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Contributeurs Spécialisés
Lart de la castration littéraire : Cypel débite Finkielkraut
au hachoir, M. Macina
Tout le monde connaît la vieille blague (non cachère !) du pâté aux alouettes. Le client : « Je trouve qu'il a un fort goût de cheval votre pâté d'alouette... » Le charcutier : « Normal, on ne peut pas faire du pâté d'alouette uniquement avec cet oiseau, il en faudrait des milliers. Alors, on le mélange avec du cheval. » Le client : « Ah, bon. Et dans quelle proportion ? » Le charcutier : « Bof, normale : une alouette, un cheval
» A la charcuterie du "Monde", on trouve aussi de lalouette Finkielkraut. Malheureusement, elle a les allures d'un cheval de Troie introduit dans la cité - convoitée et assiégée - de lopinion publique.
Sur cette affaire, consulter :
"Finkielkraut, le Sarkozy des intellos", Pascal Bruckner
"Quel genre de Français est-ce là ? Interview d'A. Finkielkraut par Haaretz".26/11/05
Mise en place du Cheval de Troie
Dans son article intitulé "La voix « très déviante » d'Alain Finkielkraut au quotidien « Haaretz »", paru dans Le Monde du 23.11.05, Monsieur Sylvain Cypel compose un libelle explosif, mortel pour la réputation du philosophe Alain Finkielkraut, sous la forme dune micro-anthologie de ses propos - que ce dernier appelle, improprement dailleurs, un "puzzle" - dans son interview sur Europe 1 (1).
En apparence, il ny a rien à reprocher au procédé anthologique quadopte le journaliste du Monde. En effet, dira-t-on, quoi de plus objectif et de moins contestable que lexercice qui consiste à citer, verbatim (cest-à-dire à la lettre), les propos dun auteur que lon entend critiquer ? En effet. Sauf que ladverbe latin "verbatim" suppose lintégrité du propos rapporté, et non son 'saucissonnage' violemment disproportionné (un cheval, une alouette), qui ampute systématiquement le contexte dans lequel il sinsérait, procédé qui revient souvent à attribuer à lauteur des sentiments qui lui sont étrangers. Et cest bien ce que fait Cypel, comme on pourra en juger par lessai de déconstruction de sa micro-anthologie, que je propose ci-après.
Tout dabord, une précision statistique. Linterview, parue en anglais dans le journal israélien Haaretz, représente 8 pages A4, commentaires des journalistes inclus, 6 pages, sans ces commentaires, et 5 sans les questions des journalistes ; alors que lanthologie de Cypel représente moins dune page (2).
En termes de nombre de lignes et de mot, lexamen comparatif des propos de Finkielkraut - tels quils figurent dans la traduction française de l'interwiew accordée à Haaretz et dans la micro anthologie du Monde, donne les résultats suivants :
Interview : 264 lignes, 3396 mots
Anthologie de Cypel : 30 lignes, 437 mots.
Soit un rapport de 1 par 8.
Ce premier constat statistique - est déjà accablant pour lhonnêteté du procédé journalistique ici critiqué. Le second contextuel - lest plus encore, comme on va le voir.
Déconstruction de la machine subversive
Ci-après, les propos de Finkielkraut sont cités, verbatim et intégralement, tels quils sont rapportés dans la micro-anthologie de Cypel, Le même traitement est appliqué aux mêmes propos de Finkielkraut, mais, cette fois, réinsérés dans leur contexte (3), cité in extenso. Plutôt que daccabler nos internautes de nos commentaires, nous avons laissé les textes, ainsi mis en parallèle, parler deux-mêmes. Le seul indice fourni ici consiste en la mise en italiques et en grasses des propos de Finkielkraut cités par Cypel, dans le contexte de son interview par les journalistes de Haaretz.
