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Le sionisme et Israël : quelle légalité internationale ? Frédéric Encel
Nous recommandons tout particulièrement à nos internautes la lecture attentive de cet excellent article. Impartial et contextuel, il remet les pendules à lheure et fait litière de préjugés profondément ancrés, résultant de la diabolisation systématique dont Israël est lobjet, tant de la part des Palestiniens et de la majorité des pays arabes, que de la part de certains pays occidentaux, dONG internationales partisanes et dopinions publiques ignorantes, hostiles, par idéologie, à tout ce que fait lEtat juif, même si cest pour son autodéfense et sa survie dans lenvironnement géopolitique ingrat qui est le sien. (Menahem Macina).
03.11.2005
Sur le site dAtlantis Institute
[Cliché - © Nouvel Observateur - ajouté par upjf.org.]
L'une des principales critiques existentielles formulées à lencontre dIsraël, ou de lidéal sioniste qui la engendré, porte sur un déficit de légitimité juridique, autrement dit de légalité aux yeux du droit international tel quil est défini dans son acception contemporaine. Quelques éléments objectifs fondent pourtant, pour les Israéliens au-delà des aspects moraux, politiques ou historiques cette légalité.En premier lieu, nul texte de droit international ne fonde laspiration dun peuple en particulier à se percevoir comme une nation ayant droit à la souveraineté sur un territoire représenté comme le sien. Les Etats français, chinois, cubain, libyen, seraient aujourdhui bien en peine ainsi que lAutorité palestinienne du reste de démontrer la validité de la prétention des peuples quils encadrent respectivement à se percevoir comme des peuples dotés dun droit historique sui generis. Qui a « accordé » aux Français le droit de se représenter comme un peuple et, partant, de bâtir un Etat fondé sur ce principe primordial ? Qui a « accordé » aux Palestiniens le droit de saffirmer « peuple » ? Ainsi posée, la question na naturellement aucun sens. Elle nen a guère davantage appliquée à Israël. Une nation est avant tout une représentation ou, selon lacception dErnest Renan, « une âme, un principe spirituel ».
En second lieu, il convient de noter que la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917, selon laquelle « le gouvernement de sa Majesté [britannique] envisage favorablement létablissement en Palestine dun foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif », offre une reconnaissance officielle valant légitimité. Les détracteurs du sionisme objectent que ce texte némanait pas alors dun organisme international reconnu comme représentatif des nations, et quil névoquait quun « foyer national » (homeland) et non un Etat, Etat que par ailleurs la puissance mandataire britannique naccordera jamais au mouvement sioniste. Exacts, ces deux faits nen constituent pourtant pas, aux yeux des Israéliens, des arguments fondés, pour les raisons suivantes : dabord ni la Société des Nations (SDN) ni lONU nexistaient alors ; elles seront respectivement fondées en 1919 et 1945. En 1917, sauf pour des conventions ratifiées par certains Etats dans quelques domaines (droit de la guerre notamment), et une Cour pénale internationale au poids tout à fait marginal, on ne peut réellement parler de communauté internationale régie par un droit spécifique. Or, les puissances signataires du traité de San Remo davril 1920 intègrent à leurs conclusions cette déclaration Balfour, conclusions entérinées par larticle 95 du traité de Sèvres, signé quatre mois plus tard.
