Le 23 février 2004, Véronique de Keyser, parlementaire européen socialiste, de retour de Cisjordanie en tant que membre dune délégation européenne en mission dobservation dune durée de trois jours, concernant ce quon appelle, abusivement, le « mur » de sécurité israélien[i], a déclaré à la RTBF 1 que ce « mur » nétait pas un mur de sécurité mais un mur de lapartheid, et a affirmé et répété sans ciller que limpression quil donnait était celle d'un camp de concentration. Depuis, aucune réaction, aucun commentaire dans les médias concernant ces propos. Un article dAgnès Gorissen, paru dans Le Soir du 26 février, relate bien quun voyage de dix parlementaires européens a eu lieu du 19 au 22 février mais il ne cite pas les mêmes propos que ceux entendus lors du JT de 19h30 du 23 février. Il se contente de mettre en parallèle, la fin des audiences relatives à la « clôture antiterroriste » en cours de construction par Israël à la Cour Internationale de Justice de La Haye, et des propos choisis de quelques-uns des euro-députés envoyés quelques jours auparavant, pour une mission dobservation concernant cette même construction, dont des propos de Véronique de Keyser. Ceux-ci, sils névoquent plus explicitement les camps de concentration et lapartheid, sont plus subtils en ce quils gardent un champ lexical y faisant néanmoins référence, permettant à leurodéputée daccuser Israël de crime contre lhumanité, par le truchement dun vocabulaire afférent et, évidemment, à forte charge émotionnelle. Etonné de cette absence de réactions, jai décidé décrire un texte afin, non seulement de condamner les propos de Véronique de Keyser, mais aussi danalyser brièvement certains de leurs aspects et implications. Néanmoins, je tiens à préciser que le texte qui suit na aucunement la prétention ou la volonté dargumenter pour ou contre la barrière de sécurité israélienne. Enfin, ce texte na pas non plus pour but dexpliquer un conflit vieux de plusieurs décennies.
Tout dabord, il convient de relever quà aucun moment Véronique de Keyser na affirmé la présence avérée de camps de concentration où seraient enfermés les Palestiniens. Elle sest « contentée » de faire une comparaison entre la construction israélienne et des camps de concentration, à partir de ce quelle nomme une impression : « les murs sont équipés de caméras de surveillance, il y a, tous les « x » mètres, des miradors avec des soldats qui surveillent là où il ny a pas de mur de béton, il y a des barbelés et on a vraiment limpression de camp de concentration ». Elle part donc dune description personnelle de la construction litigieuse, en choisissant ses mots, pour aboutir à lidentification à des camps de concentration, celle-ci appartenant au monde de limaginaire et non de la réalité objective, le mot impression étant là pour nous le rappeler. Sil sagit dun témoignage, il faut donc bien garder à lesprit quil ne peut sagir dun témoignage de faits mais dun témoignage dimpressions
à supposer quon inscrive de tels propos dans une quelconque forme de parallélisme avec une démarche juridique, bien sûr. Plus généralement, on peut sétonner du fait quun membre dune commission européenne dobservation a évoqué les résultats de sa mission dune manière si peu rigoureuse. Peut-être est-on en droit de sattendre à des propos où la recherche de factualité et de données objectives primerait sur le défoulement de limaginaire. Question de déontologie et de rapport à ses responsabilités politiques sans doute, jy reviendrai.
Remarquons également quen fait dobservation, les propos de Véronique de Keyser nont porté étrangement que sur une partie de la question. En effet, si, lon en croit cette interview, seul laspect « palestinien » du problème a été pris en compte. Doiton comprendre que lobservation a été « ciblée » et si cest le cas, pourquoi ? Y avait-il un but politique quelconque à ignorer les causes qui ont amené les Israéliens à édifier cette construction dont ils rappellent (à qui ne veut pas les entendre !) quelle a une vocation strictement défensive ? Doit-on penser que les Israéliens ne ressentent pas la tristesse, le désarroi, la peur ou la souffrance mais que seuls les Palestiniens peuvent ressentir ces sentiments ?
Toutefois, penchons-nous sur la « description » de la construction israélienne que nous livre Véronique de Keyser. Car cest bien par là quelle commence, dans ses propos, pour justifier lutilisation quelle fait de lexpression « camp de concentration ».
