Première partie de cette étude : "Et le monde se tait ".
1er octobre 2006
Maariv
Titre original hébreu : "Wehaolam meshaqer".
Traduction française [*] : Menahem Macina
Le premier article de cette série, a été publié à Rosh haShanah [22 septembre 2006]. Il traitait du silence du monde sur le massacre que les Arabes infligent à leurs frères arabes et musulmans. Ce silence du monde revêt une signification particulière du fait que la presse et le monde académique publient des millions de textes accusant Israël d'un génocide entièrement imaginaire. La vérité, c'est que le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, a causé un nombre - Dieu merci - limité de victimes si on le compare à tout autre conflit similaire dans le monde. Le présent article traite du problème des réfugiés. Il s'intéressera, lui aussi, aux faits, aux proportions, et à la manière dont l'ONU et la communauté internationale se positionnent vis-à-vis des réfugiés, en général, et des réfugiés palestiniens, en particulier.
Je commencerai par un récit bien connu. Dans un pays spécifique et connu, ayant été jadis sous autorité ottomane, habite une importante minorité musulmane. Il n'y a pas de rapports amicaux entre la majorité et la minorité. Leur histoire respective est assombri par des actes d'hostilité réciproque. Finalement, la majorité força une grande partie de la minorité à quitter le pays et à émigrer dans un pays voisin, dans lequel la minorité est la majorité sur les plans ethnique, religieux et national.
Non, il ne s'agit pas d'Israël et des Palestiniens. Cest l'histoire de la minorité turco-musulmane de Bulgarie. Et non, cela ne sest pas passé il y a 200 ans, cela s'est passé il y a moins de 20 ans, à la fin des années 1980. 300 000 musulmans ont été contraints de quitter la Bulgarie. Ce nétait pas vraiment un transfert par la force, mais un transfert résultant de la pression.
Et si vous n'avez jamais entendu parler dun « droit au retour » pour lethnie turque vers la Bulgarie et si aucune des centaines dorganisations internationales ne sest intéressée à leur cause, lexplication en est simple : ils ne sont pas Palestiniens. Et cela ne concerne pas seulement lethnie turque. Au cours du XXe siècle, des millions de personnes ont fui leur pays natal, suite à des conflits religieux, ethniques, politiques et à des modifications de frontières.
Si le monde devait imposer un « droit du retour » des autres populations transférées, semblable à celui qui est exigé pour les Palestiniens, des millions de musulmans devraient pouvoir retourner en Inde et des millions dhindous au Pakistan. Des populations entières des Balkans devraient être déplacées.
Il nexiste aucune organisation internationale qui se batte pour le retour des musulmans en Grèce, ou de lethnie grecque en Turquie. Et pour une excellente raison : cela ne ferait que réactiver, en pire, des conflits du passé, et conduire à des bains de sang.
Ce nest que pour les Palestiniens que le monde respecte ce « droit au retour » et y revient sans cesse. Si des règles différentes sappliquent à ces quelques arpents de terre, cest uniquement parce quils appartiennent aux Juifs. Les règles qui sappliquent aux autres nations qui ont fait lobjet dun transfert de populations Inde, Pakistan, Turquie, Grèce, Tchécoslovaquie, et des dizaines dautres ne sappliquent soudainement plus dès quil sagit dIsraël.
Toutes les organisations internationales ne soccupent que dun groupe de réfugiés du siècle dernier les Palestiniens. Toute une bureaucratie internationale et une intense campagne de propagande mondiale sont dédiées non pas à alléger la situation misérable des réfugiés palestiniens, mais à la perpétuer. Certains des partisans du « droit au retour » pour les Palestiniens sont inspirés par des sentiments sans doute très sincèrement généreux, mais naïfs. Toutefois, ils ont de nombreux autres objectifs différents : non pas la résolution du conflit israélo-palestinien, mais la destruction dIsraël. Ainsi que la commenté Sahar Habash, un des conseillers les plus proches de Yasser Arafat : « le droit du retour est notre ticket de loterie gagnant pour la destruction dIsraël ».
