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Propagande/Désinformation
Une famille palestinienne exemplaire victime de Tsahal, selon France 2
France 2 a consacré 3 minutes de son journal télévisé de 20h, samedi 13 août, à un reportage d’une partialité confondante. Le CSA devrait être concerné.
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Update du 14 août 2005, 2h 30 du matin.
 
 
Samedi 13 août, 23h 30
 
 
Ci-après, le contenu intégral du reportage, transcrit après le shabbat, d’après la vidéo du JT. Il est suivi d'un commentaire général. Les notes entre crochets renvoient à des précisions et/ou à de brèves remarques, regroupées en fin de document.
 
 
Catherine Laborde (présentatrice du journal télévisé de France 2) : Symbole de l’enfermement palestinien, un propriétaire terrien, vit, depuis 1992 [1], dans sa maison palestinienne occupée par des soldats israéliens. Il n’a jamais voulu quitter sa terre ni sa maison, et vit une cohabitation pour le moins difficile. Philippe Visseyrias.
 
 
Philippe Visseyrias : Au bout de cette rue, en plein cœur de la ville palestinienne de Deir el Balah, se trouve un camp retranché : la colonie israélienne de Kfar Darom, protégée par d’immenses blocs de béton. Une implantation qu’il est interdit d’approcher. Juste devant, une maison isolée. Cachés [2] dans les étages, des soldats israéliens. Au rez-de-chaussée, une famille palestinienne. Khalil el Bachir n’a jamais voulu abandonner sa maison. Il nous attend devant l’entrée [3], mais, très vite, il rentre se mettre à l’abri [4].
 
Khalil el Bachir : «Kfar Darom n’est qu’à 70 mètres de ma maison. Ma propriété est considérée comme une base [5] militaire israélienne.»
 
Ph. V. : Une proximité qui fait son malheur depuis des années. Ce directeur d’école vit cloîtré [6] avec sa famille et ses cinq enfants. Ils n’ont pas le droit de sortir [7], pas le droit de monter dans les étages [8], pas le droit de recevoir [9]. Un univers confiné, où regarder par la fenêtre peut coûter la vie [10]. Il faudra se cacher pour filmer ce char israélien [11] qui passe à quelques mètres de chez lui.
 
Kh. el B. : «Vous le voyez, les chars, c’est comme ça toute la journée. Rien que le bruit suffit pour faire fuir n’importe quel être humain, mais pour le bien de ma maison et de ma terre, je suis prêt à supporter n’importe quoi. »
 
Ph. V. : La nuit, les soldats israéliens viennent dormir chez lui. Khalil et tous les siens sont alors enfermés [12] dans une seule pièce.
 
Kh. el B. : «Trois soldats s’installent devant la porte et pointent leurs armes sur nous [13]. Un autre soldat, avec son fusil, marche au milieu de nous. Il refuse même qu’on aille aux toilettes [14]. Laissez-moi vous inviter dans la pièce où les Israéliens ont essayé de me tuer [15].»
 
Ph. V. : C’était il y a quatre ans. Il lisait sur son lit quand un mortier a explosé devant sa fenêtre. Blessé à la tête, c’est un miracle qu’il n’est [sic] pas mort [16]. Depuis lors, la pièce est restée en l’état [17] et Khalil a continué à vivre chez lui. Signe des temps : ses enfants ont écrit le mot 'paix', en anglais, avec des douilles [18].
 
Kh. el B. : «C’est un message à l’attention des soldats qui viennent chaque nuit, pour leur dire qu’il est temps de faire la paix [19].»
 
Ph. V. : Même Yousef, son fils, blessé dans le dos [20], l’an dernier, par un soldat israélien, n’a pas l’esprit de revanche.
 
Yousef el Bachir: «J’ai hâte d’aller visiter le camp de Kfar Darom. Peut-être que les colons auront même laissé un petit message à notre intention.»
 
Ph. V. : Assis sous le drapeau de la paix [21], Khalil attend sa délivrance [22] avec impatience.
 