Manifestement, elle ne trouve pas louvrage particulièrement joli. Esthétiquement, elle le charge même dune valeur fortement négative. A lécouter, son architecture au postmodernisme douteux traduirait une tendance nihiliste particulièrement accentuée, mêlée étrangement au caractère brutalisant dune culture industrielle et
militariste évidemment ! Au risque dassener le coup de grâce au moral artistique de notre brave Véronique et de la plonger définitivement dans les méandres de la mélancolie dépressive, il ny a pas besoin daller si loin pour voir de tels ouvrages bafouer les règles de lart. Il suffit pour cela de se rendre sur une de nos nombreuses bases militaires car on y voit à peu près la même chose : ce nest pas plus accueillant. Mais le problème nest pas dordre esthétique pour Véronique de Keyser. Serait-il alors dordre éthique et politique ? Car elle a bien parlé de camps de concentration !
Pourtant, Israël nest pas le premier pays à construire un mur ou une barrière pour des raisons militaires ou, plus largement, de sécurité. En effet, il existe un nombre appréciable de barrières, murs ou clôtures de ce type un peu partout dans le monde, parfois même construits (ou en cours dédification) sur un territoire contesté ! Citons quelques exemples. La Corée du Sud se protège de la Corée du Nord par une barrière. LInde construit actuellement une barrière au Cachemire, contesté par le Pakistan voisin. LArabie Saoudite en construit une, faite de béton et de caméras de surveillance, sur la frontière avec le Yémen. Cela suscite la colère de plusieurs tribus locales qui affirment que la construction lèse le territoire yéménite de près de 7 kilomètres
et menacent de se battre. Le Botswana construit des barrières électrifiées à sa frontière avec le Zimbabwe, et un officiel zimbabwéen a récemment accusé son voisin de vouloir créer « une nouvelle bande de Gaza ». Lieu de tension plus importante dans le monde où lon voit sériger un ouvrage semblable : Chypre, dont une partie du territoire est contestée par la Turquie, candidate à lEurope et qui a construit une barrière afin de délimiter le territoire quelle revendique, du reste de lîle chypriote. Mais noublions pas le cas terrible de lIrlande : depuis plus de trente ans, des dizaines de murs, séparent catholiques et protestants. Des rues ont été coupées par des barrières dacier, afin de stopper les jets de projectiles (pierres, cocktails Molotov, grenades
).
Des quartiers entiers de Belfast ont été défigurés (maisons rasées, habitants expulsés) pour permettre la construction de ces murs [ii]
Si lon suit le raisonnement de Véronique de Keyser, il y a donc actuellement des camps de concentration en Europe !
Pourtant, là, aucune protestation, aucune plainte, aucune réprobation, aucune condamnation. Voilà qui laisse perplexe. Alors quelle est la nature du problème ? Si celui-ci nest ni dordre esthétique, ni dordre éthique, de quoi sagit-il ? Pourquoi cette émotion si vive et cette condamnation si ferme, assorties dun tel ton pathétique concernant la construction israélienne ?
Peut-être devrions-nous nous pencher sur la notion de camp de concentration. Quest-ce quun camp de concentration ? On pourrait tenter cette définition :
il s'agit d'une installation de détention où l'on enferme, généralement sur simple décision de la police ou de l'armée, des gens qui sont considérés comme gênants pour le pouvoir.
La plupart des camps de concentration sont aussi des camps de travail forcé.
La mortalité y est très forte en raison des mauvaises conditions de vie, de travail, d'alimentation [iii]. Les premiers camps de concentration ont été construits par les Anglais lors de la guerre des Boers (estimation : 30 000 morts), ensuite ce seront les Soviétiques qui appliqueront ces méthodes radicales, Staline multipliant les camps sous un organisme central, le sinistre Goulag. Mais les plus tristement célèbres restent ceux conçus par les Nazis à partir de 1933, sous limpulsion de Hitler, dans le but denfermer ses opposants. Cependant, Véronique de Keyser, dans ses propos, est plus évocatrice en ce quelle fait explicitement référence à la Seconde Guerre mondiale et aux souffrances quont connues les Juifs durant cette sombre période de lhistoire européenne. Dans un tel contexte, il est évidemment difficile de dissocier camps de concentration dholocauste ou de génocide. Et lorsquelle parle dimages « quon naurait plus jamais voulu voir », cest aux images terribles des camps de la mort, telles quelles nous ont été « révélées » par les troupes libératrices à la fin du second conflit mondial, quelle fait référence. Ainsi entretient-elle lambiguïté, à travers des images évocatrices et un vocabulaire tantôt suggestif, tantôt plus explicite, entre le « mur » de sécurité israélien et le génocide nazi : ce quon a appelé la Shoah.
