Israel National News
Texte original anglais : "Letter to Gaza Citizen: I Am the Soldier Who Slept in Your Home".
Traduction française : Marc Brzustowski
Alors que le monde découvre les ruines de Gaza, vous revenez dans votre maison restée debout. Cela dit, je suis sûr quil est clair pour vous que quelquun a occupé votre maison lorsque vous en étiez absent.
Je suis ce quelquun.
Jai passé de longues heures à imaginer, en déambulant à lintérieur de votre maison, de quelle façon vous réagiriez. Ce que vous ressentiriez en comprenant que les soldats de Tsahal avaient dormi sur vos matelas et utilisé vos couvertures pour trouver un peu de chaleur.
Je savais que cela vous mettrait en colère et vous rendrait triste, et que vous ressentiriez, avec une irritante humiliation, cette violation des lieux les plus intimes de votre vie, par ceux-là mêmes qui sont définis comme étant vos ennemis. Je suis convaincu que vous me haïssez dune haine sans borne, et que vous navez pas même la plus petite envie découter ce que jai à dire. En même temps, il est important pour moi de dire ce qui va suivre, avec lespoir quil reste ne serait-ce que la plus infime chance que vous mécoutiez.
Jai passé de longues journées dans votre maison. Dans chaque recoin, je pouvais sentir votre présence et celle des vôtres. Jai vu les photographies de votre famille sur le mur, et jai pensé à ma famille. Jai vu les flacons de parfum de votre femme sur sa commode et jai pensé à ceux de ma femme. Jai vu les jouets de vos enfants et leurs livres décole en anglais. Jai vu votre ordinateur personnel et la façon dont vous aviez installé le modem et le téléphone sans fil juste à côté de lécran, exactement comme je le fais moi-même.
Je veux que vous sachiez quen dépit de limmense désordre causé par une fouille à la recherche dexplosifs et de tunnels (qui en fait ont été trouvés dans dautres habitations), que vous avez trouvé en rentrant chez vous, nous avons fait notre maximum pour traiter vos biens avec respect. Lorsque jai déplacé la table sur laquelle repose lordinateur, jai débranché les câbles et les ai soigneusement posés sur le sol, comme je laurais fait sil sagissait de mon propre ordinateur. Jai même recouvert lordinateur avec un morceau de tissu pour le protéger de la poussière. Jai essayé de remettre à leur place les vêtements qui étaient tombés, lorsque nous avons déplacé larmoire, certes, pas exactement comme vous lauriez fait, mais au moins de telle manière quaucun ne soit égaré.
Je sais pertinemment que la dévastation, les impacts de balles sur vos murs et la destruction des maisons voisines donnent à mes descriptions un éclairage ridicule. Cependant, jai besoin que vous me compreniez, que vous nous compreniez, et jespère que vous pourrez canaliser votre colère et vos reproches dans une juste mesure.
Jai décidé tout spécialement de vous écrire cette lettre, précisément parce que jai demeuré dans votre maison.
Je présume que vous êtes intelligent et cultivé et que des membres de votre famille vont à luniversité. Vos enfants apprennent langlais et vous êtes connecté à internet. Vous nêtes pas un ignorant ; vous savez ce qui se passe autour de vous.
De plus, je suis sûr que vous savez que des roquettes Qassam ont été tirées à partir de votre voisinage vers les villes et cités israéliennes.
Comment avez-vous pu assister à ces tirs, des semaines durant, sans penser quun jour nous dirions « Cen est assez! ». Navez-vous pas envisagé parfois que cétait mal de tirer des roquettes sur des civils innocents cherchant à vivre une vie normale, tout comme vous ? Combien de temps pensiez-vous que nous resterions les bras croisés sans réagir ?
Je vous entends déjà me dire : « Ce nest pas moi, cest le Hamas! ». Mon intuition me dit que vous ne comptez pas parmi leurs plus fervents supporters. Si vous regardez de près la triste réalité dans laquelle vit votre peuple et que vous nessayez pas de vous leurrer ou de trouver des prétextes dans "loccupation", vous devez certainement aboutir à la conclusion que le Hamas est votre véritable ennemi.
La réalité est si simple que même un enfant de 7 ans peut la comprendre : Israël sest retiré de la Bande de Gaza, et a enlevé ses bases militaires et ses citoyens du Goush Katif. Néanmoins, nous continuons à vous fournir lélectricité, leau courante et des marchandises (et cela, je le sais dautant mieux que, durant mes périodes de réserviste, jai gardé plus dune fois les points de passage et jai été témoin du passage de centaines de camions bourrés de marchandises, qui entraient chaque jour dans Gaza libre de tout blocus).