Qui est réfugié ?
Le « droit au retour » nest quun des exemples de la différence de traitement des réfugiés palestiniens par rapport aux réfugiés dautres guerres. Rien ne peut mieux lillustrer que lexistence de deux organisations des Nations Unies pour soccuper des réfugiés la United Nations Relief and Works Agency (UNRWA) ne soccupe que des Palestiniens, tandis que la United Nations High Commission for Refugees (UNHCR) se charge de tous les autres réfugiés à travers le monde. La mission de lUNHCR est dassister les réfugiés pour les aider à commencer une nouvelle vie. Son activité a ainsi permis à des dizaines de millions de réfugiés de nêtre plus comptés parmi les « réfugiés », parce quils sont devenus citoyens de leurs nouveaux pays dadoption.
Le contraste est saisissant avec le fait quaucun Palestinien na jamais perdu son statut de réfugié. Il y a des centaines de milliers de réfugiés palestiniens, ou de leurs descendants, qui sont devenus citoyens jordaniens, mais lUNRWA continue encore à les considérer comme des réfugiés.
De ce fait, le nombre des réfugiés palestiniens ne cesse de croître rapidement. Et cela à cause de la définition de réfugié qui nest appliquée quaux Palestiniens. Partout ailleurs dans le monde, ne sont ainsi définis que ceux qui ont fui leur ancien lieu de résidence, et non leurs descendants. Cependant, pour « respecter » les Palestiniens, le statut de réfugié leur est transmis de génération en génération. Même si aucun de leurs enfants na jamais posé le pied dans les frontières dIsraël daprès larmistice de 1949, et même sils sont aussi prospères que Bill Gates, ils sont comptés parmi les réfugiés.
De plus, lUNRWA applique une définition du réfugié, bien plus étendue que celle quapplique lUNHCR aux réfugiés provenant de partout ailleurs dans le monde. Selon la définition de lUNRWA, tout citoyen égyptien, jordanien, libanais ou syrien qui a habité, entre juin 1946 et mai 1948, dans les frontières dIsraël définies par larmistice de 1949, est recensé parmi les réfugiés, même sil na fait quy passer pour trouver du travail.
Ce qui découle du traitement spécial accordé aux réfugiés palestiniens par les Nations Unies naide pas à résoudre la misère des réfugiés palestiniens, mais contribue, au contraire, à la perpétuer. Le nombre de ceux qui sont considérés comme réfugiés croît dannée en année, avec pour conséquence que toute résolution de fond du conflit palestino-israélien devient de plus en plus difficile.
Échanges de populations
Les Palestiniens ne sont pas les seuls à avoir été déracinés suite aux combats de 1948-49 entre Israël et les armées arabes dinvasion. Des émeutes anti-juives dans les pays arabes contraignirent 600 000 à 800 000 Juifs à fuir les pays arabes dans lesquels ils vivaient depuis des siècles, voire des millénaires. La plupart de ces réfugiés vinrent en Israël où ils furent intégrés sans aucune assistance de la communauté internationale. De tels échanges de populations, faisant suite aux conflits majeurs religieux ou ethniques à travers le monde, étaient courants.
Dans tout autre pays du monde, un échange de populations entre des Arabes fuyant Israël c'est-à-dire la région des frontières dIsraël daprès l'armistice de 1949 et des Juifs fuyant les pays arabes aurait mis fin au problème. Bien quils soient considérés comme lultime solution aux conflits, de tels échanges étaient courants au cours de lhistoire jusquà présent, ainsi que nous allons le démontrer.
Balkans
À lexception du continent indien, aucune région du monde na connu, au siècle dernier, des échanges de populations aussi considérables que les États balkaniques. Depuis le début de la première guerre des Balkans, en 1912, jusquaux guerres qui ont suivi la dissolution de la Yougoslavie, entre 7 et 10 millions de personnes ont été déracinées de leur foyer sur base de leur identité ethnique.
