[Sur le procès en appel de Ph. Karsenty, le principal protagoniste du litige avec France 2 et Ch. Enderlin, voir : Véronique Chemla, "Compte rendu d'audience à la Cour d'appel, à propos de l'affaire al-Dura". Voir aussi le dossier de lenquête détaillée et documentée, réalisée par le cinéaste Pierre Rehov, entre octobre 2000 et juin 2001 (© UPJF), et la remarquable vidéo en français, réalisée et commentée, fin 2006, par le prof. R. Landes, expliquant et illustrant les nombreuses mises en scène réalisées par des Palestiniens, le jour de lincident al-Dura. Celles et ceux qui n'ont pas suivi les débats qui font rage, depuis 7 ans, dans les médias et surtout dans la blogosphère, pourront faire un choix dans la liste de quelque 230 articles relatifs à cette affaire, en ligne sur le site debriefing.org. Voir aussi et surtout les 55 secondes d'images qui ont fait d'Israël le Dreyfus du XXIe siècle, et une autre vidéo (en anglais) qui expose en détail la supercherie. M. Macina].
02/10/07
Nombreux sont celles et ceux qui, informés du soudain revirement du gouvernement israélien dans laffaire al-Dura, se demandent, non sans inquiétude, de quel prix diplomatique, voire géopolitique, Israël va devoir payer cette 'audace', si tant est que cen soit une.
De fait, il y a peu de chances que les Palestiniens et les anti-Israéliens de toutes obédiences passent à lordre du jour, sans accorder la moindre importance à cette démarche musclée, à moins de deux mois de la conférence régionale de paix israélo-palestinienne, à laquelle doivent participer des représentants de pays arabes qui nont pas de relations avec le minuscule Etat hébreu.
Est-ce à dire quIsraël est prêt à mettre son honneur dans la balance même au prix dune rupture de ces pourparlers, voire à celui dun incident diplomatique avec la France, principale concernée, puisque sa chaîne nationale est gravement mise en cause ? Et cette fois, ce que daucuns appellent déjà une 'provocation' nest pas le fait d"ultras", ou de "têtes brûlées", comme on la répété à lenvi jusque dans un passé récent, mais celui dun des services les plus névralgiques de lEtat dIsraël.
Il est significatif que le Bureau gouvernemental de presse soit rattaché aux Services du Premier ministre. En effet, si tous les pays sont attentifs à limportance de la communication, tant nationale quinternationale, Israël ne peut plus se permettre dy être indifférent. Après avoir été longtemps sceptique à légard de limpact effectif de ce quil considérait avec dédain comme une vulgaire propagande, ou, au mieux, des opérations de relations publiques, Israël a désormais expérimenté, jusque dans sa chair, ce que coûte à un Etat une mauvaise image médiatique internationale. Et cest peu dire que celle dIsraël est au plus bas.
On conviendra que les lamentations à ce sujet ne seront daucun secours pour lEtat des Juifs, et pour celles et ceux qui veulent la paix pour Jérusalem. Les relations internationales ne font pas dans le sentimental et, dans cette arène aux dimensions de la planète, les jeux du cirque géopolitique sont dune cruauté et dune brutalité extrêmes et impitoyables. Ce qui compte, ce nest pas dêtre, mais de paraître, pas dédifier, mais de détruire, pas dêtre fraternel, mais de terrifier. Quand des Etats-voyous siègent dans une Commission onusienne de défense des droits de lhomme, et disposent dune majorité automatique de pays arabes et non alignés, tous unis quand il sagit de donner tort à Israël, comment espérer que la justice, la vérité et la bonne foi soient entendues ? Bref, le cynisme sétale du haut en bas des institutions internationales. Et à cette calamité sajoute le poids croissant de lopinion publique, versatile et aisément manipulable, que sensibilisent et noyautent des Organisations non gouvernementales (ONG), évangélistes des droits de lhomme, presque unanimement hostiles à Israël, pour divers motifs (ou prétextes) quil serait trop long dexposer et encore davantage de discuter ici.
Hasard ou nécessité ? Il semble quon assiste, depuis quelque temps, à une véritable révision, par Israël, des paramètres de sa politique médiatique. On a limpression que la traditionnelle attitude de retenue, de non-réaction aux mensonges, aux manipulations médiatiques et aux accusations les plus délirantes, qui avait été majoritairement privilégiée depuis la création de lEtat dIsraël, est en train de céder la place à une posture plus pugnace, voire à ladoption, par lEtat juif, de certaines stratégies et méthodes, pas toujours très honorables, de nos adversaires.
Est-ce à ce nouvel état desprit que lon doit le changement radical dattitude, qui vient dêtre rendu public, concernant laffaire al-Dura ? Bien entendu, chacun y va de ses pronostics.
Avant de formuler le mien, je pose carrément la question : pourquoi ce durcissement soudain ? Et son corollaire : sagit-il dune démonstration de muscles ou dun réel changement de politique ?
Dans un article mis en ligne aujourdhui sur ce site, on peut lire :
«
après consultation avec le Procureur général, Menahem Mazuz, le directeur du Bureau gouvernemental de Presse [Daniel Seaman] a décidé quIsraël ne lancerait pas de procédures pénales à lencontre des journalistes de France 2, et quil ne révoquerait pas les accréditations gouvernementales de presse, qui leur ont été accordées à Jérusalem. »
Difficile déchapper à limpression que, si dérapage il y a eu (ce qui reste à prouver), cest un dérapage (très) contrôlé. On avait pu lire, ça et là, la nouvelle prématurée, selon laquelle Charles Enderlin et son caméraman palestinien allaient se voir retirer leur accréditation. On voit quil nen est rien. Et comme pour enfoncer le clou, on apprend, par le même article, que Daniel Seaman a reçu pour instruction du procureur général de traiter cette affaire « sous langle médiatique et non sous langle pénal ».