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Commentaire
 
D’entrée de jeu, posons la question : un tel reportage était-il utile et quel but poursuivait-il ? Précisons qu’il a été réalisé la veille ou l’avant-veille de l’initiative la plus révolutionnaire jamais mise en oeuvre par un gouvernement de l’Etat d’Israël depuis sa création : remettre, de son plein gré, à l’Autorité Palestinienne, des territoires conquis, en 1967, sur un belligérant arabe, l’Egypte, qui, conjointement avec la Jordanie et la Syrie, avait attaqué Israël, mettant gravement en danger son existence même. Et tout cela pour œuvrer à la continuité territoriale qu’exigent tant les Palestiniens que la plupart des Etats du monde - en ce compris les alliés d’Israël, tels les Etats-Unis -, comme condition indispensable à la viabilité d’un Etat palestinien.
 
Et tout ce que la chaîne nationale de la télévision française a trouvé à verser comme contribution à ce processus courageux de la part de l’Etat Juif - lui-même en mal de continuité territoriale et de frontières défendables, face à des populations arabes qui ne font pas mystère de leur détermination à détruire, au moins politiquement, l’Etat souverain d’Israël - est ce document télévisuel diffamatoire, plus proche d’un "reality show" que d’un reportage journalistique digne de ce nom.
 
Tel qu’elle se présente, cette vidéo est une œuvre de propagande pro-palestinienne d’un parti pris à couper le souffle. Elle relève d’une méthode de désinformation, dont les ficelles sont grosses, mais qui a malheureusement fait ses preuves et démontré sa redoutable efficacité. Il s’agit de présenter comme un reportage d’investigation sur le terrain, un scénario subtilement cousu main, où texte et image s’appuient et se renforcent mutuellement, en un contrepoint subtil, dans le but de gagner les cœurs et les esprits des téléspectateurs. Comme dans tous les documents de cette nature, le but du jeu est de désigner l’ennemi, le mauvais. Mais cette mise en accusation ne doit pas être formulée par les réalisateurs du reportage, elle doit émerger et s’imposer d’elle-même comme une évidence issue de la narration des 'témoins' et illustrée par des prises de vues soigneusement choisies.
 
Dans la présente vidéo, sont présents tous les ingrédients susceptibles de faire, de ce mauvais scénario, un cocktail explosif et inhibiteur des réflexes immunitaires intellectuels des téléspectateurs. Le père, Khalil, est un quadragénaire mince et élancé, calme et déterminé, non dépourvu de séduction. Il s’exprime d’une voix posée dans un anglais fort correct. Son regard est incisif mais non provocateur, quoique traversé, par intermittences, d'éclairs d’une ironie qui peut être cruelle. Sa famille est à l’avenant. Conformément aux us et coutumes des sociétés arabes, les femmes et les jeunes enfants font de la figuration et ne disent pas un mot. Seul le fils aîné, qui peut avoir dans les 18 ans, aura le privilège d'émettre quelques phrases. Lui aussi, lui surtout, est sympathique et séduisant. Bref, une belle famille palestinienne, moderne et éduquée, et visiblement pas prolétarienne du tout, ne serait-ce que du fait qu’elle possède des terres et une grande maison qui, même si, comme c’est courant dans la région, sa construction est loin d’être achevée, représente un capital non négligeable.
 
Après avoir résumé brièvement les éléments présents dans le scénario, et qui, à l’évidence, sont à l’avantage des 'acteurs' de ce document, parlons maintenant des éléments constitutifs d’un reportage journalistique digne de ce nom, qui sont malheureusement absents. Aucune question dérangeante n’est posée à la vedette du film, Khalil el Bachir. Nulle question d’aucune sorte, d’ailleurs. Pas la moindre mise en contexte non plus de ce récit, qui procède par affirmations-accusations, jamais remises en question par le correspondant de France 2.
 