On estime que durant les deux guerres des Balkans, entre 1912 et 1915, 205 000 Bulgares, 150 000 Grecs et 200 000 Turcs ont été déracinés et sont retournés vers leur patrie dorigine.
Durant la Seconde Guerre mondiale se produisit un flux de populations encore plus important. 750 000 Serbes ont fui leur foyer à cause de la guerre, et 250 000 ont été soumis aux travaux forcés, en Bulgarie et en Hongrie. Après la guerre, 300 000 Bulgares dorigine, qui vivaient dans des zones sous autorité bulgare avant la guerre, sont retournés en Bulgarie. En même temps, 200 000 Hongrois dorigine ont émigré de Transylvanie vers la Hongrie. Un nombre équivalent de Hongrois dorigine durent quitter leurs maisons en Yougoslavie et en Tchécoslovaquie.
Les années 1920 ont vu une autre vague significative de transferts de populations entre la Turquie, la Grèce et la Bulgarie, conformément au traité de Lausanne, signé en 1923 entre la Turquie et les Alliés. Le transfert le plus important affecta un million et demi de Grecs dorigine, qui durent émigrer de Turquie vers la Grèce. De plus, 80 000 Bulgares furent transférés vers la Grèce.
Tous les Grecs dorigine (chrétiens) ne quittèrent pas la Turquie vers la Grèce, pas plus que tous les Turcs dorigine (musulmans) ne quittèrent la Grèce vers la Turquie. Mais le but de cet échange de populations était la création de régions ethniquement et religieusement homogènes.
Fridtjof Nansen, un géographe norvégien, qui a favorisé et réalisé ce transfert de populations entre la Grèce et la Turquie, a obtenu pour cela le prix Nobel de la paix.
Les événements liés à la Seconde Guerre mondiale apportèrent dautres transferts de populations dans les Balkans. Après quun gouvernement pronazi ait pris le pouvoir en Croatie, des milliers de Serbes ont fui leur pays. De plus, après que la Hongrie eut pris le contrôle de la Transylvanie, 200 000 Roumains ont fui de la Transylvanie vers la Roumanie.
La grande vague suivante démigration dimportance dans les Balkans résulta des 10 ans de guerre qui suivit la dissolution de la Yougoslavie, après la mort de Tito en 1991. Le conflit entre la Croatie et la Serbie entraîna lexpulsion de 250 000 personnes des régions qui restaient aux mains des Croates.
Selon le traité de paix signé entre la Croatie et la Serbie, une procédure permit aux Serbes de réclamer leurs maisons. Mais, dans la pratique, peu de Serbes ont pu exercer ce droit. Les Serbes qui sont retournés en Croatie ont subi des discriminations professionnelles et diverses formes de harcèlement. La plupart ont trouvé leurs maisons occupées et, même lorsquils parvinrent à faire valoir leur droit devant des tribunaux croates, les jugements ont rarement été exécutés.
En bref, si une espèce de « droit au retour » existe pour les Serbes, il est notoirement inopérant. Et il en est ainsi alors que les tensions historiques entre les Serbes et les Croates sont bien moindres que celles qui existent entre les Israéliens et les Palestiniens. De plus, les 200 000 Serbes dorigine ne posent aucun problème démographique à la Croatie, qui compte 4 millions 400.000 habitants. Et les Serbes ne sont pas soumis, depuis 1995, à une campagne de propagande massive appelant à lélimination de la Croatie, comme celle que les Palestiniens organisent vis-à-vis dIsraël depuis pratiquement le début du processus dOslo.
Un survol des journaux occidentaux montre quà la suite des guerres entre la Serbie et la Croatie, la nécessité de créer des États homogènes sur le plan ethnique et sa traduction en un échange de populations entre ces deux pays constituent une réalité entièrement acceptée. Cétait plus ou moins la position officielle du New York Times sur cette question.
