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Contributeurs Spécialisés
Dissuader ceux qui sont déjà morts ? Par Laurent Murawiec
Article brillant, musclé et audacieux, comme souvent chez cet auteur. On apprend beaucoup de ce texte qui semble être celui d'une causerie. A lire absolument et à diffuser largement. (Menahem Macina)
BESA Center for Strategic Studies Bar Ilan University
Radical Islam: Challenge and Response
25 mai 2006
Original anglais (format pdf) : "Deterring those who are already dead ?".
Traduction française : Menahem Macina.
La dissuasion est effective lorsque quelquun est authentiquement capable de menacer le centre de gravité de son ennemi : la menace dinfliger des pertes inacceptables, que ce soit dans une rixe de bar ou dans une escalade nucléaire. La logique qui préside à la dissuasion est : cela en vaut-il la peine ? Le rapport coût-bénéfice de linitiative envisagée est-il tellement négatif quil réduirait à néant le capital investi ? La dissuasion est effective lorsque le prix à payer par la partie sur laquelle elle sexerce excède énormément les bénéfices escomptés. Mais la dissuasion natteint son but que si lennemi est capable de, ou disposé à entrer dans la même logique. Si les règles du jeu de lennemi sont différentes et quil raisonne selon dautres règles, il ne se laissera pas dissuader. Les Philistins ne pouvaient rien faire pour dissuader Samson. Si le calcul est : je donne ma vie terrestre sans valeur en échange du triomphe dAllah sur la terre et dune éternité de béatitude, si lennemi veut mourir, sil désire lapocalypse, rien ne pourra len dissuader.
Quand Mahmoud Ahmadinejad était maire de Téhéran, il a proposé avec insistance que les routes principales de Téhéran soient élargies pour que expliquait-il le jour de sa réapparition, lImam caché, Mohammed ibn Hassan, dont la grande "occultation" a eu lieu en 941 de notre ère puisse fouler des avenues spacieuses [1]. Plus récemment, il déclara au ministre indien des Affaires étrangères : « dans deux ans, tout sera réglé », sur quoi le dignitaire invité se méprit en croyant que lIran prévoyait de posséder des armes nucléaires dans un délai de deux ans. Il fut stupéfait dapprendre plus tard quAhmadinejad avait voulu dire que le Mahdi [2] apparaîtrait dans deux ans, ce qui ferait disparaître tous les problèmes du monde.
A vrai dire, cette attitude nest pas nouvelle, et elle ne doit pas nous surprendre : les idées religieuses et leurs cousines éloignées, les représentations idéologiques, ne déterminent pas seulement les croyances de ceux qui y croient, mais leurs actions. La vérité est comme envahie par la foi, et la foi, à son tour, façonne la réalité du croyant. La différence entre le religieux et lidéologie religieuse est la suivante : le croyant religieux admet que la réalité est un donné, alors que le fanatique risque tout sur une pseudo-réalité de ce qui devrait être. Le croyant religieux admet la réalité et semploie à laméliorer, tandis que le fanatique la rejette, refuse tout compromis avec elle et essaie de la détruire pour y substituer sa perception visionnaire.
Pat Moyniham fit un jour cette remarquable réponse à un opposant : « Vous avez le droit à vos opinions, mais pas à vos réalités ». Ahmadinejad vit davantage dans ses croyances que sur notre terre commune. Nous avons la même planète en partage, mais pas les mêmes réalités. Le partage prend la forme de bombes et de balles.
Ahmadinejad veut hâter la réapparition de lImam Caché, dont la venue, selon lapocalyptique islamique traditionnelle, et spécialement shiite, sera le Signe que lHeure est venue, que la Fin des Temps est proche. La politique dAhmadinejad ne peut être appelée "radicale", par opposition à "modérée". Sa politique est apocalyptique et eschatologique. Sa perspective nest pas terrestre mais vise lau-delà. Le célèbre Ayatollah Khomeiny disait : « Nous navons pas fait une révolution pour faire baisser le prix du melon ». Le rôle du Mahdi, lors de sa réapparition, sera de prendre la tête de la grande guerre finale qui aboutira à lextermination des Incroyants, à la fin de lIncroyance et à la complète domination de la loi de Dieu sur toute lhumanité. La Umma [communauté musulmane] sétendra jusquà absorber lensemble du monde.