On objectera que c’est la loi du genre et que, quand on ne dispose que de 3 minutes de temps d'antenne, on ne peut se payer ce luxe. Peut-être, mais alors on s’abstient de laisser débiter par un ennemi irréductible d’Israël un tel tissu de contrevérités, clairement débusquées dans les 22 remarques de notre "Explication de textes".
 
Circonstance aggravante : le moment choisi pour le tournage de ce document - vraisemblablement effectué tout récemment, voire la veille ou le jour même de sa diffusion, et donc à quelques jours du démantèlement de toutes les implantations de la région de Gaza. Rappelons que, dès ce soir, dimanche 14 août, la zone sera rigoureusement interdite à quiconque est dépourvu d'une autorisation dûment délivrée par l’autorité militaire. Cette situation rend vaine toute tentative de contre-interrogatoire du calomniateur distingué, qui a nom Khalil el Bachir. Supposons toutefois qu’un investigateur israélien tenace se mette en tête de vérifier ses dires et surtout la réalité du statut, tout à fait extraordinaire, qui a valu à cette famille de pouvoir rester dans ses meubles, durant 13 ans, à quelques dizaines de mètres de l’implantation de Kfar Darom et donc, vraisemblablement, en zone militaire. Il faudra, pour y parvenir, savoir quelle autorité – individuelle ou collective – a donné cette autorisation et quelles en étaient les modalités et les conditions. C’était encore possible hier, ce ne l’est plus dorénavant, sauf miracle, l’armée ayant d’autres chats à fouetter, - et tout particulièrement celui de l’évacuation des récalcitrants au désengagement - que d’investiguer ce cas de désinformation patente. Quand on se souvient de la manière dont l’autorité militaire a clos le dossier al-Dura et fait disparaître, sur ordre venu d’en haut, toute trace du "mur des fusillés" de Netzarim, il ne faut se faire aucune illusion sur la possibilité de retracer les événements, réels ou supposés, allégués dans le reportage de France 2. Le gouvernement israélien ne peut se permettre de prendre fait et cause pour des sujets qui fâchent les Palestiniens.
 
Que faire donc ?
 
Une seule voie reste ouverte, même si elle est étroite et si son issue est incertaine : saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Rappelons que ce dernier a adopté, lors de son Assemblée plénière du 7 décembre 2004, une "Recommandation relative aux conflits internationaux et à leurs éventuelles répercussions en France", qui stipule, entre autres :
 
«Les répercussions que peuvent avoir en France certains foyers de tension internationale requièrent une vigilance particulière dans l'exercice de la responsabilité éditoriale. Dans ce contexte, le Conseil supérieur de l'audiovisuel recommande :
  • de vérifier l'exactitude des informations diffusées ou, en cas d'incertitude, de les présenter au conditionnel et d'en citer la source et la date ;
  • de procéder, en cas de diffusion d'informations inexactes, à leur rectification dans les meilleurs délais et dans des conditions d'exposition comparables ;
  • d'accompagner la diffusion d'images d'archives d'une mention explicite et durable à l'antenne [...]
  • de traiter avec la pondération et la rigueur indispensables les conflits internationaux susceptibles d'alimenter des tensions et des antagonismes au sein de la population ou d'entraîner, envers certaines communautés ou certains pays, des attitudes de rejet ou de xénophobie.
Cette vigilance doit concerner l'ensemble des émissions d'information liées à ces conflits et, plus particulièrement, les émissions de débat ou de "libre-parole" dans lesquelles des invités, des téléspectateurs ou des auditeurs ont accès à l'antenne.» (Cf. M. Macina, "Pour accompagner les recommandations du CSA".)
 

A nos internautes de juger si, à l’occasion de ce reportage, France 2 a enfreint les règles édictées par le CSA, ou si elle les a respectées, au moins de manière formelle. Le présent dossier n’a d’autre ambition que d'aider qui le désire à se faire une conviction. A chacun(e), ensuite, de décider des mesures individuelles et/ou collectives à mettre en œuvre pour convaincre la chaîne nationale française de corriger l’attitude de certains de ses journalistes, qui, à notre avis, est contraire à la déontologie journalistique, en ce qu’elle prend fait et cause, de manière unilatérale et sans objectivité ni nuance, pour une seule des parties en conflit.
 
