestinienne
Quand il y a des différences dappréciation concernant une affaire spécifique, et quune enquête savère nécessaire, bien sûr, une investigation est mise en oeuvre. Mais quand on est daccord sur lidentité du coupable, il ny a pas lieu de mener une enquête approfondie.
Question
Sur quoi êtes-vous daccord ?
Le Chef de la police palestinienne
Sur le fait que cest la partie israélienne qui a commis ce meurtre.
Narratrice
Les seuls à avoir vu en détail les lieux de la fusillade, ce sont les caméramans palestiniens. Parmi eux, Talal Abu Rahme, qui filme aussi le lendemain.
Talal Abu Rahme
On a des preuves de la nature des balles. Jai filmé cette sorte de balles quon a ramassées, elles proviennent du mur.
E. Shapira
Cétait quel type de balles, selon vous ? Quel calibre ?
Talal
Je ne sais pas. Vous avez interviewé un général [le chef de la police palestinienne de Gaza]. Il vous laura dit.
E. Schapira
Le général affirme quil ny a pas eu denquête.
Talal
France 2 a enquêté.
E. Schapira
Donc, vous êtes meilleurs enquêteurs que la police
Talal [nerveux, il coupe la parole à Shapira]
Non, Non
Non, non, non, non
On
on a certains secrets, vous savez, [que nous gardons] pour nous. On ne peut rien donner
[on ne peut pas donner] tout ce quon a.
Narratrice
Pourtant, même les rushes diffusés posent de gros problèmes. Sur le fût se trouve une pierre beaucoup plus plate que celle que lon a vue antérieurement dans le film diffusé à la Télévision palestinienne. Sur cette image, en effet, la pierre qui est sur le fût, correspond à loriginal. On a dû changer les pierres : mais pourquoi ? La hauteur du fût soulève une autre question : dans la scène filmée, le fût est trop large pour que les soldats puissent voir le père et son fils. Si lon se réfère au film, la main du père ne dépasse pas la pierre, les soldats ne pouvaient donc pas la voir.
Les jours suivants, le rôle de protection joué par le fût de béton et les pierres ne peut être évalué. Le carrefour devient une zone de combat, empêchant toute enquête. Aucun repérage scientifique ne peut y être réalisé. Des avions de reconnaissance surveillent la situation. Seules des équipes de caméramans palestiniens viennent faire des gros plans. Leur film montre que les enfants ont disparu. La base essuie des tirs.
Un soldat
Cétait très dur de rester debout depuis 6h du matin jusquà tard dans la nuit avec léquipement. Ils tiraient et on ripostait. 8 jours de jets de pierres et de bouteilles. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que cest.
Narratrice
Le carrefour reste inaccessible aux Israéliens. Les colons de Netzarim sont coupés du monde. Il na jamais été aussi clair quils vivent en territoire ennemi. Deux jours après la mort de Mohammed, des vivres sont acheminés, des familles sont évacuées.
Exactement une semaine après le 30 septembre, le général donne ses ordres. Tout ce qui se trouve dans un périmètre de 500 mètres est détruit.
Le général Samia
Une fois tout détruit, ce fut le jour et la nuit : lendroit est redevenu calme. Plus de victimes ni dun côté, ni de lautre.
Narratrice
Lavant-poste après 7 jours de siège. Ces photos, prises par des soldats israéliens, montrent les impacts de balles et les traces dincendie. Sur le plan militaire, lopération est une victoire. Le calme règne au carrefour. Mais lenquête est sérieusement compromise. Sur le plan politique, cest une défaite.
Jamal Al-Dura
Sur place, ils ont abattu le mur pour cacher un crime perpétré à la vue de tous. [Plusieurs phrases en arabe ne sont pas traduites.]
Samia
Si vous me demandez aujourdhui : prendriez-vous cette décision de détruire toutes les preuves alentour pour épargner dautres victimes demain, ou les garder et avoir des victimes, alors, logiquement, je prendrais la même décision.
