Traduction française : Cathy Josse.
Revue du livre : Eurabia : the Euro-Arab Axis [Eurabia : laxe euro-arabe], par Bat Yeor. Fairleigh Dickinson University Press, 384 pages.

Nous, Occidentaux, sommes devenus de plus en plus laïques, matérialistes et ignorants de notre passé. A nos yeux, toute cause est matérielle, tout comportement résulte du milieu physique, ou de forces psychologiques qui, elles-mêmes, ont leur origine dans des circonstances matérielles ou environnementales immédiates. Cest ainsi que nous expliquons le terrorisme islamiste comme une réaction à lignorance et à la pauvreté, ou à une blessure de la fierté nationale, ou à une tyrannie dEtat, ou aux séquelles dun passé colonial ou impérialiste. Les solutions envisagées sont donc également matérielles. Par exemple :
- augmenter laide au développement pour réduire la misère et le désespoir quelle provoque ;
- contraindre Israël à saffaiblir afin de supprimer cette source constante dirritation pour le nationalisme arabe et sa fierté ethnique ;
- promouvoir des institutions démocratiques pour renverser la tyrannie ;
- proposer des dédommagements fiscaux et rhétoriques pour compenser les torts causés par le colonialisme et limpérialisme.
Le livre de Bat Yéor, intitulé Eurabia : the Euro-Arab Axis [1] constitue une exception majeure par rapport à la généralisation évoquée ci-dessus, et toute personne cherchant à connaître les motivations réelles de lislamiste plutôt que les conceptions réductrices des Occidentaux à son sujet ferait bien de le lire avec attention. Bat Yeor est une spécialiste de linstitution islamique de la «dhimmitude» [2], et cest ce mot quelle a choisi pour décrire la condition des peuples dominés par lIslam sans se convertir à sa foi, «les individus ou les peuples non musulmans assujettis, qui acceptent une soumission restrictive et humiliante à un pouvoir islamique dominant afin déviter lesclavage ou la mort». La dhimmitude est «la conséquence directe du djihad», la conquête militaire de tout territoire non islamique, imposée par Allah à tout Musulman et à toute communauté musulmane, en tant quobligation spirituelle. Lhistoire nous montre que lIslam sest répandu par la conquête violente des territoires non musulmans. Cest pourquoi, «au début du VIIIe siècle, afin de régir les relations entre Musulmans et non-Musulmans, a été élaboré un ensemble de règles fondées sur les conquêtes, les pratiques, la théologie et la jurisprudence islamiques». Cette «doctrine du djihad a défini les relations entre les Musulmans et les non-Musulmans, en termes de belligérance, darmistices temporaires et de soumission».
Le djihad peut être réalisé par la force, ou par des moyens pacifiques, tels la propagande, les écrits, ou encore la subversion de "lennemi", cest-à-dire «ceux qui sopposent à linstauration de la loi islamique, ou à son extension et à sa mission, ou à la souveraineté islamique sur leurs pays». Tous les pays non musulmans sont considérés comme le dar al-harb, «le domaine de la guerre», jusquà ce quils se soumettent à la loi islamique et entrent dans le dar al-Islam [le domaine de lIslam]. Lennemi infidèle est donc classé en trois catégories : ceux qui résistent activement à lIslam, ceux qui vivent dans un pays qui jouit dune trêve temporaire avec lIslam, et ceux qui se sont soumis à lIslam en échangeant le sol contre la paix les dhimmis, qui vivent dans un système qui «les protège du djihad et leur garantit des droits limités dans le cadre dun système discriminatoire, quils doivent accepter, sous peine de devoir faire face à la conversion forcée, à lesclavage, ou la mort».
Le concept de djihad nest pas une antiquité historique sans pertinence pour le monde moderne. On continue de létudier, de sy référer, et des millions de Musulmans, ainsi que de nombreux théologiens de lIslam, y croient passionnément, car il exprime une réalité spirituelle et une croyance puissantes, selon lesquelles, un jour, le monde entier deviendra musulman pour accomplir la volonté dAllah. En conséquence, létat normal des relations entre un pays musulman et un pays non musulman est la guerre. Si les armées islamiques ne parviennent pas à lemporter militairement, alors, une période de «trêve» sinstalle, une trêve soumise à plusieurs conditions, dont celle de permettre la propagation de lIslam. «Le refus de permettre la propagation de lIslam dans les pays concernés par la trêve est considéré comme un casus belli, et le djihad peut reprendre.»
