30/06/07
WorldNetDaily
Texte original anglais : "Will pope reintroduce anti-Semitic mass?" [1]
Traduction française : Menahem Macina
Selon un reportage paru dans The Independent [2], lintention du Pape Benoît XVI de remettre en vigueur une messe en latin, controversée et contenant des allusions antisémites, a causé de lagitation au sein de lEglise catholique.
© Photo AP

La Messe tridentine [du Concile de Trente], qui remonte au XVIe siècle, et qui contient une mention des Juifs comme étant « perfides » [3], fut remplacée en 1969. Selon le texte originel rédigé en 1570, les Juifs vivent dans « laveuglement » et les « ténèbres » ; il implore que : « Le Seigneur notre Dieu ôte le voile de leurs curs [allusion à la 2ème Epître aux Corinthiens, 3, 14-16] et quils connaissent, eux aussi, Jésus-Christ notre Seigneur. »
Des évêques et des cardinaux de haut rang appartenant à lEglise catholique ont manifesté une vive opposition à la remise en vigueur de cette prière, craignant quelle nentraîne une détérioration des relations de lEglise avec les Juifs et les musulmans [4].
Le cardinal Cormac Murphy OConnor, Primat catholique dAngleterre et du Pays de Galles, a adressé au pape une lettre exprimant son opposition aux changements apportés à la messe.
Toutefois, le Pape Benoît a annoncé jeudi [28 juin] quil avait lintention de publier, la semaine prochaine, une version amendée de cette prière [celle du Vendredi Saint].
Un porte-parole de lEglise de Grande Bretagne a déclaré vendredi [29 juin] : « Il est dusage de suivre [les instructions de] Rome, mais nous ne savons pas encore ce que [la déclaration du pape] dira. Quand nous aurons le document, les évêques et les cardinaux se feront une opinion. »
La messe fut traduite du latin dans les langues locales pour la rendre plus accessible aux non-spécialistes. La célébration de la Messe Latine originelle - [selon le Rite tridentin] - [5] nécessite une permission des évêques locaux et de lEglise catholique de Grande-Bretagne. Les changements apportés à cette messe furent approuvés par le Second Concile du Vatican, dont les assises eurent lieu de 1962 à 1965.
Linitiative papale de remise en vigueur de cette messe controversée est considérée par beaucoup comme un geste de conciliation envers la Société St Pie X [6], un groupe ultra traditionaliste, en vue de le ramener dans le giron de lEglise.
Notes de la Rédaction d'upjf.org
[1] Traduction : "Le pape va-t-il remettre en vigueur une messe antisémite ?" Précision : Il nexiste pas de messe à contenu antisémite. Même celle de Pie V ne contient pas la moindre expression antijudaïque. Par contre, certains passages des bénédictions de la liturgie du Vendredi Saint en comportent. Ainsi, on peut lire dans le Missel quotidien et vespéral (Bruges, 1958, pp. 681-682) (les soulignements des passages les plus blessants sont de l'auteur de cette note :
"Oremus et pro perfidis Judaeis : ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum; ut et ipsi agnoscant Jesum Christum Dominum nostrum" ("Prions aussi pour les Juifs qui n'ont point voulu croire, afin que Dieu notre Seigneur ôte le voile de leurs coeurs et qu'ils [re]connaissent, eux aussi, Jésus-Christ notre Seigneur.") - "Oremus : Omnipotens sempiterne Deus, qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis: exaudi preces nostras, quas pro illius populi obscaecatione deferimus; ut, agnita veritatis tuae luce, quae Christus est, a suis tenebris eruantur..." ("Dieu éternel et tout-puissant, qui ne rejetez pas non plus de votre miséricorde les juifs infidèles, exaucez les prières que nous vous adressons pour ce peuple aveuglé; donnez-leur de connaître la lumière de votre vérité, qui est le Christ, afin qu'ils soient arrachés à leurs ténèbres..."
Pour linstant, et en attendant le texte certifié de linitiative personnelle du pape (cest la traduction approximative de lexpression latine "Motu proprio"), on ne sait pas encore ce qui sera remis en vigueur, mais il est peu probable que les passages blessants de la liturgie du Vendredi Saint soient repris tels quels, dautant que le pape Jean XXIII avait publié un texte beaucoup plus positif, et que Benoît XVI lui-même annonce une modification de la prière controversée. (Voir l'Excursus technique, ci-dessous, après les notes).
[2] Ian Herbert, "Church split feared as Pope backs return of 'anti-Semitic' Latin Mass".