Voilà qui amène une première question : y a-t-il un génocide des Palestiniens, perpétré par Israël ? La présence permanente de journalistes sur le terrain et la surmédiatisation du conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens, avec son cortège dimages sanglantes quotidiennement déversées sur nos petits écrans, la mondialisation de ce même conflit et limplication sur le terrain dà peu près toutes les puissances ou pseudo-puissances de léchiquier mondial, lattention démesurée quaccordent à ce conflit les instances internationales, avec les centaines de déclarations, résolutions et communiqués qui en découlent chaque année, la surveillance permanente de chaque centimètre carré de terre en Israël et en territoires occupés, tout cela devrait amplement nous prémunir de lerreur dans la réponse à cette question. Or, nous sommes bien forcés de constater quau vu de la démographie galopante que connaissent les Palestiniens depuis cinquante ans et, en particulier, depuis 1967, date depuis laquelle les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza sont sous administration israélienne, il est difficile de parler de génocide. Sans oublier que ladministration israélienne a notablement amélioré les conditions de vie des Palestiniens du point de vue sanitaire ou éducatif. Par ailleurs, et pour en terminer avec cet argument, si, comme le suggère Véronique de Keyser, la barrière de sécurité israélienne est assimilable à des camps concentration, il faut noter que les Palestiniens ont pu user de lopportunité de saisir la Haute Cour de Justice dIsraël qui va statuer sur leur demande concernant le tracé de cette construction. Dans un système concentrationnaire, une telle possibilité nexiste pas, univers (ou système) concentrationnaire et institutions démocratiques étant antithétiques.
Vient la deuxième question : y a t-il des camps de concentration construits par Israël ? Concernant lidentification proprement dite de la barrière israélienne avec des camps de concentration, la même mise permanente dIsraël sous les projecteurs et microscopes étrangers nous permet de démentir catégoriquement la mise en place dun système concentrationnaire israélien, dans lequel les Palestiniens seraient enfermés et persécutés. Dailleurs, un peu de bon sens simpose : une barrière nest pas un enclos et le tracé officiel de la barrière ne permet quune séparation des deux populations et non un enfermement ou une quelconque « incarcération » des Palestiniens dans une forme de gigantesque camp et ce, contrairement à ce que prétendent certaines « cartes », complaisamment diffusées parfois par des médias censés être respectables [iv], et dues à des organes à la sensibilité pro-palestinienne, dans une volonté évidente de dramatisation et de diffamation [v].
Ces deux questions ayant reçu chacune une réponse négative, nous voici placés devant une nouvelle interrogation. Pourquoi Véronique de Keyser a-t-elle mis en parallèle ce quelle a appelé le « mur » de sécurité israélien et les camps de concentration (elle a également parlé de mur de lapartheid, jy reviendrai plus loin) ? Je ne cache pas que cette question constitue, en fait, le centre de ma réflexion à travers ce texte.
On pourrait parler de dérapage incontrôlé. Néanmoins, linsistance avec laquelle elle assène son propos pour la RTBF 1, de même que la réponse justificatrice quelle formule, à la suite de la réaction du journaliste qui lui fait remarquer que « cest un mot quil faut oser », mamènent à penser que Véronique de Keyser ne sest pas trompée ou égarée dans un mouvement de distraction, en évoquant son voyage en Cisjordanie, en sa qualité de membre socialiste belge dune mission parlementaire européenne dobservation concernant la barrière de sécurité israélienne. De plus, Agnès Gorissen rapporte, quant à elle, dautres propos de leuroparlementaire dans le journal Le Soir. Or, la journaliste introduit la réaction de Véronique de Keyser, dans son article, par trois petits mots quelle aurait prononcés : « froid et systématique ». Encore le champ lexical de lextermination nazie
Manifestement, elle pensait ce quelle disait face aux micros de la RTBF 1, trois jours plus tôt, et sexprimait à dessein !