Les apologistes occidentaux et les Musulmans occidentalisés ne tiennent pas compte de lidéologie du djihad, ou bien tentent de le rationaliser et den faire une sorte damélioration de soi, mais le témoignage de lhistoire confirme que, pour la civilisation islamique chauvine, la guerre est une nécessité provoquée par le refus de linfidèle de se soumettre à lIslam et de le reconnaître comme la réalité spirituelle la plus accomplie, telle quelle est voulue par Allah pour la race humaine tout entière. Ainsi, les notions occidentales de nationalisme, de co-existence pacifique entre Etats, de résolution de conflit par la médiation du dialogue et de la négociation des diplomates, celles de cosmopolitisme tolérant, de droits de lhomme, de séparation de lEglise et de lEtat, et de démocratie libérale, sont toutes subordonnées aux exigences spirituelles de la religion, et lon y a recours durant la période de «trêve», ou on les rejette complètement si elles sont incompatibles avec lesdites exigences. Il ne fait aucun doute que beaucoup de Musulmans, aujourdhui, rejettent cette vision de lIslam et désirent sincèrement adapter leur religion à ces conceptions occidentales modernes et bénéfiques, mais le fléau du terrorisme islamiste et le large soutien dont il bénéficie de la part de millions de Musulmans, laissent penser que des gens aussi tolérants sont une minorité.
La thèse développée par Bat Yeor, dans son livre Eurabia, est que le djihad est réapparu, depuis trente ans, comme «un facteur puissant dans les affaires européennes», mais quil a été presque complètement ignoré dans les analyses contemporaines. Après que la grande marée du déferlement musulman eut été stoppée, le 11 septembre 1683, devant les murs de Vienne, les siècles suivants ont vu la diminution de la puissance musulmane et lingérence grandissante de lEurope dans les affaires du Moyen-Orient, aggravée par la profonde humiliation du démembrement de lempire Ottoman après la Première Guerre mondiale. Et tout espoir que lIslam puisse recouvrer sa gloire perdue par la force des armes fut anéanti lorsque le minuscule Etat dIsraël eut vaincu, par trois fois, les armées arabes. Ces dernières défaites ont confirmé que le djihad ne pouvait pas être réalisé par la force armée, mais quil fallait le continuer par dautres moyens. Cest ce quaffirme un résumé des remarques du Roi Hassan II du Maroc, lors de la réunion de la Conférence Islamique des Ministres des Affaires étrangères, en 1980 :
«La signification du djihad pour lIslam ne réside pas dans des croisades ni dans des guerres religieuses. Ce sont plutôt laction stratégique, politique et militaire, ainsi que la guerre psychologique, qui, si elles sont utilisées par la Oumma islamique [la communauté mondiale islamique], nous donneront la victoire sur lennemi.»
Pendant trente ans, ces moyens différents de mener le djihad ont réussi, de manière remarquable, à «transformer la civilisation judéo-chrétienne de lEurope, héritière des importants acquis laïques de lépoque des Lumières, en une civilisation post-judéo-chrétienne asservie à lidéologie du djihad et aux pouvoirs islamistes qui la propagent». Par conséquent, lEurope devient lEurabia une «civilisation de la dhimmitude», prête à sacrifier Israël, aujourdhui, et sa propre identité culturelle, demain, afin dobtenir, pour un temps, la tranquillité desprit et des bénéfices économiques.
Dans Eurabia, Bat Yeor documente à la fois ce «djihad par dautres moyens», que les Etats arabes ont mené contre leur ennemi traditionnel, ainsi que la lâche conciliation [3] dont ont fait preuve les élites politiques européennes, face à cette menace que leurs ancêtres avaient jadis affrontée et endiguée, à Poitiers, en Andalousie, à Lépante et à Vienne. A linverse, «lEurope, telle quelle se manifeste au travers des institutions de lUnion européenne, a abandonné la résistance, en échange de la dhimmitude, et lindépendance, en échange de lintégration dans le monde islamique de lAfrique du Nord et du Moyen-Orient». Lanalyse de Bat Yeor nous montre les différentes manières dont ce Munich au rythme lent sest mis en place, ainsi que les intérêts et les pathologies qui ont facilité cette conciliation.