Quand les combats ont recommencé en 1999, 800 000 Albanais dorigine ont été expulsés de la province serbe du Kosovo. La plupart dentre eux sont retournés ensuite dans leurs maisons, après lintervention militaire de lOTAN. Dans le même temps, 150 000 Serbes, craignant la répression albanaise, fuirent lAlbanie. Un nombre équivalent de Serbes fuirent le Kosovo, après lintervention de lOTAN, pour les mêmes raisons.
Des centaines de milliers de personnes, et plus, sont devenues des réfugiés durant la décennie que dura le conflit dans lex-Yougoslavie, y compris un nombre de Croates, estimé à 170 000, qui ont fui la Serbie. Certains de ces réfugiés ont fui dune région nouvellement créée vers une autre ; dautres ont fui dune région vers une autre à lintérieur dun pays, comme ce fut le cas en Bosnie-Herzégovine.
Sur les 7 à 10 millions de personnes qui sont devenus des réfugiés dans les Balkans, durant moins dun siècle, certaines lont été suite à un nettoyage ethnique délibéré, dautres du fait dactions militaires, et dautres, enfin, pour se conformer au traité promu par Nansen. Cependant, le dénominateur commun de toutes ces migrations est quelles ont été réalisées pour assurer une homogénéité religieuse et ethnique ; et ce processus a été accepté par la communauté internationale afin déviter de futurs bains de sang. Seuls les Serbes furent autorisés à retourner en Croatie, ce qui correspond un peu à un droit au retour.
Et dans ce cas, même cette reconnaissance resta pratiquement purement théorique.
Pologne - Ukraine
Après la Seconde guerre mondiale, les frontières orientales de la Pologne ont été érigées sur la ligne de Curzon, qui fut la première à être proposée comme frontière entre la Pologne et lURSS, en 1919, par Lord Curzon, secrétaire au Foreign Office britannique. Cependant, la Pologne réussit, à la suite de pressions ultérieures, lors de la signature du traité de Riga, en 1921, à faire situer sa frontière orientale en moyenne à 200 km à lest de cette ligne. La modification de la ligne de frontière polonaise vers louest après la Seconde Guerre contraignit un total de 1 million 400 000 Polonais et Ukrainiens à traverser la frontière : les Polonais retournant à louest, en Pologne, et les Ukrainiens, à lest, vers lUkraine. Le principe de base de ces transferts, exactement comme dans le cas des Balkans, fut la préservation dune homogénéité ethnique et religieuse.
Allemagne Europe de lest
À la conférence de Postdam, après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés discutèrent de ladministration quil convenait de mettre en place en Allemagne. Ils prirent en compte le fait que des Allemands dorigine sétaient établis à travers lEurope de lest et le sud de la Russie pendant de nombreux siècles. Lexistence dune majorité allemande dans les Sudètes avait servi de prétexte à la demande dHitler, lors de la conférence de Munich, dannexer les Sudètes aux dépens de la Tchécoslovaquie.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés ont voulu supprimer tout prétexte futur à lexpansionnisme allemand. En conséquence, il fut décidé que des millions dAllemands originaires des Sudètes, de Roumanie, de Hongrie et de Pologne dont la plupart navaient jamais été nazis seraient rapatriés vers lAllemagne « de façon très méthodique ». De 12 à 16 millions dAllemands dorigine furent obligés de partir contre leur gré. Certains des ferries ramenant les réfugiés vers lAllemagne furent torpillés. Selon certaines sources allemandes, de nombreux Allemands furent tués durant leur transfert vers lAllemagne.
Peu dannées après cet exode de masse, il ne restait plus aucun réfugié allemand dans un camp de réfugiés, ni aucun Allemand ayant encore le statut de réfugié. Le fait est que ces rapatriés ne font partie daucun programme politique en Allemagne, à lexception de celui du groupe marginal BdV (Association des Expatriés) qui sest emparé de la question. Le consensus en Allemagne, aujourdhui, est que les réfugiés nont aucun droit ni de restitution ni de retour vers ces régions où leurs ancêtres avaient vécu durant des siècles.