Tout dabord, si, comme je lai dit plus haut, Véronique de Keyser naffirme à aucun moment quil existe bel et bien des camps de concentration israéliens, tout en utilisant néanmoins les images atroces qui se sont imprimées dans notre inconscient collectif depuis cinquante ans, il est intéressant de relever la coïncidence remarquable de ses propos et sous-entendus avec ceux de la propagande palestinienne. En effet, on constate quotidiennement que les responsables politiques, religieux ou militaires des palestiniens utilisent une rhétorique similaire. Ainsi, à les en croire, il y aurait un génocide des Palestiniens. Ceux-ci seraient persécutés. Ils parlent de « déportations ». Parfois, les journalistes renchérissent eux-mêmes, en parlant de « rafles », désignant ainsi des arrestations de Palestiniens par des soldats israéliens. Etrangement, les Palestiniens affirment que lindépendance israélienne a donné lieu à ce quils appellent la « Nakba », « la grande catastrophe », marquée par de prétendues exterminations et déportations. Une sorte de Shoah palestinienne. Les Palestiniens accusent régulièrement les autorités israéliennes de crimes de guerre, voire de crimes contre lhumanité. Non seulement, ces propos sont répercutés dans la presse mais, plus encore, un tel vocabulaire est régulièrement employé par des journalistes ou responsables politiques occidentaux. De la sorte, on peut constater un glissement sémantique et une distorsion « nazifiante » du discours lorsquon parle dIsraël. Parallèlement, on assiste à une « judaïsation » des Palestiniens. Ainsi qualifie-t-on ceux-ci comme un « David face à Goliath ». On a déjà pu entendre lexpression « étoile jaune », appliquée aux Palestiniens, le discours ne reculant pas devant lhyperbole. Plus largement, la rhétorique qui consiste à nazifier les Israéliens et à transformer les Palestiniens en Juifs se traduit à la fois par un retournement de situation (les attentats-suicide ont été reconnus par de nombreuses organisations humanitaires et par Amnesty International comme étant des crimes contre lhumanité) et en une volonté de travestissement. Car cest bien cela qui est troublant : Israël est un Etat juif
et lon cherche manifestement à lui faire endosser lhabit nazi. Or, y a-t-il quelque chose de plus terrifiant, pour un Juif, que limage de lholocauste, ou que celle du bourreau nazi, responsable de lextermination de son peuple ?
Cependant, la « subtilité » du discours de Véronique de Keyser ne doit pas nous rendre dupes de lindicibilité de la douleur infligée par de tels propos diffamatoires au peuple dIsraël et, au-delà, au peuple juif. On peut ici parler véritablement de perversion, à lécoute dun tel discours. Dailleurs, le mécanisme du travestissement nest-il pas central dans la perversion ? Point nest besoin dêtre psychologue pour sen rendre compte : lactualité judiciaire en Belgique est bien là pour lillustrer de façon écurante [vi].
Peut-être est-ce la raison pour laquelle il y a, parfois, une véritable obsession dans le fait de vouloir imputer aux Israéliens des crimes de guerre, ou contre lhumanité. Rappelons-nous à ce propos la virulence et la promptitude avec lesquelles intellectuels, responsables politiques et journalistes occidentaux ont réclamé une enquête internationale sur le déroulement des opérations militaires israéliennes à Jénine, en avril 2002, afin de démontrer de prétendus massacres, suite aux accusations palestiniennes de « génocide ». Noublions pas que laccession dAriel Sharon au poste de premier ministre a coïncidé étrangement avec une campagne médiatique sans précédent cherchant à le qualifier de criminel de guerre et à discréditer sans appel le caractère démocratique de lEtat dIsraël. On a pu voir dailleurs comment, journalistes, politiciens, Palestiniens, Libanais, avec le soutien parfois de certains Etats arabes ont subitement tout fait pour traîner le dirigeant israélien devant les tribunaux, dans une soi-disant volonté de clarification historique, politisant au maximum la fameuse et désormais défunte loi de compétence universelle.