Lélément central de ce processus est Israël, ainsi que la mise au point à laquelle dut procéder le monde arabe après 1973, sa dernière tentative infructueuse de détruire lEtat juif. Lune des contributions les plus importantes de Bat Yeor est de montrer que la guerre contre les Islamistes et le terrorisme ne peut être séparée du destin dIsraël, quen fait, Israël mène, depuis soixante ans, une guerre à laquelle les Etats-Unis nont participé que récemment, sous la contrainte des événements du 11 septembre 2001. Lexistence dIsraël est le symbole le plus douloureux et le plus humiliant de la domination occidentale sur lIslam, encore plus douloureux et humiliant que les brefs royaumes des Croisés, ou la présence coloniale européenne. Car non seulement Israël existe sur des terres que les Arabes estiment avoir conquises de plein droit sur un peuple quils ne peuvent tolérer que dans létat servile de dhimmi, mais, en plus, ses réussites et sa prospérité mettent en lumière les inaptitudes politiques et culturelles des pays arabes riches en pétrole. La destruction dIsraël constituerait donc une étape importante pour la réaffirmation, dune part, de la juste supériorité de la civilisation islamique et, dautre part, de la décadence dun Occident qui a abandonné son proche parent culturel [Israël] pour plusieurs raisons : la peur, la faillite morale, le manque de foi dans ses propres idéaux culturels, ses intérêts économiques, et sa tare particulière : lantisémitisme. La défaite dIsraël deviendrait alors un modèle pour le rétablissement ultérieur de la supériorité islamique perdue depuis trois siècles.
Selon Bat Yeor, les signes les plus criants de cette conciliation des Européens avec lagression islamique sont «lanti-américanisme, lantisémitisme/antisionisme et le palestinisme, qui bénéficient dun soutien officiel». Lanti-américanisme est important pour plusieurs raisons : les Etats-Unis sont lincarnation la plus complète et la plus puissante de lOccident moderne, celle que les Islamistes haïssent le plus, une aversion qui coïncide avec le ressentiment européen envers la prééminence américaine dans les domaines militaire, culturel et économique ; outre, bien entendu, que les Etats-Unis sont aussi lallié le plus inconditionnel dIsraël. Lantisémitisme coïncide, de manière similaire, avec le mépris des Arabes pour les peuples conquis qui ont refusé daccepter le summum de la révélation divine prêchée par Mohammed, et la haine européenne fasciste du Juif, considéré comme lincarnation de tous les maux présumés du modernisme, tels le capitalisme, lanti-traditionalisme, le cosmopolitisme sans racines, etc. Cette convergence est évidente dans les écrits de René Guénon, un nazi français qui sétait converti à lIslam et «prêchait la haine de la civilisation occidentale et de la laïcité occidentale moderne, et qui affirmait également que lEurope ne pourrait être rachetée que par [ladhésion à] lIslam».
Finalement, le «palestinisme» [4] devient le vecteur de la poursuite du combat avec lOccident, vecteur qui exploite la haine des Juifs sous prétexte dantisionisme et qui sert ainsi de façade [honorable] au traditionnel antisémitisme que la Shoah avait contraint à la clandestinité. Le palestinisme traduit aussi différentes pathologies culturelles des sociétés occidentales, telles que la haine de soi de lOccident, lidéalisation de l«autre» non occidental, la fascination de la guérilla, le pathos du réfugié, et la culpabilité post-coloniale sentimentale. Toutefois, le but final nest pas létablissement dun Etat palestinien, mais la poursuite du djihad contre lOccident :
«Le conflit israélo-arabe, auquel la diplomatie euro-arabe qui procède par association - a volontairement donné des dimensions disproportionnées, nest quun théâtre dopérations, parmi dautres, de ce djihad permanent à léchelon de la planète qui a pour cible lOccident tout entier. Les actes de piraterie aérienne de lOLP, depuis 1968, les tueries aveugles, les prises dotages et les attentats-suicide islamistes à lexplosif, ont été adoptés dans le monde entier comme des tactiques efficaces de djihad contre les Occidentaux et dautres civils, y compris des Musulmans.»