Inde Pakistan
Bien que les musulmans et les Hindous se soient unis pour combattre la Grande-Bretagne et assurer lindépendance de lInde, des tensions religieuses ont vite éclaté entre musulmans et Hindous. Mais la religion ne représentait quune des lignes de fracture entre les différentes couches de la population. Le mahatma Gandhi, promoteur de la lutte pour lindépendance de lInde, envisageait un seul État uni, incluant Hindous, musulmans et Sikhs. Cependant, les Britanniques optèrent pour la création de deux États lun à majorité hindoue, et lautre à prédominance musulmane. Aussi, la souveraineté britannique sur le sous-continent indien se termina-t-elle avec la création de deux États : lInde et le Pakistan.
Cela entraîna un transfert massif de population. Plus de 7 millions dHindous et de Sikhs furent transférés du Pakistan vers lInde, et un nombre équivalent de musulmans quittèrent lInde pour le Pakistan. De nombreux massacres se déroulèrent durant le processus déchange de populations : lestimation du nombre de personnes tuées varie entre 200 000 et 1 million.
Aujourdhui, le Pakistan est quasi uniformément musulman, tandis que lInde, qui regroupe un milliard dhabitants, héberge environ 160 000 musulmans. Les deux pays vivent dans un état de tension constante depuis leur création. La plupart de ces tensions se concentrent dans la région indienne du Cachemire, qui jouxte le Pakistan et qui est à majorité musulmane.
Bien que, suite à la création de lInde et du Pakistan, ces deux pays aient dû intégrer plus de 14 millions de réfugiés, le processus sest déroulé de telle sorte que plus une seule personne nest comptée parmi les réfugiés.
Arménie Azerbaïdjan
Le démantèlement de lUnion soviétique a occasionné la création de nouveaux pays et ravivé de vieilles tensions ethniques et religieuses. Les musulmans tchétchènes, qui furent déplacés vers dautres régions de lancienne Union soviétique durant lère stalinienne, retournèrent immédiatement en Tchétchénie et initièrent un mouvement indépendantiste.
Plus proche de notre sujet, le Nagorni-Karabakh est peuplé, en majorité, de chrétiens arméniens, tandis que lAzerbaïdjan, dont il fait partie, est peuplé, en majorité, de musulmans. En 1998, cette région semi autonome voulut être intégrée à lArménie. Cette demande déclencha un massacre généralisé de musulmans, en Arménie, et dArméniens, en Azerbaïdjan. Les combats se terminèrent par un cessez-le-feu en 1994, mais le conflit augmenta le nombre des réfugiés, soit un million, ainsi répartis : 740 000 musulmans quittèrent lArménie pour lAzerbaïdjan, et 360 000 chrétiens arméniens quittèrent lAzerbaïdjan pour lArménie.
Un détail intéressant à noter : lArménie fit un effort, avec laide de lUNHCR, pour intégrer les chrétiens qui étaient venus trouver refuge en Arménie. Tandis que les réfugiés musulmans attendent toujours dans des camps de réfugiés, non assimilés et non intégrés à lAzerbaïdjan. Cela ressemble étrangement à la situation des réfugiés palestiniens qui sont nombreux à vivre encore dans des camps fétides, près de 60 ans après être devenus des réfugiés.
Mauritanie
Par suite du conflit entre les non-musulmans noirs et les musulmans arabes en Mauritanie, 75 000 Noirs ont été exilés dans les États voisins du Sénégal et du Mali, et un nombre équivalent dArabes ont trouvé refuge en Mauritanie, à la fin des années 80 et au début des années 90.