La politique mise en uvre par la nébuleuse au pouvoir à Téhéran Ahmadinejad, les Pasdaran, les Basiji [3], le ministère du Renseignement, le Guide Suprême Khamenei est apocalyptique et millénariste, mais aussi autiste [4]: rien de ce qui, dans le monde, contrevient à leur sens perverti de ce qui est ou devrait être, na droit de cité ; inversement, tout ce qui, dans le monde, contredit leurs représentations doit être éradiqué : seules leurs représentations ont le droit dexister. Dans leur révolte contre lOrdre du monde, ils sont déterminés à imposer à ce monde un Ordre qui est incompatible avec la plupart des institutions et des gens. Ils sont prêts à détruire un monde qui refuse leur dawa [5] et saccroche, de manière opiniâtre, à ses conceptions, pour faire prévaloir leurs vues extravagantes.
Le djihad contemporain nest pas une question de politique (en matière d"occupation", d"injustices", de colonialisme, de néocolonialisme, dimpérialisme et de sionisme), mais une question de foi gnostique [6]. Par conséquent, les tentatives de traiter le problème sous langle politique ne permettent même pas de percevoir sa nature. Laspirine, comme la pénicilline, sont une bonne chose, mais elles sont de peu dutilité pour combattre les maladies de lesprit. Jinsiste sur le fait que je ne dis pas ici que djihadistes sont "cinglés". Je dis quils sont atteints dune maladie de lesprit, et cette maladie est la religion politique du Gnosticisme moderne dans sa version islamique.
Faisons un retour en arrière, si vous le voulez bien, sur ce qui sest passé le 28 septembre 1971, au Caire. Le Premier ministre de Jordanie, Wasfi al Tell, qui était menacé de représailles par le mouvement palestinien, pour ce quon a appelé Septembre Noir, en 1970 [7], entre dans le salon de lHôtel Sheraton. "Cinq balles, tirées à bout portant, [l]atteignirent
Il tituba
tomba, touché à mort, parmi les éclats de verre sur le sol de marbre. Tandis quil agonisait, lun des tueurs se pencha sur lui et lapa le sang qui coulait de ses blessures" [8]. La multiplication dincidents similaires nous indique quil ne sagit pas de 'dommages collatéraux', ni dévénements fortuits. Ils nappartiennent pas à la sphère de la politique traditionnelle, ils ressortissent plutôt à un 'ailleurs' de la géopolitique.
Les soldats tuent. Les terroristes tuent. Le djihad moderne lape le sang. La sacralisation du sang, la profonde admiration pour la sauvagerie, le culte de lassassinat, ladoration de la mort, sont inséparables du djihad arabo-musulman contemporain. Assassiner de manière horrible, infliger des souffrances avec joie et de manière sanglante, sont des comportements célébrés et présentés comme des modèles à imiter et des actes exemplaires qui plaisent à Allah. Ce ne sont pas là de purs échos dune attitude archaïque à légard de la mort. Jai rassemblé, comme peut le faire tout un chacun, des dizaines dexemples de sacrifices humains infligés par des djihadistes islamistes de tout acabit. Cette pornographie du crime est infinie. Elle va du meurtre gratuit de Léon Klinghoffer [9], jusquaux instructions de Mohammed Atta [10] « Votre couteau doit être bien aiguisé et vous ne devez pas causer de la souffrance à votre animal durant le massacre ». Elle passe aussi par le cimetière du Behesht Zahra, le "Paradis des Fleurs", près de Téhéran, avec sa Fontaine de Sang. Ou encore par ce rapport sur le meurtre dun intellectuel algérien, le "Dr Hammed Boukhobza, qui fut tué par un groupe de terroristes islamistes dans la ville de Telelly [
] ". "On ne se contenta pas de le tuer dans son appartement, mais sa femme et ses enfants, qui voulaient fuir, furent contraints de voir comment on le coupait littéralement en morceaux et lui arrachait lentement les entrailles, alors quil respirait encore. Manifestement, les terroristes aimaient voir cette souffrance et voulaient que la famille du supplicié partagent leur plaisir." [11].