Certes, la puissante association de juristes internationaux, Shourat ha-Din, ne lentend pas de cette oreille et prévient quelle
« saisira la Haute Cour de justice pour faire retirer cartes de presse et autres accréditations, à tous les membres de léquipe de France 2 en Israël, et ce jusqu'à ce que la chaîne reconnaisse publiquement que le reportage sur laffaire al-Dura a été mis en scène et réalisé de manière tendancieuse ». (Lire).
Mieux: la même association
« envisage dexiger des dommages et intérêts pour les torts et leurs effets cumulés, causés par le reportage, et, en particulier, pour la série dattentats et démeutes quil a provoqués.»
Mais, même si les propos de "Shourat ha-din" ne sont pas des menaces en lair, et que cette association a la volonté et les moyens de pousser ce rocher de Sisyphe jusquau sommet de la montagne de France-Télévisions, sans quil lui retombe sur la tête, ce ne sera jamais quune initiative privée qui nengagera en rien le gouvernement israélien.
Force est donc dattendre la suite des événements pour voir si, après avoir affirmé, officiellement et publiquement, que les images diffusées dans le monde entier par France 2 ont été mises en scène, et que lenfant Mohammed al-Dura na pas été tué, le directeur du Bureau de Presse du gouvernement, Daniel Seaman, aura les moyens de sa politique annoncée et surtout si le gouvernement laidera à savoir jusquoù aller trop loin. Car, il y a peu de chance quIsraël laisse saboter la conférence de paix au Moyen-Orient, prévue pour novembre 2007, en cas de violente réaction palestinienne à la grave accusation formulée par le directeur du Bureau gouvernemental israélien de Presse.
Reste une autre inconnue, beaucoup plus problématique et lourde de conséquences : la réaction de la France à cette grave mise en cause de lintégrité et de la fiabilité de journalistes de sa chaîne nationale. Si scandale il y a, il ne fait pas de doute quil éclaboussera Madame Arlette Chabot, directrice de linformation, sans parler, à un échelon moindre, du célèbre correspondant permanent de France 2 en Israël, Charles Enderlin, qui jouit dune excellente réputation auprès de ses collègues français et étrangers, et qui fait, à tort ou à raison, figure de spécialiste du Moyen-Orient.
Il faudra également et surtout compter avec la haute idée que se fait de la France et de ses chaînes médiatiques nationales, le nouveau Président de la République, Nicolas Sarkozy.
Lhomme, on le sait, naime guère être mis en difficulté, et encore moins perdre la face et/ou linitiative. Sa personnalité hors pair et son volontarisme le rendent souvent imprévisible. On peut donc se demander quelle attitude il adoptera dans cette affaire. En tout état de cause, il serait imprudent de trop spéculer sur son capital de sympathie au demeurant, indéniable envers lEtat dIsraël, et de parier sur un désamorçage "préemptif" de ce dossier explosif, quopérerait le verbe magique de sa médiation. Et en cas déchec, il y a fort peu de chance que Nicolas Sarkozy aille à Canossa, ou quil y envoie Arlette Chabot. Après tout, il y va de lhonneur dun service public de la France.
Je nirai pas plus loin dans la spéculation. Jai mis sur la table les pièces du puzzle. Pour quelles sassemblent et composent une image intelligible et harmonieuse, il faut éviter à tout prix que des pressions trop fortes ne déforment leur géométrie, rendant leur assemblage difficile et incertain, ou pire, quune explosion les rende définitivement inutilisables.
Reste une dernière hypothèse, plus complexe, plus retorse également. Elle nécessite, pour être convenablement élaborée et exposée, plus dexpertise politique que je nen ai. Je veux parler dun stratagème souvent employé, aux dames comme en politique, et qui consiste à "sacrifier" un ou plusieurs pions, pour parvenir à "dame", et, dès lors, être à même de se mouvoir dun point à lautre du damier, sans être trop vulnérable et tout en causant le plus de dégâts possibles à ladversaire. Peu importe, en définitive, sur quelle case on "arrive à dame". Souvent ce ne sera pas celle quon avait ciblée, linstant davant. Les mouvements de ladversaire vous ont obligé à louvoyer, mais vous avez atteint un but, et cest lessentiel.
Et pour filer la métaphore, je conclurai que, si jai vu juste, on peut sattendre à ce quIsraël louvoie avec sa "dame" de laffaire al-Dura, et y renonce finalement au profit dune autre, quil naurait pu briguer sans avoir cette précieuse monnaie déchange. Exemple de 'deal' (on peut toujours rêver) : la promesse de M. Sarkozy, que la France mettra tout son prestige dans la balance pour que lONU reconnaisse la souveraineté israélienne sur Jérusalem-ouest. Dans ce cas de figure, on trouvera une formule de compromis permettant à chacune des parties de sauver la face. France 2 plaidera linattention dans lexamen des images, et jurera, la main sur le cur, quil ne lui est pas venu à lidée que quelquun ait pu commettre une malversation en amont (il suffira de trouver un fusible vraisemblable, qui pourra être Talal Abu Rahma, ou un assistant à lui). Et il va de soi que la chaîne renoncera à toute poursuite contre qui que ce soit.
Mais, comme lécrivait Salomon,
"tout cela est vanité et poursuite de vent
" (Qo 1, 14, etc.).
Menahem Macina
© upjf.org
Mis en ligne le 2 octobre 2007, par M.











