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Nos désirs et la réalité: le pape a-t-il dénoncé la terreur islamique ? M. Macina
Emoi chez nos Juifs et chez les amis de notre peuple et d’Israël : enfin le pape a mis les points sur les 'i', disait la presse d’hier. Enfin, renchérissait tel quotidien, le pape appelle les agissements de l’islam par leur nom. Certains journalistes, sans se soucier d’avoir sous les yeux le texte même du discours académique du pape, où figureraient, selon eux, cette condamnation sans équivoque, affirment que le pape a condamné le terrorisme. Qu'en est-il dans les faits ?
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14/09/06
 
 
Effervescence
 
On peut comprendre l'effervescence qu'ont déclenchée, dans les milieux juifs et amis des Juifs, certains propos du pape lors de son séjour en Bavière. Après tout, il y a longtemps qu’ils attendent une dénonciation claire et intrépide de l’Eglise et de ses plus hauts représentants condamnant, sans précautions diplomatiques, l’usage du terrorisme islamiste brutal et assassin. Aussi n’est-il pas surprenant que la moindre étincelle mette le feu à cette attente surchauffée.
 
Mais qu’en est-il exactement ? Voyons tout d’abord la manière dont la presse francophone rend compte de l’événement :
 
"Le pape a livré une réflexion teintée de méfiance sur l'islam", titrait La Libre Belgique d’hier (1), qui, dans le chapeau qu’elle met en tête de cet article, croit même voir un lien tacite entre la date du discours papal et les attentats du 11 septembre (2) :
« Au lendemain du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre, il [le pape Benoît XVI] n'a pas hésité mardi, devant des universitaires et des étudiants de Ratisbonne… à condamner entre les lignes "la [sic] Djihad" (guerre sainte) et les "conversions passant par la violence". »

Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses du Monde, est encore plus dithyrambique. Il y va d’un titre, aussi réducteur que sensationnaliste : "Le pape condamne la « guerre sainte » islamique" (3). Limitons-nous à quelques extraits significatifs de son article :
  • Selon Tincq « …jamais un pape de l'époque moderne n'avait cité autant de sourates du Coran et parlé de "djihad". »

    En fait, si l’on se reporte au texte italien de la "leçon" universitaire du pape, telle qu’elle figure sur le site du Vatican (4), le pape n’a cité, en tout et pour tout qu’un verset du Coran (sourate 2, 256), en se limitant à la phrase suivante « Point de contrainte en religion », et encore ne le fait-il que sur la base d’une joute théologique entre un empereur byzantin du XIVe s. et un Perse musulman. La seule autre allusion à la tradition musulmane est celle qu’il fait à Ibn Hazm, théologien musulman des Xe-XIe siècles - qu’il cite d’ailleurs d’après un théologien catholique spécialiste de l’islam, Roger Arnaldez -,  selon qui "Dieu ne serait même pas lié par sa propre parole et rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité".
  • Toujours selon le chroniqueur religieux du Monde : « A l'université de Ratisbonne, en Bavière orientale - où il a enseigné de 1969 à 1977 -, Benoît XVI a traité, mardi 12 septembre, devant un amphithéâtre comble de professeurs et de savants, des "maladies mortelles" de la religion et dénoncé la "guerre sainte", contraire à la lettre du Coran ("Il n'est nulle contrainte en religion"), et à la "nature même de Dieu".

    En citant l’expression "maladies mortelles de la religion" Tincq transfère indûment dans le contexte de la joute théologique - à laquelle le pape fait allusion au cours de sa "leçon" universitaire -, ces mots prononcés par le pape lors de son homélie du 12 septembre au matin, sur la place de l’Islinger Feld de Ratisbonne devant quelque 250000 fidèles, que nous rapporte un blog catholique (5) :

    « Aujourd’hui, alors que nous connaissons les pathologies et les maladies mortelles de la religion et de la raison, les destructions de l’image de Dieu à cause de la haine et du fanatisme, il est important de dire clairement en quel Dieu nous croyons, et de professer avec conviction ce visage humain de Dieu ».

    Et l’article du même blog d’ajouter ces commentaires au propos du pape qu’il commente :

    « Confesser la foi dans le Christ "nous libère de la peur de Dieu – un sentiment d’où naît en définitive l’athéisme moderne", a fait observer le pape.  Car…  croire est "raisonnable", alors que "depuis les Lumières, au moins une partie de la science s’engage à chercher une explication du monde dans laquelle Dieu devient superflu. Mais les comptes, à propos de l’homme, ne tombent pas juste sans Dieu, et les comptes, sur le monde, le vaste univers, ne tombent pas justes sans lui." Face à l’alternative entre la "raison créatrice" et "l’irrationalité", qui, en l’absence de raison produit cependant "un cosmos ordonné de façon mathématique, résultat du hasard et de l’évolution", les chrétiens croient "en Dieu le Père, Créateur du Ciel et de la Terre". "Nous croyons", continuait le pape, "qu’à l’origine, il y a le Verbe éternel, la Raison et non l’irrationnel" ».
  • Tinq affirme encore : « Un Jean Paul II recherchait le "dialogue" avec l'islam. Benoît XVI, lui, préfère la confrontation intellectuelle. »