AF selon Cypel (dans sa micro-anthologie du Monde) :"On a peur du langage de vérité. Pour des raisons nobles, on préfère dire "jeunes" que "noirs" ou "arabes".AF verbatim (dans la traduction de ses propos au journal Haaretz) [La question était : "Pensez-vous que la source de la haine envers lOccident, chez les Français qui participent à ces émeutes, est dans la religion, dans lislam ?" Et la réponse dAF est autrement plus nuancée que ne le laisse penser cette citation laconique.] :Il faut être clair à ce propos. Cest une question très difficile et nous devons nous efforcer de conserver un langage de vérité. On a tendance à avoir peur du langage de vérité, pour de 'nobles' motifs. On préfère dire "jeunes", plutôt que "noirs", ou "Arabes". Mais on ne peut sacrifier la vérité, si nobles que soient les motifs. Nous devons également éviter les généralisations : il ne sagit pas des noirs ni des Arabes dans leur ensemble, mais dune partie des noirs et des Arabes. Et, bien sûr, la religion - non pas en tant que religion, mais en tant quancrage de lidentité, si vous voulez - joue un rôle. La religion, telle quelle apparaît sur Internet et sur les chaînes de télévision arabes, sert dancrage à lidentité de certains de ces jeunes.----------------AF selon Cypel :"Eux et ceux qui les justifient disent que cela provient de la fracture coloniale".AF verbatim :Pourquoi certaines parties du monde arabo-musulman ont-elles déclaré la guerre à lOccident ? La république est la version française de lEurope. Eux et ceux qui les justifient disent que cela provient de la fracture coloniale. Daccord, mais il ne faut pas oublier que lintégration des travailleurs arabes en France, à lépoque du pouvoir colonial, était beaucoup plus simple. En dautres termes, cest une haine à retardement, une haine rétrospective. Nous sommes témoins dune radicalisation islamique - dont il faut rendre compte dans sa totalité avant de sen prendre au cas français -, dune culture qui, au lieu de traiter ses problèmes, cherche un coupable extérieur. Il est plus facile de trouver un coupable extérieur. Il est tentant de se dire que la France vous néglige et de dire "donne-moi ! donne-moi !" Cela na jamais marché comme cela pour personne. Cela ne peut pas marcher.----------------AF selon Cypel :"Le principal porte-parole de cette théologie, c'est Dieudonné, qui est le vrai patron de l'antisémitisme, et non le Front national. Mais au lieu de combattre son discours, on fait précisément ce qu'il demande : on change l'enseignement de l'histoire coloniale et de l'esclavage. Désormais, on enseigne qu'ils furent uniquement négatifs, et non que le projet colonial entendait éduquer et amener la culture aux sauvages."AF verbatim :Aux Etats-Unis aussi, nous sommes témoins de lislamisation des noirs. Cest Lewis Farrakhan, en Amérique, qui a affirmé pour la première fois que les Juifs avaient joué un rôle central dans la genèse de lesclavagisme. Et le principal porte-parole de cette théologie, en France, aujourdhui, cest Dieudonné. Aujourdhui, cest lui le véritable leader de lantisémitisme en France, et non le Front National de Le Pen. Mais, en France, au lieu de combattre ce genre de propos, on fait exactement ce quil demande : changer lenseignement de lhistoire coloniale et de lhistoire de lesclavage dans les écoles. Actuellement, on enseigne lhistoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On nenseigne plus que lentreprise coloniale avait aussi pour but déduquer, dapporter la civilisation aux sauvages. On nen parle que comme dune tentative dexploitation, de domination, et de pillage. Mais que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un 'Holocauste' pour les Arabes et pour les noirs aussi. Mais si vous voulez mettre lHolocauste et lesclavage sur le même plan, vous devez mentir. Parce que [lesclavage] nétait pas un Holocauste. Et [lHolocauste] nétait pas un crime contre lhumanité parce que ce nétait pas seulement un crime. Cétait quelque chose dambivalent. Cest également vrai pour lesclavage. Il a commencé bien avant lOccident. En fait, ce qui met lOccident à part, sagissant desclavage, cest quil en a été labolisseur. Labolition de lesclavage est un acte européen et américain. Cette vérité concernant lesclavage ne peut être enseignée dans les écoles.