19 septembre 2007
La Cour dappel de Paris a examiné, le 19 septembre 2007, lappel formé par Philippe Karsenty, directeur de lagence de notation des médias Media-Ratings (M-R), condamné pour diffamation dans laffaire al-Dura, qui loppose à France 2 et à son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin. Devant les incohérences du reportage de France 2, diffusé le 30 septembre 2000, soulevées par lappelant, la Cour a demandé aux intimés - la chaîne publique et son journaliste - de lui fournir les 27 minutes de rushes, afin de savoir si cette chaîne a alors diffusé des images mises en scène et ne correspondant pas à la situation réelle au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, à lautomne 2000.
Les faits sont têtus. Les juges persévérants, et les rushes incontournables.
Telle pourrait être la conclusion de laudience pleine de rebondissements devant la 11e chambre de la Cour dappel de Paris, présidée, avec une autorité constante dans sa fermeté, par Laurence Trébucq.
Celle-ci soppose dabord à la présentation du document composé dextraits dimages de France 2 sur le grand écran amené par Philippe Karsenty. Elle veut voir les images présentées par France 2 à lépoque des faits. Toutes, dans leur ordre de diffusion, et non un montage.
« Licône médiatique de lIntifada II »
Dès la fin du résumé de laffaire par une conseillère de la Cour, Me Marc Lévy, avocat de Philippe Karsenty, explique les raisons pour lesquelles il demande la communication des rushes du reportage incriminé et leur expertise technique :
« Le TGI estime : "Vous ne pouvez pas inférer de ce que 90 % des images des rushes sont des scènes [de guerre] jouées, que les 10% restants sont aussi des images de scènes jouées". Pour apprécier ceux-ci, il faut une expertise afin de déterminer sil sagit du même lieu, sil y a eu des coupes, des actions répétées. Déjà, 90 %, cest une forte indication... Il faut un minimum de loyauté dans les débats judiciaires en matière de diffamation. Le Parquet sétait ému [du refus de France 2 de communiquer ses rushes] ».
Une argumentation qui ne convainc pas lavocat général, Antoine Bartoli, qui susurre :
« Sont poursuivis les propos imputés à Philippe Karsenty, pas les rushes. Pour apprécier ses affirmations [notamment dans son communiqué de presse du 22 novembre 2004], il faut se placer au moment où ses propos ont été tenus, sans avoir connaissance des rushes. Quapporterait lexpertise technique en matière de diffamation ? »
« Cette communication na pas lieu dêtre »,
assène Me Bénédicte Amblard, qui campe sur cette position depuis un an. Et dajouter dédaigneusement :
« La France na pas à déférer à la demande de Philippe Karsenty qui juge que cest un élément important ! Cest sans incidence et sans fondement pratique ».
Et dalléguer une instrumentalisation par lagence de presse, Metula News Agency, (Mena). Et de citer, à son renfort, la journaliste Elisabeth Schemla.
Me Marc Lévy précise pourtant que lhistorien américain,
« Richard Landes a pu voir ces rushes, et sur la foi de ses déclarations, Philippe Karsenty a mené son enquête et tenu ses propos ».
La présidente est dubitative, et prononce une suspension daudience.
Au bout dune dizaine de minutes, la Cour
« joint lincident au fond et se réserve la possibilité dy revenir lors des débats ».
Donc, sur le petit écran du poste de télévision placé près des magistrats, vont défiler les images des reportages diffusés par France 2, lors de ses JT, à lautomne 2000.
Dès labord, Laurence Trébucq refuse de confier la télécommande à lappelant qui souhaite effectuer des arrêts sur images et analyser certaines images :
« M. Karsenty nest pas maître du jeu ».