Dans un autre registre, souvenons-nous aussi de limposture médiatique largement diffusée par France 2 concernant le petit Mohamed AlDura et de la faiblesse intellectuelle avec laquelle des millions de gens de par le monde ont accepté durablement lidée que larmée israélienne assassinait intentionnellement des enfants, entachant ainsi Israël de laccusation terrible de crimes de guerre quasi ritualisés [vii] [viii]. De tels dérapages médiatiques ne peuvent sexpliquer, selon moi, que par les mécanismes que jai évoqués plus haut et qui sont à luvre dans les propos de Véronique de Keyser
Aujourdhui, le processus de criminalisation et de nazification dIsraël est tel que, non seulement, les Palestiniens sont devenus dans nos représentations mentales et jusque dans notre vocabulaire, le Juif persécuté et menacé dextermination, mais plus encore, ils incarnent désormais le Christ en croix de la chrétienté et lhumanité aliénée, lhomme dénudé de Marx [ix].
Mais poursuivons nos interrogations sur ce dernier point et revenons encore aux propos de Véronique de Keyser. Car linsistance avec laquelle elle évoque le lien quelle opère entre la barrière de sécurité israélienne et les camps de concentration, ainsi que la sollicitation de notre inconscient collectif relatif à la seconde guerre mondiale qui en découle éclairent dune lumière nouvelle le processus de nazification dIsraël, au-delà de ses propres propos. Peut-être sagit-il, en tant queuropéenne, de dépasser, voire denterrer ainsi la culpabilité ressentie au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cest en partie le résultat dune vision erronée qua lEurope dIsraël et de la réalité moyen-orientale : celle qui consiste, dune part à voir en Israël le rescapé des camps de la mort et, dautre part, de considérer Israël comme un cadeau dune Europe, voire dun Occident coupable à la sortie du second conflit mondial. Cest là le sens des propos de Véronique de Keyser lorsquelle dit : « cest une image terrible celle de camps de concentration, bien sûr pour nous qui avions toujours soutenu Israël, à cause des souffrances de la Seconde Guerre mondiale, de revoir, pour certains dentre nous, des images quon naurait plus jamais voulu voir » [x]. Au-delà de la forclusion, cest lidentité même dIsraël qui est niée (et celle des Palestiniens, on le verra plus loin). Car le projet sioniste nest pas né des cendres de la Shoah. Il senracine dans plusieurs siècles dhistoire, puise sa force de deux mille ans dexil et accomplit la volonté du peuple juif en réussissant là où dautres tentatives avaient échoué précédemment.
Cest cette même erreur de « lecture », qui amène si souvent les Occidentaux, et les Européens en particulier, à voir en Israël un Etat colonial, rejoignant ainsi la propagande palestinienne. Cest ici quil est intéressant de relever le recours, que fait Véronique de Keyser, à lexpression « mur de lapartheid ». Outre que, encore une fois, cette expression, largement diffusée par les médias, coïncide remarquablement avec la propagande palestinienne (qui la dailleurs forgée), il convient de bien y voir une volonté de délégitimation dIsraël. Il faut pour cela se souvenir de la signification historique du mot « apartheid ».
Lapartheid est né en Afrique du Sud et consistait en une politique de ségrégation raciale des blancs, vis-à-vis de la population noire. En clair, du fait de cette politique, les Noirs dAfrique du Sud étaient victimes, dans leur propre pays, dune politique raciale de la part de descendants de colons européens. En parlant de mur dapartheid, on signifie donc clairement quIsraël na aucune légitimité. On affirme aussi que lespace géographique qui sétend de la Méditerranée au Jourdain est indivisible, quil ne peut voir sélever quun Etat arabe palestinien et que, donc, toute délimitation à lintérieur de cet espace géographique est une injustice et un racisme. Par conséquent, on prône léradication dIsraël et de toute présence politique juive dans la région. On affirme également que les Juifs ne sont que des colons occidentaux. De même que la présence de Blancs en Afrique du Sud nest pas « naturelle », on prétend que la présence de Juifs dans cette région nest pas « naturelle » non plus, et que cette présence juive, quon appelle israélienne, nest que le fruit pourri dune aberration historique. Voilà qui accrédite la thèse, très arabe par ailleurs, que les Arabes étaient « là » bien avant les Juifs. Cest ce quon appelle la théologie de la substitution, très en vogue chez les Palestiniens, qui consiste à falsifier plusieurs millénaires dhistoire, jusquà nier les évidences archéologiques [xi]. Le plan de partage de lONU, de 1947, est donc nul et non avenu. Israël est un crime quil faut laver ! On voit ainsi comment culpabilité coloniale de lOccident et volonté déradication de toute présence politique juive au Proche-Orient peuvent se conjuguer.
