25/06/09
Sur le site Agoravox
Les députés qui sémeuvent de lapparition du niqab (burka "soft") en France sont bien gentils, mais ce drap [sic], nest quun signe visible qui cache mal des mots au moins aussi radicaux. Cet accoutrement est lexpression de lextrémisme religieux, mais il témoigne dun aspect plus grave, plus profond et plus insidieux. Au-delà même de laspect choquant de la place [qu]il assigne [aux] femmes].
Le Coran et ses sourates sont remplis dintentions et de jugements très négatifs sur les « mécréants » et les « infidèles » (*). Or, les Occidentaux chrétiens, juifs ou athées sont ces infidèles et ces mécréants aux yeux de lislam. Si lon en croit les démographes, cette religion va poursuivre son expansion, pour venir rivaliser en nombre avec les chrétiens et les athées en Europe. Qui nous dit que tous les membres de cette communauté seront indifférents à une lecture simple, voire simpliste du texte, si rien nest fait pour la délégitimer officiellement ?
En 1947, après la terreur dune guerre sans précédent, une petite conférence sest tenue dans le village suisse de Seelisberg. Lobjectif était de savoir si les religieux pouvaient identifier, dans leur sphère de compétence et dinfluence, des causes de lantisémitisme. Des juifs, des chrétiens (catholiques et protestants) analysèrent les aspects sur lesquels ils pouvaient agir pour tenter de neutraliser (dans leur domaine) lantisémitisme, cette constante des sociétés européennes depuis plusieurs siècles.
Si tout ne fut pas débattu, évidemment, loin sen faut, au moins les responsables chrétiens se [souvinrent-ils] que leurs évangiles présentaient les juifs comme les « ennemis » de Jésus. Ennemis dun jour, mais aussi ennemis [de] toujours en quelque sorte.
Lexemple de la prière du Vendredi [Saint] illustrait bien le problème.
« Oremus et pro perfidis Judaeis », traduit en français par « Prions aussi pour les Juifs perfides », résumait assez bien ce que lEglise propageait chaque semaine [lire : chaque année] [1] comme message à légard des juifs, même dans une prière à leur intention. Lantisémitisme passait aussi par la religion. On navait pas attendu Seelisberg pour sen rendre compte, mais rien navait été fait. La religion, par essence conservatrice, navait pas bougé, et navait rien changé. Après la Shoah, après Seelisberg, lEglise ne pouvait pas rester de nouveau inerte et faire comme si ces remarques étaient dénuées de pertinence et de légitimité. On modifia le texte de loraison pour « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier
/
». Ainsi diplomatie [2] et oecuménisme sinvitaient dans un texte religieux.
Croyant, je ne suis pas, pour autant, un grand spécialiste de ces textes. Mais je pense que cet exemple montre bien que, oui la religion, quelle quelle soit, lunivers de la foi, la recherche de labsolu, peuvent être aussi, hélas, le terreau de lintransigeance, puis de lintolérance. Oui, sur des esprits et des âmes simples en quête de "vérité", le résultat peut être radical et former un chemin vers la haine. Oui, les religions sont responsables du message quelles délivrent et de leurs effets sur leurs fidèles. Dans des sociétés multiculturelles et multicultuelles encore plus quailleurs, dans une planète réduite par la mondialisation encore plus quavant, lcuménisme ne doit pas rester un discours rempli de bonnes intentions, orné de sourires de façade.
Et si nos responsables religieux faisaient un nouveau "Seelisberg"
auquel les musulmans participeraient ? Dire quil ne faut pas attendre à nouveau [à ce] que les mêmes causes produisent les mêmes effets serait excessif et alarmiste. Les textes religieux seuls ne peuvent pas tout assumer. Mais
Car, à lheure où nos élites républicaines contournent allègrement la loi de 1905 afin que des mosquées sortent de cette terre, la lecture de certaines sourates, de certains versets du Coran a de quoi inquiéter: les femmes, et aussi plus largement les "infidèles" et les "incrédules" que nous pouvons être, nous Occidentaux chrétiens ou athées, aux yeux de lislam
Nen déplaise à M. Obama, qui [a] tent[é] damadouer les musulmans, au Caire, dans un discours assez démagogique, prononcé là-même où lislam est présent sous sa forme la plus archaïque [2].
Lislam est un message de paix nous dit Tarik Ramadan
Quil nous soit permis den douter à lécoute [lire : laudition] de certains passages du Coran, et à la connaissance de certains passages à lacte, criminels, ces dernières années, commis en son nom.
A moins de considérer naïvement que Malek Chebel, ou Abdelwhab Meddeb [3], inspirent tous les imams et tous les musulmans de France, à moins de croire que la laïcité va simposer delle-même en un instant aux nouveaux arrivants, alors quelle fut lobjet dun combat virulent pour asseoir sa prééminence jusquà la loi de 1905, à moins de penser que lcuménisme est le carburant naturel des religions, je pense quil serait pertinent que nos responsables "laïques" obtiennent explicitement, de la part dun "islam de France" (et des autres religions), une mise au rebut de quelques appels explicites à des [d]jihads pas toujours "intérieurs", de quelques conditionnements répétés au rejet de lautre et, dans le meilleur des cas, à son maintien dans un statut éventuel de dhimmi
Les sourates sont disponibles sur les sites de vidéos en ligne
pas besoin de se plonger dans le Coran. Faites une recherche avec les termes, infidèles, ou/et mécréants, plus sourate et/ou verset, dans un moteur de recherche bien connu, et vous aurez une idée du problème. Nous sommes très loin du "vivre ensemble"
A lheure où la Halde et dautres organismes traquent, sur la toile, les appels à la haine, il y a là du grain à moudre.
