22/02/08
Sur le site de Arutz 7
Titre original anglais : "Glick: Israel's PR Efforts Have Collapsed".
Traduction française : Menahem Macina
Première partie du compte-rendu sur la session de la Conférence de Jérusalem, consacrée aux efforts en matière dinformation du public.
A la tête dun panel de discussion comprenant Tzafrir Ronen, Isi Leibler, Nitsana Darshan-Leitner, Elyakim HaEtzni et Melanie Phillips (dont quelques remarques sont citées plus loin), la distinguée commentatrice Caroline Glick a animé une session de la conférence annuelle qui sest tenue à lhôtel Regency, de Jérusalem.
Glick y explique que les efforts de hasbara (relations publiques) comprennent trois éléments majeurs : le désir dexpliquer, les objectifs spécifiques et les stratégies de la campagne de hasbara, et la manière de lexprimer. En acceptant la création dun Etat palestinien, dit-elle,
« nous avons donné à lautre partie des droits de veto sur tout ce que nous faisons ».
Glick affirme quétant donné ces conditions de départ, tout ce que fait Israël, et qui semble empêcher la formation dun Etat palestinien, donne limpression que nous sommes en tort.
« Ce que nous disons, fondamentalement, cest que notre objectif est de favoriser les intérêts de nos ennemis. »
A titre dexemple, elle débat de la fameuse affaire de la vidéo de lenfant de 12 ans, Mohammed Al-Dura, diffusée dans le monde entier par France 2 Télévisions. Le récit de France 2 et les séquences vidéo choisies ont amené le monde entier à croire que Tsahal était responsable davoir tué un enfant innocent que son père essayait désespérément de protéger.
Pourquoi Israël ne sest-il pas défendu ? Pourquoi un général de haut rang a-t-il immédiatement endossé la responsabilité de la mort du garçon ? Pourquoi Israël na-t-il pas adopté une posture plus offensive contre cette attaque ? « A cause dOslo », répond Glick.
« Cest parce quEhoud Barak était en pleine négociation dun accord avec Yasser Arafat concernant le Mont du Temple ; dans ces conditions comment aurait-il pu salir le nom de ceux à qui il voulait céder Gaza ? [1]
« Aussi », conclut Glick, « quand nous entendons des discussions savantes sur les méthodes de notre hasbara, il suffit de nous poser la question de ladéquation de ces méthodes. Voulons-nous vraiment une hasbara, en fin de compte ? Il semble que la réponse soit : Non. »
Elle présente ensuite les intervenants du panel de discussion : Tzafrir Ronen, directeur du Forum nationaliste séculier Nahalal ; Isi Libler, Président du comité pour les relations entre Israël et la Diaspora, du Jerusalem Center for Public Affairs ; Nitsana Darshan-Leitner, fondatrice et directrice du Cabinet juridique israélien Shurat HaDin ; lidéologue de Kiryat Arba et ancien député, Elyakim HaEtzni ; et léditorialiste et commentatrice britannique renommée, Melanie Phillips.
Darshan-Leitner, la position israélienne dans laffaire Al-Dura
Darshan-Leitner apporte des détails supplémentaires éclairants concernant laffaire Al-Dura, avant de procéder à une analyse plus large du problème :
« Au début de lIntifada [la Guerre dOslo], des combats ont eu lieu au carrefour de Netzarim [dans la Gaza juive]. Il y avait là beaucoup de caméramans, dont un Palestinien qui décida que cétait une bonne occasion pour créer des incidents et des mises en scène aux dépens dIsraël et de Tsahal. Il a pris des enfants arabes, les a mis dans des ambulances, et a montré les ambulances en train dévacuer nombre denfants 'blessés', et ainsi de suite
Il a également mis en scène lincident de Mohammed Al-Dura. Tout le monde a vu lenfant et son père, mais personne ne la vu atteint par des tirs, ni portant des traces de sang
Le film a été proposé à CNN, mais CNN a eu des soupçons et na pas pris les images. Mais Charles Enderlin, correspondant de France 2 en Israël, a réalisé quil tenait un trésor et sans vérifier, alors même quil nétait pas sur les lieux, il a fait confiance au caméraman palestinien et a diffusé la vidéo, accompagnée de son récit consistant en trois phrases : 'Regardez ce qui arrive à lenfant
Regardez comment larmée israélienne tire sur lenfant
Maintenant, il est touché ! Lenfant est mort' [2]. On ne voit pas que lenfant est touché ou mort ; on entend seulement le correspondant - qui nétait pas sur les lieux - dire quil est mort. »