En troisième lieu, et là réside précisément le socle de légitimité fondamentale du sionisme, lArticle 2 du Chapitre Premier de la Charte des Nations Unies stipule que, parmi les buts et les principes de celle-ci, il sagit de « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de légalité des droits des peuples et de leur droit à disposer deux-mêmes ». Si les Juifs (ou un certain nombre dentre eux) constituent un peuple, la cause est entendue. Quant à la localisation géographique précise qui doit correspondre à ce peuple, qui pourrait sarroger le droit den décider à la place du peuple intéressé ? A cet égard, cest lONU qui décide très officiellement de cette localisation géographique de lEtat du peuple juif. Le plan de partage onusien du 29 novembre 1947, adopté de manière régulière (vote à la majorité qualifiée des deux tiers) et conforme à la lettre et à lesprit de la Charte des Nations unies, entre un Etat juif, un Etat arabe, et un corpus separatum pour la zone Jérusalem-Bethléem, fonde, en droit international, la légitimité de lEtat juif de Palestine, lequel sera baptisé en mai 1948 « Etat dIsraël » par lExécutif de lOrganisation sioniste mondiale (OSM). Une légitimité dautant moins contestable que lOSM accepte alors sans réserve la résolution onusienne n° 181, qui entérine le plan de partage, a contrario des Etats de la Ligue arabe et du mufti de Jérusalem, Hadj Amine el-Husseini, lequel ne bénéficie daucune représentativité politique reconnue. Surtout, lONU admet, officiellement et définitivement, en son sein lEtat dIsraël, le 11 mai 1949.
Enfin, si lAssemblée générale des Nations unies a bien adopté la résolution 3379, non contraignante et votée le 10 novembre 1975 (majorité arabo-africano-soviétique), assimilant le sionisme à une forme de racisme, cette résolution fut purement et simplement annulée par une autre résolution de même nature, adoptée le 16 décembre 1991, immédiatement après la chute de lempire soviétique [1]. A ce jour, nul texte sinscrivant dans le droit international ne mentionne donc le sionisme de manière dévalorisante ou négative, de quelque manière que ce soit, et seuls quelques rares Etats ne reconnaissent toujours pas Israël.
Au fond, la question fondamentale est la suivante : si Français, Camerounais, Laotiens, Luxembourgeois et autres Palestiniens sont admis comme des peuples donc dotés collectivement de droits moraux, juridiques, politiques, nationaux précis pourquoi les Juifs ne le seraient-ils pas, avec des droits nationaux identiques, sur un espace incontestablement ancestral ? Reconnaître la qualité essentielle et valorisante de peuple à toute population même numériquement fort réduite et/ou dépourvue de conscience nationale et refuser ce droit fondamental aux Juifs du moins à ceux qui souhaitent se représenter comme membres dun peuple ne serait-ce pas faire uvre de ségrégation ?
Il ne sera peut-être pas inutile de sattarder ici sur les conditions et détails du plan de partage de la Palestine en deux Etats. En juillet 1922, la puissance mandataire britannique procède à un découpage arbitraire et unilatéral de la Palestine : la Transjordanie (litt. : au-delà du Jourdain), qui constitue 74% de la Palestine mandataire, est offerte à lEmir hachémite Abdallah, fils du shérif de La Mecque, allié [à lAngleterre] contre les Turcs en 1916-18. Sur le territoire restant, lantagonisme, sans cesse plus profond et meurtrier, entre Arabes et Juifs en Palestine, dans les années 1920-30, pousse la puissance mandataire à proposer, en 1937, un premier plan de partage de la zone ; suivant les conclusions de la Commission royale sur la Palestine, présidée par Lord Robert Peel, Londres envisage la création dun micro-Etat juif denviron 5 000 km², le reste (24 000 km²) revenant à la Transjordanie. Accepté par lExécutif sioniste, le plan est rejeté par les notables et les chancelleries arabes ; lIrak craint, par exemple, un accroissement de puissance de son voisin transjordanien.
Le second plan, britannique également, émane de la Commission John Woodhead, qui suggère trois découpages territoriaux, considérés comme impraticables sur le terrain par le gouvernement et létat-major. Enfin, laggravation des tensions judéo-arabes, qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1945-47 ainsi que les pressions croissantes des opinions publiques britannique (du fait du coût de loccupation) et américaine (à cause de lampleur de la Shoah) contraignent Londres à confier le dossier à une commission onusienne, lUnited Nations Special Commitee On Palestine (UNSCOP), laquelle remet son rapport le 31 août 1947. Le 29 novembre, [lONU] ladopte donc à la majorité requise des deux tiers ; majorité atteinte après dintenses tractations auprès de modestes Etats latino-américains, des Etats-Unis et de lUnion soviétique, dune part, des Etats arabo-musulmans, dautre part. En définitive, 33 Etats votent en faveur du plan de partage, contre 13 contre et 10 abstentions.