Laccumulation de tels actes montre quils ne constituent pas un épiphénomène mais sont au cur du dessein du djihadiste. Ils sont diffusés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur des chaînes, telle Al Jezira et beaucoup dautres. On les regarde et les célèbre avec avidité, on organise des projections privées et familiales. Pensons aux photos et aux vidéos dassassinats, Daniel Pearl, Paul Johnson [12], meurtres en direct destinés à être vus par le public. Une photo, prise le 12 octobre 2000, en est peut-être le pire symbole : un jeune homme montre à une foule palestinienne jubilante ses mains dégoulinantes du sang de deux soldats israéliens assassinés. Il y a une demande publique correspondant à loffre : des films de meurtres gores sont utilisés comme des repères identitaires. Ils témoignent du triomphe dune théologie de la mort, une "production de mort", comme avaient coutume de dire les idéologues baathistes (la prétendue distinction entre les nationalistes arabes ou panarabes apparemment 'laïques', et les structures religieuses, est vide de sens quand il sagit de vie ou de mort, comme cest le cas), et une 'industrie de mort', comme un ouléma saoudien en vue lappelait fièrement. Il faut entendre le thème chanté dun chant funèbre hypnotique des Frères Musulmans : Allah ghayatuna/Al Rasul zaimuna/Al Quran dusturuna/Al Jihad sabiluna/Al mawt fi sabil Allah asma amanina/Allah akbar [13]. Ces mots doivent être pris au sérieux, voire littéralement, comme les événements lont montré. Hassan al Banna a, à maintes reprises, loué l"art de la mort" de sa Confrérie (fann almawt). Cest un amour de la mort, une pathologie du martyre, ou un nihilisme : lorsqu'une société tout entière soriente dans cette direction, cette société est en train de devenir suicidaire. Une société qui entraîne ses jeunes vers le meurtre et la recherche de la mort fait des choix qui mènent à son extinction. « Nous aimons la mort plus que vous aimez la vie ».
Si vous dépréciez et méprisez la vie et quà linverse, vous concentrez tous vos désirs sur la mort, le passage dévotement désiré vers la vie glorieuse de lau-delà par la voie de la shahada [martyre], 'troquer' (comme dit le Coran) sa vie terrestre pour celle de lau-delà, est beaucoup plus facile, et prendre la vie des autres est une procuration, cest une obligation, un sacrifice. Le meurtre par suicide tel quil est abondamment pratiqué contre Israël, lInde et, plus récemment, les Etats-Unis, est causé par cette pathologie collective de lesprit, lidéologie religieuse gnostique. Il y a des causes secondaires, combinées, mais elles ne sont que cela, des auxiliaires de lidéologie.
Les croyants ici, les djihadistes - sont les Elus : eux et eux seuls, connaissent le dessein de Dieu sur le monde ; ils ont été choisis par Lui pour mener et gagner la Bataille finale et cosmique entre Dieu et Satan, et faire advenir la perfection sur la terre, en loccurrence, lextension de la loi et du règne de Dieu, le dar al islam, pour lhumanité tout entière. Qui que ce soit dautre a tort et est mauvais, jahili, cest un ennemi que lon peut et que lon doit tuer à son gré. La réalité, cest-à-dire la Création, est irrémédiablement pervertie. Les Parfaits sont "une élite de surhommes immoraux" (Norman Cohn), qui savent ce que la réalité doit 'réellement' être. Ils ont entrepris de transformer le monde pour quil soit conforme à la 'seconde réalité' queux seuls connaissent, grâce à leur savoir exceptionnel, la gnose. Pour parvenir de A à B, du monde mauvais daujourdhui au monde parfait de demain, des torrents de sang doivent être versés dans un combat exterminateur, le sang de tous ceux dont les actes ou dont lexistence même entrave laccomplissement de la mission du Mahdi. Grâce à leur condition extraordinaire, les Parfaits sont au-dessus de toutes les lois et règles. Tout ce quils font est voulu et ratifié par Dieu. Leur intention est garante de leurs actes. Eux seuls sont capables de décider de la vie et de la mort. Le pouvoir que cette idéologie confère à ses partisans est exaltant. Ils aiment la mort plus que nous aimons la vie.
Durant cinq cents ans, de 1100 à 1600, lEurope a été ruinée par des insurrections gnostiques, des Flandres à lItalie du Nord, de la Bohème à la France : pastoureaux taborites, flagellants, esprits libres, anabaptistes, etc. Le schéma de croyance, décrit ci-dessus était le leur. Ils recrutèrent des centaines de milliers de gens, menacèrent des royaumes et renversèrent des duchés, ils massacrèrent des Juifs, des prêtres et des gens riches, ils créèrent leurs propres 'républiques' grotesques, sanguinaires et totalitaires.