Darshan-Leitner affirme que, dès lors que Tsahal avait assumé la responsabilité, avant même davoir enquêté sur les faits,
« il ny avait rien quIsraël pût faire, par la suite, pour dissiper limpression, répandue dans le monde entier, quIsraël est coupable. Même quand, ensuite, le général Yom-Tov Samiah, du Commandement Central des Opérations de Tsahal en zone sud, procéda à une enquête qui montra, en se fondant sur des angles de tirs et autres éléments, que lenfant ne pouvait pas avoir perdu la vie du fait de tirs de Tsahal, cétait 'trop peu et trop tard'. »
Elle affirme quil y a environ un an, elle a demandé à Danny Seaman, Directeur du Bureau de Presse du Gouvernement, de révoquer les accréditations dEnderlin et du caméraman de Gaza :
« Nous avons dit que ceux qui ont monté de toutes pièces un événement de cette nature ne devraient plus avoir le droit de travailler comme journalistes en Israël. Il a fallu neuf mois pleins à Danny Seaman pour menvoyer sa réponse reconnaissant que nous avions raison, quEnderlin avait apparemment fabriqué la chose, quil sagissait vraiment dune calomnie meurtrière à lencontre dIsraël et de Tsahal, et que les études réalisées par Tsahal, Landes, des chercheurs américains et le Wall Street Journal démontraient toutes quil sagissait dun montage. Mais, a-t-il dit, 'il sagit dun combat juridique public, et ce nest pas de mon ressort, je ne puis ôter son accréditation de presse à Enderlin'. Et donc, même aujourdhui, sept ans plus tard, lEtat dIsraël refuse de se décider à reconnaître honnêtement quil sagissait dun mensonge fabriqué de toutes pièces
Nous avons fait appel devant la Cour Suprême, et une audience doit avoir lieu dans les prochains jours, mais lEtat dIsraël reste intraitable. »
Et la question est : Pourquoi ? Sagit-il dun échec en matière de hasbara ? La réponse est que ce nest pas un échec de la hasbara, parce quil ny a pas de hasbara. Mais c'est parce que le Gouvernement veut toujours montrer quil est moral et quil assume la responsabilité de tout ce qui arrive à lintérieur de ses frontières, avant même de vérifier
La même chose sest produite pour les bombes à fragmentation que nous avons utilisées au sud-Liban, au cours de la dernière guerre ; immédiatement après, Tsahal, de sa propre initiative, en a pris la responsabilité, comme sil était coupable de quelque chose, alors même que les bombes à fragmentation sont permises par la législation internationale ! Et la Commission Winograd [qui a enquêté sur la guerre] a estimé, parmi tout ce quelle pouvait avoir à reprocher à Tsahal, que larmée israélienne avait commis un crime de guerre en lâchant ces bombes
Et ce phénomène se produit aussi à la Cour Suprême, qui a rendu beaucoup de longs arrêts, détaillés et savants, concernant la Barrière de séparation, pour montrer à quel point elle veut être impartiale à légard des Palestiniens et ne pas léser leurs droits. Et quand, finalement, la question est venue devant la Cour Internationale de La Haye, le tribunal nous a dit : 'Très bien, mais nous ne sommes pas vraiment intéressés par vos opinions concernant les droits des Palestiniens. Cest nous qui déterminons ce qui est moral, pas vous', si bien que tous les efforts des juges de notre Cour suprême ont été vains. »
La conclusion quil faut tirer, affirme Darshan-Leitner, cest que
« lEtat dIsraël ne doit pas vouloir à tout prix se montrer moral, mais plutôt uvrer à garantir la sécurité de ses citoyens. Il doit définir une politique, sy tenir, et faire en sorte que règne la sécurité. Oublions notre honneur ; assurons une sécurité nationale, et ensuite lhonneur viendra de son propre chef. »
Tzafrir Ronen : 'Leur but est deffacer notre identité'
Tzafrir Ronen commence son bouillant discours en accusant les promoteurs du processus dOslo de tenter deffacer lidentité du peuple juif et son identification à la Terre :
« Notre pays ne tombera pas dans la bataille, mais dans une imprimerie, où lon imprimera des cartes avec le nom de Palestine, au lieu dIsraël !... Quand ils eurent occupé notre pays, les Romains changèrent tout simplement son nom, et ce fut le signe de notre totale défaite