Le plan de partition prévoit trois zones distinctes : un Etat juif comprenant la plaine côtière dAshdod à Saint Jean dAccre, la Galilée orientale, et lessentiel du désert du Néguev ; un Etat arabe incluant la majeure partie de la Galilée, la Cisjordanie agrandie, la bande de Gaza et une partie nord-ouest du Néguev ; enfin un corpus separatum internationalisé sur Jérusalem et Bethléem. Une fois encore, lOrganisation sioniste mondiale (OSM) accepte officiellement le plan, tandis que le Haut Comité arabe [palestinien], le Mufti de Jérusalem Hadj Amine el-Husseini, ainsi que toutes les capitales arabes le rejettent. Londres indique que ses troupes quitteront, définitivement et unilatéralement, la Palestine le 15 mai 1948.
LOrganisation sioniste mondiale (OSM), par la voix de son exécutif, accepte immédiatement la résolution 181, qui entérine le plan de partage, cependant que tous les Etats de la Ligue arabe la rejettent. De fait, la résolution ne sera jamais appliquée : entre le 14 et le 15 mai, Ben Gourion proclame lIndépendance, les armées arabes envahissent lEtat juif naissant, et larmée britannique se retire. La guerre israélo-arabe qui sensuit modifie considérablement le tracé du plan de partage onusien, et efface lEtat arabe de Palestine au profit de la Transjordanie et, dans une moindre mesure, dIsraël et de lEgypte. En décembre 1948, une commission de conciliation qui comprend notamment les Etats-Unis, la France et la Turquie est mise sur pied par lONU, avec, pour objectif, de faire appliquer la résolution 181 aux belligérants israélien et arabes. Ses travaux se soldent finalement par un échec.
Cette guerre dIndépendance dIsraël, ou première guerre israélo-arabe (mai 1948-mars 1949), modifiera considérablement les limites et la nature de certaines des zones définies par lONU ; Jérusalem est ainsi coupée en deux secteurs nationaux, israélien et transjordanien, tandis que lEgypte, Israël et surtout la Transjordanie prennent définitivement possession des territoires dévolus originellement à lEtat arabe de Palestine.
En conclusion, si l'on peut très légitimement critiquer tel aspect de la démarche sioniste, puis des différentes politiques gouvernementales israéliennes depuis 1948, on ne peut, sans tomber dans l'outrance, dénoncer son illégalité en droit international.
Frédéric Encel *
© Atlantis Institute
* Docteur en géopolitique, Frédéric Encel est Fellow à l'Atlantis Institute
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Note d'Atlantis Institute
F. Encel est lauteur [avec M. Thual] de : Géopolitique d'Israël : Dictionnaire pour sortir des fantasmes (Seuil, 2004).
Présentation de l'éditeur Israël est un Etat géopolitiquement normal. Ni pacifiste ni belliciste, l'État juif attaque et se défend, fait la guerre et fait la paix, entretient et exprime des valeurs, des revendications et des représentations, comme le font les autres nations. Contraint d'évoluer, depuis sa naissance, dans un environnement moyen-oriental hostile et instable, ce minuscule pays, à la fois très ancien et tout nouveau, ancre sa mémoire dans des temps longs, et sa géopolitique dans de grands espaces. Au cur de cette démocratie, les gouvernements changent régulièrement et avec eux les choix politiques, économiques et stratégiques, sous le contrôle étroit de puissants contre-pouvoirs. La géopolitique du Proche-Orient est chose trop sérieuse pour laisser des idéologues la dévoyer au profit du fantasme et de la démonisation. Avec le présent dictionnaire, premier du genre, nous tentons modestement de ramener Israël du champ du passionnel à celui du rationnel. Pour que chacun se forge au-delà des mythes sa propre conviction.
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] On peut lire sur notre site les textes de lune et lautre résolutions et un résumé des circonstances de labrogation de la 3379 : "Sionisme=racisme: résolution 3379, votée et abrogée par l'ONU".
Mis en ligne le 03 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