[3] Lexpression dont on sait limpact redoutable, en vertu de ladage : lex orandi, lex credendi (la prière est lexpression de la foi) apparaît pour la première fois au VIIe s. (p. ex. dans le "Sacramentaire [missel] de Gélase", sous la forme : «Oremus et pro perfidis Iudaeis». Le cas de ladjectif 'perfidus' est pour le moins malheureux. Son sens, en latin classique, est très péjoratif. Il connote la perfidie, la trahison, linfidélité conjugale, etc. Il ny a quen latin ecclésiastique quil a le sens de 'ne pas croire', il est alors synonyme d«infidèle» - expression, longtemps traditionnelle dans des religions telles que lislam et le christianisme. Malheureusement, il est passé tel quel dans les langues vernaculaires, avec le sens quil a en latin classique celui de 'perfide'. Le tort que causa aux Juifs cette impéritie de langage est incommensurable. Peu importe donc ce que le Magistère entendait par ce 'perfidus'; pour l'homme de la rue, même cultivé, le sens et la connotation de cet adjectif, en français courant, n'ont rien à voir avec l'incroyance religieuse et sont extrêmement péjoratifs. De nombreuses démarches effectuées auprès du Saint-Siège en vue dobtenir une révision dun texte aussi néfaste aboutirent dabord à deux rectifications, sous Pie XII, à une décision ferme de Jean XXIII, puis à des transformations, et finalement à lintroduction dun nouveau texte sous Paul VI. Voir le Décret de la Congrégation des Rites (10 juin 1948) : "Le 10 juin 1948, la Sacrée Congrégation des Rites, interrogée sur le sens à donner aux mots latins, perfidis et perfidia, déclara que, dans les versions en langue vulgaire, la traduction de ces deux termes par infidèles et infidélité en matière de foi «nétait pas à rejeter»".
[4] Les musulmans sont indirectement concernés, car non mentionnés dans cette liturgie, et donc implicitement englobés dans la prière pour les païens, qui est particulièrement blessante, elle aussi, pour les milliards d'hommes et de femmes qui, sans faute de leur part, n'ont pas la foi chrétienne : "Prions aussi pour les païens, afin que le Dieu tout-puissant enlève l'iniquité de leurs coeurs et que laissant leurs idoles, ils se tournent vers le vrai Dieu, le Dieu vivant et vers son Fils unique, Jésus-Christ, notre Dieu et Seigneur." - Prions : Dieu éternel et tout-puissant, qui recherchez toujours non pas la mort des pécheurs, mais leur vie, daignez accueillir notre prière; délivrez les païens du culte des idoles, et agrégez-les à votre sainte Eglise pour votre louange et votre gloire..."
[6] Voir larticle de Wikipedia, "Fraternité sacerdotale Saint-Pie X".
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Excursus technique
(Reproduit du site "Convertissez-vous.com".)
Le premier geste significatif de lÉglise envers le peuple juif fut la modification du texte de la prière du Vendredi saint, autrefois nommée "Pro perfidis Iudaeis". Le chemin fut long pour y parvenir : dix ans. Ci-après, les principales étapes de cette transformation.
1) Le texte traditionnel (VIIe s.) :
«Dieu Tout-Puissant et éternel, qui nexclus pas même la perfidie juive de ta miséricorde, exauce nos prières que nous tadressons pour laveuglement de ce peuple. Afin quayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres.»
2) Décret de la Congrégation des Rites (10 juin 1948)
Le 10 juin 1948, la Sacrée Congrégation des Rites, interrogée sur le sens à donner aux mots latins, perfidis et perfidia, déclara que, dans les versions en langue vulgaire, la traduction de ces deux termes par infidèles et infidélité en matière de foi «nétait pas à rejeter».
3) Lagenouillement et la prière silencieuse pour les juifs
Lagenouillement et la prière silencieuse pour les juifs furent rétablis dans le cadre de la réforme liturgique de la Semaine sainte, par le décret Maxima Redemptionis nostrae mysteria, du 16 novembre 1955. Ce décret, promulgué le 13 décembre 1955, était accompagné dun commentaire expliquant limportance pastorale du rite restauré, qui était tombé en désuétude depuis mille ans. Mais la perfidia judaica continua à être solennellement proclamée en latin dans toutes les églises.
4) Jean XXIII
Le « bon Pape Jean » alla plus loin. Pour le premier Vendredi saint qui suivit son élection au souverain pontificat (27 mars 1959), il supprima dun trait de plume les textes incriminés, et le fit savoir aux paroisses par une circulaire du Vicariat de Rome, datée du 21 mars. On dirait désormais : «Prions pour les juifs», et Dieu, qui nexclus pas même les juifs de ta miséricorde
» Cette mesure fut étendue à lÉglise universelle par décret de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 5 juillet 1959.
5) La nouvelle formule de 1966 :
«Prions aussi pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu fasse resplendir sur eux son visage afin quils reconnaissent, eux aussi, le Rédempteur de tous les hommes, Jésus-Christ, Notre Seigneur
Prions : Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui fis alliance avec Abraham et sa de
6) La formule du nouveau missel (1970)
Enfin Paul VI approuva lédition définitive du nouveau missel, adopté en 1969 et entré en vigueur en 1970, qui comporte ladmirable et toute nouvelle invocation ainsi rédigée :
«Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé en premier : quils progressent dans lamour de son Nom et la fidélité de son Alliance
Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa de
Il faut toutefois déplorer que lancienne version figure toujours dans le missel de la communauté bénédictine du Barroux, en France. Fait dautant plus grave que ce missel, réédité en 1990, est muni d'un double imprimatur : celui de Dom Gérard Calvet, l'Abbé du Barroux, et celui du cardinal Mayer, alors préfet de la Congrégation des rites; il est également honoré d'une préface du cardinal Ratzinger, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
(Extrait de "Chrétiens et Juifs - 15. Formule 'Juifs perfides' abolie").
[Le texte anglais de l'article de WorldNetDaily nous a aimablement été signalé par Anne B.]
Mis en ligne le 1er juillet 2007, par M.