30 septembre 2000. Charles Enderlin commente ainsi un reportage de 50 secondes du cameraman palestinien, Talal Abu Rahma, diffusé par le JT de France 2 [On peut le visionner sur le site du Prof. R. Landes, Second Draft. Note de la Rédaction d'upjf.org] :
« Près de limplantation de Netzarim (bande de Gaza)
Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
Très vite, Philippe Karsenty, tendu, va énumérer, avec clarté, en mots simples, les principales bizarreries et incohérences des images diffusées par les JT de France 2, à lautomne 2000.
Lesquelles ?
« Une ambulance qui démarre deux secondes après quun Palestinien soit touché. Les al-Dura se sont rendus à un marché de voitures doccasion, alors que ce jour-là était décrété grève générale, donc tous les magasins étaient fermés. Limpact rond des balles qui viennent den face, donc de la position palestinienne. Labsence de tirs en provenance de la position israélienne, malgré les affirmations de Charles Enderlin. Labsence de sang [sur les corps] alors que Mohamed al-Dura aurait été touché par trois balles, et son père par 12. Des images floues. Lincohérence des mouvements de lenfant présumé mort. Le cameraman de Reuters est à un mètre des al-Dura, et nest pas touché par la pluie de balles. Y a-t-il eu 40 ou 45 minutes de tirs ? »
Me Bénédicte Amblard [avocate de Fr2 et Ch. Enderlin] montre de légers signes dagacement. Au fur et à mesure que les questions de la présidente se font plus pressantes et de plus en plus précises, le teint de l'avocate pâlit et ses joues sempourprent. Laudience ne se déroule pas aussi facilement quà lautomne 2006. La présidente est curieuse. On peut suivre aisément sa démarche intellectuelle dans la recherche de la vérité, par sa volonté de distinguer les images authentiques, des images jouées par les Palestiniens. On peut aussi repérer ses difficultés à trouver les mots pour désigner ces deux genres dimages par ses tâtonnements linguistiques.
« Les critères de PHILTRE [sur cette méthodologie, voir le site Media-Ratings. Note de la Rédaction d'upjf.org] ont été violés [selon Philippe Karsenty]. Les scènes diffusées le 30 septembre font partie des fameux rushes que Philippe Karsenty na pas pu voir. Parmi ces rushes, y a-t-il des mises en scène qui éventuellement ont été diffusées par France 2 ? »,
questionne la présidente de la Cour. Cest LA question au centre des débats.
« Non »,
répond aussitôt Me Bénédicte Amblard.
Dans le public, quelqu'un sindigne à mi-voix :
« La scène de lambulance est jouée ! »
La présidente de la Cour s'enquiert :
« Le cameraman a-t-il été entendu ? »
« Non »,
précise Me Marc Lévy, avant dindiquer que Talal Abu Rahma sest rétracté, le 30 septembre 2002, après avoir initialement affirmé sous serment le 3 octobre 2000 :
« Lenfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par larmée israélienne ».
La présidente de la Cour regarde le plafond, demeure songeuse, embarrassée, silencieuse, puis décide :
« La Cour va se retirer ».
De retour dans la salle daudience, la présidente annonce, à la surprise générale :
« La Cour estime devoir voir ces rushes ».
Elle demande sil sera possible de les produire lors dune prochaine audience, et prévoit une audience au fond, après avoir envisagé une expertise.
Me Bénédicte Amblard exprime ses réticences, tout en précisant que ces rushes sont à Paris.
Voici quelques jours, Charles Enderlin a invité Ben-Dror Yémini, rédacteur en chef de la rubrique Opinion, de Maariv, à visionner chez lui (at home), en Israël, ces rushes
La présidente réitère sa demande en usant de leuphémisme :
« Cest un souhait de la Cour ».
Nouvelle pause pour permettre à Me Bénédicte Amblard de demander à ses clients de lui indiquer un délai pour communiquer ces rushes.
Nouvelle reprise daudience.
Lavocate des intimés déclare navoir pas pu joindre ses clients.
La Cour rendra un arrêt le 3 octobre 2007. Elle prévoit de visionner ces rushes le 14 novembre 2007 et entendra les parties sur le fond, le 27 février 2008.
