11 février 2008
The Wall Street Journal
Texte anglais original : "Bush's Mideast U-Turn".
Adaptation française de Sentinelle 5768
Le 24 juin 2002, le Président Bush a présenté sa vision pour une paix israélo-palestinienne. Que nous ayons tous deux applaudi au discours de Bush avec le même enthousiasme peut surprendre.
Lun de nous est un ancien dissident soviétique qui a passé neuf ans au Goulag et qui, après avoir rejoint son peuple à Jérusalem, a été impliqué durant une dizaine dannées dans la vie politique israélienne et occupé un poste de ministre du gouvernement pendant la plus grande partie de cette période. Lautre est un Palestinien qui a consacré sa vie à dénoncer les violations des droits de lhomme, perpétrées contre son peuple, tant par le gouvernement israélien que par le gouvernement palestinien. Lun est un Juif convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la Terre dIsraël. Lautre est un Arabe convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la même terre.
Pourtant, alors que nous avons de vrais désaccords qui rendront un compromis historique très difficile et douloureux, nous sommes pleinement daccord sur le fait que la seule voie vers la paix repose sur la construction dune société palestinienne libre une voie que M. Bush a tracée audacieusement dans son discours historique.
Hélas, encouragée par des dirigeants israéliens et palestiniens à courte vue, ladministration Bush, qui entame maintenant sa dernière année de mandat, a remis en vigueur la politique qui a échoué dans le passé, qui na rien apporté dautre que la tragédie, le terrorisme et la guerre, et na fait quéloigner davantage les perspectives de paix.
La véritable percée à laquelle a donné lieu la vision de M. Bush, il y a cinq ans et demi, nétait pas son appel à une solution à deux Etats, ni même linvitation adressée aux Palestiniens à « choisir des dirigeants non compromis avec le terrorisme ». La véritable révolution a consisté à poser comme condition de la paix une transformation fondamentale de la société palestinienne.
« Jappelle les Palestiniens à construire une démocratie effective, fondée sur la tolérance et la liberté. Si le peuple palestinien poursuit activement ces objectifs, lAmérique et le monde soutiendront énergiquement ses efforts
Le terrorisme ne créera jamais un Etat palestinien Cest la réforme qui le construira. Et la réforme doit être plus quun changement cosmétique, ou une tentative voilée de préserver le status quo. Une vraie réforme nécessitera des institutions politiques et économiques entièrement nouvelles, fondées sur la démocratie, léconomie de marché, et la lutte contre le terrorisme. »
Beaucoup de critiques ont soutenu, à lépoque, que lier le processus de paix à une transformation de la société palestinienne était une innovation radicale en matière de réconciliation. Ce létait. Et elle était attendue depuis longtemps.
Ce qui a guidé les décideurs politiques, au cours des décennies passées, fut lidée quun dirigeant palestinien "modéré" qui combattrait le terrorisme pour faire la paix avec Israël avait besoin dêtre « conforté » à tout prix. Yasser Arafat était leur modéré. On lui a donné un territoire, des armes, de largent et une chaleureuse accolade diplomatique.
On a fait une impasse totale sur ce qui se passait dans la société palestinienne. Alors quArafat vidait la société civile palestinienne de son contenu, en donnant le contrôle de léconomie à des "potes" corrompus, en détournant des milliards de dollars vers ses comptes privés, en foulant aux pieds les droits de son peuple, et en utilisant les médias et les écoles contrôlés par lAutorité Palestinienne pour endoctriner une génération à une culture de haine, la longue étreinte de la communauté internationale se faisait de plus en plus chaleureuse. En fait, la dictature émergente dArafat était considérée comme un atout dans le processus de paix. Voilà, disait-on, le dirigeant « fort », susceptible de conclure un accord. Il ne fallait rien faire pour laffaiblir.
Le discours de M. Bush était censé changer tout cela. Il était censé mettre laccent là où il aurait toujours dû être : aider les Palestiniens à construire une société convenable, qui protégerait les droits de leur peuple et favoriserait la paix avec ses voisins. Il était censé entamer la dure tâche daider les Palestiniens à reconstruire leur société civile, à construire une économie libre, mettre en place de vrais tribunaux, réformer leurs services de sécurité et réorganiser leur système éducatif.