Encore une fois, Véronique de Keyser fait preuve dune complaisance troublante envers la propagande palestinienne. Elle nhésite pas à recourir à des termes à forte charge émotionnelle et relevant du champ lexical de la politique raciale. La conséquence dun tel discours ne laisse pas dalternative : de même quil a fallu anéantir le régime nazi, ou faire disparaître totalement celui de lapartheid, de même, si lon suit ce raisonnement, il faudrait alors éliminer Israël.
On le voit, le travestissement moral et politique dIsraël, tel que je lai dénoncé plus haut, dépasse le cadre de la catégorie psychologique : il sagit, ni plus ni moins, de la contestation de lidentité dun peuple, le peuple dIsraël [xii].
Mais le travestissement comme technique de délégitimation fondamentale dIsraël savère être une arme à double tranchant. En effet, en judaïsant les Palestiniens et en nazifiant Israël, ce nest pas seulement la contestation de lidentité de lEtat hébreu qui est à luvre, mais cest aussi la négation de lidentité des Palestiniens. En effet, une analyse soumettant le discours visant à nazifier lEtat dIsraël et, parallèlement, à judaïser les Palestiniens, à lépreuve de la logique et du principe de non-contradiction, ne peut aboutir quà une telle conclusion. Pour comprendre cela, rappelons que le philosophe grec Aristote avait énoncé trois règles sans lesquelles aucune pensée nest possible :
-
le principe d'identité : A est A;
-
le principe du tiers exclu : si deux propositions sont contradictoires, alors l'une est vraie et l'autre fausse;
-
le principe de non-contradiction: on ne peut pas à la fois affirmer deux propositions contradictoires.
On mesure clairement, à laune de ces trois énoncés, le problème logique constitué par un discours ayant pour effet de judaïser les Palestiniens : on ne peut affirmer à la fois que les Palestiniens ont une identité propre et différente des Juifs et, en particulier, des Israéliens, justifiant la création dun Etat, au nom du droit des peuples à lautodétermination, et, dun même souffle, attribuer aux mêmes Palestiniens, les signes distinctifs de la judéité et de lhistoire juive. Non seulement on commet ainsi une violation du principe de non-contradiction, énoncé plus haut, mais on bafoue le principe didentité, en greffant lidentité juive sur celle des Palestiniens, en affirmant que A = non-A [xiii].
Cest Lévi-Strauss qui avait raison ! « Le barbare, cest dabord celui qui croit en la barbarie ». Voilà qui donne un sens particulièrement ironique et presque cynique aux mots par lesquels Véronique de Keyser terminait son interview : «
et nous nétions venus, ni pour Israël, ni pour la Palestine ».
Cest cette barbarie du discours que je prétends dénoncer et condamner ici. A lheure où lEurope et Israël sont en délicatesse et cherchent à renouer le dialogue, Véronique de Keyser a manqué cruellement de sagesse et a jeté inutilement de lhuile sur le feu [xiv]. Alors quIsraël reproche aux Européens une politique ouvertement pro-palestinienne et un visage antisémite masqué par des principes moraux [xv], leuro-députée a fait preuve dirresponsabilité en épousant une propagande, par ailleurs destructrice à légard des Palestiniens eux-mêmes. Il ne faut pas sétonner, dès lors, des résultats de sondages faisant dIsraël la principale menace pour la paix mondiale, devant des dictatures notoires comme lIran ou la Corée du Nord, tandis que, sur le terrain, le sang continue à couler.
De tels propos doivent être condamnés avec fermeté, et je suis surpris du silence, voire de la complaisance, avec lesquels ils sont reçus. Ce nest pas en attisant la haine que lon résoudra le conflit israélo-arabe. Par ailleurs, les mécanismes pervers du discours de Véronique de Keyser, tels que je les ai mis en lumière, et la terminologie dont elle fait usage avec insistance, révèlent un antisémitisme sournois. Le rapprochement quelle fait entre ce quelle appelle abusivement « mur » de sécurité et camps de concentration est une injure à tous ceux, Juifs et non-Juifs qui ont été victimes des camps de concentration. Cest une insulte envers le peuple dIsraël. Enfin, cest une infamie envers les victimes d'attentats terroristes qui sont régulièrement perpétrés par les adorateurs de la mort palestiniens en Israël.