Une affaire emblématique
Curieusement, la défense de France 2 et de Charles Enderlin demeure immuable, figée dans un refus de plus en plus problématique, préjudiciable à tous : pas de communication des rushes. Sans avoir perçu que le contexte a changé et que laffaire al-Dura ternissait limage de la France dans le monde, et, au premier rang, celle de la chaîne du service public.
Le 14 août 2007, Richard Prasquier, nouveau président du
Le 10 septembre 2007, larmée israélienne les a demandés également. Daniel Seaman, directeur du bureau de presse du gouvernement israélien, avait qualifié le "meurtre" de Mohamed al-Dura de canular [plus exactement : 'supercherie' hoax, en anglais. Note de la Rédaction d'upjf.org].
ZOA (Organisation sioniste dAmérique) [voir son site Web. Note de la Rédaction d'upjf.org], CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America) [Voir son site Web. Note de la Rédaction d'upjf.org], et lassociation américaine StandWithUs [voir son site Web. Note de la Rédaction d'upjf.org], exhortent à attirer lattention du Président de la République, Nicolas Sarkozy, sur le refus de France 2 de communiquer ses rushes. Un chef dEtat dont la lutte, en tant que ministre de lIntérieur, contre lantisémitisme en France, est louée par les grandes associations juives dOutre-Atlantique.
En près de quinze jours, la pétition intitulée '' France 2: Release the Secret Muhammad al Durah Tapes! '', destinée à Patrick de Carolis, le président de France Télévisions, et consultable sur le site de Petitiononline [voir la page de cette pétition. Note de la Rédaction d'upjf.org], a déjà recueilli 4 533 signatures, et pas seulement en France.
Si aucun journaliste de grands médias français nest présent lors de cette audience devant la Cour dappel de Paris, TheMediaLine, [voir, p. ex. "The Al Durah Hoax". Note de la Rédaction d'upjf.org] FrontPageMagazine [voir, p. ex., "A New Dreyfus Affair", By Joanna
" La mort de Mohamed [al-Dura] a été un événement médiatique mis en scène visant à ternir la réputation de lEtat dIsraël et à le diaboliser aux yeux de la communauté internationale en présentant les soldats israéliens comme des tueurs ciblant délibérément des enfants
Cette histoire a causé un dommage à lhonneur et à la dignité de lEtat dIsraël, et a induit une violence et un terrorisme gratuits contre les Juifs en Israël et dans le monde ".
Et dévoquer lassassinat barbare de deux soldats réservistes israéliens, Yosef Avrahami et Vadim Novesche, le 12 octobre 2000, celui du journaliste américain juif, Daniel Pearl, en janvier 2002, etc.
Or, la seule transmission de ces rushes suffirait à mettre un terme à la polémique qui enfle, dans le monde entier, depuis des années, incitant certains à démarquer les points communs avec laffaire Dreyfus : implication dune institution publique nationale, accusation grave meurtre dun enfant - portée contre des soldats de lEtat juif, antisémitisme attisé. Mais, dans laffaire al-Dura, pas de Zola, ni de Clémenceau
Simplement des personnes isolées qui se battent, sur divers continents, pour faire éclater la vérité.
En persistant dans son refus, France 2 met dans une situation inconfortable Patrick de Carolis, président de France Télévisions et co-auteur, avec Bernadette Chirac, du livre Conversation (Plon). Un dirigeant que, selon Le Canard enchaîné, lElysée aimerait bien remplacer
France 2 ne répond pas ainsi au souci de transparence des citoyens qui sinterrogent sur le rôle des médias, leur crédibilité, leurs devoirs, leur éthique et leurs responsabilités, leur impartialité, ou leur implication dans des causes partisanes.
Pallywood, la propagande médiatique palestinienne
[Voir l'article "Pallywood", en anglais, sur le site de Wikipedia. Note de la Rédaction d'upjf.org.]
