Titre original de l'article sur Makor Rishon : "Why the Winograd Report is so Important".
Traduction française : Objectif-info
Après beaucoup de spéculations dans les médias, le rapport de la Commission Winograd sur la conduite de la seconde guerre israélienne du Liban par le gouvernement, en août 2006, sera rendu public au plus tard aujourd'hui. Au delà des informations particulières que contient le rapport, il est important de comprendre le but de ce genre de publication dans une démocratie moderne. Les gouvernements demandent habituellement des rapports de cette nature à la suite d'une catastrophe ou d'un grave échec politique. Leur but est de mettre à la disposition du grand public et des spécialistes de la politique une information impartiale, et didentifier les responsabilités. Parmi les rapports israéliens les plus fameux figurent celui de la Commission Agranat, de 1974, qui suivit la guerre de Yom Kippour, le rapport de la Commission Kahane (établi en septembre 1982), suite aux massacres de Sabra et Chatila, et le rapport sur l'autobus 300 (1984), qui portait sur la mort en captivité de deux terroristes arabes qui avaient commis un meurtre et avaient pu survivre en détournant un autobus. Deux des meilleurs rapports américains furent celui de la Commission Warren qui date de novembre 1963 après l'assassinat de John F. Kennedy et, plus récemment, celui de la Commission sur le 11 septembre, qui rendit ses conclusions en juillet 2004.
En livrant au grand public une information de qualité, ce genre de commission lui donne le moyen dexercer son jugement sur ses représentants en charge des responsabilités. Dans cette démarche, la mise à la disposition du grand public dune information pertinente est une question de la plus haute importance. Par exemple, le rapport intérimaire de la Commission Agranat, paru en avril 1974, a produit un choc sur lopinion en faisant porter la responsabilité des événements sur le chef détat-major, David Elazar, le chef des renseignements militaires, le général Eli Zeira, et le chef du commandement Sud, le général Shmuel Gonen. La Commission Kahane a fait endosser une responsabilité indirecte aux Forces armées israéliennes pour les massacres de Sabra et Chatila, mais il a engagé la responsabilité personnelle du ministre de la défense Ariel Sharon, pour navoir pas pris les mesures nécessaires afin d'empêcher cette tragédie.
Il est dans la nature des choses que l'échelon politique ne fasse pas bon accueil à ces enquêtes, parce que leurs conclusions peuvent aboutir à linterruption de certaines carrières politiques. Après les massacres de Sabra et Chatila, le premier ministre Begin s'est opposé à la création d'une commission denquête, et au moment des investigations sur lincident de l'autobus 300, le Shabak a fait, sans succès, de grands efforts pour éviter un blâme pour le décès des deux terroristes aux mains de l'armée. Plus récemment, lancien ministre de la défense Amir Peretz, a essayé, sans plus de succès, de lancer sa propre commission denquête sur la deuxième guerre du Liban, sous la houlette du chef détat-major retraité, Amnon Lipkin Shachak, qui avait été son conseiller lors de ce récent conflit. De son coté, le premier ministre Olmert a fait tout ce quil a pu pour empêcher la désignation d'une Commission d'état.
La façon dont la pièce se jouera au cours des jours et des semaines à venir nous en apprendra beaucoup sur le principe de responsabilité dans le système politique d'Israël. Après la publication, le 30 avril 2007, du rapport intérimaire de la commission Winograd qui a heurté lopinion par ses révélations, la surprise et la déception ont été considérables quand on a vu que le gouvernement Olmert ne démissionnait pas sur-le-champ. Plus récemment, dans son récent discours à la conférence dHerzlia, le Premier ministre Olmert a affirmé que, quelles que soient les conclusions de la Commission Winograd, il n'envisageait pas de démissionner.
La question de fond qui est posée est de savoir si le gouvernement est prêt à assumer sa responsabilité dans la gestion de la deuxième guerre libanaise, en particulier pour ses conséquences sur une fraction importante de la population civile, qui a été soumise à lépreuve de bombardements quotidiens. Si le gouvernement accepte la responsabilité de ses échecs, aussi douloureux soient-ils, il renforcera le principe de responsabilité dans les affaires publiques en Israël. Sil ne le fait pas, il perdra le respect des citoyens, et dans ce cas, limpératif de "gagner du temps" deviendra l'un de ses objectifs principaux de politique intérieure, et il sajoutera à ses difficultés quotidiennes pour gagner aussi du temps en politique étrangère. Ce serait déplorable, car, si la volonté de conserver le pouvoir prend le pas sur une bonne gouvernance, la poursuite de lintérêt général passe au second plan.
Au delà de la question de la bonne gouvernance et de la démocratie en Israël, un intérêt national de premier ordre est en jeu. Pour aller de lavant et construire une société forte et saine, il est nécessaire de reconnaître nos erreurs et den tirer les leçons. La vie est ordinairement remplie de succès, de reculs et d'échecs. On peut tirer beaucoup de leçons intéressantes d'un revers et, si nos dirigeants pouvaient analyser honnêtement ces erreurs et leur porter remède, toute la société en tirerait avantage. A linverse, une société qui refuse de tirer les leçons de ses erreurs est condamnée à les répéter. Cest ce qui est arrivé la semaine dernière. Le Hamas, jouant sur la victimisation de sa population civile, a utilisé des méthodes de propagande mensongère, comme des défilés avec des bougies pour dramatiser une panne délectricité qui n'a pas eu lieu. Il sest attiré la sympathie générale pour les souffrances endurées du fait dun siège qui était la conséquence de ses tirs sur Sdérot. Dans cette circonstance, le Hamas a fait un excellent usage des méthodes de propagande que le Hezbollah avait mises en oeuvre contre Israël pendant la deuxième guerre du Liban, engrangeant à nouveau les bénéfices que lon pouvait en tirer. Pour sa part, Israël est demeuré aussi vulnérable à cette forme de guerre politique qu'il létait à lépoque.
Si les dirigeants d'Israël sont vraiment disposés à apprendre de leurs échecs et à affronter leurs séquelles, le rapport Winograd peut apporter des bénéfices substantiels. Autrement, nous serons condamnés à répéter les mêmes erreurs et à acquitter un prix élevé pour le refus du gouvernement dendosser ses erreurs de jugement au cours de la seconde guerre du Liban.
Joël Fishman
© Makor Rishon
Mis en ligne le 1er février 2008, par M.