----------------AF selon Cypel :"Ils disent : "Je ne suis pas français, je vis en France et en plus ma situation économique est difficile." Mais personne ne les retient ici de force."AF verbatim : [La question posée a AF était : "Beaucoup de jeunes disent que le problème est quils ne se sentent pas Français, que la France ne les considère pas comme des Français."]Le problème est quil faut quils se considèrent eux-mêmes comme des Français. Si les immigrants disent "les Français", quand ils parlent des blancs, alors, nous sommes perdus. Si leur identité se trouve quelque part ailleurs et quils ne sont en France que par intérêt, alors nous sommes perdus. Je dois reconnaître que les Juifs aussi commencent à utiliser cette expression. Je les entends dire "les Français", et je ne peux pas le supporter. Je leur dis : "Si, pour vous, la France est affaire dutilité et que votre identité est le judaïsme, alors soyez honnêtes avec vous-mêmes, vous avez Israël". Cest effectivement un très grand problème : nous vivons dans une société post-nationale, dans laquelle, pour tout le monde, lEtat est seulement affaire dutilité, une grande compagnie dassurance. Il sagit là dune évolution très grave. Mais, sils ont une carte didentité française, ils sont Français et sils nen ont pas, ils ont le droit de sen aller. Ils disent : "Je ne suis pas Français, je vis en France et, de plus, je suis dans une situation économique difficile". Personne ne les retient de force ici. Et cest précisément là que commence le mensonge. Parce que, sils étaient victimes de lexclusion et de la pauvreté, ils iraient ailleurs. Mais ils savent très bien que, partout ailleurs, et en particulier dans les pays doù ils sont venus, leur situation serait encore pire, en matière de droits et dopportunités.----------------AF selon Cypel :"Que veulent-ils ? "C'est simple : l'argent, les marques et, parfois, les filles."AF verbatim :Revenons un moment à la schule [lécole, en yiddish] Quand vos parents vous envoient à lécole, est-ce pour trouver un travail ? Moi, on ma envoyé à lécole pour apprendre. La culture et léducation ont une justification par elles-mêmes. On va à lécole pour apprendre. Tel est le but de lécole. Et ces gens qui détruisent des écoles, que disent-ils, en fait ? Leur message nest pas un appel à laide, ou une exigence de plus décoles ou de meilleures écoles. Cest la volonté de liquider les intermédiaires entre eux et les objets de leurs désirs. Et quels sont les objets de leurs désirs ? Cest simple : largent, les marques, parfois les filles. Et cest quelque chose dont notre société est, sans conteste, responsable. Parce quils veulent tout immédiatement, et ce quils veulent, nest que lidéal de la société de consommation. Cest ce quils voient à la télévision.----------------AF selon Cypel :"Certes, il existe des Français racistes, qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs". "Ils les aimeront encore moins en prenant conscience de combien ceux-ci les haïssent (...) Imaginons que vous gérez un restaurant. Un jeune vous demande un emploi. Il a l'accent des banlieues. C'est simple : vous ne l'engagerez pas, c'est impossible." Voilà, "des propos de bon sens', on leur préfère le mythe du 'racisme français'".AF verbatim :Bien sûr que la discrimination existe. Et il y a certainement des Français racistes. Des Français qui naiment pas les Arabes, ni les noirs. Et ils les aimeront encore moins quand ils sauront à quel point ils sont haïs par eux. Aussi, cette discrimination ne va-t-elle faire que samplifier, pour tout ce qui a trait au logement et au travail. Imaginez que vous dirigez un restaurant, que vous êtes antiraciste, que vous pensez que tous les hommes sont égaux, et quen plus, vous êtes Juif. En dautres termes, parler dinégalité entre les races vous pose problème. Et imaginez quun jeune homme des banlieues entre et vous demande de lengager comme serveur. Il parle comme on parle dans les banlieues. Vous ne lui donnerez pas lemploi. Vous ne lengagerez pas, tout simplement parce que cest impossible. Il doit vous représenter, et cela exige de la discipline, de la politesse et une certaine manière de parler. Et je peux vous dire que des Français blancs qui imitent les codes de comportement des banlieues - cela existe - se heurteront exactement au même problème. La seule manière de combattre la discrimination est de revenir aux conditions requises, à une éducation sérieuse. Cest le seul moyen. Mais cela aussi, il vous est interdit de le dire. Je ne le peux pas. Cest du bon sens, mais on préfère mettre en avant le mythe du "racisme français". Cest malhonnête.----------------
