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Un prétendu "racisme antimusulman", Daniel Pipes
A méditer, car ce phénomène, dont nous voyons déjà les prodromes, est en train de gagner notre continent. Les récentes émeutes des banlieues ont donné lieu à des appréciations assez proches de ce que nous relate D. Pipes concernant les Etats-Unis. Cousin imaginaire de l'"islamophobie" - arme fatale de ceux et celles qui refusent toute critique de quiconque est issu de l'immigration -, ce nouveau label renforce l'arsenal du déni; c'est pourquoi il importe de débusquer ses sophismes et de les réfuter, démocratiquement mais énergiquement. (Menahem Macina).
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22 novembre 2005

The New York Sun

Version originale anglaise : Anti-Muslim Racism?

Adaptation française : Alain Jean-Mairet

Mes exposés sur les campus des universités américaines sont parfois l’occasion de protestations de gauchistes et d'islamistes qui me traitent de tous les noms. "Raciste" est une de leurs insultes favorites. Cette année, par exemple, une "Manifestation de résistance au racisme" a précédé ma causerie au Rochester Institute of Technology ; j'ai été accusé de racisme à l'encontre d’immigrants musulmans, à l'université de Dartmouth ; et des brochures m'accusant de "racisme antimusulman" ont été distribuées à l'université de Toronto.

Racisme antimusulman ? Cet
oxymore [1] m’a laissé perplexe. L'Islam est une religion adoptée par des gens de toutes races et de toutes couleurs – à quel titre la race peut-elle entrer en ligne compte ? Les dictionnaires sont unanimes : le racisme concerne la race, et non la religion:

  • American Heritage: "Fait de croire que la race est un facteur de différences de nature ou d’aptitude et qu'une race particulière est supérieure à d’autres. Discrimination ou préjugé fondés sur la race."
  • Merriam-Webster: "Fait de croire que la race serait le principal élément déterminant des caractéristiques et des aptitudes humaines, et que les différences raciales produiraient une supériorité intrinsèque à une race particulière. Préjugé ou discrimination de nature raciale."
  • Oxford: "Fait de croire que certaines caractéristiques, aptitudes ou qualités sont propres à chaque race. Discrimination ou antagonisme à l'encontre d'autres races."

Même la tristement célèbre conférence des Nations unies sur l'antiracisme, qui s’est tenue à Durban, en 2001 utilisait implicitement la même définition en rejetant "toute doctrine de supériorité raciale ainsi que les théories qui s’efforcent de démontrer l'existence de races humaines prétendument distinctes".

Selon cette acception, le qualificatif de raciste ne saurait m'être appliqué, car je ne crois pas que la race détermine les aptitudes, ni que certaines races aient de plus grandes capacités que d'autres. Et d’ailleurs, mes écrits et conférences ne traitent jamais de questions de race.

Faut-il en déduire que le terme raciste sert simplement aux gauchistes et aux islamistes d'invective à géométrie variable, d'insulte magique ayant pour but de discréditer sa cible sans souci de rectitude ? Non, l'évolution de ce mot est plus complexe que cela.

Aujourd'hui, le mot racisme est de plus en plus utilisé pour signifier quelque chose qui va très au-delà de la définition des dictionnaires. Le directeur du fameux Institute of Race Relations (IRR [Institut des Relations entre Races]), de Londres, A. Sivanandan, a promu l’idée d’un «nouveau racisme» qui concerne l'immigration, et non la race :

"C'est un racisme dirigé non seulement contre les gens à la peau plus sombre, originaires des anciens territoires coloniaux, mais aussi contre les nouvelles catégories, que sont les déplacés, les dépossédés, les déracinés, qui frappent aux portes de l'Europe, une Europe qui a jadis contribué à leur déplacement. C'est donc un racisme qui ne saurait être défini en termes de couleur de peau – car il vise aussi bien des blancs pauvres –, et qui, de ce fait, peut passer pour de la xénophobie, ou peur 'naturelle' des étrangers."

Un document officiel australien va dans une autre direction, celle d'un "racisme culturel":

"À l'ère moderne, la présomption sous-jacente de 'racisme' consiste à croire que des différences de culture, de valeurs et/ou d'usages de certains groupes ethniques/religieux sont 'trop dissemblables', et sont susceptibles de menacer les 'valeurs d’une communauté' et la cohésion sociale."

Une fois le racisme débarrassé de ses connotation raciales, il n’y a qu’un pas à franchir pour l'appliquer aux Musulmans. Et, de fait, Liz Fekete, de l'IRR, découvre un "racisme antimusulman" dans la législation, la politique et les mesures antiterroristes qui découlent de la "guerre contre la terreur" (les guillemets sont d'elle). Elle considère aussi l'interdiction du hijab [voile islamique] dans les écoles publiques françaises, par exemple, comme un cas de "racisme antimusulman". D'autres membres de l'IRR prétendent que "les Musulmans et ceux qui ressemblent aux Musulmans sont les principales cibles d'un nouveau racisme".

De même, le Révérend Calvin Butts III, de l'Église baptiste abyssinienne de New York, a exposé récemment, au cours d’une conférence des Nations unies sur l'islamophobie, la vue suivante : "Que cela plaise ou non aux Musulmans, ils sont qualifiés de gens de couleur dans l’Amérique raciste […] Ils ne vous traiteront pas de "négro", mais de terroriste". Pour le Révérend Butts, le contre-terrorisme équivaut au racisme.

Lorsque le membre du Congrès américain, Tom Tancredo, un républicain du Colorado, proposa de bombarder des sites religieux islamiques, à des fins de dissuasion, un dirigeant de Nation of Islam, de Denver, Gerald Muhammad, qualifia ses propos de racistes.

Remarquez l’évolution. Alors que les différences de races et le sentiment de supériorité raciale disparaissent de la bonne société, certains groupes étendent la signification du racisme jusqu’à condamner des décisions politiques consistant à se garder d’une immigration excessive (même de blancs pauvres), à préférer sa culture propre, à craindre l'islam radical et à prendre des mesures efficaces pour contrer le terrorisme.

Cette tentative de délégitimation des différences politiques doit être rejetée. Le racisme ne concerne que des questions raciales, et non des conceptions sur l’immigration, la culture, la religion, l'idéologie, l’application de la loi, ou la stratégie militaire.

Daniel Pipes

© The New York Sun

Note de la Rédaction d’upjf.org

[1] Un oxymore est une figure de style qui consiste à mettre ensemble deux mots de sens contradictoires, pour attirer l’attention, par exemple "cette obscure clarté qui tombe des étoiles".

Mis en ligne le 24 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org

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