* Sdérot dans la presse de langue anglaise. ** Sdérot dans la presse de langue française.
Sdérot, un cas décole
Photo Reuters
Il faut admettre quà léchelon de la planète, Sdérot, petite ville du sud dIsraël (24 000 habitants en 2006), située à moins dun kilomètre de Gaza, na rien pour attirer lattention. Le moins quon puisse en dire, cest que cette localité israélienne ne défraie pas la chronique. Encore moins fait-elle la une de la presse nationale et internationale. Elle le devrait pourtant.
Dans un monde hypersensible aux atteintes aux droits de lhomme, aux attentats et autres violations des lois internationales, Sdérot devrait constituer un cas décole.
En effet, que reprocher à cette ville, qui lui mérite dêtre bombardée, depuis des années, par des factions terroristes dun peuple palestinien en voie détatisation, avec lequel le gouvernement israélien est censé conclure la paix ?
Mais la situation est encore plus surréaliste quand on sait que faire la paix avec un ennemi suppose quil existe une situation de belligérance déclarée entre Etats souverains. Or, des deux "belligérants", le seul à constituer un Etat souverain, cest Israël. Lentité adverse, dénommée Autorité Palestinienne, porte de plus en plus mal son nom, puisque comme sont censés le savoir tous les journalistes, son pouvoir central a perdu une bonne partie de son autorité, depuis que le Hamas sest emparé du pouvoir dans la bande de Gaza et est en lutte larvée avec cette Autorité palestinienne, seule reconnue à léchelle internationale.
Limbroglio qui résulte de cette situation invraisemblable mais hélas, terriblement réelle ! rend impossible toute solution de ce conflit local, dans le cadre du contentieux plus général entre Palestiniens et Israéliens.
Mais faisons abstraction, un instant, du contexte politique local complexe; plaçons-nous sur le plan du droit international et des conventions humanitaires internationales, et posons-nous la question suivante :
Quel Etat au monde, supporterait quune de ses villes et peu importent sa taille et sa localisation géographique soit bombardée quotidiennement, au point que sa vie sociale et économique soit perturbée en permanence, et que lexistence et/ou lintégrité physique de ses habitants dépendent uniquement de limprécision des tirs ennemis, ou de la chance ?
La question est rhétorique, bien sûr, et lon en connaît la réponse.
Si lon ajoute à ce constat, le fait que les auteurs de ces actes de barbarie appartiennent à des organisations terroristes qui ne sont officiellement ni mandatées, ni soutenues par lAutorité Palestinienne, mais bénéficient de l'appui explicite des autorités de la bande de Gaza, qui ont fait dissidence par rapport à cette Autorité, force est de reconnaître que lagressé lEtat dIsraël ne dispose daucun moyen de droit pour se défendre par les voies conventionnelles et na dautre choix que de recourir à la force armée.
Le résultat, bien connu, est un scénario dûment huilé, qui a prouvé son efficacité redoutable en termes dimage au détriment de lEtat dIsraël. Quelques photos bien choisies suffisent. Dun côté, "lagresseur casqué botté" disposant dune technologie militaire avancée, de lautre, des "civils sans défense" qui luttent pour lindépendance de "leur pays", la Palestine, indûment occupée par des "colons juifs armés jusquaux dents et impitoyables".
Cest gros, mais ça marche. Dailleurs, qui ne sait quen propagande, plus cest gros, plus ça passe ?
Le problème, pour les Israéliens, cest que, confrontés à une situation sans équivalent dans le monde, et désirant ne pas se mettre en tort sur le plan du droit international et des droits de lhomme, le gouvernement dIsraël a les pieds et les poings liés. La manière forte, préconisée par un nombre croissant de membres du gouvernement et de larmée, en lespèce dune réinvasion de la bande de Gaza, et dun démantèlement systématique de linfrastructure et des armements dont il sera possible de déterminer lexistence et lemplacement, risque d'obtenir l'inverse de leffet escompté. Tout dabord, une telle opération sera catastrophique en termes d'opinion publique mondiale, pour Israël. De surcroît, si douloureux que soient les coups portés aux organisations terroristes, il ne fait aucun doute quelles se réorganiseront et se réarmeront à plus ou moins brève échéance. La leçon de la guerre contre le Hezbollah, au Liban, à lété 2006, en témoigne.
Cest là, il faut bien lavouer, une situation extrêmement décourageante, pour ne pas dire désespérante, dautant que lopinion publique internationale, y compris celle de la majorité des dirigeants politiques des Etats du monde, est extrêmement défavorable à Israël.
Que faire donc ?
Vers un changement radical de stratégie médiatique
En diaspora, et ce de manière traditionnelle, les Juifs ont toujours privilégié le loyalisme à légard des autorités civiles de leur pays daccueil, et se sont efforcés de défendre leur cause, y compris celle dIsraël, par des voies politiques et diplomatiques. Le calcul étant, à peu près : Soyons bien en cour avec le pouvoir, pour limiter les coups que veulent nous infliger nos ennemis. Bref, cétait une politique de recherche de protection.
Il a fallu longtemps pour que nous commencions à comprendre que, depuis quelques décennies, la situation sest inversée. Ce nest plus le pouvoir de lEtat qui simpose à sa population, mais linverse, dans un grand nombre de cas de figure. En dautres termes, un gouvernement, si fort soit-il, ne peut faire fi de son opinion publique, et lon peut être sûr que, quelle que soit la manière dont il sy prendra pour faire passer la pilule, il ne prendra pas le risque de soutenir les intérêts même légitimes dune minorité peu importante de sa population, contre lhostilité du plus grand nombre.
