14 novembre 2007
Sur le site The Augean Stables.
Traduction française : Menahem Macina
[*] Note à lintention de ceux qui sont trop jeunes pour se souvenir de laffaire Nixon. Rosemary Woods était la secrétaire de Richard Nixon, à laquelle on demanda de saccuser de la disparition des 18 minutes et demie manquantes sur les fameux enregistrements de Nixon, avant de les remettre au Grand Jury chargé denquêter sur laffaire du Watergate. Son nom est devenu synonyme de brouillage de preuves.
Force mest de reconnaître que beaucoup de gens mavaient prédit quEnderlin ferait subir un traitement spécial aux bandes enregistrées, et que je ne les ai pas crus.
« Non, pensais-je, une chose est de mavoir menti, ainsi quà dautres, dans son bureau [de Jérusalem], mais au tribunal, où il risque dêtre pris sur le fait, il ne pouvait pas pousser la témérité jusque là ! » Non.
Aujourdhui, Charles Enderlin a montré au tribunal les "rushes" de Talal abu Rahma, que le juge lui avait demandés. Et il a présenté une version éditée, dont il a supprimé au moins trois minutes, et plusieurs scènes que je me souviens nettement avoir vues. Aux Etats-Unis, cela sappelle falsification de preuves, obstruction à la justice et parjure. En France, nous verrons comment cela sappelle.
Je laisse à Nidra [Poller] le soin de faire un compte-rendu détaillé, puisque je suis lune des deux personnes qui, ayant vu les rushes, avaient lavantage de vérifier sil sagissait bien de ce que javais vu antérieurement, aussi étais-je incapable de prendre des notes.
Avant le visionnage des rushes, il y a eu une brève discussion sur le point de savoir pourquoi il ny avait que 18 minutes [de rushes]. Charles Enderlin qui navait daigné venir à aucune des audiences précédentes du procès quil avait intenté, et ce même quand il était de passage à Paris, à lépoque a expliqué que la cassette quil avait conservée contenait 27 minutes de rushes, mais que certains navaient pas trait à ce jour-là (quelle preuve ?), et quil avait éliminé le matériau non pertinent. (A ce stade, je mattendais à ce que le juge dise : « laissez-nous décider de ce qui est non pertinent », mais elle ne la pas fait.)
Ensuite nous visionnâmes les rushes, avec un préambule et un commentaire en direct dEnderlin, et des commentaires de Karsenty. Cela avait des allures de cirque. Mais cela ma fourni un aperçu de la manière dont le cerveau dEnderlin fonctionne. Il a expliqué à quel point la visite de Sharon au Mont du Temple, le 28 [septembre 2000] était provocatrice, doù les émeutes qui avaient suivi, le 29, en Cisjordanie, et que tout le monde sattendait à ce que les émeutes s'étendent à Gaza, le lendemain, « parce que cest comme cela que ça se passe. »
Et sans nul doute, quand nous regardons les vidéos, des scènes de gens évacués par des ambulances se succèdent à lenvi. On ne voit pas quils sont atteints, leurs blessures napparaissent pas ; on les voit emmenés en ambulance, et Enderlin explique : « Les Israéliens tirent des balles de caoutchouc ». Pourtant, il ny a pas de preuves que les Israéliens tirent. Mais comme Enderlin sattend à des violences, quand il voit des Palestiniens évacués en ambulance, il conclut quils ont été atteints pas des balles israéliennes.
La majeure partie du matériau [présenté] était peu concluante ou ennuyeuse, et jattendais patiemment le matériau que javais vu. Puis, aux environs de la 15ème minute au compteur du temps écoulé sur la vidéo, Enderlin annonce quil va y avoir une pause, et que nous verrons les scènes finales. Cest alors que jai su quil avait coupé les scènes. Comme prévu, lécran est devenu blanc, puis ont commencé les trois minutes finales.
Il y a donc au moins deux scènes dont je me souviens tout particulièrement, lune delles figure sur des rushes de Reuters. Il manquait une scène que javais décrite en ces termes :
« A un autre moment, un garçon simule une blessure à la jambe, mais au lieu dattirer des jeunes de grand gabarit pour le prendre et de lamener en courant à une ambulance en dépassant les caméramans, il nattire que des petits gamins, quil chasse. Puis, il regarde alentour, et voyant que personne ne vient lévacuer, il se redresse et séloigne sans boiter. »
Dailleurs, cette scène provoqua un grognement du caméraman israélien travaillant pour France 2, qui regardait le film avec moi et Enderlin, à lépoque.
Quand je lui demandai pourquoi il réagissait ainsi, il répondit :
« Parce que ça sonne tellement faux ».
« Cest également mon impression »,
répondis-je.
Et Enderlin de commenter :
« Oh, ils font cela tout le temps. Cest leur style de culture. Ils exagèrent. »
« Mais sils font cela tout le temps, pourquoi nauraient-ils pas mis en scène lincident dal-Dura ? »,
questionnai-je.
« Oh, ils ne sont pas assez bons [pour cela]. »
Alors, finalement, voilà ce que jai à dire (et éventuellement, sils sen souviennent et ont le courage de venir le dire au grand jour, ce que peuvent affirmer Denis Jeambar et Daniel Leconte), à lencontre dEnderlin.
Mais le second passage [manquant] dont je me souviens est documenté par Reuters (séquence vidéo). Dans une scène, que nous avons nommée "lenfant au Cocktail Molotov", un jeune fait des bonds sur la route, sans aucun signe de blessure. Il tient en main un Cocktail Molotov quil passe à un autre jeune et entre dans la foule. On voit du rouge sur son front, mais rien nindique quil soit blessé.