Toutefois, dautres forces plus pragmatiques ont également joué un rôle dans cette dynamique de la volonté européenne de ménager les terroristes. Sous limpulsion de la France, lunification de lEurope, en vue de faire pièce au pouvoir des Etats-Unis, a pu être facilitée par une intensification des liens avec le monde arabe musulman. La France, qui considérait le monde arabo-musulman et africain comme appartenant à sa sphère dinfluence post-coloniale, estimait que
«lassociation de la France avec une fédération musulmane qui couvrirait lAfrique du Nord et le Moyen-Orient, lui conférerait une prédominance qui impressionnerait lUnion Soviétique et lui permettrait de rivaliser avec les Etats-Unis».
Une telle stratégie séduisait autant les antisémites que les néo-nazis et les ex-nazis, dont beaucoup avaient trouvé refuge et soutien dans un monde arabe qui partage leur haine des Juifs et dIsraël :
«Cest ainsi que deux éléments ont scellé lalliance franco-arabe des années 1960 : lanti-américanisme français nourri par des ambitions frustrées de puissance et la convergence entre lantisémitisme vichyssois français, et le désir arabe de destruction dIsraël. Dès lors et par la suite, lAmérique et Israël ont été inextricablement liés par cette politique.»
La France a cessé de vendre des armes à Israël et sest mise, par contre, à armer des dictatures arabes, tels la Libye de Kadhafi et lIraq de Hussein.
Lorsque, en 1973, pour riposter à la nouvelle défaite infligée par larmée israélienne, les Etats arabes producteurs de pétrole décrétèrent un embargo sur le pétrole et quadruplèrent son prix, la politique de la France fut adoptée par la Communauté Economique Européenne. En novembre de cette même année, la CEE adopta une résolution commune qui érigeait les «droits légitimes des Palestiniens» en condition sine qua non de linstauration de la paix au Moyen-Orient. Cette toute nouvelle conception dune nation palestinienne fut le moyen inventé pour tirer parti des idéaux culturels occidentaux qui avaient peu de pertinence pour la culture arabe.
«Les Arabes qui sétaient installés en Terre Sainte, alors sous domination byzantine, après les premières conquêtes arabes, nont jamais manifesté le désir dune quelconque autonomie politique ou culturelle qui les aurait différenciés des autres conquérants arabes musulmans des régions voisines. Lidée dun peuple palestinien arabe distinct du reste de la nation arabo-islamique nétait pas seulement entièrement nouvelle, mais contraire à deux concepts historiques fondamentaux : celui de oumma (la communauté mondiale islamique) et celui de nation arabe idéologie qui remonte aux années 1890 et prône un nationalisme totalitaire panarabe affirmant que les Arabes sont un peuple supérieur, et qui sapparentait au panislamisme.»
Après tout, si les Arabes désiraient tellement créer un Etat palestinien, ils auraient pu le faire à nimporte quel moment avant 1967, lorsquils contrôlaient la bande de Gaza, Jérusalem-Est et la Rive Occidentale du Jourdain.
La reconnaissance du peuple palestinien servit également de couverture à la légitimation du terrorisme, comme le prouve le statut accordé à lorganisation terroriste de lOLP, et à son chef, Yasser Arafat, qui se métamorphosa alors en chef dEtat, et fut traité avec tout le respect et les privilèges dus aux dirigeants légitimes. Dès lors, la rhétorique des «aspirations nationalistes» pouvait être manipulée et utilisée pour dissimuler le véritable objectif de lOLP : la destruction de lEtat dIsraël par un processus d«étapes». «Au nom des droits des Palestiniens, de nouvelles horreurs allaient bientôt se déchaîner contre Israël et contre le monde». Par contre, en ce qui concerne les Européens, leur collusion avec le mythe de lEtat palestinien leur valut la protection contre le terrorisme. Par exemple, après lattaque, par des terroristes palestiniens, de la réunion de lOPEC à Vienne, en 1973, le chancelier socialiste autrichien, Bruno Kreisky, adopta une politique pro-palestinienne, bien que lInternationale Socialiste ait toujours été favorable à Israël. Kreisky devint linfatigable artisan des relations publiques de Yasser Arafat, la politique de lInternationale Socialiste changea de direction pour soutenir la création dun Etat palestinien, en dépit de la volonté de lOLP de détruire Israël, et Arafat fut accueilli à Vienne avec tous les honneurs réservés à un chef dEtat légitime.