Narratrice
Finalement, ce fut une décision basée sur des considérations militaires [et pourquoi pas humanitaires ?] plutôt que sur des considérations politiques ou médicolégales. Le corps de Mohammed ne pouvant être utilisé pour cette enquête, et les lieux étant entièrement détruits, lenquête ultérieure repose sur des experts israéliens et sur la vidéo filmée par France 2, dont les images ont fait le tour du monde.
50 secondes de vidéo censées répondre à la question : Qui a abattu Mohammed Al-Dura ?
Deux mois plus tard, le général Samia, donne une conférence de presse pour présenter les résultats de son enquête. En dehors dIsraël, elle attire peu lattention.
Général Samia
Sur cette image, prise par un photographe, vous pouvez voir le poste et les miradors, qui ne sont pas utilisés pendant les fusillades. On voit les [immeubles] "jumeaux". Ils ont chacun 6 étages. Voici le mur. Vers le milieu du mur, il y a le fût. On a mesuré le site, et calculé que la distance entre le baril et le point nord de lavant-poste est inférieure à 120 mètres. Puis, jai vérifié quel était le plus petit espace disponible derrière le baril de ciment, quon appelle "fût". En mesurant les angles, 124.4 et 166.8, ce qui nous donne un angle de 42.4 degrés. On a fait des calculs à partir du diamètre du baril et on constate un espace de 74 centimètres de large et de 96 centimètres de profondeur derrière le baril. Ce qui peut donner, je ne dirais pas beaucoup, mais assez de place pour que le père et son fils puissent se cacher des positions de Tsahal.
Narratrice
Par conséquent, le père et son fils ne pouvaient avoir été dans la ligne de tir des soldats israéliens. Mais la balle qui a tué Mohammed naurait-elle pu traverser le fût de béton ?
Le fût originel nexiste plus, mais cest un produit couramment fabriqué en Israël. Hauteur : près dun mètre. Largeur : 78 cm. Epaisseur : 8 cm. La scène a été reconstituée pour déterminer la capacité de pénétration des balles et langle probable de tir, en utilisant un fût identique et des pierres du mur dorigine. La reconstitution est filmée par larmée. Des salves de M16 sont tirées sur le mur et sur le fût. Les tirs du M16 ne perforent pas le fût de béton. Par contre, dans le fût dorigine, on voit clairement des trous. Il ny aura pas de tests similaires susceptibles de prouver quune Kalachnikov aurait pu perforer le fût, car larmée israélienne nest équipée que de M16. Les trous dans le fût sont mesurés avec précision. Selon langle de pénétration, les impacts affectent différentes formes : rondes ou ovales. Ces mesures sont comparées avec les trous dorigine quon voit sur la vidéo. Résultat, les balles qui ont atteint Mohammed et Jamal ont dû être tirées sous un angle de 40 degrés. Ce qui mettrait les soldats hors de cause.
Général Samia
Je peux dire quil est très probable que le père et son fils aient été atteints par des balles palestiniennes, au cours dun échange de feu entre lavant poste et lune des 7 autres sources de tirs, durant ce temps.
Narratrice
Et lune des sept sources se trouvait dans deux hauts blocs dhabitation, ou "Jumeaux". De là, langle de tir excède les 40 degrés, ce qui concorde avec les tests.
Le médecin palestinien [à nouveau]
Lexamen du corps a montré que les balles ont pénétré de face et den haut.
Narratrice
Ce sont les mots du médecin. Qui a pu tirer den haut en diagonale ? Peut-être des snipers postés là. La maison est derrière lavant-poste palestinien, et le lieu de la fusillade est dans la ligne directe du champ de vision de la fusillade. Et les bâtiments "Jumeaux" nont pas servi quà des fins pacifiques.
De même, les balles qui ont transpercé le toit du poste ont dû être tirées depuis les "Jumeaux". Perchés sur leurs miradors, les soldats israéliens, étaient une cible facile.