Last but not least. Quiconque a vécu en Israël, surtout s'il y a servi sous les drapeaux, sait pertinemment qu'un tel reportage, réalisé à deux pas d'une implantation sensible, ne peut se faire sans une autorisation en bonne et due forme de l'administration militaire locale. Or, quiconque a visionné le document a pu constater que le caméraman n'a pris aucune précaution particulière pour filmer. C'est le cas, tout spécialement, des images de l'arrivée de l'équipe de tournage devant la maison du Palestinien. Le caméraman devait avoir sa caméra sur l'épaule bien avant d'entrer dans la demeure. Les prises de vues témoignent qu'il n'y a pas eu le moindre affolement, ni la plus légère précipitation, pas de flou non plus. Il est clair que ces gens ont été vus en train de filmer, tant par les soldats alentour, que par ceux qui, aux dires du Palestinien et du commentateur, se trouvaient dans les étages. C'est donc qu'un officier de Tsahal avait autorisé toute l'opération, sans doute persuadé par des arguments qu'il est facile d'imaginer. Comment, en effet, refuser à une équipe de la télévision nationale de l'Etat français - qui venait de recevoir, avec tous les honneurs, le Premier Ministre Ariel Sharon - le plaisir d'interviewer un Palestinien, que les autorités devaient bien connaître, et dont elles n'avaient aucune raison de soupçonner qu'il leur rendrait le mal pour le bien, puisque elles l'avaient traité avec une faveur toute particulière en le faisant bénéficier d'un régime d'exception ? Naïveté incroyable de la part de ces soldats, pensera-t-on sans doute. Et pourquoi pas droiture d'âme et confiance en l'homme qui, pourtant, n'a pas hésité à abuser de la situation
 
L'empathie et l'altruisme des Juifs sont incoercibles et récurrents, et ce malgré toutes les trahisons, les ingratitudes, les avanies, et le mépris que leur ont valu de telles attitudes, au fil des âges. Mais allez donc inhiber des réflexes ancestraux, fruits d'une éducation hautement spirituelle, humaniste, et profondément enracinée dans les valeurs transcendantes d'une Loi et d'une Tradition plusieurs fois millénaires, qui ont donné naissance à une religion aussi considérable que le christianisme, et dont l'Islam lui-même, bien qu'il s'en défende, est largement tributaire... 
 
