Il est dommage pour lHistoire, que lécrivain juif qui semble, en loccurrence, avoir perdu sa "mémoire dAbraham" (2) -, soit né en 1936. De ce fait, lépoque na pu mettre ce fleuron de la littérature d"appeasement" (3) - auquel le journal Libération vient de donner tribune (4) -, au frontispice du monument de la collaboration avec le vainqueur, qui neût pas manqué dêtre édifié si le "Reich de mille ans", que promettait Hitler, était devenu réalité. Un simple changement des noms de la région et du pays, évoqués dans ce génial aphorisme haltérien, suffit à en faire une devise munichoise que neût pas désavouée un Chamberlain. Jugez-en :
« la paix en Europe nest pas concevable sans lAllemagne,
parce que son orgueil national est fort et sa marge de nuisance, immense. »
Qui a dit que lhistoire bégayait parfois ?
Javoue navoir jamais été un "fan" de lHalter-romancier, mais ce qui est sûr, cest que je ne le serai certainement pas de lHalter-pacifiste qui, au début de lété 2007, savérait atteint dune forme aiguë de syrophilie.
A en croire Pierre Haski, qui dirige le Blog "Rue 89" (5), lécrivain juif sétait alors rendu en Syrie à bord dun avion privé, fourni par celle quil appelle sa « copine », Nahed Ojjeh, « la très parisienne et très riche fille de l'ex-ministre de la Défense syrien Mustapha Tlass (6), et veuve du marchand d'armes saoudien Akram Ojjeh ». Selon Haski, la "copine" « était présente pendant la visite de Marek Halter », qui « était accompagné d'une équipe de la chaîne Arte et d'un photographe de Paris-Match ». Et Haski de remarquer qu« avec ce positionnement, Marek Halter risquait de s'attirer les foudres des détracteurs de Damas, à la fois sur le fond, en raison du rôle déstabilisateur actuellement joué par la Syrie au Liban, notamment, mais aussi sur la forme, avec ce voyage en jet privé sponsorisé par la veuve d'un marchand d'armes saoudien
». Mais, poursuivait-il, « Marek Halter n'en a cure: "On m'a critiqué quand je suis allé voir Yasser Arafat alors que personne ne voulait lui serrer la main, ou quand je suis allé voir Nasser quand aucun juif ne voulait y aller." Aujourd'hui, Marek Halter se propose non seulement d'aller voir Assad, mais aussi Khaled Mechal, le leader du Hamas palestinien installé à Damas. »
Serrer la main des criminels et des tyrans
Oui vraiment, lHalter-pacifiste ratisse large et sans faire acception de personne, puisquil négocie même avec le diable. Quels sacrifices ne consentirait-il pas à imposer à Israël pour la cause de la paix, dont il est devenu lambassadeur autoproclamé ?
Mais revenons à ses propos dans Libération. Il y raconte que le grand mufti de Syrie, Ahmad Badr al-Din Hassoun - qui « se dit laïc » -, lavait invité, lui, « juif polonais et écrivain français, à sadresser aux fidèles, lors de la prière du vendredi, dans lune des plus fameuses mosquées du monde musulman, la mosquée des Omeyyades à Damas ». Tant dhonneur avait de quoi tourner la tête à notre Juif cuménique, qui, en effet, assure, en toute modestie, que le mufti justifia cette faveur rare en lui disant : « vous êtes un khakham" [sic]; et Marek de préciser, sans même faire semblant dêtre gêné : « ce qui, en arabe comme en hébreu, signifie "érudit" ». Quant à la langue dans laquelle il a prononcé son prêche, notre érudit fraîchement adoubé nen souffle mot. Sans doute, à nouveau, par modestie
Je passe sur les vues stratégiques étranges professées par ce nouveau venu dans les coupe-gorge feutrés que sont les couloirs de la politique levantine, qui croit avoir résolu, dun seul coup, léquation à multiples inconnues dun des conflits les plus complexes et les plus inexpiables de cette région du monde. « A la tête dun pays dont quatre-vingts pour cent des habitants adhèrent, sur le plan religieux, à la mouvance sunnite, Bachar al-Assad na aucun avenir avec lIran chiite », nous explique benoîtement le « sage ». DONC, face à la menace iranienne, il faut jouer la carte syrienne, en vertu, sans doute, de ladage cynique selon lequel "les ennemis de mes ennemis sont mes amis". Il en résulte - même si ce nest pas dit - quIsraël a intérêt à se jeter dans les bras des "saigneurs" de la guerre politique à la bombe, en espérant quils préféreront faire sauter des shiites iraniens que des Juifs israéliens.
Mûre pour la paix
Notons encore lémouvant plaidoyer haltérien pour le suspect syrien, présumé innocent que, néanmoins, déplore ce justicier inattendu, « les médias internationaux accusent agressivement, à tort ou à raison, mais, pour linstant, sans preuve, davoir trempé dans lassassinat de Rafic Hariri comme dans celui des autres députés libanais ».
Enfin, épinglons le coup de pied de lâne au lion mort, que constitue cette variante dun thème aussi éculé quanti-américain : « Devons-nous imposer notre système politique en Syrie à coups de canons, comme le président Bush le fait en Irak ? »
On en vient à se demander si cest par naïveté incurable, ou par fatuité aveugle, que Marek Halter ne réalise pas quil est instrumentalisé par des interlocuteurs, aussi raffinés quhabiles, qui doivent bien rire de voir comme il est facile dentortiller ce petit juif à la barbe soignée, quils méprisent sans doute avec cet art inimitable quont certains Orientaux dembrasser leur rival pour le mieux étouffer.
Tout de même, force est de reconnaître loriginalité dau moins une des vues que notre Halter-romancier, reconverti dans la géostratégie de salon, émet doctement du haut de sa chaire de vérité :
« La Syrie est mûre pour la paix ».
Peut-être a-t-il raison, surtout si lon considère que le régime de Bachar al-Hassad est un abcès, et que cet abcès est mûr.
Dans ce cas, il ny a plus quune chose à faire : presser violemment sur le bubon pour en exprimer le pus, ou, si lon ne vient pas à bout du mal, lexciser.
Menahem Macina
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(1) Voir la notice de Wikipedia.
(2) Allusion (lourde - quon veuille bien me le pardonner !) à louvrage-vedette de lauteur : La mémoire dAbraham, publié pour la première fois en 1983.
(3) Appeasement : accommodement, ou conciliation, au sens de la formule de W. Churchill : "Être conciliant [avec lAllemagne nazie], cest comme nourrir un crocodile dans lespoir quil vous mangera en dernier".
(4) Dans une libre opinion, intitulée "La paix passe par Damas", publiée dans la rubrique « Rebonds », de Libération (14 janvier 2008), consultable sur le site de Shalom Archav.
(5) Post du 6 juillet 2007, "L'écrivain Marek Halter, étonnant soutien du régime syrien".
(6) Tlass a rédigé, en 1983, un ouvrage qui se veut scientifique, consacré à lhistoire dun prétendu meurtre rituel, connu sous le nom d"Affaire de Damas". Ce livre a exercé une influence majeure dans les cercles antisémites du monde entier, où il est considéré comme une source sûre dinformations sur le "meurtre rituel pratiqué par les Juifs". Voir larticle du Memri, "L'Affaire de Damas (1840), racontée par Mustafa Tlass".
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Mis en ligne le 1er février 2008, par M.