Le Président a eu le grand mérite de mettre laccent sur les problèmes de démocratie et de droits de lhomme, et davoir cru fermement que le progrès en matière de liberté est essentiel pour la paix et la stabilité internationales. Il a fait de cette idée le point central de son second discours inaugural, et il la réitérée en juin dernier, à Prague, lors dune conférence des dissidents du monde entier. Le mois dernier, le Président Bush na pas hésité à parler de liberté et de droits de lhomme en plein cur de lArabie.
Mais les quelques années écoulées ont montré que, quand il sagit de traiter avec les Israéliens et les Palestiniens, le lien vital entre la liberté et la paix est presque totalement passé sous silence. Cest vrai, ladministration ne fait rien contre la volonté des dirigeants israéliens et palestiniens actuels. Mais de même que le processus de paix dOslo des années 1990 a été un désastre auquel les dirigeants israéliens et palestiniens ont adhéré de tout cur, la phase actuelle du processus de paix savérera tout aussi désastreuse parce quelle néglige ce qui est le plus important.
Plutôt que dentamer le long et difficile processus de transformation de la société palestinienne, et douvrir finalement la voie à la paix, ladministration américaine a systématiquement soutenu des solutions rapides et absurdes : depuis la conception dune « feuille de route » qui se contentait de mots en matière de réforme, en passant par le soutien au désengagement unilatéral qui, de par sa nature même, ne tenait pas compte de la société palestinienne, et jusquà faire pression pour quaient lieu des élections hâtives qui précédaient plutôt quelles ne suivaient une réforme, ce qui amena le Hamas au pouvoir.
Lorsque Arafat eut disparu de la scène, nous avons espéré quon donnerait sa chance à la vision de Bush. Mais tout ce qui sest produit, cest que le président Mahmoud Abbas (aussi appelé Abou Mazen) et le premier ministre Salam Fayad, sont devenus les nouveaux "modérés" quil faut renforcer à tout prix. Plutôt que détablir un lien clair entre le soutien à lAP et la réforme, et de choisir ouvertement des réformateurs palestiniens sincères qui sont de vrais alliés du monde démocratique, on a promis des milliards à Abou Mazen, bien quil nait rien fait. Alors que les médias sont entièrement sous son contrôle, la provocation à la haine continue, et personne ne soulève des objections sérieuses à ce propos. Il est, nous dit-on, trop "faible" pour intervenir.
Il y a quelques semaines, lors dune réunion avec un haut fonctionnaire en charge de la politique étrangère européenne, lun dentre nous (M. Sharansky) parla de la nécessité de soutenir laction de lautre (M. Eid) dans la promotion de la démocratie et des droits de lhomme dans les territoires palestiniens. Après avoir exprimé son profond engagement pour la paix, la démocratie et les droits de lhomme, le dirigeant européen posa la question cruciale : « Quelle est la relation de M. Eid avec Abou Mazen ? » Ayant entendu quelle était tendue, à cause de critiques constantes dues au fait quAbou Mazen sabstient de réformes, lenthousiasme du haut fonctionnaire sévapora brusquement.
« Cela va être un problème. Nous ne pouvons rien faire qui affaiblisse Abou Mazen ».
Cette remise en course dune ancienne attitude rappelle labsurdité de ceux qui refusaient de soutenir les dissidents démocrates de derrière le Rideau de Fer, parce quils affaiblissaient leurs dirigeants.
Le Président Bush devrait consacrer la dernière année de son mandat à aider les Palestiniens à entreprendre la transformation de leur société, afin que la vision dont il a parlé naguère avec tant déloquence ait une chance de porter des fruits un jour. Nous avons perdu trop de temps à renforcer des dirigeants et à vouloir décrocher la lune. Commençons par renforcer la société palestinienne, et lançons un vrai processus de paix, une fois pour toutes.
Bassam Eid et Natan Sharansky *
© The Wall Street Journal
* M. Eid est directeur Général du Groupe Palestinien dObservation des Droits de lHomme. M. Sharansky est Président de lInstitut Adelson dEtudes Stratégiques.
Mis en ligne le 12 février 2008, par M.