Soudan
Le Soudan a été déchiré, ces dernières années, par une série de conflits virulents entre musulmans arabes et animistes noirs, dans le sud du pays, et entre musulmans arabes et musulmans noirs, dans la province du Darfour. Des milices arabes, les Janjawid, se sont entendues pour supprimer du Darfour sa population noire. Ils ont ainsi tué entre 20 000 et 400 000 Noirs, au Darfour, et forcé 4 millions de fermiers noirs et leurs familles à fuir leurs maisons ; certains sont partis vers le Tchad voisin. Bien quau Darfour, les victimes et les massacreurs soient tous musulmans, à ce jour, il ny a aucune protestation du monde arabe contre ce nettoyage ethnique, et la politique génocidaire des Janjawid contre les Noirs du Darfour se poursuit. Le gouvernement de Khartoum, à dominante arabe, continue de refuser lintervention de lONU et des soldats de la paix, il fait même tout pour les empêcher de stopper ce nettoyage ethnique.
Chypre
La population de Chypre est grecque à 80% et turque à 20%. Pour répondre au coup dÉtat militaire de la majorité grecque qui menaçait de réunir lîle à la Grèce, en 1974, larmée turque lenvahit. Il en résulta une partition de lîle en deux entités : lune, grecque, et lautre, turque. 200 000 Grecs dorigine se déplacèrent vers la partie contrôlée par la Grèce, et 50 000 musulmans turcs allèrent vers la partie turque.
Depuis cette division, la partie grecque a prospéré elle ne comporte pas de camps de réfugiés et nincite aucunement à la haine des Turcs, en dépit du fait que la Turquie a installé 100 000 Turcs dans la partie quelle contrôle (en infraction avec les lois internationales) et a importé des dizaines de milliers de soldats pour maintenir son régime militaire. Ainsi, contrairement à la partie grecque de lîle, la partie turque est confrontée au chômage et à une économie stagnante.
Le secrétaire général de lONU, Kofi Annan avait préconisé, en 2004, un plan audacieux afin de réunifier lîle, lequel devait faire lobjet dun référendum. La partie grecque refusa. Néanmoins, le plan de lONU prévoyait une solution intéressante, et qui montre la vision qua la communauté internationale sur le « droit au retour » en général. Il ne faisait pas allusion à un droit du retour généralisé pour ceux qui ont fui leurs maisons durant la partition de lîle. Seuls les Grecs âgés de plus de 65 ans se voyaient accorder quelque chose qui pouvait apparaître comme un droit au retour. Et encore cela ne pouvait-il se faire quà la condition quils ne constituent pas plus de 10 % du total de la population turque, ni plus de 20 % dune région.
Si Israël avait accepté une telle proposition, il aurait plutôt dû exiler des Palestiniens que den faire revenir, pour la simple raison que les Palestiniens constituent déjà plus de 10 % de la population.

Le monde est indifférent au sort des réfugiés (tant quils ne sont pas Palestiniens).
Les cas que nous avons évoqués ne décrivent pas toutes les migrations de population des cent dernières années. Certaines organisations estiment le chiffre de ceux qui ont été déplacés à lintérieur de lURSS sous domination communiste, à 65 millions de personnes. Les conflits en Afrique, telles les guerres civiles incessantes au Congo et en Somalie, engendrent de nombreux réfugiés dont la plupart ne reçoivent aucune aide. Et il ny a pas la moindre organisation onusienne pour venir soulager leur misère.
Ils aimeraient bien pourtant recevoir le même traitement que celui qui est accordé aux Palestiniens. Mais le monde est indifférent à leur sort. Dautres critères leur sont appliqués. À part quelques aides dorganisations aux budgets limités, ils sont livrés à eux-mêmes. La publicité qui leur est concédée et lattention internationale dont ils bénéficient est dérisoire, si on les compare à celles qui sont accordées aux réfugiés palestiniens, en faveur desquels il y a, au contraire, une campagne internationale, pour intensifier la gravité du problème, et le manipuler, de manière à ce que le nombre de réfugiés augmente dannée en année.