"Bientôt nous boirons du sang au lieu de vin", affirmaient les chefs de la principale rébellion, "ceux qui nacceptent pas le baptême
doivent être tués, puis ils seront baptisés dans leur sang". Et un autre : "Maudit soit lhomme qui retient son épée de verser le sang des ennemis du Christ. Tout croyant doit laver ses mains dans ce sang
tout prêtre doit légalement pourchasser, blesser et tuer les pécheurs". Et "les Justes
ne se réjouiront pas en voyant la vengeance et en se lavant les mains avec le sang des pécheurs". Ecoutons Thomas Müntzer : "maudits soient les incroyants
ne les laissez pas vivre plus longtemps, les malfaisants qui se détournent de Dieu. Car un impie na pas le droit de vivre sil gêne le pieux. Lépée est nécessaire pour les exterminer
sils résistent, quils soient massacrés sans merci
les impies nont pas le droit de vivre, sauf si les Elus choisissent de le lui permettre
Maintenant, attaquez-les
il est temps
Ces vauriens sont aussi désespérés que des chiens
Ne prêtez pas attention aux lamentations des impies ! Ils vous imploreront
ne vous laissez pas apitoyer
Attaquez-les ! Attaquez-les ! Tant que le fer est chaud, ne laissez pas votre épée se refroidir ! Ne la laissez pas boiter !"
En règle générale, on entend les mêmes harangues de la bouche des islamistes radicaux. "Mourez avant de mourir", dit Ali Shariati, le fidèle shiite. "Celui qui saisit un fusil, un couteau de cuisine, ou même un caillou comme arme pour tuer les ennemis de la foi a sa place assurée dans les cieux. Un Etat islamique est la somme totale de fidèles individuels de cette sorte. Un Etat islamique est en état de guerre jusquà ce que le monde entier voie et accepte la lumière de la Vraie Foi", dit lAyatollah Fazlallah Mahalati, organisateur des pelotons iraniens dassassinat. "Permettre aux infidèles de rester en vie signifie leur permettre de causer davantage de corruption. Les tuer est une opération chirurgicale ordonnée par Allah
la guerre est une bénédiction pour le monde et pour toute nation. Cest Allah lui-même qui ordonne aux hommes de faire la guerre et de tuer
Cest la guerre qui purifie la terre", a dit Ruhollah Khomeiny. Et larticle 15 de la charte du Hamas illustre cela : "Je veux réellement aller à la guerre pour Allah ! Jattaquerai et je tuerai ! Jattaquerai et je tuerai ! Jattaquerai et je tuerai !" Comme je lai dit, un soldat tue, un djihadiste aime tuer. Et quelle fut la lugubre arithmétique prônée par certains djihadistes ? Puisque les Américains ont, soi-disant, tué beaucoup de musulmans, les musulmans étaient "en droit" de tuer 4 millions dAméricains, enfants inclus. La Torah relate la fin des sacrifices humains : elle déclare avec force que la Loi de Dieu est : TU NE TUERAS PAS, ce qui fut adopté par les chrétiens. Le djihad daujourdhui est une énorme régression aux temps pré-abrahamiques, à Moloch et à Baal.
A lépoque moderne, en Occident, comme lont montré Eric Voegelin et Norman Cohn, lidéologie sest transformée et a pris des formes laïques nazie et bolchevique, en particulier. Lislam était lourdement chargé de contenus gnostiques, et avait été formé par une matrice tribale, favorisant, par nature, des tendances manichéennes ("eux" par rapport à "nous"). Le saut de la religion seule à lidéologie religieuse était facile. Il fut accompli, au XIXe siècle, par Jamal al Din al Afghani. Marchèrent à sa suite : Abu Ala Mawdoodi, Hassan al Banna, Sayyid Qutb, Ali Shariati, Ruhollah Khomeiny, Osama bin Laden. Le Hamas, le Hezbollah, le Deobandi de lAsie du Sud [14], la Jamaah Islamiyya indonésienne, les Taliban, les Wahhabites, partagent cette conception.
Sachant cela, pourquoi ne décourageons-nous pas les modernes gnostiques, les djihadistes ?