Malgré tout cela, pour des raisons incompréhensibles et contre toute logique rationnelle, le Hamas a continué à tirer des missiles sur les villes israéliennes. Durant trois ans, nous avons serré les dents et nous nous sommes contenus. A la fin, nous ne pouvions plus nous y tenir et sommes entrés dans la bande de Gaza, dans votre quartier, dans le but déliminer ceux qui veulent nous tuer. Une réalité douloureuse, mais très facile à expliquer.
Dès linstant où vous serez daccord avec moi pour reconnaître que le Hamas est votre ennemi et quà cause deux, votre peuple est misérable, vous comprendrez aussi que le changement doit venir de lintérieur. Je suis tout à fait conscient que ce que je dis est plus facile à écrire quà faire, mais je ne vois pas dautre moyen. Vous qui êtes connecté au monde entier et soucieux de léducation de vos enfants, vous devez déclencher, avec vos amis, un soulèvement civil contre le Hamas.
Je vous jure que si les citoyens de Gaza étaient occupés à paver les routes, construire des écoles, ouvrir des usines et des institutions culturelles, au lieu de sapitoyer sur eux-mêmes, de faire du trafic darmes et de nourrir de la haine pour leurs voisins israéliens, vos maisons ne seraient pas en ruines comme aujourdhui. Si vos dirigeants nétaient pas corrompus et motivés par la haine, vos maisons nauraient pas été endommagées. Si quelquun sétait levé en criant que cela ne mène nulle part de lancer des missiles sur des civils innocents, je naurais pas été obligé de me trouver dans votre cuisine, en tant que soldat.
Vous navez pas dargent, me direz-vous? Vous en avez plus que vous ne limaginez.
Avant même que le Hamas prenne le contrôle de Gaza, durant la période dArafat, des millions, si ce nest des milliards de dollars, donnés aux Palestiniens par la communauté internationale, ont été utilisés pour acheter des armes, ou versés directement sur les comptes personnels de vos dirigeants. Les Etats du Golfe, les Emirats vos frères, votre chair et votre sang, sont parmi les nations les plus riches du monde. Sil y avait le moindre sentiment de solidarité entre les nations arabes, si ces nations avaient ne serait-ce que le plus petit intérêt à remettre sur pieds le peuple palestinien votre situation serait très différente.
Vous devez bien connaître Singapour. La superficie de ce territoire nest guère plus grande que celle de la bande de Gaza, et il est considéré comme le second pays le plus peuplé au monde. Pourtant, Singapour est un pays prospère, bien géré, qui réussit. Pourquoi la même chose vous serait-elle impossible ?
Mon ami, jaimerais vous appeler par votre nom, mais je ne le ferai pas publiquement. Je veux que vous sachiez que je suis à 100% en accord avec ce que mon pays a fait, avec ce que mon armée a fait, avec ce que jai fait. Pourtant, je ressens votre souffrance. Je suis désolé de la destruction que vous constatez dans votre quartier en ce moment. A mon niveau personnel, jai fait tout ce que jai pu pour limiter au maximum les dommages causés à votre maison.
Selon moi, nous avons davantage de choses en commun que vous ne pourriez limaginer. Je suis un civil, pas un soldat, et dans ma vie privée je nai rien à voir avec larmée. Cela dit, jai obligation de quitter ma maison, de porter luniforme et de protéger ma famille, à chaque fois que nous sommes attaqués. Je nai nul désir de me retrouver à nouveau en uniforme dans votre maison et je serais plus quheureux de masseoir avec vous, en tant quinvité, sur votre magnifique balcon, en buvant un délicieux thé, assaisonné avec la sauge qui pousse dans votre jardin.
La seule personne qui peut faire de ce rêve une réalité, cest vous. Soyez responsable de vous-même, de votre famille, de votre peuple, et commencez à prendre votre destin en main. Comment ? Je ne sais pas. Peut-être y a-t-il quelque chose à retenir du peuple juif qui sest dressé, après la tragédie humaine la plus destructrice du XXe siècle et, plutôt que de sombrer dans lapitoiement sur lui-même, a construit un pays florissant et prospère. Cest possible et cela ne dépend que de vous. Je suis prêt à me trouver là pour soutenir, vous épauler et vous aider.
Mais il ny a que vous qui puissiez faire tourner la roue de lhistoire
Avec toute ma considération,
Yishai, (Soldat de réserve)
Ce qui précède est une lettre qui a dabord été publiée dans le quotidien en hébreu, Maariv, et traduite en anglais par Independent Media Review and Analysis (IMRA).
© Maariv
Mis en ligne le 4 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org