AF selon Cypel :"L'antiracisme sera au XXIe siècle ce que fut le communisme au XXe."AF verbatim :
Nous vivons aujourdhui dans un environnement de "guerre permanente contre le racisme", mais la nature de cet antiracisme doit faire lobjet dun discernement. Tout à lheure, jai entendu, à la radio, quelquun qui sopposait à la décision du ministre de lIntérieur, [Nicolas] Sarkozy, dexpulser quiconque na pas la citoyenneté française et a été arrêté pour avoir participé aux émeutes. Et qua dit [ce quelquun] ? Que cétait de l"épuration ethnique". Durant la guerre en Yougoslavie, jai combattu contre lépuration ethnique des musulmans en Bosnie. Aucune organisation musulmane française ne sest jointe à nous. Ils ne se sont remués que pour soutenir les Palestiniens. Et maintenant, on parle dépuration ethnique ? Il ny a pas eu un seul mort pendant ces émeutes, en fait, si, il y en a eu deux, mais cétait un accident. On ne les poursuivait pas, mais ils se sont enfuis et cachés dans un transformateur électrique, malgré les panneaux davertissement, qui étaient énormes. Mais je pense que la noble idée de "la guerre contre le racisme" se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le vingt-et-unième siècle, ce qua été le communisme pour le vingtième. Aujourdhui, les Juifs sont attaqués au nom du discours antiraciste : la barrière de séparation, "sionisme égale racisme".
"Finkielkraut a fait des excuses ! Finkielkraut a fait des excuses !"
La rumeur circule, triomphante, de site à site, de blogue à blogue, de GSM à GSM, de SMS à SMS, de bouche à oreille, enfin
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« Il sest couché ! », maugréent, rageurs, les très-à-droite qui nétaient pas fâchés quune personnalité aussi médiatisée "casse du bougnoule", même si ce nest "quavec des mots".
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«Cétait bien la peine de faire autant de bruit pour saplatir ensuite comme une crêpe », ronchonnent les braves gens, quavaient choqués les saccages, et que le "coup de karcher intellectuel" du philosophe avait un peu requinqués, à la manière de celui, plus martial, de Sarkozy.
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« Ce sont les islamistes qui vont être contents », sifflent les tribuns de la nuisance congénitale de lislam, « ils ont fait reculer une grande pointure intellectuelle. La "racaille" ne va plus se sentir p er. Plus personne nosera appeler un chat un chat, dorénavant ».
Cet échantillon de réactions - qui témoignent davantage des phobies de ceux et celles qui les émettent que de la réalité des choses - sont cependant révélatrices dune perception assez répandue dans certaines couches de lopinion, et qui est loin dêtre totalement fausse, selon laquelle il y a des sujets tabous, et que, au nom du respect de lhonneur des minorités issues de limmigration arabo-musulmane, les procès dopinion vont se multiplier de manière exponentielle, en France.
Ce qui est sûr, en tout cas, cest que ceux et celles qui simaginent que Finkielkraut est venu à résipiscence et quil sest excusé davoir dit ce quil a dit - et même martelé -, au cours de linterview accordée à Haaretz, se trompent. Pour mieux sen persuader, un retour au texte de linterview cruelle du philosophe par Jean-Pierre Elkabach, sur Europe 1, ne sera pas inutile.
J.-P. E. : Alors, ce matin, Alain Finkielkraut, ici, qu'est-ce que vous dites aux Français d'origine africaine et maghrébine, qui se sentent blessés et insultés par vos propos?
A. F. : Je leur dis que je déteste autant qu'eux le personnage né de ce puzzle [de larticle du Monde], que je ne lui serrerais pas la main. Je leur dis que je ne pense pas comme lui [...]J.-P. E. : Est-ce que vous leur dites : "je retire une partie des propos, sinon mon analyse, que
A. F. : Jean-Pierre Elkabach, je ne peux pas faire une autocritique d'un assemblage où je ne me reconnais pas
Ces propos prouvent, à mon avis, que Finkielkraut na pas craqué. Il ne sest pas dédit. Il a récusé fermement limage que donne de lui et de sa pensée ce quil appelle (improprement, je le rappelle) le "puzzle" du journal Le Monde.