Dabord, nous ne le faisons pas. Ceux qui sont déjà morts, qui se considèrent comme morts au monde et vivants pour le monde à venir, ceux qui veulent mourir, ne peuvent généralement pas être découragés. La foi a été décrite comme une croyance aux choses invisibles. Le gnosticisme est une croyance en une réalité imaginaire qui est considérée comme plus réelle que la réalité commune : les gnostiques ne croient pas à ce quils voient, ils voient ce quils croient. On ne peut décourager cela. Imaginez quOussama bin Laden soit devant vous : comment allez-vous le dissuader ? Et Zawahiri, ou Zarqawi ? Dissuasion ? Ny pensez même pas. La dissuasion aurait pu marcher avant que le djihad contemporain ait atteint sa masse critique, peut-être aux alentours du milieu des années 1990.
Si notre ennemi était un simple 'terrorisme', nous pourrions lempêcher de nuire, chèrement, sans aucun doute : en détruisant le lien entre Saoudites et Wahhabites et leur mainmise sur le pouvoir, en balayant la force des ayatollahs iraniens, et en exerçant une forte pression sur la nocive communauté du renseignement militaire pakistanais en fin de compte, les parties centrales du terrorisme musulman. Leffondrement de cette structure de terreur aurait entraîné celui du terrorisme. Mais le terrorisme lui-même nest rien dautre que le principal instrument du djihad : le principe directeur est le djihad, pas le terrorisme. Lobjectif des djihadistes (selon la terminologie de Clausewitz, le Zweck [15]), selon les mots mêmes du Coran, est de jeter la terreur dans le cur des incroyants, cest un objectif quasi militaire : une fois terrorisés, les Incrédules, les schismatiques et les polythéistes se convertiront, se soumettront [16] ou mourront. Lobjectif stratégique (Ziel [17]) du djihad est la mainmise gnostique sur le monde. Dans une certaine mesure, nous serions capables daffaiblir, dentraver ou de retarder le Zweck. Mais le Ziel est inconditionnel et ne peut être modifié. Pouvons-nous empêcher le djihad de nuire en lui arrachant ses crocs terroristes ?
Quelques contournements sont efficaces. La manière dont larmée israélienne et les forces de sécurité ont impitoyablement épuisé la force du terrorisme islamique, principalement par le rythme élevé de lusure de son cadre de commandement, est exemplaire et devrait faire lobjet détudes et dimitation ailleurs, dans des conditions différentes.
Le djihad contemporain, comme son émanation, le terrorisme, est une chaîne intégrale : tant quil est islamiquement fascinant dêtre un membre du clergé qui promulgue des fatwas appelant au meurtre de civils israéliens, ou de GIs américains, le clerc continuera. Une fois mort, il cessera son activité. Il en sera de même du président dune association de bienfaisance qui transfère de largent au djihad. Même chose pour lofficier de haut rang du renseignement qui entraîne ou infiltre des terroristes, pour le prédicateur qui provoque, pour le professeur de madrasa ou duniversité qui fait du lavage de cerveaux, pour le prince qui ment par peur, et pour layatollah qui envoie des équipes de tueurs, etc. Telle est la dissuasion que lançaient ceux dont on ne parle plus, pour encourager les autres, comme on dit en français.
Le djihad est lidéologie influente dun certain nombre dEtats ; des Etats peuvent être contraints et frappés. Cette approche est une variante de la notion de décapitation, ou de la formulation de "ciblage nodal" créée par un théoricien de la force aérienne militaire. Ce nest pas tant le hardware des djihadistes quil faut frapper que leur software, mais pas par une frappe légère [18].
Qua fait lEurope pour écraser les insurgés gnostiques au début et à la fin de lépoque médiévale ? Churchill a dit un jour : "Si Hitler envahissait lenfer, je ferais au moins une référence favorable au démon à la Chambre des Communes". De manière analogue, jaurai un mot aimable pour lInquisition (pas pour lespagnole, toutefois), qui a fait du bon travail en nettoyant ce gâchis. On les a pourchassés et tués. Thomas Müntzer fut vaincu, capturé et décapité en 1525. Le roi des Anabaptistes de Münster, John von Leyden et son entourage furent exécutés en 1535. A titre davertissement épouvantable, leurs corps furent suspendus dans des cages de fer du haut de la tour de léglise Saint Lambert, dans cette ville. Ceux qui survécurent se cachèrent dans lattente de jours meilleurs. Ce quils avaient découvert, cest que leur révolte était sans espoir, quelle était inutile et que de lever trop haut la tête était le plus sûr moyen de la perdre. Leur volonté avait été brisée. Le trauma quils avaient subi pour lavoir fait était suffisant.