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Notes de lauteur
[i] En dépit des nombreuses photos publiées dans les médias internationaux montrant un grand mur en béton, plus de 97% de la « barrière de sécurité », sur les 720 km prévus, seront constitués par un réseau de barbelés. Moins de 3% de la « barrière » sera construite en béton, essentiellement pour empêcher des tirs sur des voitures.
[ii] De telles constructions sont parfois utilisées pour empêcher limmigration illégale. Ainsi, les Etats-Unis en ont-ils érigé une, longue de plusieurs milliers de kilomètres, le long de leur frontière avec le Mexique, pour cette même raison (3200 kilomètres de barrière militarisée). LEspagne recourt à une barrière électrique agrémentée de barbelés et de caméras Hi-Tech, et financée par lUnion européenne, pour empêcher l'infiltration d'illégaux venant du Maroc. La France et la GrandeBretagne en ont aussi construit une pour contrer limmigration illégale.
[iii] Voir ici.
[iv] Ainsi, on a pu voir des chaînes de télévisions nationales diffuser des cartes dorigine palestinienne, montrant, par exemple, deux immenses enclos encerclant complètement les villes palestiniennes. On peut dailleurs retrouver ces cartes
sur des sites palestiniens dédiés à lIntifada !
[v] Concernant le tracé officiel de la clôture anti-terroriste israélienne ainsi que pour dautres points relatifs à cette construction, il est possible de se rendre sur le site du ministère israélien des affaires étrangères.
[vi] Le procès de Marc Dutroux.
[vii] Pour ce qui est de laffaire Al-Dura, voir le livre de Gérard Hubert, Contre-expertise d'une mise en scène, publié aux Éditions Raphaël.
[viii] Sur ce point, on remarquera que nest pas innocente la diffusion récente (23/02/04), par France 2, dun documentaire de la série « Un oeil sur la planète », magazine de la rédaction présenté par Thierry Thuillier [intitulé "Tsahal tueuse d'enfants, selon 'Israël, questions interdites' (Fr2)"], dans lequel on prétendait nous « montrer », au moyen dun montage, aussi bien réussi que machiavélique, le meurtre de trois enfants palestiniens par des soldats de Tsahal, devant la barrière de sécurité. Au cours de la séquence en question, le présentateur, prenant à témoin une femme israélienne, membre dune association de défense des droits des Palestiniens, assène sans trembler : « Mais vous savez que la plupart des gens en Israël, aujourdhui, sont daccord avec ça ! » Et le journaliste dajouter, quelques instants plus tard, que « cet incident est tellement commun quil ne fait pas une ligne dans la presse en Israël ». Le 27 février, je lis dans un article du Soir, intitulé "premiers morts près du mur", que le lendemain de la dernière audience à La Haye au sujet de la barrière de sécurité (donc le jeudi 26/02/04) trois Palestiniens ont été tués par des soldats israéliens, devant un des chantiers ordonnés pour lédification de la barrière de sécurité. Jen déduis que les trois « morts » de lémission de lundi sur France 2 ont été inventés et « crédibilisés » aux yeux des téléspectateurs grâce à un montage. Je comprends, dès lors, pourquoi cet "incident" na fait aucune ligne dans la presse israélienne : il na jamais eu lieu. Il reste que France 2 na pas hésité à inventer trois crimes de guerre imputés à larmée israélienne. On observera quil sagit de la même technique que celle utilisée par Véronique de Keyser, telle que je lai mise en lumière au début de ce texte: on naffirme pas explicitement, on suggère, on fait croire que, on laisse à penser
[ix] A ce propos, il est intéressant de constater régulièrement, lors de manifestations altermondialistes, comme hier, lors des manifestations dopposition à la guerre en Irak, la présence, aux côtés de drapeaux représentant la faucille et le marteau sur fond du rouge révolutionnaire, de drapeaux palestiniens, extrême gauche et mouvances pro-palestiniennes salliant parfaitement dans une haine commune dun prétendu axe américano-sioniste, représentant de « limpérialisme capitaliste et de lidéal bourgeois de lOccident ». Mais ceci mériterait sans doute une étude plus complexe et plus spécifique.
[x] Plus loin, au cours de linterview, elle précisera, face à létonnement du journaliste qui linterrogeait, et comme pour se justifier, que parmi les parlementaires présents avec elle lors de la mission dobservation, figuraient des personnes « qui avaient perdu leur famille dans les camps de concentration, ou qui avaient souffert dune autre manière de la seconde guerre mondiale ».