Menahem Macina
 
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Explication de texte
 
[1] Est-il concevable que, "depuis 1992", c'est-à-dire depuis 13 ans, un 'enfermement' de cette durée soit passé inaperçu des nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ?  Quant à la maison… Pour ceux qui n’ont pas la possibilité de visionner la vidéo de ce JT, en voici une brève description. Un bâtiment disgracieux en béton armé, à la construction inachevée. De l’endroit où est prise la photo on peut compter, au-dessus du rez-de-chaussée, deux étages, percés chacun de 5 embrasures, soit dix au total, sans fenêtres ; les embrasures du milieu semblent être celles de la cage d’escalier.
[2] "Cachés dans les étages, des soldats israéliens". Le verbe 'caché' – probablement utilisé à dessein - peut donner à penser que les soldats se cachent de la caméra, mais aussi qu’ils sont postés en observation. On sait, en effet, que l’environnement de toutes les implantations est hostile, et donc qu’une attaque est toujours possible. En fait, du peu que l’on distingue sur cette photo, ce petit immeuble constitue un excellent point d’observation des alentours. Les embrasures de la partie droite du dernier étage sont munies de filets de protection, vraisemblablement contre les jets de grenades.
[3] "Il [Khalil el Bachir] nous attend devant l’entrée". Curieux. Nous verrons, en effet, plus loin, qu’il n’a le droit ni de sortir, ni de recevoir. D’où, sans doute, le correctif qui suit.
[4] "…très vite, il rentre se mettre à l’abri". Cette phrase trahit, semble-t-il, l’embarras du narrateur. On sait, en effet, que les commentaires de tels 'reportages' sont faits après la sélection et le montage des images. En l’espèce, le réalisateur avait le choix entre supprimer la brève prise de vues, où l’on voit Khalil el Bachir faire entrer l’équipe de tournage dans sa maison, et l’élaboration d’un commentaire qui masque la contradiction des propos. Il faut bien regarder chaque image. Derrière Kh. el B., on aperçoit nettement, à quelques dizaines de mètres, derrière un mur élevé, le toit d’une maison de l’implantation de Kfar Darom. Tandis que Kh. el B. se dirige vers la porte d’entrée de sa maison, on aperçoit, assis sur un fauteuil en osier, l’un des jeunes enfants de la famille, un adolescent. Tout cela respire la paix et le calme, contrairement au récit dramatique de la situation qui va suivre. Tandis que le père gravit tranquillement les quelques marches qui donnent accès au porche de l’entrée, on entend les mots fatidiques du narrateur : "très vite, il rentre se mettre à l’abri. A l'abri de quoi ? Gageons que c'est des tirs ! A en croire les Palestiniens et les corrrespondants de presse partisans, les Israéliens ont la gachette facile. D'où, sans doute, cette séquence "Alerte, aux abris !". C’est tout d’abord l’adolescent qui exécute sa part de rôle dans le scénario soigneusement élaboré, et probablement orchestré par l'équipe de tournage, en direction de laquelle il regarde avec attention : il se lève précipitamment de son siège et se faufile dans la maison, juste devant son père. Une jeune femme (probablement une des filles), que l’on voit de dos, vêtue d’un jean noir moulant, l'arrière de la tête enveloppé d’un foulard discret, à la palestinienne, le suit d’un pas décidé. Précision, toute cette mise en scène, destinée à justifier le danger allégué, est cruellement et ironiquement contredite par la vue du père, debout, détendu et souriant, sur le seuil de la porte, face à ses 'visiteurs' : l’équipe de reportage.
[5] "Ma propriété est considérée comme une base militaire israélienne". Le mot 'base' est pour le moins inapproprié ici. En fait, le bâtiment est réquisitionné par l’autorité militaire. Dans un reportage honnête, on eût au moins fait mention de cette situation étrange et émis l’hypothèse, tout à fait vraisemblable, que c’est par égard pour cette famille que Tsahal l’avait autorisée à continuer à habiter sa maison, non sans lui imposer des consignes très strictes de sécurité – pour eux – pas pour Tsahal ! A ce moment, la caméra effectue, de la terrasse, un travelling sur les abords de la maison. On distingue mieux, à présent, les contreforts de l’implantation toute proche. Surprise ! A quelques mètres de la terrasse, sur un long fil tendu entre deux arbres, sèche la lessive familiale. L’"interdiction de sortir" (voir note 7, ci-après) ne vaut heureusement pas pour cette contingence de la vie quotidienne. (Les soldats israéliens seraient-ils humains ?).