Un soldat
On sest mis à labri, presque au niveau du sol.
Narratrice
Si les tirs proviennent dau-dessus de lavant-poste, même un sniper entraîné avec une Kalachnikov automatique dispose de ce quon appelle "une zone de dispersion" denviron 20 mètres. Et tout le monde saccorde sur le fait quil a été fait usage darmes automatiques.
Talal [à nouveau]
Il y avait une grêle de balles
Jamal
Cétait un tir darme automatique
Narratrice
Que des rafales darmes automatiques aient été tirées est aussi prouvé par les prises de vues de la vidéo, et des tirs darmes automatiques sont parfaitement audibles.
Un soldat
Nous on nétait pas en automatique, mais eux, si.
Narratrice :
Des snipers sont entraînés à ajuster leur cible avec précision, surtout à faible distance. Tandis quun tir automatique est dispersé et donc moins précis.
Huit mois après la mort de Mohammed, ce clip est encore diffusé à la Télévision palestinienne :
"Le martyre de Mohammed sous des millions de regards.
Il cherche protection dans les bras de son père.
Mais il est tué par les balles 'maudites'."
Un soldat
Au début, des clips de ce genre étaient diffusés toutes les heures.
Narratrice
Des mois plus tard, on les montre moins fréquemment, mais ils restent inchangés. La télévision palestinienne saccroche tenacement à la version selon laquelle les soldats israéliens sont coupables.
Ce soldat, filmé à un autre endroit, est présenté comme celui qui a assassiné Mohammed.
Un responsable de la Télévision palestinienne
Cest une forme de mise en scène artistique. Tout cela sert à exposer la vérité et à expliquer un événement spécifique. Ce faisant, nous restons fidèles à léthique journalistique. Nous noublions jamais nos principes journalistiques auxquels nous nous sommes engagés : relater la vérité et rien dautre que la vérité. [Une longue phrase en arabe nest pas traduite. Suit un fragment de clip en arabe, contenant un plan dans lequel des acteurs jouent le rôle de Mohammed et de son père derrière le baril de béton].
Narratrice
Ces clips sadressent en particulier aux jeunes et aux adolescents. Mohammed est un héros innocent désigné comme le modèle de sa génération.
Lyrique du clip :
Comme est magnifique le souffle du martyr,
Comme est magnifique lodeur de la terre
Nourrie de torrents de sang
Qui jaillissent dun corps en colère.
[On entend une série de rafales darmes automatiques.]
Narratrice [qui lit la suite de la traduction du lyrique]
Je ne vous dis pas adieu, jélève la main pour vous inviter à me suivre.
Mohammed Al-Dura.
Ce clip vidéo a été commandé par le Ministère palestinien de lEducation. On le passe dans les camps de vacances.
[Scènes de hourras et cris de Allah Wakbar, poussés par des centaines denfants.]
Un moniteur
On leur enseigne quaprès une attaque-suicide, lhomme qui a fait cela va directement au paradis.
Narratrice
Cest ainsi, ils font leurs adieux aux martyrs : Respect, amour et admiration pour celui qui a sacrifié sa vie pour sa patrie, la Palestine.
[On voit une carte dIsraël]
Voici la Palestine selon les nouveaux manuels scolaires : LEtat dIsraël nexiste pas.
Voici lendroit où Mohammed allait à lécole. Et cest là quon enseigne à ses camarades qui la tué. Une autre occasion pour une photo.
[Au tableau, linstituteur a écrit en anglais pour les élèves, qui scandent le texte à voix forte :]
Larmée israélienne
a tué
notre ami.
Honte à eux !
[Et on recommence, pour finir en hurlant presque :]
Honte à eux !
Honte à eux !
Quelques vues de dessins naïfs denfants, représentant des scènes de guerre, des morts, des blessés, des ambulances, et Al-Dura et son père derrière le baril.