Les mouvements de populations que jai recensés ci-dessus (hormis le Soudan !) totalisent environ 38 millions de personnes qui ont été intégrées dans des endroits où ils sont majoritaires. Seuls les 700 000 Palestiniens sont devenus un « problème » qui est perpétué par les Nations Unies, la communauté internationale et le monde arabe, avec la bénédiction duniversitaires et des médias, et la publication de centaines de livres et darticles qui empêchent les lecteurs davoir accès aux faits réels et de se baser sur la comparaison de situations internationales.
La solution au problème palestinien aujourdhui nest pas le transfert
Nous vivons à une autre époque. Ce qui se passe dans un pays aussi meurtrier que le Soudan ne peut servir dexemple pour forcer une population à émigrer. Les mouvements forcés de population, approuvés par la communauté internationale, qui sont rappelés dans cet article, permettent de comprendre une chose : le retour des réfugiés et des personnes déplacées à leur lieu de naissance provoquerait une guerre généralisée. Le droit au retour appliqué à lEurope ébranlerait ce continent et entraînerait des guerres sans nombre.
Soutenir le transfert dans les Balkans, condamner ceux qui prônent le transfert en Israël
Les musulmans ne retourneront pas en Grèce, ni les Allemands en Pologne. Cela ne signifie pas quil ny a pas de place pour une minorité musulmane en Grèce, ou pour une minorité allemande en Pologne. Il y a également place pour une minorité musulmane en Israël, de même quil y en a pour une minorité juive au Maroc et dans la future Palestine.
Une anecdote intéressante : les professeurs John Mearsheimer et Stéphane Walt ont publié un article très provocateur, à la limite de lantisémitisme, contre le lobby israélien aux États-Unis. Le contenu de cet article et les sources quil cite étalent une hostilité envers Israël particulièrement virulente, soutenant les thèses des anti-israéliens, principalement de ceux qui sattachent au droit du retour des Palestiniens.
Mais cest ce même Mearsheimer qui a publié, en 1993, un étonnant article, dans lequel il écrivait, entre autres, à propos de la manière de résoudre le problème dans les Balkans : « Il faut créer des États homogènes du point de vue ethnique », les Croates, les musulmans et les Serbes doivent concéder des territoires et transférer des populations.
Et cest ce même Mearsheimer qui est devenu un héros pour la gauche radicale, dans le monde et en Israël, dune part, et, pour le plus connu des antisémites aux États-Unis, David Duke, dautre part. Incidemment, dans cet article hostile à Israël, Mearsheimer accusait les Israéliens de soutenir et dencourager le départ dIsraël de la population arabe, se référant ainsi à des sondages et des manipulations de sondages mais il ny disait pas un mot sur le fait que les partis qui soutiennent le transfert nont jamais bénéficié dun soutien sérieux en Israël.
Cela est dautant plus bizarre que cet honorable professeur exprime son soutien au transfert lorsquil écrit : "créer des États homogènes requiert le transfert de populations et le tracé de nouvelles frontières". On peut présumer que les partisans du transfert approuveront avec joie cette merveilleuse conclusion. Le problème nest pas de transférer des populations mais dappliquer des règles internationales loyales et équitables. Mearsheimer est un des promoteurs de lindustrie du deux poids deux mesures qui a créé lindustrie du "droit au retour".
Les Noirs sont des réfugiés inférieurs et les Palestiniens des réfugiés privilégiés
Tous les échanges de populations examinés bénéficient dun accord international basé sur un dénominateur commun : la création dÉtats homogènes dun point de vue religieux ou ethnique empêche les conflits. Cela ne signifie pas que lon puisse aspirer à une homogénéité totale. Le consensus international sur lhomogénéité, comme celui qui a été appliqué dans laccord de Chypre, est lexemple de ce quil faudrait faire pour résoudre le problème des réfugiés palestiniens.