[6] "Ce directeur d’école vit cloîtré avec sa famille et ses cinq enfants". 'Cloîtré', terme accusateur. Si l’on oublie sa connotation religieuse d’enfermement volontaire qui le rend impropre à connoter la situation décrite, il fait son petit effet. C'est qu'à en croire le reportage, une famille entière est enfermée, contre son gré, dans sa propre maison, par une soldatesque israélienne ! Et cela depuis 1992 ! Pas un mot, par contre, sur le caractère insolite de cette situation. Rappelons, en effet, que jusqu’au jour de leur évacuation – imminente, à l’heure où ces lignes sont écrites -, toutes les implantations sont l’objet d’une protection militaire rapprochée. C'est pourquoi, contrairement aux accusations de el Bachir, le cas de cette famille est peut-être un témoignage du respect, par l’autorité militaire israélienne, de l’attachement des Palestiniens à leur terre et à leur foyer, et du souci de protéger leur intégrité physique, qui, là où ils sont situés, a plus à craindre des bandes armées palestiniennes que de l’armée et des colons israéliens.
[7] "Ils n’ont pas le droit de sortir…" – Sortir où, pour aller où ? Aucun détail à ce sujet. Comment la famille subvient-elle à ses besoins ? Où s’approvisionne-t-elle ? Tsahal vient-elle leur livrer leur ration quotidienne, comme elle le faisait jadis pour Arafat, le "reclus" (volontaire !) de la Mouqataa ? Comment croire une telle énormité ?
[8] "…pas le droit de monter dans les étages…" – On a appris, plus haut, que des soldats de Tsahal sont postés en observation dans les étages, un reporter moins orienté pro-palestinien en eût déduit que cette interdiction visait à protéger la famille des balles de tireurs embusqués, surtout quand on voit la largeur des embrasures.
[9] "…pas le droit de recevoir" – sauf l’équipe de tournage de France 2, en tout cas. Précisons, au passage, que le caméraman est le fameux Talal Abou Rahma, auteur des brèves et célèbres séquences montrant la mort – réelle ou mise en scène – du petit Mohammed al-Dura.
[10] "Un univers confiné, où regarder par la fenêtre peut coûter la vie". – Si on ne l’a pas compris (et surtout si l'on a oublié le début bucolique de ce reportage), l'endroit est aussi dangereux que Jénine !
[11] "Il faudra se cacher pour filmer ce char israélien qui passe à quelques mètres de chez lui." – Possible. Il manque pourtant quelque chose à cette remarque incidente. Quelques instants auparavant, l’équipe de tournage a pu filmer l’entrée tranquille dans la maison de Khalil el Bachir – preuve, à notre avis, qu’elle a reçu l’autorisation de Tsahal ; si donc il a "fallu se cacher" pour tourner ces images, c’est que l’autorisation de Tsahal stipulait qu’il était interdit de filmer des positions et des dispositifs militaires. Comme quoi, à vouloir trop prouver, on s’enferre dans les contradictions et on expose à la lumière crue du bon sens le propos incitateur de ce reportage.
[12] "Khalil et tous les siens sont alors enfermés dans une seule pièce". On comprend, à la rigueur, qu’après leur service, les membres de ce peloton de soldats en poste dans cette maison viennent dormir au rez-de chaussée. En effet, même de l’extérieur, comme l’illustrent les prises de vues précédentes, on peut voir que les étages supérieurs ne sont pas aménagés et donc pas habitables. Mais, cette précision irait à rebours de l’intention diffamatoire du reportage, il faut donc pimenter le récit pour le rendre dramatique. D’où le choix des mots. Et d’abord, "enfermés". Les soldats israéliens ne se contentent pas de squatter la maison de cette innocente famille palestinienne, ils en confinent les membres dans la chambre à coucher. Et le reste est à l’avenant…