'Israël' nous appartient, et non la Palestine, et quand nous employons ce terme, nous disons que cette terre nest pas la nôtre !... Si, durant nos longues années dExil, un rabbin sétait dressé pour dire quil navait plus besoin de la Terre dIsraël, il ne serait pas resté rabbin une minute de plus ! Mais à présent, nous avons un gouvernement qui a dit pendant 40 ans quil 'attendait un coup de fil' - de Hussein, ou dArafat, ou de qui que ce soit dautre pour lui céder des portions de notre terre
Même Bibi [Netanyahu], célèbre pour avoir dit : 'Sils donnent, ils recevront', veut dire que sils nous laissent un peu tranquilles, ils recevront notre terre !... Nous sommes revenus sur notre Terre, nous avons créé un Etat, mais nous avons perdu notre identité ! »
Et Ronen de conclure :
« La véritable guerre menée aujourdhui na pas pour but la paix, mais celui de nous faire perdre notre identité. Cest pourquoi Barak ne veut pas permettre aux Juifs de Hébron de mettre des fenêtres dans leur nouvelle propriété parce quil veut effacer notre lien avec la Terre
Un jour, jai été interviewée par un journaliste de CNN, qui ma demandé : 'Alors, quand mettrez-vous un terme à votre occupation ?'. Je lui ai dit : 'Avant de poser une telle question, ouvrez une bible et revenez me trouver.' Il a posé sa caméra et dit : 'Plus de pouvoir pour vous, voilà ce que les gens doivent dire à propos de leur terre.' »
Le tour dhorizon historique de Isi Leibler : Il faut un nouveau gouvernement
Isi Leibler, qui revendique une approche moins vive et moins offensive, procède à un tour dhorizon historique de la détérioration des efforts de la campagne dinformation israélienne.
« Nous avons toujours été considérés et nous en sommes fiers comme le Peuple du Livre
Nous avons toujours plaidé notre cause avec des justifications passionnées et morales. Dans leurs livres, articles et débats, les dirigeants sionistes ont admis que la 'guerre des idées' était un front très important, et nous navons jamais eu le moindre doute sur la justesse de notre cause. Le personnel du Ministère des Affaires étrangères a perçu que son objectif majeur était dexposer clairement la position dIsraël ; il nétait absolument pas question dattribuer des postes au Ministère des Affaires étrangères, à titre de faveurs politiques, ou sur la base de lancienneté
En 1967, les choses ont changé. Jai écrit, à lépoque, que nous devions nous souvenir que le monde navait pas lhabitude de nous voir en vainqueurs et non en victimes, et que nous devions redoubler defforts dinformation, sous peine de voir ses sympathies se transformer en antagonisme
Malheureusement, les Sabras [la nouvelle génération dIsraéliens] ont considéré les efforts de hasbara comme peu importants, estimant que cétait de puissance militaire que nous avions besoin. Seul Bibi [Netanyahu], qui avait passé du temps aux Etats-Unis, voyait les choses différemment
Mais le véritable changement advint avec Oslo [1993], quand le gouvernement fut pris de lobsession de présenter Arafat comme notre partenaire pour la paix, et lorsque les diplomates commencèrent leurs bavardages à propos de deux Etats pour deux peuples
Je me souviens avoir vu un débat entre le député Melchior, du parti travailliste, et Saeb Erekat, de lOLP. Erekat mentait beaucoup, mais Melchior ne contesta pas les arguments, ni ne rétablit les choses comme il se devait ; au lieu de cela, il affirma quil était daccord avec ce que disait Erekat, et que le temps était venu daller de lavant
Je considérai cela comme un tournant dans la campagne dapologie dIsraël et comme un refus de combattre leurs mensonges
avec laide de Yossi Beilin, Rabin, alors Premier ministre, purgea le Ministère des Affaires étrangères des ambassadeurs qui favorisaient le point de vue israélien, et en intronisa de nouveaux, qui considéraient comme leur tâche de promouvoir le processus de paix
Le coup final fut la parution, dans lédition Internet anglaise de Haaretz, darticles publiés dans le monde entier, et qui auparavant eussent été considérés comme carrément antisémites. Ainsi, au lieu de claironner la cause dIsraël à la face du monde, des articles radicaux et post-sionistes de Haaretz furent cités par des ambassadeurs israéliens dans le monde entier. Son rédacteur en chef sest même vanté [récemment] davoir supprimé des informations susceptibles de faire du tort au processus de paix, et davoir fait dautres commentaires. Le monde se convainquit que la naissance dIsraël fut un péché