Lincident al-Dura sest-il produit [de la manière dont] Charles Enderlin et Talal Abu Rahma lont décrit, ou est-il une des nombreuses scènes de guerre de Pallywood, cette industrie palestinienne de la propagande ?
Pallywood ? Cest un néologisme forgé, à partir de Palestine et Hollywood, par lhistorien américain, Richard Landes, pour désigner la production dimages de la propagande de lAutorité palestinienne (AP) visant à ternir limage dIsraël. Peut-être - et malheureusement - la seule réussite de lAP.
Une quasi-industrie médiatique et un secret de Polichinelle. Une fabrication ad nauseam de ces images fausses haineuses ('faux-tos') qui na rien à envier à Hezbollywood. Mais qui ne serait rien sans ses relais et reprises éventuelles par des médias dans le monde entier. Et avec des conséquences terribles.
Pallywood produit ces saynètes filmées, interprétées par des acteurs amateurs, dans des décors réels, avec des réalisateurs peu ou prou professionnels, selon des scénographies manichéennes, rôdées, pillées dans la Bible, voire répétitives (foule qui court), des sons récurrents (alarmes des ambulances, tirs darmes), des stéréotypes lassants. [On peut voir la plupart de ces saynètes, sur la longue, mais remarquable vidéo (en anglais), qui figure sur YouTube. Note de la Rédaction d'upjf.org].
Des exemples ? - Une Palestinienne face à un char israélien, un gamin palestinien lançant une pierre à laide de sa fronde...
Un raté de Pallywood : le mort palestinien qui tombe à deux reprises de son linceul, et y remonte prestement, provoquant la panique de la foule qui accompagne le faux cortège funéraire ! [Voir: "Faux enterrement de Jénine: une mise en scène pour les besoins d'un film". Note d'upjf.org.]
Lincident al-Dura est-il une de ces saynètes, qui a eu le malheur dêtre prise pour authentique et dinduire tant de tragédies ?
Mohamed al-Dura est-il un martyr de la cause palestinienne ? Ou lenfant ainsi nommé est-il un acteur amateur dune historiette filmée et diffusée comme authentique ?
Ces questions seront au centre des prochains débats judiciaires.
Quelle est la part de ces acteurs de scènes de guerre jouées dans le macabre décompte diffusé par les Palestiniens et repris, souvent sans distanciation, par de nombreux médias ?
Quel est le nombre de cameramen palestiniens qui, comme Talal Abu Rahma, considèrent leur « métier comme un moyen de défendre la cause palestinienne » ?
Combien de médias ont présenté des saynètes de guerre jouées, comme authentiques, soit involontairement, soit par ignorance, ou par crédulité, par confiance, par militantisme, par complicité, par peur de représailles, ou mus par la vanité, qui rend aveugle et imprudente, de détenir un scoop ?
Si cet incident a été joué et a si bien fonctionné, cela révélerait-il labsence dun contrôle efficace dans la chaîne journalistique et [faudrait-il y voir la preuve] que les esprits étaient prêts à accepter ces images et leurs commentaires ?
Si lon enlevait toutes ces saynètes palestiniennes jouées et présentées comme des faits authentiques, sapercevrait-on du très lourd tribut humain essentiellement des civils, et notamment des enfants, parfois des bébés imposé aux habitants de lEtat juif par le terrorisme palestinien, soutenu, financé notamment via une manne internationale -, et encouragé par lAutorité palestinienne ?
Un tribut sous-estimé dans les comparaisons avec des statistiques palestiniennes, qui seraient désormais, comme leurs images, ô combien sujettes à caution
Véronique Chemla
© Guysen International News
Voir aussi :
[Texte aimablement signalé par P. Lurçat, de Jérusalem.]
A l'exception du cliché du Palais de Justice, les autres ont été ajoutés par la Rédaction d'upjf.org
Mis en ligne le 20 septembre 2007, par M.