[13] "Trois soldats s’installent devant la porte et pointent leurs armes sur nous". On se demande le pourquoi de cette menace contre des civils non armés, avec lesquels, à en croire le chef de famille palestinien, les militaires israéliens cohabitent depuis 13 ans ! Après autant d’intimité, la famille el Bachir devrait être au moins la mascotte du détachement militaire israélien local ! Il n’en est rient. Lisez la suite…
[14] "Un autre soldat… refuse même qu’on aille aux toilettes". – Vous vous rendez compte ! Ils vont jusque là ! Jusqu’à la négation des 'besoins' les plus élémentaires de la nature humaine ! Même les nazis n'en faisaient pas autant ! Message subliminal : les Israéliens sont mauvais "à la racine" ; ils ne respectent rien. Des gens qui empêchent leurs prisonniers de satisfaire leurs besoins naturels ne peuvent être que radicalement inhumains. Et l’escalade verbale continue…
[15] "Laissez-moi vous inviter dans la pièce où les Israéliens ont essayé de me tuer". La phrase serait comique, si les téléspectateurs réfléchissaient, ne serait-ce qu’un instant. On nous relate qu’un "obus de mortier a explosé devant sa fenêtre". Possible, quoique étonnant. Les tirs de mortier ont pour but de pilonner des positions ennemies fortement retranchées. Mais Kfar Darom n’est pas précisément une position ennemie… de Tsahal. Elle l’est, par contre, pour les factions armées palestiniennes. Mais le problème n’est pas là. Il réside dans l’affirmation tranchée du chef exemplaire de cette famille palestinienne exemplaire, sujets révérés de ce reportage hagiographique : les soldats israéliens, affirme Khalil el Bachir, "ont essayé de me tuer". Etonnant qu'ils n'y soeint pas parvenus. En effet, une autre salve, un peu plus longue et les téléspectateurs français eussent été privés à tout jamais de ce 'reportage' mémorable.
[16] "Blessé à la tête, c’est un miracle qu’il n’est [sic] pas mort". Quel type de blessure ? Quel degré de gravité ? On ne le saura jamais, et cela n’a d’ailleurs aucune importance. Dans le monde psychotique de la propagande moyen-orientale, le verbe est une arme en soi. Peu importe la vérité, ce qui compte, c’est de faire flèche de tout mensonge. Je mens, donc je suis. Je dis et cela existe. Le verbe oriental est créateur et destructeur. Par la vertu de l’incantation, il fait exister ce qui n’est pas. Le vrai problème n’est pas l’aberration du procédé, mais le fait qu’il ne se trouve presque personne pour le dénoncer, et que des myriades de consciences humaines absorbent sans discernement ces informations désinformantes, et sont infectées par le virus du mensonge.
[17] "Depuis lors, la pièce est restée en l’état". En effet, comme le montre la prise de vues qui illustre ce propos, même les vitres – dont on suppose qu’elles ont volé en éclats sous le souffle de l’explosion par laquelle les Israéliens "ont essayé de tuer" ce pauvre père de famille palestinien -, seraient toujours manquantes, et ce depuis 4 ans (!) comme le précise le commentateur. Seul témoignage de leur béance, au demeurant invisible, des morceaux de tissu. Plus douteuse encore est la vue suivante qui nous montre une tout autre fenêtre, qu’on tente de nous faire prendre pour celle qui aurait volé en éclats, alors que, contrairement aux précédentes, qui sont d’une seule pièce et dénuées de toute structure ou motif, celle-ci est équipée d’une armature en fer forgé et obstruée par une fine résille métallique. Il est à souhaiter que les téléspectateurs se posent la question qui ne semble pas avoir effleuré les auteurs de ce 'reportage', ni celle des responsables de la Rédaction de France 2 qui l'ont diffusé tel quel. Il s'agit de l’absence, plus que suspecte, des traces qu’auraient dû laisser les éclats de l’engin explosif sur la tête du lit. Celle-ci, en effet, est massive et volumineuse ; elle occupe toute la largeur du lit et sa pointe médiane couvre même le bas de la fenêtre, comme on peut l’observer sur la prise de vues. Un récit aussi rocambolesque est voué au ridicule, penseront sans doute certain(e)s, en évoquant le dicton selon lequel le ridicule ne tue pas… Ce qui ne l'empêche pas d'être mortel pour la réputation et l’honneur d’Israël.