La chose se complique si lon prend en compte un autre paramètre, souvent tu dans le discours politique. Les pouvoirs publics savent que limmense partie des nationaux juifs de leur Etat, ont à cur la survie et la sécurité dIsraël. Mais Israël nest pas la diaspora. Cest un greffon juif en plein territoire considéré comme arabe et musulman par les Arabes et les Palestiniens, cela va de soi, mais également par un nombre croissant dEtats du monde.
Sans tomber dans le discours islamophobe - qualificatif très en vogue et moyen de chantage efficace pour faire taire toute analyse critique défavorable aux menées anti-israéliennes arabo-musulmanes -, on peut bien dire que la "rue musulmane" a de plus en plus dinfluence sur lopinion française. En revanche, la cause de lEtat dIsraël, en butte depuis des décennies à des campagnes incessantes de délégitimation et de calomnies à léchelle internationale, est dautant plus difficile à soutenir pour quiconque, et encore davantage pour les politiques et les autorités dun Etat qui ne peut se permettre dêtre considéré comme partial même si cest inexact -, et qui ne prendra certainement pas le risque de soutenir ses électeurs les plus faibles et de saliéner les suffrages les plus nombreux des ennemis dIsraël, au pire, des indifférents, au mieux.
Même si je ne prétends pas avoir raison sur toute la ligne, il me semble que les Juifs de la diaspora doivent reconsidérer de fond en comble les orientations, les stratégies et les thèmes de leur hasbarah en faveur dIsraël.
Il doit être clair que je ne parle pas ici de propagande, mais de communication et de témoignage. Hasbarah signifie explication. Il sagit donc dexpliquer les actes et les intentions dIsraël à des citoyens, de prime abord mal disposés à légard dIsraël, le plus souvent en raison du conditionnement et de la propagande hostile dont ils ont été lobjet depuis une date que lon peut assigner à 1967, soit après la victoire de lEtat juif sur la coalition dEtats arabes, en juin de cette année-là, lesquels navaient pas fait mystère de leur ferme intention de "jeter Israël à la mer".
Je ne mattarderai pas ici sur les circonstances de cette dégradation des relations, auparavant généralement cordiales, entre les Etats du monde et Israël, ni sur les responsables de cette situation, habituellement montrés du doigt tel, surtout, le Chef de lEtat français dalors, dont la petite phrase célèbre ci-dessous a fait des ravages.
"Un peuple sûr de lui et dominateur". Dessin de Tim, paru dans Le Monde,
au lendemain de la déclaration du Général de Gaulle, après avoir été refusé par LExpress
Je parlerai plutôt de ce quil est possible de faire pour au moins tenter dinverser la tendance.
Deux excès contraires à éviter : lapaisement de nos accusateurs et la fièvre messianique
Cest une tendance invétérée de lâme juive, due à un long passé de persécutions et daccusations insensées, que de tenter de prouver, par des moyens rhétoriques, que nous ne sommes pas si mauvais quon le dit, et de nous efforcer ainsi de nous concilier nos adversaires. Autant cette attitude est compréhensible, autant elle est inefficace, voire contreproductive.
De même, nous ne devons pas adopter le travers masochiste qui consiste à battre notre coulpe, quand ce nest pas à confesser notre culpabilité, comme à Kippour. Ce nest pas à Dieu que nous nous adressons, pour que nous nous croyions obligés de clamer : hattanou nous avons péché -, mais à des hommes et des femmes de notre temps qui croient, plus ou moins sincèrement souvent parce que cest lopinion dominante quIsraël et son armée sont brutaux et impitoyables, et quen définitive, ils occupent un peuple dont ils ont usurpé la terre.
Jentends dici la réaction scandalisée : Mais cest notre terre ! Certes. Mais si nous sommes religieux, ou au moins versés dans la connaissance de nos Ecritures saintes, des monuments littéraires de notre Tradition et des enseignements de nos Sages, nous devons savoir aussi que cest le Saint, Béni-soit-Il, qui nous rendra ce qui nous revient, cest-à-dire l'héritage de la terre. La littérature rabbinique tout entière enseigne que les tentatives de hâter la fin par des moyens violents sont non seulement vouées à léchec, mais que leurs conséquences sont toujours néfastes pour Israël.
En témoigne lEcriture :
Dn 11, 14 : "
les violents parmi ceux de ton peuple se lèveront pour accomplir la vision, mais ils trébucheront" ;
De même, Rambam (Maïmonide) :
« Salomon
savait, par lEsprit Saint, que notre nation, à cause de la longue durée de son exil, serait portée à sagiter avant le temps adéquat, se perdrait à cause de cela et sattirerait des malheurs
» (Epître au Yémen, 188)
Nous ne devons pas nous croire obligés de choisir entre le Charybde de labjection de soi, et le Scylla de lillusion messianique. Une voix moyenne existe. On verra que malgré ladjectif qui la caractérise, elle na rien dune attitude de compromis, au contraire, elle se veut prophétique.
(A suivre)
Menahem Macina
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Mis en ligne le 11 février 2008, par M.











