03/08/08
Texte repris du site Causeur.fr, dElisabeth Lévy et Gil Mihaely
Moïse était face à la Mer des Roseaux (autrement appelée la Mer Rouge) et avait guidé lensemble des enfants dIsraël (terme quemploie la Torah) vers la sortie de lEgypte et de lesclavage. Les armées de Pharaon étaient à leur poursuite. Heureusement, la mer se sépara afin de permettre aux Juifs de continuer leur échappée. Certains racontent quà ce moment précis une délégation se forma pour reprocher à Moïse le fait que le chemin était un peu trop boueux à leur goût.
Le soir de Pessah, la Pâque juive qui commémore la sortie dEgypte, on raconte les événements selon un ordre bien établi. Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? : laccent est mis sur les questions posées par les enfants aux adultes. Ainsi, on cite lexistence de quatre enfants tous très différents les uns des autres et qui ont chacun une approche spécifique du récit de la sortie dEgypte : le sage, le simple, le méchant et celui qui ne sait pas poser de questions. Certains expliquent la présence de ces quatre enfants dans la liturgie de Pessah par le fait quils représentent, chacun, une manière dêtre Juif, une Weltanschauung juive.
Les Juifs de France ont aujourdhui tous leur propre vision dIsraël. On observe entre eux une grande diversité selon lâge, la tendance, le degré dengagement, les niveaux de pratique religieuse, bref, conformément à la liturgie de Pessah, tout sauf un regard monolithique.
Certains se définissent demblée comme faisant partie du peuple juif et font leur son sort quel quil soit. De nombreux Juifs français vibrent en phase avec les joies et les tristesses dIsraël. Ils tremblent quand trente obus de mortiers tombent en une journée à Sderot et frissonnent de plaisir quand ils apprennent que leur dernier joujou électronique a été inventé dans un centre de recherches du Neguev, le désert dans le sud du pays. Ils nen sont pas moins heureux de vivre en France, le pays qui, souvent, a accueilli leurs parents ou grands-parents. Et ils sont très attachés à ses valeurs, qui ont permis lintégration de leurs familles, et très soucieux quelles perdurent.
Dautres ont une connaissance limitée dIsraël, mais montent le son si on en parle à la radio. Très souvent, leur candeur ne porte que sur Israël, car pour ce qui concerne la France, sa culture, ses arts, ils sont experts. Ils sidentifient à Israël lors des grands moments tristes ou joyeux : les anniversaires ronds (le 60e anniversaire vient dêtre fêté), les grandes menaces ennemies.
Dautres encore sont distants, indifférents, voire franchement critiques par rapport à Israël. Ils ne se sentent pas particulièrement concernés par le sort de cet Etat ni de ses habitants, ce qui ne préjuge pas forcément, dailleurs, de leur attitude par rapport au peuple juif.
Enfin, chez certains, lidentité juive est lointaine voire inexistante. Ils nont pas de sensibilité particulière au destin dIsraël.
Je ne prétends pas faire la sociologie des Juifs de France, mais rappeler que la diversité, les discussions, les différences dopinion sont monnaie courante, au sein dune même famille, dun groupe damis et parfois même dune seule personne.
Rien de surprenant à cela : toute lhistoire juive est traversée de rébellions, dissidences, antagonismes. Pensons aux râleurs qui trouvaient trop boueux le passage dans la Mer Rouge (je vous laccorde, nous navons aucune preuve que cela sest réellement produit, mais franchement, cela semble tellement plausible), à ceux qui, une fois dans le désert, se plaignirent de ne plus pouvoir manger leurs légumes favoris ou aux discussions juridiques et sociales qui constituent la trame du Talmud. Et surtout, il y a les discussions politiques qui se déroulent tout le temps et partout en Israël. Quand je dis partout, cest réellement partout : au café bien sûr, mais aussi dans le taxi et dans le bus, (jusque-là rien doriginal), à la synagogue, à lécole, devant le Kotel (le Mur occidental, dernier vestige du Temple de Jérusalem), à lépicerie, au bureau, dans les embouteillages de Tel Aviv et de Jérusalem, au supermarché, dans les musées, sur la plage, sur les chemins de randonnée à la montagne, à la maison bien sûr, dans la salle dattente du médecin, sans oublier à la Knesset (le Parlement israélien). Parler politique, autrement dit, donner sa propre solution aux problèmes économiques, sécuritaires, sociaux, éducatifs du pays semble dune importance vitale. Peut-être est-ce un facteur de la longévité du peuple juif.
Bien sûr, dans quelques semaines, je pourrai vous décrire tout cela bien plus précisément, mais dici là il vous faudra encore lire mon dernier texte écrit en France. Il évoquera toutes ces petites choses typiquement françaises que je fais pour la dernière fois.
Laurent Cudkowicz
© Causeur
Mis en ligne le 02 septembre 2008, par