Lembargo sur le pétrole fut suivi de la création du Dialogue Euro-Arabe (DEA) qui, à son tour, fut à lorigine de nombreuses organisations de rapprochement [en français dans le texte] euro-arabe, telle lAssociation Parlementaire pour la coopération euro-arabe (APCEA). Toutes ces organisations sont financées par les contribuables européens qui, pour la plupart, ne sont pas du tout informés de ce que ces fonctionnaires et bureaucrates font de largent de leurs impôts. Pour les Arabes, la reconnaissance et le soutien de lOLP et de ses exigences étaient le prix à payer par les Européens pour être épargnés par le terrorisme et pour que souvrent à leurs entreprises les marchés économiques arabes : «la reconnaissance de lOLP était une condition essentielle pour loctroi à la CEE des immenses marchés du monde arabe». La politique et léconomie seraient liées : en 1975, un membre belge de lAPCEA écrivait que le soutien de la campagne des Etats arabes contre Israël faciliterait le développement de liens économiques mutuellement bénéfiques : «Le monde arabe pourrait amener la main-duvre et les matières premières, les Européens, la technologie», en particulier les armements et la technologie militaire. Nous voyons là les débuts de laide européenne à limmigration musulmane, qui allait devenir progressivement une arme puissante dans la guerre contre lOccident.
Cest ainsi que les réunions du DEA [Dialogue Euro-Arabe] se concluaient régulièrement par des déclarations, de la part des Européens, qui salignaient, à la lettre, sur les positions arabes, particulièrement en ce qui concerne les «droits nationaux des Palestiniens», labandon de Jérusalem par Israël, et lexpression «territoires arabes occupés» pour désigner la bande de Gaza et la Judée-Samarie (cest-à-dire, la Rive Occidentale), formule injuste qui occulte le fait quil sagit de terres historiquement juives et que, tant quun accord définitif ne fixera pas leurs frontières, ces terres resteront des territoires «disputés» [5], dont lattribution finale doit être négociée. Mais la politique, la peur et léconomie ont modelé la politique européenne au Moyen-Orient :
«Dorénavant, lEurope ne verrait la question du droit à lexistence dIsraël quen relation avec le besoin européen de pétrole. Pendant la décennie suivante, en Europe, les réalités économiques et les menaces terroristes de djihad feraient nettement pencher la balance en faveur des ennemis dIsraël.»
Jouant sur les idéaux occidentaux de tolérance, de respect multiculturel de «lautre », de cosmopolitisme, etc, - tous étrangers à leur culture islamique -, les délégués arabes auprès de ces diverses institutions sont parvenus à faire, des échanges entre lIslam et lEurope, quasiment une voie à sens unique. Alors même que les Européens cédaient aux exigences et permettaient aux immigrés arabes dêtre aidés financièrement et de résister à lintégration tout en restant loyalistes envers leur pays dorigine, aucun Etat arabe nenvisageait daccorder les mêmes faveurs, même à ses propres citoyens :
«Alors que les Européens faisaient tout ce quils pouvaient pour plaire à leurs partenaires arabes, le monde arabe nacceptait ni nappliquait aucune des mesures progressistes promues par le DEA. En fait, le DEA traitait de concepts largement étrangers au monde arabe. Que pouvaient réellement signifier la liberté de conscience et de religion, légalité des sexes et légalité en dignité de tous, dans des sociétés qui pratiquent la ségrégation des femmes et des infidèles, la mort comme châtiment de lapostasie, les crimes dhonneur, la mutilation génitale et même la lapidation des femmes, et sont pétries de haine et de fanatisme religieux, entretenus par les valeurs de la sharia et du djihad, qui perdurent au cur même de la civilisation arabo-musulmane ?»
Pendant ce temps, tandis que des organisations, tel le DEA, légitimaient lexistence de lOLP et son appel explicite à la destruction dIsraël, dans sa Charte de 1964, les attaques terroristes
«se multipliaient, au niveau international, durant les années 70 et 80, qui virent le massacre, en 1972, des athlètes israéliens, aux Jeux Olympiques de Munich, les explosions davions, les attaques et les assassinats de civils perpétrés par le groupe Septembre Noir, et la guerre sanglante contre les Chrétiens au Liban».