La religion, lintuition spirituelle, font partie de lhistoire de lhumanité et sont au cur de la conscience humaine. Mais ces messages trouvent leur traduction hors des églises, hors des synagogues, hors des temples et des mosquées, dans lespace public, laï[que] ou non. Pour le meilleur et pour le pire
La mise en présence, dans un même espace, de religions aux antagonismes historiques avérés peut sapparenter parfois à la programmation dune histoire violente. La France a connu cette violence dans le passé. Aujourdhui, dautres pays sont dans la tourmente pour navoir pas su trouver la « bonne recette ». Aujourdhui, beaucoup de chrétiens ont fui les terres de lislam où un sort peu enviable leur était fait, leur est fait. Un nouveau Seelisberg devrait être tenu [4].
Faute de lavoir fait à temps, nos responsables courent le risque de se condamner aux remords. La pusillanimité de nos dirigeants sur ce sujet ne peut déboucher que sur un malentendu, pris comme un aveu de faiblesse. On ne peut pas à la fois construire une société multicuturelle et faire limpasse sur la teneur des messages religieux qui traversent et travaillent la masse des croyants, à labri des caméras, dans lintimité des lieux communautaires.
© Agoravox
---------------------
Note de lauteur
(*) Les fidèles conscients du caractère inquiétant des textes diront quil ne faut pas sen tenir au sens littéral
mais quil faut sen remettre aux érudits, comme si cela pouvait préserver dune compréhension intolérante
Que sont les talibans alors ? Et les savants wahhabites ? Des ignares ?
---------------------
Notes de Menahem Macina
[1] La prière "Pro perfidis iudaeis" nétait pas récitée toutes les semaines mais uniquement lors de loffice du jeudi et du vendredi saint, soit une fois par an, et cest déjà suffisant.
[2] Ni lEgypte, ni le Caire ne sont des fiefs de lislam « archaïques », comme le dit lauteur. Il confond sans doute avec lArabie Saoudite.
[3 Ecrivains musulmans qui décrivent dans leurs ouvrages un islam pacifique et rayonnant sur le plan culturel, non sans pas mal dembellissements voire de manipulations - de lhistoire.
[4] Le bref excursus qui suit illustre linadéquation de ce vu pieux.
---------------------
Remarque de Menahem Macina
Il convient de rappeler que ce quon a appelé la "Conférence de Seelisberg", fut une initiative chrétienne, même si le comité organisateur porte le titre d'«International Council of Christians and Jews». A lissue de cette rencontre - qui ne fut pas aussi idyllique qu'on le pense généralement [1] -, fut élaborée, sous la forte influence de Jules Isaac, qui y participait, une liste de recommandations, connue sous le nom de « Dix points de Seelisberg » [2] Un simple coup dil sur ces recommandations rend clair que, si généreuse quelle soit, lidée dun « nouveau "Seelisberg"
auquel les musulmans participeraient », comme lécrit lauteur de larticle ci-dessus, est une construction de lesprit et repose sur une analogie inadéquate.
En effet, sagissant de lislam, pour quune rencontre de cette nature soit possible, il faudrait que se soit fait jour, chez les musulmans qui envisageraient dy participer, une prise de conscience aiguë du caractère nocif et destructeur dun grand nombre de passages du Coran, et quil en découle une volonté damender ces textes blessants. Or, on sait quà la différence des Ecritures saintes des juifs et des chrétiens, qui ne sont pas considérées comme la norme absolue du comportement et de la vie quotidienne, le Coran, interprété par la Sunna et les hadiths, entend régir tous les aspects de la vie personnelle et sociale des fidèles musulmans, ainsi que la politique et les institutions des Etats islamiques. De surcroît, la référence au Coran est absolue et tout ce qua dit le prophète, et même ses actes et ses comportements, ont une valeur normative intangible, indépendante des cultures, des régimes politiques, et des époques. A ce titre, la haine envers les Juifs, dont le Coran et les hadiths contiennent de multiples expressions, nest pas susceptible de réforme, car, dun point de vue islamiste rigoureux, ce serait attenter à lintangibilité de la révélation islamique et à la sainteté des Ecritures saintes et de la tradition de lislam. Aussi, lévocation de la prière catholique, "Prions pour les Juifs perfides", apparaît-elle anecdotique si on la compare aux multiples malédictions et insultes qui abondent en islam, et qui soriginent au Coran et à sa tradition scolastique et pieuse.
[2] Elle figure dans le bref exposé quon peut lire dans larticle intitulé "Trois initiatives pionnières en matière de relations entre chrétiens et Juifs", chapitre 2.
---------------------
[Larticle dAgora Vox ma été aimablement signalé par R. Lewin.]
Mis en ligne le 25 juin 2009, par