Un martyr aura des imitateurs, dix martyrs déclencheront admiration et émulation. Un millier de martyrs morts à linsu de tous meurent en vain. Si Ahmadinejad et dautres meurent en vain et inutilement, ils ne mourront pas en martyrs, mais en rustres. Leur mort est la seule chose qui compte pour le gnostique et pour le djihadiste : si lon enlève cela, il ne reste rien. Cela ne veut pas dire, comme les jurés du procès de Moussaoui semblent avoir été amenés à penser, qu"on ne peut pas faire de lui un martyr puisque cest ce quil veut". Il faut faire en sorte que sa mort soit solitaire, inutile et ignorée.
Les morts banales, sans romantisme, triviales, font voler en éclats la gloire de la mort du djihadiste. Cest George Patton qui a dit : "Aucun salaud na jamais gagné une guerre en mourant pour son pays. Il la gagnée en faisant mourir pour son pays un autre pauvre et stupide salaud". La recette nest ni belle ni facile.
Les gnostiques européens vaincus sont entrés dans la clandestinité, leur seul espoir reposait sur la transmission clandestine de leurs croyances, spécialement à leurs enfants. La société ne peut éliminer les croyances gnostiques, mais elle peut rendre la souche inactive au lieu de virulente. Le djihad est inséparable de lislam et découle de ses principes les plus fondamentaux. La rupture de ce lien ne se produira pas de sitôt. Mais, tout au long de lhistoire, quand les conquérants islamiques se sont heurtés à des adversaires de force égale à la leur, ils se sont arrêtés. Quand ils ont subi une défaite écrasante, ils ont battu en retraite, et ont trouvé louléma ou le faqi [19] pour la justifier, comme les 'prophètes' qui annonçaient l"enlèvement" [de lEglise] pour hier à 8h 09, et lont remis à lannée prochaine [20]. Mais souvenons-nous que la plupart des fidèles ne sont pas rebutés par léchec ridicule des prophéties de leur prophète, précisément parce quils vivent dans la 'seconde réalité'.
Après lextermination de leurs dirigeants, les insurgés européens du Moyen-Âge se débandèrent et se dispersèrent. Soumettre à un rythme élevé de guerre d'usure et à un ciblage nodal le dispositif djihadiste dans le monde (par là, je tiens à le souligner, je ne veux pas dire les 'terroristes' seulement, ou même en premier lieu) me semble être un moderne équivalent de ce qui se passa jadis. Si je puis rendre hommage à la chaîne de commandement qui a orchestré son élimination, le cheikh Yassin navait pas pour habitude de manier des armes à feu il maniait la mort. Cest ceux qui déploient les morts vivants qui doivent être les cibles prioritaires.
Laurent Murawiec
Senior Fellow, Hudson Institute, Washington, D.C.
© Hudson Institute
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Notes du traducteur
[1] Nous avons ici un parallèle - qui est loin dêtre le seul, tant est grand le syncrétisme religieux et doctrinal du shiisme avec le célèbre verset du Livre dIsaïe (Is 40, 3) : " Une voix crie : « Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé; dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu »".
[2] "La nature exacte du Mahdi n'est pas claire, mais selon la tradition sunnite, on peut faire ressortir quelques constantes. Le Mahdi apparaîtra durant les derniers jours de l'existence du monde. Sa venue précédera la seconde venue sur terre de Jésus, qui est le Messie" (Extrait de larticle "Mahdi", de Wikipedia. Lallusion à Jésus corrobore ce qui a été dit dans la note précédente à propos du syncrétisme shiite.
[3] Selon M. Kuntzel, les Basiji, sont "un mouvement de masse, créé par Khomeiny en 1979, et devenu paramilitaire après le début de la guerre pour renforcer larmée assiégée". Voir, sur notre site, l'article de Kuntzel, intitulé "Un enfant de la révolution prend le commandement: les démons dAhmadinejad".
[4] Comme beaucoup dauteurs, Murawiec utilise l"autisme" comme une métaphore pour caractériser létat mental de quiconque est enfermé dans son monde intérieur au point de perdre le contact avec la réalité.