Pourtant, à la même époque, lOLP est devenue membre de différents organismes onusiens, telle la Commission des Droits de lHomme (dont Israël est exclu), et Arafat a été reçu comme un dirigeant politique et un chef dEtat légitime, processus qui a culminé dans la fameuse Résolution 3379 de lONU, qui définissait le sionisme comme une forme de racisme [6], conférant ainsi une apparence encore plus légitime à lantisémitisme et à lassassinat des Juifs.
Lensemble de létude inestimable de Bat Yeor contient une analyse soigneuse des transcriptions et des communiqués de différents séminaires, conférences et autres manifestations officielles, dans lesquels la politique de conciliation européenne avec la terreur et la diabolisation dIsraël sont exposées en termes explicites. Maintes et maintes fois, ces documents arides révèlent lérosion progressive de la volonté européenne de résister à une culture radicalement opposée à la sienne et nayant que du mépris pour ses idéaux les plus chers. En conséquence de quoi, le minuscule Etat dIsraël qui, depuis sa naissance, na cessé de subir de violents assauts contre son existence, a été transformé en paria international, qui doit porter la responsabilité de sa victimisation, comme le prouve la déclaration faite en 1996 par le Président français Jacques Chirac, qui impute la responsabilité du terrorisme à la «lenteur du processus de paix et à la frustration du peuple palestinien». Des siècles dagression islamique contre les infidèles, justifiés par «dinnombrables versets du Coran et des hadiths, ainsi que par la jurisprudence religieuse musulmane», sont complètement ignorés dans cette analyse réductrice et égoïste.
En effet, réduire le terrorisme à une réaction au «problème palestinien» est devenu un cliché en politique étrangère européenne ; ainsi, le long passé du djihad est complètement occulté.
«La prise dotages, légorgement rituel, lassassinat des infidèles et des apostats musulmans sont des tactiques djihadistes légales, qui jouissent dune haute estime et ont été minutieusement décrites, au fil des siècles, dans de très nombreux traités [sic] juridiques consacrés à ce sujet. Pourtant, [le ministre britannique des affaires étrangères, Jack] Straw et [lex-ministre des affaires étrangères français, Dominique] de Villepin ont déclaré à la presse que le monde arabo-islamique était révolté par le sentiment dinjustice quéprouvent les Palestiniens, et que cela constituait le problème le plus important pour le monde et pour les relations euro-arabes».
Dans le même temps, le massacre de Chrétiens noirs par les Musulmans arabes, au Soudan, saccélère, les Libanais sont occupés par les Syriens, et les Kurdes nont toujours pas de patrie, malgré 2.500 ans dexistence ininterrompue dans des territoires aujourdhui dominés par la Turquie, lIran, la Syrie et lIraq. Concernant tous ces autres problèmes, lélite européenne, dont le cur saigne pour les Palestiniens, est restée silencieuse.
Lanalyse de Bat Yeor offre une argumentation de poids pour comprendre que la politique européenne au Moyen-Orient est un exemple classique de la psychologie du dhimmi.
«Les attitudes dhimmies de soumission, dhumiliation et de servilité, conjuguées à lantisémitisme et à lanti-américanisme, ont donné à la dhimmitude eurabienne sa texture complexe. Elles suivent le modèle djihadiste historique en fomentant lanimosité entre les groupes de dhimmis, et la division entre les nations infidèles.»
Cest là une explication très convaincante de létrange avilissement des élites politiques, religieuses, culturelles et intellectuelles européennes, de leur ardeur à dénigrer leur culture et leurs valeurs propres comme inférieures à la civilisation islamique et à la culture des immigrés qui ont fui leurs propres sociétés, dont les dysfonctionnements sont, dans une large mesure, une expression de cette culture prétendument supérieure. La mentalité de dhimmi explique également la bonne volonté dont font preuve les gouvernements européens, depuis des années, en versant des milliards en liquide à des régimes brutaux et à des groupes terroristes, tel lOLP, en conférant une légitimité à des assassins, et en participant à des conférences dans les capitales de tyrans qui torturent et massacrent leurs propres citoyens. Et cette orientation mentale clarifie le comportement des gouvernements européens qui, au cours des trois dernières années, ont entravé et perverti les efforts des Etats-Unis pour mettre fin à la mauvaise habitude qui consiste à chercher à se concilier les terroristes, et dont leffroyable résultat est ce trou béant dans la partie inférieure de Manhattan, sans parler des centaines dIsraéliens déchiquetés par des assassins qui ont bénéficié dun réconfort psychologique et matériel de la part de lélite de lEurope.