Transmission du Cocktail Molotov. Notez la trace rouge sur le front de ladolescent.
Une fois dans la foule, il est pris à bras le corps par dautres.

Remarquez que sa jambe gauche est pliée quand la foule entreprend de le transporter.
Des photographes, parmi lesquels on distingue Talal abu Rahma, avec son équipement de France 2.

Talal est au contact, pour un effet maximum. Remarquez son collègue, à lextrême gauche, prêt pour le rodéo. On le voit sourire à la caméra.
Puis, le jeune est ramené au pas de course, juste en face de la position israélienne (où il est censé avoir été blessé par balles) et chargé dans lambulance juste devant les Israéliens.

On voit la position israélienne, à larrière-plan. Personne na peur dêtre atteint par [les soldats].
Quand je suis allé voir les rushes chez France 2, jétais surtout à la recherche de cette scène, et je me souviens de lavoir vue. C'était agité et flou et cela semblait beaucoup plus réaliste (cinéma-vérité) que les séquences de l'agence Reuters, qui, filmées à distance, montrent clairement quil sagit de mises en scène.
Cette séquence ne faisait pas partie des 18 minutes dEnderlin.
Nous avons donc une preuve documentaire de ce quEnderlin na pas montré au tribunal un matériau que Talal abu Rahma avait filmé avec sa caméra de France 2.
Soit Enderlin nest pas au courant de lexistence de ces documents, soit il a un tel mépris pour le tribunal, quil croit quil peut tricher effrontément. Jai été frappé de ce que le juge ne sestime pas dupé, et Karsenty va sûrement aller plus loin dans ces matières.
Pour autant que je puisse comprendre, Enderlin a fait un grand pari : falsifier les preuves, montrer aux gens des matériaux peu concluants (la femme assise à côté de moi a dit : « Je suis venue sans idée arrêtée, et rien nest clair), et il espère que le tribunal ne lattrapera pas.
Mais, de la sorte, il sest rendu extrêmement vulnérable. Esther Shapira la fait remarquer :
« Tout dabord, nous navons pas la moindre preuve que ce que nous avons vu aujourdhui est réellement la bande de la caméra, ou une copie sur DVD de la bande filmée, la vidéo originale. Et ce pour une simple raison, il y avait un minuteur en continu sur le DVD que nous avons vu. Or, on ne peut absolument pas avoir de minutage sans interruption quand il sagit dune véritable bande-film de caméra, parce que quand on tourne et quon arrête, on a un nouveau minutage
Ici, il y a des images qui manquent. Aussi, il est clair que ce que lon pouvait voir sur le matériau [présenté], cest quil ne sagissait pas dun tournage réalisé en continu, mais de beaucoup, beaucoup de prises de vues différentes. Pour autant que je sache, il est pratiquement impossible de monter ce matériau sans laisser des traces de cette activité. »
Soit Enderlin est désespéré ou stupide, soit il va recourir à des appuis pour sen tirer. Dans un cas comme dans lautre, cela démontre à quel point il craint que des preuves ne viennent au jour et avec quel art consommé il ment.
Dans les jours qui viennent, je mettrai en ligne davantage dinformations sur les événements dhier. Il y a beaucoup de détails importants à couvrir.
Prof. Richard Landes
© The Augean Stables
Mis en ligne le 15 novembre 2007, par M.