[5] "La da`wa (appel) désigne la technique de propagande religieuse utilisée par différentes sectes musulmanes pour étendre leur aire de diffusion. Cette technique consiste à envoyer des missionnaires ou propagandistes (dâ`i) dans la population. Ces missionnaires demandent aux nouveaux adeptes un serment d'allégeance, il collectent les impôts et l'aumône au nom de la secte. Ils essaient ainsi de subvertir le pouvoir en place." (Wikipedia, article "Dawa").
[6] De nos jours, on englobe, sous le terme gnose et ses dérivés, toutes les mystiques de salut, majoritairement apocalyptiques, dont les sectateurs attendent ardemment et, au besoin, tentent de faire advenir, hic et nunc, les promesses de rétribution qu'elles contiennent - favorables pour les bons et dévastatrices pour les scélérats. Hormis son emploi technique, chez les spécialistes de l'histoire de la gnose, de ses doctrines et de l'impact de ses déviations et de ses excès au plan socio-religieux, le terme a, de nos jours, une connotation péjorative, surtout en raison du caractère sectaire des groupuscules qui s'en réclament. Pour en savoir plus sur lhistoire de la gnose, se reporter à larticle "Gnosticisme", de Wikipedia.
[7] Il sagit du massacre de dizaines de milliers de Palestiniens par l'armée jordanienne, pour faire échouer la tentative de renversement de la monarchie hachémite, organisée par Yasser Arafat, en 1970. Voir larticle "Septembre Noir" de Wikipedia.
[8] Lauteur nindique pas la référence de cette citation.
[9] Passager juif américain en fauteuil roulant, auquel son infirmité népargna pas dêtre tué et jeté à la mer, lors de l'attaque du navire de croisière Achille Lauro, le 7 Octobre 1985, perpétrée par un commando du Front de Libération de la Palestine.
[10] Chef du commando qui précipita deux avions sur les tours du World Trade Center, à Manhattan, en septembre 2001.
[11] Comme plus haut, lauteur nindique pas la référence de cette citation.
[12] Otage américain décapité en direct, en juin 2004, par des membres du groupe terroriste "Sawt al-Djihad" (la voix du Djihad), émanation du groupe Al-Qaïda. Voir, sur notre site, larticle de Aroutz 7 en français.
[13] Texte non traduit par lauteur.
[14] Lécole Deobandi prône le retour à un islam pur, proche de celui du temps du prophète. Il a donné naissance au mouvement Taliban.
[15] Ce terme allemand désigne le cur de la cible. Par extension il connote ce que l'on cherche à atteindre, ainsi que les actes que nous posons et les moyens que nous prenons pour atteindre ce but.
[16] Cest-à-dire deviendront des dhimmis (protégés). Le statut de la Dhimma, permet au croyant dune autre religion (p. ex., un Juif ou un chrétien), qui ne veut pas abjurer sa foi, de conserver la vie en acceptant ce statut de soumission, assorti de mesures humiliantes et contraignantes, dont, entre autres, le paiement de la jizya, ou impôt de capitation.
[17] Le terme allemand signifie 'frontière', 'espace limité', et par métaphore, une chose vers laquelle on tend de toutes ses forces, le but ultime.
[18] L'expression "ciblage nodal" est technique. Il semble qu'elle connote l'action qui s'efforce d'atteindre, pour le désorganiser, le centre névralgique de la logistique de l'ennemi. Concernant software et soft power, le français ne permet pas de rendre le jeu de mots. Lidée est que ce ne sont pas tant les grosses infrastructures et les armements lourds (hardware) des terroristes quil faut frapper, mais la chaîne logistique (software) qui planifie, organise et met en uvre leurs actions.
[19] Le faqih est un spécialiste de la jurisprudence islamique (fiqh); alors quun ouléma est un théologien.
[20] Lenlèvement de lEglise est une croyance très répandue dans les milieux du protestantisme charismatique (renewal). Il se fonde sur un passage de lapôtre Paul (1 Thessaloniciens 4, 16-17) : "Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l'archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu; après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours". On peut lire un échantillon instructif de cette obsession, sous le titre "Songe : l'enlèvement de l'Eglise (David Wilkerson)" et de sa manie den annoncer limminence sur un blog choisi au hasard parmi beaucoup d'autres du même acabit.
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[Texte anglais aimablement signalé par IMRA - Independent Media Review and Analysis.]
Mis en ligne le 01 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