    Ce propos procède, dans le meilleur des cas, d’une mauvaise compréhension des propos du pape, dans le pire d’un glissement – conscient ou inconscient – vers le sensationnalisme. Opposer la pensée de deux papes – surtout en une matière aussi explosive qu’une prétendue "dénonciation" de l’islam, ajoute, certes, du piment à l’information, mais a peu de chances de correspondre à la réalité.
  • Dernier propos du journaliste du Monde, retenu ici : « Avec un brin de provocation : il [le pape] a rappelé un épisode ayant opposé, au XIVe siècle, les empereurs chrétiens de Constantinople aux juristes musulmans. "Montrez-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l'épée la foi qu'il prêchait" : c'est une citation de l'empereur Manuel II Paléologue en 1391) mais, reprise par le pape, elle fait choc. »

    C’est le seul point avec lequel on peut être d’accord avec H. Tincq. Il est difficile, en effet, de ne pas voir, dans ce rappel historique, une pointe en direction d’un courant rigoriste de l’islamisme moderne qui affiche sa prétention à l’expansion mondiale de l’islam, et prêche l’alternative ancienne du "Crois ou meurs", dont la version soft est le statut de Dhimmi, ou "protégé" de l’islam, jadis réservé aux "religions du Livre" (judaïsme et christianisme).

Modération
 
D’autres comptes-rendus de presse, émanant presque exclusivement de sites catholiques sont beaucoup plus sobres et proches de la réalité des faits.
  • C’est le cas de Zenit, Agence d’informations catholiques, qui titre : "Foi et raison, inséparables : Le pape Ratzinger dans « son » université" (6).
  • Chrétienté-Info, titre, pour sa part, "Agir sans la raison est contraire au plan divin", et résume excellemment le propos papal en écrivant "Le discours du Pape a été une vaste réflexion sur les rapports entre foi et raison" (7).
  • Quant au site ultra catholique et pieux « Eucharistie miséricordieuse », il résume excellemment l’ensemble du propos du pape, en ces termes (8) :

    « Dans une très longue intervention en allemand, intitulée "Foi, raison et Université - Souvenirs et réflexions", Benoît XVI a ainsi proposé une réflexion sur la conception chrétienne de Dieu et sur la vision de l’islam à son égard. Devant plusieurs centaines d'invités, dans l'Aula Magna de l'Université de Ratisbonne, il a aussi critiqué la société occidentale moderne qui a écarté la foi de la raison. Même devant "un scepticisme radical" sur l’existence de Dieu, il reste "nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu au travers de la raison", a d’abord affirmé le pape, "et cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne". Il s’est ainsi penché sur l’articulation entre foi et raison, offrant aussi une réflexion sur l’Islam et le christianisme, l'Orient et l'Occident. »
 
Que reste-t-il, en définitive, de ce pétard mouillé ?
 
Très peu de choses, pour ne pas dire rien.
 
Celles et ceux d’entre nous qui attendons, depuis longtemps, en vain, une dénonciation, claire et sans équivoque, par les plus hautes autorités morales et spirituelles du christianisme, et spécialement le pape de l’Eglise catholique, des massacres terroristes islamistes, en général, et des attentats-suicide arabo-musulmans, en particulier, devront déchanter.
 
Contrairement à ce qui a été dit ou insinué à la suite des divers propos de Benoît XVI, lors de son séjour en Bavière, le pape n’a pas condamné le terrorisme islamique. Tout au plus a-t-il émis une réprobation académique – et encore, située et datée dans l’histoire (XIVe s.) – de la propension islamique à la conversion forcée des "infidèles".
 
Un silence de plus dans la choquante série des silences des souverains pontifes face au sort dramatique de notre peuple.
 
Je ne préciserai pas davantage.
 
 
Menahem Macina
 
© Upjf.org

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Notes
 
(1) Voir l’article dans La Libre Belgique du 13 septembre.
(2) Est-il utile de préciser que c’est là une inférence ridicule ? La date d’un événement aussi considérable qu’une leçon académique délivrée à l’occasion d’un voyage papal en Bavière avait, bien entendu, été fixée depuis longtemps, et elle n’a aucun rapport d’intention avec l’anniversaire des massacres du 11 septembre 2001.  
(3) Voir Le Monde du 13 septembre 2006.
(4) Discorso del Santo Padre, Aula Magna dell’Università di Regensburg, Martedì, 12 settembre 2006.
(5) Voir "Face à l'islam et au laïcisme, en quel Dieu croyons-nous ?". Voir aussi le texte intégral de l’homélie. 
(6) Sur le site de Zenit.
(7) Sur le site de Chrétienté-info.
(8) "Pour un véritable dialogue des cultures et des religions". Nous l’avons reproduit sur notre site.
 
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Mis en ligne le 14 septembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
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