Panneau daffichage couvert de photos aux motifs impossibles à identifier, encadrant une grande photo de Mohammed Al-Dura et de son père qui regarde vers la caméra. Sur le fût on a écrit, à la main, en anglais et en lettres de sang : "Cessez de tuer les enfants palestiniens !"
Filmée en direct, sa mort tragique lui a valu une renommée mondiale, ainsi quau caméraman qui a tourné ces images. Talal Abu Rahme a reçu le prix du caméraman de lAnnée en France. Un prix parmi beaucoup dautres qui lui ont été décernés pour avoir filmé sous une grêle de balles.
Si les images montrent la mort de Mohammed Al-Dura, elles ne montrent pas qui la tué, même si des millions de gens sont persuadés de lavoir vu.
La bande intégrale na jamais été montrée dans les festivals. Pas même ici, à Perpignan. On na montré aux membres du jury que le matériau qui a été diffusé par les télévisions dans le monde entier.
E. Shapira [qui interviewe Talal Abu Rahme]
Combien de temps les avez-vous filmés ?
Talal
Environ six minutes. Cela vous étonne. Vous seriez surprise, parce que tout le monde croit que six minutes, cest facile, mais les gens ny étaient pas. Jai filmé six minutes de tirs sur lenfant [qui ont duré en tout] 45 minutes.
E. Shapira
Six minutes. Et France 2 en a diffusé combien ?
[La réponse de Talal, sil y en a eu une, nest pas enregistrée dans le film]
Charles Enderlin [interviewé par E. Shapira]
La vidéo originale
Cest une copie de la vidéo quon a reçue par satellite. On la envoyée à EBU [Union européenne de radio-télévision ], Reuters et AP ce soir-là. Cest la totalité de la séquence.
E. Shapira
Vous avez diffusé lintégralité ?
Enderlin
Oui.
Narratrice
50 secondes de rushes. Pourtant son caméraman parle de 6 minutes filmées sur un laps de temps total de 45 minutes.
Durant ce temps, au moins 12 impacts auraient touché le père et son fils. Aucun nest visible sur la bande. La bande originale na jamais été diffusée.
E. Schapira au Général Samia
Vous navez jamais vu la bande intégrale.
Samia
Non. Cest France 2 qui la détient. Cest leur matériel. Et je ne pense pas quils agissent bien. Quand on détient un élément factuel concernant une affaire dune telle importance, qua-t-on à perdre ? A moins davoir quelque chose à perdre.
Enderlin
Je crois fermement que rien na fait lobjet de manipulation. Il ny a ni truquage ni manipulation. Et si qui que ce soit nous accuse, Talal, moi-même, ou France 2, de truquage ou de manipulation, nous considérerons cela comme une raison suffisante pour aller devant les tribunaux.
Narratrice
Dans de nombreux pays du monde arabe, des rues portent le nom de Mohammed. Cest aussi le cas dans la ville de Tunis. Ici, cest dans ce quartier chic, près de la résidence de Yasser Arafat et de lambassade palestinienne. [On voit une plaque où lon peut lire en arabe et en français : "Le Martyr Palestinien".] Et dans le marché de la ville, la photo du père et de son fils assassiné est devenue une image familière. La télévision officielle a annoncé la venue de Jamal Al-Dura en Tunisie, sur invitation des syndicats.
[On montre un grand poster de la séquence où lon voit Mohammed Al-Dura pleurant de peur serré contre son père, qui regarde avec stupeur et terreur en direction du caméraman.]
Jamal
Mohammed est un symbole pour le peuple palestinien et les pays arabes. Cest pour moi une raison de me sentir fier.
[On voit Jamal arrivant à laéroport de Tunis]
Narratrice
La Tunisie nest quune étape de plus de sa tournée des capitales en tant quambassadeur de lIntifada. Il sest rendu en Egypte, en Jordanie, en Libye et en Irak, et a assisté à la grande conférence de lONU contre le racisme, en Afrique du sud [Durban], pour raconter son histoire. Lhistoire de son fils assassiné de la main de soldats israéliens. Entre temps, sa mort a donné lieu à des films, des chansons, à lémission de timbres et à des autographes financés par la Libye et distribués par Jamal Al-Dura.