Si le monde avait appliqué la même politique que celle qui le fut ces dernières années pour les autres communautés - allemandes, hindoues, pakistanaises , il ny aurait plus de problème de réfugiés aujourdhui. Mais lONU a décidé par une des erreurs qui feront date dans lhistoire des décisions malheureuses -, de traiter différemment les Palestiniens. Cest une politique ouvertement inéquitable : les Palestiniens sont des réfugiés privilégiés, tandis que les Noirs sont des réfugiés inférieurs.
La communauté internationale prend exemple sur lONU. Même si elle ne soutient pas formellement lindustrie du « droit au retour », lUnion européenne aide des dizaines dorganisations qui uvrent dans ce but. Selon le principe international, les Palestiniens auront le droit de sintégrer aussi bien en Israël que dans lÉtat palestinien qui sera créé, si les Palestiniens veulent bien vivre dans une entité nationale aux côtés dIsraël, et pas à sa place.
Ceux qui exigent le droit au retour pour les Palestiniens nient lexistence dIsraël
Le principe, qui stipule que chaque pays a le droit de maintenir son homogénéité ethnique ou religieuse et que les réfugiés qui vivent actuellement en un lieu où ils appartiennent à une majorité ethnique ou religieuse ne peuvent bénéficier dun droit au retour, doit sappliquer à Israël. Cela signifie que, même si la Judée et la Samarie font partie de la patrie historique du peuple juif, les Juifs nont pas le droit dy retourner, comme les Palestiniens nont pas le droit de retourner en Israël, même sil sagit de leur patrie.
Il ne peut y avoir quune règle, celle qui sest appliquée aux Allemands qui se sont intégrés à lAllemagne, aux Hindous à lInde, aux musulmans au Pakistan. Elle doit prévaloir pour les Juifs qui ont le droit de retourner en Israël, mais pas en Palestine, et aux Palestiniens qui ont le droit de retourner en Palestine, et non en Israël.
Les musulmans doivent apprendre dIsraël et prendre leurs responsabilités en ce qui concerne leurs réfugiés
Israël ne peut être tenu pour responsable de la perpétuation du problème des réfugiés palestiniens, mais bien plutôt la communauté internationale. Au lieu dy apporter un remède, elle na fait que mettre du sel sur les plaies. Quelle manipulation ! Et lironie du sort - ironie très amère - est que le double langage na fait quaugmenter les souffrances des Palestiniens, les perpétuer, et empêcher de trouver une solution au problème.
LAllemagne a intégré les Allemands, lInde, les Hindous, le Pakistan, les musulmans, Israël, les Juifs. Dix millions de réfugiés ont été intégrés par des pays où leurs coreligionnaires étaient majoritaires. Que le monde arabe intègre donc les réfugiés palestiniens.
Israël a fait sa part en intégrant les Juifs qui sont venus en Israël, suite au même conflit qui entraîna le départ des Palestiniens dIsraël. La responsabilité du sort fait aux réfugiés palestiniens incombe, en grande partie, au monde musulman, au monde arabe et à la communauté internationale.
La négation absolue du droit au retour découle non seulement de la situation internationale mais aussi du droit à lautodétermination. Les Palestiniens peuvent se prévaloir de ce droit, ainsi que les Juifs. Et ceux qui exigent le droit au retour pour les Palestiniens, et seulement pour eux, ne font que nier, à mots couverts, le droit des Juifs à lautodétermination. Et seulement pour les Juifs.
Le jour où le monde abandonnera son deux poids deux mesures sera un jour béni pour les Palestiniens. Ce sera le jour où leur niveau de souffrance commencera à faiblir. Ce sera le jour où ils cesseront de servir de pions dans le jeu politique. Dans leur intérêt, comme dans celui de la paix, ce jour doit advenir.
Ben-Dror Yemini
© Maariv
[*] Plusieurs sites ont mis en ligne des traductions qui ne m'ont pas paru satisfaisantes. J'ai donc pris sur moi de traduire sur nouveaux frais, à partir de l'original hébreu.
Mis en ligne le 04 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