Je me souviens davoir discuté des efforts de hasbara, en plusieurs occasions, avec trois Premiers ministres différents, Rabin, Barak et Sharon, et je me rappelle les avoir vus rouler de grands yeux. Ils ne comprenaient tout simplement pas
Ensuite, il ny avait pas de cohérence : Chaque ministre commençait à exprimer son point de vue sans aucune coordination avec les autres, alors que les Arabes exposaient leur cause de manière professionnelle et efficace. Mais notre plus gros échec a été de ne pas montrer la nature meurtrière de nos ennemis: la fierté dont faisaient preuve les mères de terroristes-suicide à lexplosif, léducation au meurtre des Juifs, dispensée dans leurs jardins denfants, lappellation de leurs rues et de leurs équipes de football du nom des meurtriers, et ainsi de suite
Puis, Sharon se mit à parler de loccupation ; enfin, Olmert vint à Annapolis et, reprenant à son compte la position de nos ennemis, il parla du droit arabe au retour
En bref, ce dont nous avons besoin, cest dun nouveau gouvernement, parce quils dirigent cette campagne. Remplacer notre gouvernement est plus important que des discussions théoriques sur la hasbara. »
(Suite dans la Deuxième Partie, avec les commentaires de Elyakim HaEtzni, Melanie Phillips, et Hagai Ben-Artzi)
Hillel Fendel
© Arutz7
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Notes du traducteur
[1] Hasard ou réminiscence de lecture, ce propos de Glick a été exprimé, de longue date par Paul Foster, dans « Ghetto de Verre » n° 5, du 20 sept. 2001 : "Dossier inédit et complet : laffaire de lassassinat de Mohamed Al Dura. Vers une nouvelle affaire Dreyfus ?", reproduit sur le site debriefing.org. « Sil y a une responsabilité de larmée israélienne, cest uniquement dêtre restée évasive pour ne pas entraver dhypothétiques négociations, pour ne pas générer une nouvelle crise, de nouveaux affrontements avec lAutorité palestinienne. ». Idée reprise, le 27 novembre 2004, dans M. Macina, "Al-Dura victime de Palestiniens, pas dun complot journalistique" : « On na sans doute pas suffisamment mesuré limpact désastreux quaurait, sur lopinion palestinienne et sur les chances de paix entre les deux peuples, la diffusion mondiale dune accusation - qui nest pas moins diabolisante que celle que lon porte contre les Israéliens -, à savoir : que les Palestiniens sont prêts à tout, dans leur guerre de propagande contre Israël, y compris à massacrer leurs propres enfants. Je crois que cest la raison profonde de la réserve systématiquement observée, en cette affaire, depuis 4 ans, par les autorités israéliennes. A mon avis, elles ont fait montre de sagesse en sachant faire taire leur intime conviction, et en sen tenant à la version diplomatique, telle quelle a été, en son temps, rendue publique le 27 novembre 2000 par le général Samia. Je la rappelle ici : "Une enquête approfondie, réalisée ces dernières semaines, jette des doutes sérieux sur le fait que le garçon ait été victime dun tir israélien. Il est tout à fait plausible que le garçon ait été atteint par des balles palestiniennes au cours de léchange de tirs qui a eu lieu dans le secteur. »
[2] Enderlin a prononcé plus de trois phrases à cette occasion. Voici la transcription verbatim de son bref commentaire, que lon peut entendre dans la célèbre vidéo de France 2 : « Il est 15 heures et tout vient de basculer. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent, ambulances, journalistes et simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Une nouvelle rafale, Mohammed est mort et son père, gravement blessé. Un policier palestinien et un conducteur dambulance ont également perdu la vie dans cette bataille. » (Extrait de "La mort du petit Mohammed et la salissure programmée dIsraël", une enquête réalisée par Pierre Rehov entre octobre 2000 et juin 2001, en ligne sur le site de l'UPJF).
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Mis en ligne le 23 février 2008, par M.