Jamal Al-Dura [très entouré, montre des photos de son fils devant la caméra] :
Voici Mohammed quelques jours avant sa mort en martyr. Et voici une autre photo, bien avant sa mort. Cest une condamnation accablante de lentité sioniste nazie, qui a gravement blessé Mohammed et moi, et qui la finalement assassiné.
Narratrice
Jamal continue à voyager beaucoup : des milliers de kilomètres. Toutefois, il ne se rend plus en Israël pour rendre visite à Moshe, son ami et ancien employeur. Mais ils se téléphonent parfois.
Les déplacements quotidiens des colons ne leur laissent aucun doute : ils vivent en territoire ennemi. Depuis le 30 septembre 2000, ils ne peuvent se déplacer quen convois militaires. Quand leur bus approche, les autres voitures sont bloquées. Cela ne dure quune minute, une minute toutes les heures, durant laquelle ils ont le droit de passer. Néanmoins, cela na pas empêché un tank israélien dexploser à cet endroit précis.
La solution des colons est inscrite sur cette affichette : Ein aravim, ein pigouim Pas dArabes, pas dattentats. Partir dici reviendrait, pour eux, à capituler, et personne na encore capitulé. Bien au contraire, 12 mois après la tragédie, la colonie compterait à présent 58 familles et 400 personnes, principalement des enfants.
Une habitante de la colonie
La raison pour laquelle jaccepte dhabiter ici, cest que je crois que cest très important. Il y a toujours eu des pionniers, et jai décidé dêtre une pionnière.
Narratrice
Une pionnière qui sest installée ici.
La pionnière
Jassume la tâche dêtre parmi les pionniers qui sont venus ici. [phrase en hébreu, non traduite dans le film.]
Narratrice
Tant que les colons viendront vivre ici, les soldats seront là aussi.
"Nous sommes venus, nous avons veillé, nous avons tenu, et seul un miracle peut nous sauver", tel est le slogan que lon peut lire sur son T-shirt [celui de la pionnière]. Tous ne rêvent que de partir.
Ariel, Alexei et Idan ont fini leur service. Ces images ne les quitteront pas.
Le porte-parole de larmée
Les mots ne peuvent raisonnablement pas rivaliser avec les images, surtout si cette image est diffusée, encore et encore, dans le monde entier. Ensuite vient une commission denquête. Mais qui en tient compte ? Qui veut vraiment écouter ses résultats ?
Narratrice [Prises de vues de la rue de El Burej, dans laquelle habite Jamal Al-Dura]
La maison du martyr est immédiatement reconnaissable. "Ce qui a été pris par la violence ne peut être reconquis que par la violence." Tel est le slogan peint en lettres de sang sur le mur. Cest la même inscription que celle qui figurait sur le mur devant lequel il a été tué.
Mère de lenfant
Cétait la volonté de Dieu. Dieu a dû lui parler et lui dire : « Viens ici, viens sur le site de la confrontation ». Et Dieu la amené là où il devait nécessairement être tué.
Narratrice
Sa tombe est facile à trouver. Ses frères et surs y viennent souvent lire les mots qui commémorent leur célèbre frère : "Ceux qui meurent au combat ne meurent pas vraiment. Ils continuent à vivre." Au Paradis. Tous les fidèles musulmans en sont convaincus, et [il est] dans la mémoire des spectateurs, qui nont vu de lui que la seule image quils connaissent.
[Le film se termine sur de longs plans de la tombe et des enfants qui en caressent de la main les pierres et le marbre.]
Transcription réalisée par Menahem Macina pour le site
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Mis en ligne le 1er mars 2008, par M.