En 1973, Jean Raspail, auteur français de récits de voyage, a publié un ouvrage intitulé : Le Camp des saints, une troublante allégorie du suicide culturel de lEurope face à linvasion dune multitude de miséreux du Tiers-Monde. En tout cas, si le portrait, brossé par Raspail, de lépuisement spirituel, culturel et moral de lEurope sest révélé correct, le monde européen ne se terminera pas par un tel éclatement, mais plutôt par un long et lent gémissement de conciliation, ainsi que lillustre Bat Yeor dans sa brillante analyse. Mais quen sera-t-il de lAmérique ?
Dans sa conclusion, Bat Yeor reconnaît limportance des actes posés par ladministration Bush, après le 11 septembre 2001, pour commencer à prendre le contre-pied de décennies de conciliation.
«En tant que partie intégrante de la guerre déclarée par Bush au terrorisme, le conflit irakien a discrédité la complaisance et la collusion de lEurope. Qui plus est, le Président George W. Bush a dévoilé le danger mortel du terrorisme islamique et la placé sur la sellette internationale, détrônant la cause palestinienne, ce qui a provoqué la colère de beaucoup dEuropéens, du fait de laffaiblissement du combat euro-arabe contre Israël.»
Cest vrai, mais certaines considérations devraient tempérer notre optimisme quant à la victoire finale des Etats-Unis.
Dabord, la récente élection [présidentielle] montre quun nombre important dAméricains ne comprennent pas encore la vraie nature du combat contre lIslamisme. Trop de gens croient toujours que la pauvreté, ou lintransigeance des Israéliens, ou encore les conséquences de la colonisation, ou bien les menaces guerrières unilatérales de Bush, ou enfin "larrogance" culturelle occidentale et le mépris de lautre à la peau foncée, expliquent le terrorisme islamiste. Des années de multiculturalisme thérapeutique, sur fond de calomnies dinspiration gauchiste à légard de lOccident, répandues par lenseignement et la culture populaire, ont causé des dégâts. En conséquence, beaucoup dAméricains sabandonnent à un relativisme culturel sentimental, ainsi quà une haine de soi, qui permettent de sabstenir tranquillement dexercer des jugements moraux et de désigner les responsables des assassinats terroristes. Et, bien entendu, lignorance pure et simple des faits historiques rend beaucoup dentre nous vulnérables aux falsifications de lhistoire, qui étayent ce genre de relativisme.
Ensuite, la politique du Président consistant à encourager les régimes démocratiques et la liberté politique au Moyen-Orient ne tient pas suffisamment compte de la force des idéaux culturels et religieux dans le conditionnement du comportement. La démocratie est, bien sûr, importante, à condition quelle saccompagne des évolutions culturelles essentielles suivantes : le respect des droits de lhomme sans distinction de sexe, de secte, ou de race ; lapplication de la loi ; la subordination de la religion au gouvernement ; le contrôle de larmée par les civils ; un système judiciaire indépendant et transparent tout cela est nécessaire pour que la démocratie instaure la liberté politique, au lieu de ratifier une nouvelle tyrannie, comme cela a été le cas des élections démocratiques algériennes, en 1993. Nous devons reconnaître le pouvoir de mobilisation des Islamistes, quont des idéaux spirituels comme le djihad [7], et ne pas nous contenter dexpliquer que tout cela est la conséquence de labsence délections.
Finalement, je ne suis pas sûr que le Président ait "détrôné" la cause palestinienne.
- Depuis la mort dArafat, le négateur de la Shoah et apologiste de la terreur, quest Mahmoud Abbas, a été élevé au rang de chef dEtat et sest vu promettre des millions de dollars daide.
- Lécran de fumée de la souveraineté étatique palestinienne continue docculter lobjectif à long terme de la stratégie arabe, qui demeure la destruction dIsraël par "étapes".
- Les organisations terroristes, tels le Hamas et le Djihad Islamique, qui se sont fixé cet objectif, nont été ni désarmées, ni détruites.
