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L'Intifada palestinienne pour modèle, par Marco Diani
Enfin, une analyse équilibrée et pertinente. Malgré son extrême brièveté, elle fait preuve dune remarquable sûreté de diagnostic. A mesure que se prolonge le conflit, il est fatal quil se cherche des modèles, des justifications et une représentation symbolique. Sans privilégier l'analogie avec lIntifada, à laquelle, jusquici, les émeutiers nont guère eu recours (mais cela peut changer), il importe de garder présent à lesprit que cette thématique symbolique peut exister de manière sous-jacente, voire inconsciente, jusquà ce quun événement dramatique vienne lui donner corps et lui conférer soudain des dimensions idéologiques explosives. Alors, oui, on pourra parler d"Intifada des banlieues". Il restera à trouver les moyens de la combattre. Je me permets de recommander des contacts (archi-secrets, bien sûr) avec les spécialistes de cette lutte en Israël. (Menahem Macina).
Libre opinion parue dans Le Monde du 8 novembre 2005
Il y a des banlieues, des quartiers difficiles et de l'exclusion sociale partout en Europe. Il n'y a qu'en France qu'on assiste à un véritable mouvement de guérilla urbaine organisée, structurée et ramifiée au niveau national. Des milliers de voitures, des centaines d'immeubles incendiés, des armes à feu, la recherche de la mort ne sont pas le fruit du hasard et d'une contagion spontanée. Le pouvoir semble désemparé et manifeste une préoccupante absence de compréhension de la complexité sociologique du problème. On ignore tout des méthodes de compréhension de ces problèmes qui ont permis d'éradiquer les conflits urbains violents en Europe et aux Etats-Unis.
Des stratégies ont été efficaces en Italie comme en Allemagne, aux Pays-Bas comme en Espagne, sous des gouvernements de droite comme de gauche. Elles reposent sur trois types d'actions : l'emploi d'outils de simulation et de prévention des conflits et comportements violents ; une intervention rapide, ciblée et efficace, pour isoler les groupes organisés et leurs "meneurs" ; une stratégie claire, combinant répression et dissuasion, visant à démanteler les groupes organisés ou quasi paramilitaires.
Il faut aussi comprendre la signification de ces nouveaux comportements violents. La nouveauté radicale qui s'installe dans le paysage social français est l'adoption, à la fois spontanée et organisée, d'un modèle de guérilla urbaine qui tire beaucoup d'enseignements de l'Intifada palestinienne [1], voire de la guerre en Irak. En face, l'appareil répressif et cognitif du gouvernement français est complètement décalé et nullement préparé à affronter des comportements qui sont, dans l'imaginaire de leurs auteurs, plus près de Bagdad que d'Aulnay-sous-Bois.
Aucun ministère, aucune des dizaines d'agences publiques, n'est actuellement en mesure de mettre en oeuvre une nouvelle politique de banlieues et quartiers difficiles, qui deviennent de plus en plus des véritables ghettos. Mais attention à ne pas se méprendre : un ghetto n'est pas une simple création du pouvoir contre les opprimés, mais aussi l'aménagement volontaire et stratégique de "zones franches d'illégalité" de la part des populations qui y vivent, qui transforment leur exclusion en hostilité organisée et conflictuelle.
Le débat caricatural qui dépeint d'un côté des victimes innocentes et opprimées, et de l'autre un pouvoir aveugle, puissant et répressif, ignore tout des réalités sociologiques et des transformations récentes de la conflictualité urbaine. Il risque de produire un seul résultat tangible : l'augmentation des suffrages de l'extrême droite en 2007. Ce qui ne semble pas le plus souhaitable des scénarios.
© Marco Diani *
* Marco Diani est sociologue au CNRS. Il dirige le projet Extrapolis, qui a pour but d'appliquer les nouvelles technologies à la gestion de la complexité urbaine.
Note de la Rédaction d'upjf.org
[1] J'ai exprimé ailleurs mes réticences à l'égard de l'analogie, établie par certains, entre la situation qui prévaut sur le territoire français et celle de l'Intifada palestinienne. Voir mon billet d'humeur, intitulé "Emeutes: des 'je-sais-tout' comme sil en pleuvait". Mais il se peut que la suite des événements me donne tort. Hélas !
Mis en ligne le 09 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