[18] "Les enfants de Khalil ont écrit le mot 'paix', en anglais, avec des douilles". Séquence émotion. Touchants, ces enfants palestiniens, pourtant si mal traités par leurs occupants-geôliers ? Ecrire le mot 'peace', qui garantit la vie, avec des douilles de balles, qui sèment la mort : quelle belle idée, et surtout quelle preuve de grandeur d’âme ! Théoriquement, d’après le scénario subliminal, à ce stade, le cœur et l'esprit du téléspectateur moyen, ami de la paix et scandalisé par l’agir colonialiste et militariste de l’Etat d’Israël, sont conquis. D’autant que cet enterrement de première classe de l’honneur du peuple d’Israël et de son armée, s’achève sur l’enfoncement de quatre clous dans le couvercle du cercueil, qui se referme définitivement sur lui.
[19]  "C’est un message à l’attention des soldats qui viennent chaque nuit, pour leur dire qu’il est temps de faire la paix". Premier clou. On se demande, en effet, ce qu’attendent les Israéliens pour faire ami-ami avec les Palestiniens, qui ne leur demandent qu’une chose – bien compréhensible après tout : cesser d’exister en tant qu’Etat souverain sur une terre réputée exclusivement islamique ; se fondre dans les masses arabes, limiter leur judaïsme à la synagogue et au cadre familial, et surtout rendre aux Arabes leur honneur perdu, en faisant au moins semblant d’avoir échoué sur toute la ligne dans leur entreprise impérialiste, colonialiste et sioniste.
[20] "Même Yousef, son fils, blessé dans le dos l’an dernier, par un soldat israélien, n’a pas l’esprit de revanche". Deuxième clou. "blessé dans le dos". Air connu et leitmotiv dominant de la propagande télévisuelle de l'Autorité Palestinienne : les Juifs ont coutume de tirer dans le dos de leurs ennemis. Ce sont des fourbes. (Voyez Judas, qui livra son maître, Jésus, en l’embrassant !). Suprême frustration, avant le scellement fatidique du couvercle du mensonge mortel, la victime n’aura même pas la consolation de savoir dans quelles circonstances le gentil Yousef a été blessé. Il jouait probablement au basket, ou était imprudemment sorti de sa maison où il est assigné à résidence (au fait, comment a-t-il fait pour aller à l’école durant ses 13 ans de réclusion ?). Le scénario du reportage de France 2 ne lève pas le voile sur ce mystère…
[21] "Assis sous le drapeau de la paix…" Troisième clou. Alors que le dernier rai de lumière va cesser de lui être perceptible sous son couvercle presque scellé, l’honneur civil et militaire israélien a encore le temps d’apercevoir le tableau vivant que le peintre-vidéaste, Talal Abu Rahma, est en train d'immortaliser sur la pellicule pour la postérité négationniste. Assis dans un grand canapé, au fond de la vaste pièce qui sert, semble-t-il, de salon, le jour, et de chambre à coucher familiale, la nuit, le père entouré de sa femme, de ses deux filles et de ses deux fils, pose pour la postérité, sous un drapeau aux couleurs italiennes (sauf erreur) sur lequel s’étale, en grosses lettres blanches, le mot "Pace", 'paix', en italien, comme le fait remarquer le père, en voix off.
[22] "Khalil attend sa délivrance avec impatience". Quatrième et dernier clou, planté, cette fois, par le commentateur en personne. Est-ce une imagination ? Il semble que le mot 'délivrance' ait, dans ce contexte, une résonance religieuse. On eût attendu, 'indépendance', ou 'liberté'. Mais c’est 'délivrance' qui a été choisi. Car, dans ce pathos audiovisuel, tant les mots que les images n'ont pas été choisis au hasard. Ils ont pour but non seulement d’émouvoir les coeurs au spectacle de la souffrance palestinienne, et de gagner les esprits à la cause de ce peuple, comme c’est bien évident, mais aussi, et peut-être surtout, de contribuer à l’entreprise de réécriture révisionniste de l’histoire, en général, et de celle du peuple palestinien en particulier. Dans cette nouvelle mythologie patriotique, il semble que l’aspiration à l’existence nationale ne puisse se matérialiser, comme dans les sacrifices antiques, que par la mort de l’ennemi, qu’il importe non seulement de vaincre, mais d’ingérer, tant pour s’assimiler son énergie que pour supprimer définitivement toute trace de son existence.
 
Menahem Macina
 
© upjf.org
 
Mis en ligne le 14 août 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
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