- Plus important encore : le mythe, selon lequel tous les désordres et toute la violence qui règnent au Moyen-Orient sont causés par labsence dun Etat palestinien, perdure encore. Le calme actuel ressemble de plus en plus aux jours enivrants des lendemains dOslo, quand toutes les concessions israéliennes non payées de retour, ont été finalement accueillies par du sang et des lambeaux de chair israéliens dans les rues.
Comme létablit lanalyse de Bat Yeor, le ressort du terrorisme islamiste, cest Israël, mais pas de la manière quimaginent la plupart des gens. Pour le djihadiste, Israël doit être détruit. Si ce nest pas par des bombes et des tanks, ce sera par des concessions au coup par coup et par le simple jeu de la démographie. Cela prendra peut-être cinquante ans, voire cent ans, mais, comme ce fut le cas pour les royaumes des Croisés médiévaux, Israël, en tant que manifestation de la puissance dynamique des idéaux culturels occidentaux ne peut être autorisé à survivre, car il constituerait un constant rappel de léchec de la civilisation islamique.
La guerre dIsraël est notre guerre, et tant que nous ne proclamons pas, haut et fort, ce lien dans nos discours publics et surtout par nos actions, tout ce que nous faisons dautre nous permet seulement de gagner un peu de temps, durant lequel les forces de conciliation et lardeur meurtrière des djihadistes accomplissent leur uvre.
Bruce Thornton
© VDH Private Papers, pour loriginal anglais, et M. Macina et debriefing.org, pour la version française.
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Notes de la traductrice [NDT] et du réviseur [Menahem Macina]
[1] Eurabia est le titre dune publication éditée par le Comité Européen de Coordination des Associations dAmitié avec le Monde arabe (Paris) et réalisée avec la collaboration du Middle East International (Londres), France-Pays Arabes (Paris) et le Groupe dEtudes sur le Moyen-Orient (Genève). [NDT].
[2] Situation des "dhimmis", demi-citoyens juifs ou chrétiens dans les pays conquis par lIslam, soumis à un statut et un impôt spécial. Par extension, soumission servile des institutions et des gouvernements européens à lislamisation agressive. [NDT].
[3] Le français "conciliation", est une tentative imparfaite de rendre le sens du terme anglais appeasement, qui a le double sens dapaisement et de conciliation. Sur cette attitude qui consiste à se concilier un adversaire pour éviter de laffronter, rappelons la mordante formule de Churchill : "Être conciliant [avec son ennemi], cest comme nourrir un crocodile dans lespoir quil vous mangera en dernier." Sur la stérilité et la nocivité de cette attitude, lire larticle de Victor Davis Hanson, "Voilà à quoi mène la politique de conciliation". [Menahem Macina].
[4] Sur ce néologisme, que je crois avoir été, sinon le premier, du moins lun des premiers à utiliser, voir Macina, "Ce palestinisme qui fait peur aux Juifs". [Menahem Macina].
[5] Sur la notion de territoires "disputés", voir larticle de Dore Gold, "Des territoires occupés aux territoires disputés". [Menahem Macina].
[6] Voir : "Sionisme=racisme: résolution votée et abrogée par lONU". [Menahem Macina].
[7] Une dépêche du Jerusalem Post en français, en date du 12 avril 2004, corrobore cette perception :
"Lauteur de lattentat qui a coûté la vie à trois touristes, dont deux Français, au Caire, était un étudiant en ingénierie, a annoncé, lundi 11 avril, le ministère égyptien de lIntérieur, qui dit avoir interpellé sa mère, trois de ses frères et 16 autres membres de sa famille. Selon le communiqué du ministère, Hassan Rafaat Ahmed Bashandi, né en 1987, est lauteur de lattentat du 7 avril au soir sur un marché touristique de la vieille ville du Caire, et a été tué par lexplosion de sa bombe. Toujours selon le ministère, le jeune homme aurait commencé à adopter des positions religieuses extrémistes après la mort de son père. Il aurait notamment interdit à sa famille de regarder la télévision. La police a retrouvé chez lui des documents téléchargés sur Internet et portant sur le "djihad", la guerre sainte, ainsi que sur la fabrication dexplosifs." [Menahem Macina].
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[Article repris du site Debriefing.org.]
Mis en ligne le 12 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.
Remis en ligne le 26 novembre 2007