[xi] Pour ne citer que ces exemples, on peut mentionner la destruction du tombeau de Joseph par les Palestiniens et sa reconstruction sous forme de mosquée, de même que la destruction des vestiges des "Écuries de Salomon" par les Palestiniens, pour y construire une mosquée souterraine qu'ils ont reliée à la mosquée Al-Aqsa. Ceci a dailleurs entraîné des détériorations particulièrement inquiétantes, voire très graves, selon les spécialistes, du Mur des Lamentations (une partie d'un mur de soutènement en pierres adjacent au Mur occidental de Jérusalem sest effondré en septembre 2003), et dont les Palestiniens nient, envers et contre tous, la valeur tant religieuse quarchéologique. On se souvient, dailleurs, dArafat assurant à un Bill Clinton abasourdi quil ny avait jamais eu de temple juif à Jérusalem, lors des négociations menées avec le gouvernement dEhud Barak à Camp David puis à Taba. De manière plus générale, on recense régulièrement des déclarations de la part des autorités politiques et religieuses palestiniennes selon lesquelles, il ny aurait aucun lieu saint juif dans la région.
[xii] Et par conséquent de son droit à lautodétermination. Cest dailleurs ce que font ceux qui cherchent à assimiler le sionisme à un racisme. Cest ce quavait fait lAssemblée Générale des NationsUnies en 1974 lorsquelle adopta, sous limpulsions des pays arabes, une résolution assimilant le sionisme à une forme de racisme. Il ne sagissait pas de condamner le sionisme dans tel ou tel développement théorique ou évolution historique à travers un gouvernement particulier, mais de le délégitimer fondamentalement en son essence sur base de critères éthiques tronqués. On voit clairement ici quil sagit dun retournement de principes raciaux. Au lieu dafficher clairement des arguments racistes (négation ou infériorisation du peuple juif et refus de son droit à lautodétermination) on laccuse, à travers la condamnation du sionisme, de racisme. On peut rejoindre ici, Alain Finkielkraut en constatant que le meilleur moyen dêtre raciste est encore dêtre antiraciste.
[xiii] La logique de non-contradiction nest pas la seule existant dans le discours humain. Cest ce qua démontré lanthropologue français Lucien Lévy-Bruhl lorsquil étudia les mentalités primitives. Ce quon désigne communément sous le vocable de discours mythologique nest autre quune distorsion du discours faisant fi du principe même de non-contradiction. Ici, on touche aux limites de ce texte : on pourrait sétonner de ce que les Palestiniens eux-mêmes se livrent à une judaïsation et, par conséquent, à une apparente désubstantialisation de leur propre identité. Mais peut-être faut il alors émettre lhypothèse selon laquelle, en réalité, un tel discours appartient à une construction mythologique visant à justifier lexistence des Palestiniens en tant que peuple et à donner une essence à celui-ci. Cest un sujet qui mériterait une étude spécifique et plus approfondie, concernant précisément la construction de lidentité palestinienne. Néanmoins, dans une telle optique, il faudrait admettre alors que Véronique de Keyser participerait à une telle élaboration mythologique, ce qui serait évidemment contraire à la mission qui lui est assignée en tant que membre du parlement européen.
[xiv] Véronique de Keyser étant députée socialiste au parlement européen, cest évidemment sur le plan européen que je place mon propos, linitiative de ce texte prenant dailleurs racine dans une interview quelle a donnée à la suite dune mission européenne au Proche-Orient. Néanmoins, sur le plan gouvernemental, auquel il faut rappeler que Véronique de Keyser nest pas soumise, il convient de souligner que la Belgique tente dapaiser ses relations avec Israël. Cest dailleurs en ce sens que le ministre belge des affaires étrangères Louis Michel uvre à la tête de la diplomatie belge et quil a entrepris, il y a peu, un voyage en Israël.
[xv] Selon un récent sondage commandé par lUE et réalisé par linstitut de sondage israélien Dahaf, 74% des Israéliens estiment que l'UE a adopté une position pro-palestinienne dans le conflit israélo-palestinien et 60% pensent que les Quinze n'ont pas suffisamment dénoncé les attentats contre la population israélienne. Enfin, 64% affirment que "l'attitude de l'UE envers Israël relève d'un antisémitisme déguisé en principes moraux".











