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Robert Aumann (prix Nobel d'économie) et laffaire des "Codes de la Bible"
Comme nous l'avons signalé ailleurs, des railleurs n'ont pas manqué de rappeler cette malheureuse affaire pour jeter le doute sur les capacités scientifiques du professeur israélien récemment distingué par le Comité du Nobel. Le rédacteur en chef de "L'Arche" fait le point à ce propos. Un article utile. (Menahem Macina).

Extrait de LArche n° 571, novembre 2005
Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com
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Reproduction autorisée sur internet avec les mentions ci-dessus
Le nom de Robert Aumann a été associé à une affaire assez confuse : celle des « Codes de la Bible ». Tout a commencé, dans les années 80, lorsquun Juif de Jérusalem, nommé Doron Witztum crut avoir découvert un code caché dans la Bible. Il suffisait, selon lui, de disposer le texte biblique (sans espaces, ni signes de ponctuation) sous la forme de grandes « pages », constituant ainsi des colonnes et des lignes de lettres hébraïques, puis de « lire » ces colonnes et ces lignes à la recherche dindices précis. Par exemple, des noms dillustres rabbins défunts se trouvaient à proximité immédiate de la date de leur décès.
Tout cela se prêtait à la modélisation informatique, qui permettait notamment de jouer sur la taille des « pages ». Witztum, qui avait reçu une formation scientifique avant de se convertir au judaïsme orthodoxe, développa la méthode. Il reçut le soutien dun autre Juif orthodoxe, Eliahou (Ilya) Rips, professeur de mathématiques à lUniversité de Jérusalem et donc collègue de Robert Aumann. Ce dernier, intrigué puis intéressé, sentremit auprès de ses collègues aux États-Unis. Après de longues vérifications par des experts américains, la revue Statistical Science publia en 1994 un article exposant la méthode des « Codes de la Bible » avec des applications qui semblaient statistiquement concluantes.
La même année (1994), le premier ministre israélien Itzhak Rabin fut assassiné. Or un des adeptes de la méthode, Michaël Drosnin, avait découvert une disposition du texte biblique qui faisait se croiser le nom de Rabin et le mot « assassiné ». Cet argument fut décisif pour le succès mondial dun livre publié par Drosnin en 1997. Dautres éléments troublants sy ajoutèrent. Une curiosité statistique devenait un phénomène éditorial. Les passions senflammèrent. Les « Codes de la Bible » furent présentés par certains comme la preuve de la véracité du message biblique, ce qui touchait aussi bien un public chrétien quun public juif. Rips et Witztum désavouèrent le livre de Drosnin, qui navait à leurs yeux aucun fondement scientifique, mais maintinrent la validité de leur méthode. Des mathématiciens et des statisticiens se penchèrent à leur tour sur larticle de 1994 et sur des expériences réalisées selon la même approche, et leurs conclusions furent catégoriques : il sagissait soit derreurs commises de bonne foi, soit de supercheries pures et simples.
À la fin des années 90, le Centre pour la rationalité, qui appartient à lUniversité de Jérusalem, fut saisi de laffaire. Une affaire dautant plus sérieuse que deux professeurs de cette université y étaient impliqués : Rips en tant quacteur principal, et Aumann parce quil lui avait accordé son soutien. Une commission de cinq membres, présidée par Aumann, fut constituée pour étudier les pièces du dossier.
La commission ne fonctionna pas vraiment, en raison de désaccords entre ses membres sur la manière dopérer. Mais un rapport final fut publié en 2004, contenant les conclusions de plusieurs membres. Dans ses conclusions, Robert Aumann écrivait notamment :
« En tant quobservateur - et non en tant que chercheur ! - jai été impliqué dans la recherche des Codes durant près de vingt ans, et jy ai investi une énorme quantité de temps et dénergie. Bien que la thèse qui fonde cette recherche paraisse absolument incroyable, jai cru pendant des années quune preuve irréfutable avait été apportée en faveur des codes (...) Durant les années où notre commission a travaillé, jai été convaincu que les données sont trop complexes et ambiguës et que leur analyse implique trop de jugements personnels pour quon puisse parvenir à des conclusions scientifiques significatives (...) A priori, les thèses relatives aux codes semblent absolument improbables. (...) Les recherches conduites sous ma direction nont pas confirmé lexistence des Codes, bien quelles naient pas établi leur non-existence. Je dois donc revenir à mon estimation a priori, qui est que le phénomène des Codes est improbable. »
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Droits de reproduction et de diffusion réservés © L'Arche 2005
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Mis en ligne le 12 décembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