Je crois que la déconstruction à laquelle jai soumis, ci-dessus, ce que le philosophe appelle, avec plus de justesse, « un assemblage », et dans lequel, affirme-t-il, il ne « se reconnaît pas », lui donne pleinement raison. Il na pas à faire dautocritique pour cet assemblage-là.
Mais le vrai problème nest pas là. Comme dans le cas des chansons syncopées du folklore sud-américain aux rythmes trop subtils pour les Français, qui les massacrent plus quils ne les dansent -, ce nest pas la version originale du discours de Finkielkraut qui restera dans les mémoires, mais son ersatz tronqué, qui se retient facilement, la version cypellienne qui condamne sans retour le philosophe.
« La leçon politique c'est qu'en effet, je ne dois plus donner d'interview », promet (imprudemment) un Finkielkraut, "honteux et confus, jurant, mais un peu tard, quon ne ly prendra plus".
Mais lenjeu désormais nest plus là. Pour sêtre aventuré, "vêtu de probité candide et de lin blanc", sur un terrain quil connaît mal, et pour avoir voulu, en toute bonne foi, sélever au-dessus de la mêlée et appeler les choses par leur nom, le philosophe est devenu un pigeon dargile, et tout le monde, ou presque, lui tire déjà dessus, sans que (sauf erreur) aucune grande voix ne s'élève tant dans la communauté juive que dans le monde intellectuel en général, pour le défendre.
Et cest en vain quil répétera à qui veut lentendre, comme il la fait face au cruel homme de médias qui la mis sur le gril :
« ...je n'entretiens aucune haine. Je répète que je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle [celui de la micro-anthologie du Monde]. Ce personnage, je le déteste comme tout le monde. »
Mais précisément, Alain Finkielkraut, cest ce personnage-là que des dizaines de milliers de gens, voire davantage, vont "détester" : les uns par vindicte, les autres par conformisme, ou pour ne pas partager son sort de proscrit !
A la place de Finkielkraut, je naurais pas recouru à la comparaison de la « tunique de Nessus », qu'il affirme être « obligé d'habiter ». Lorsquon connaît lhistoire fabuleuse du suicide par le feu du héros mythique Hercule, que son épouse avait persuadé de revêtir la tunique, empoisonnée par le sang du centaure Nessus quil avait tué, et qui lui causait dintolérables souffrances, on se garde de tenter le diable de la sorte. Car si les dieux de la mythologie - convoquée par le philosophe, à des fins littéraires le prenaient au mot, nous assisterions, épouvantés autant quattristés, à la consomption intérieure dun être - plus fragile quil ny paraît, tragique même, et déjà torturé par nature.
En tout état de cause, la responsabilité du Monde et de son journaliste, Sylvain Cypel, apparaît, dores et déjà, comme accablante. Le "puzzle" du journaliste, ou mieux le tissu de sa micro-anthologie de passages de linterview de Finkielkraut colle déjà à la conscience du philosophe comme une tunique de Nessus, et pourrait bien la brûler à mort.
Je ne dis pas que Cypel a voulu consciemment causer ce dommage incommensurable. Je crois simplement quil ne sy serait pas pris dune autre manière sil avait réellement voulu "se faire" Finkielkraut "le brûler", en quelque sorte.
Menahem Macina
Notes
(2) On pourra objecter et Cypel ny manquera sans doute pas que lespace accordé aux chroniques des journalistes par leur média étant ce quil est, cest-à-dire fort restreint, aucun d'entre eux ne peut citer in extenso, ni même avec un contexte suffisant, les propos quil entend critiquer. Cest vrai. Mais, dans ce cas, rien nempêche un journaliste cest même recommandé par la profession de procéder à une analyse textuelle digne de ce nom, en renvoyant les lecteurs aux propos de l'auteur dans linterview elle-même, qui figure sur Internet. Bien entendu, cest un exercice beaucoup plus difficile et exigeant que celui qui consiste à donner limpression de reportage objectif en citant exclusivement les propos de linterviewé, sans les mettre en perspective, ce qui est, à proprement parler, la tâche et lart - dun journaliste professionnel.
Mis en ligne le 26 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











