27/07/08
Texte repris du site Causeur.fr, dElisabeth Lévy et Gil Mihaely
Voici le tableau : la maison est vide et le container en bas de la maison presque (trop) plein. Des déménageurs saffairent partout et ont joué à Christo, à tout emballer. Dailleurs, mon fils Ben (4 ans), ne sy est pas trompé en demandant à lun dentre eux sil allait aussi emballer les murs.
La prochaine fois que nous verrons nos armoires, nos livres, nos vêtements, nous serons à Jérusalem. Entre-temps et durant les trois prochaines semaines, nous serons accueillis par amis et parents. Nous allons enfin savoir ce que cela signifie que de vivre sans domicile ni biens. Pourrons-nous, durant ces trois semaines, qui seront couronnées par notre voyage en avion, faire abstraction de toutes les contingences matérielles afin de nous rapprocher de nos enfants, de nos amis et de notre famille, voire. Les soucis liés à lorganisation seront toujours là, et lincertitude de ce qui va nous attendre à Jérusalem est grandissante. En tous cas nous essaierons. Nous avons dailleurs déjà commencé. Les récents contacts que nous avons avec nos amis et familles commencent à être un peu teintés de nostalgie et de vérité. Cest un fait, un départ sidentifie un peu à un moment de vérité. Dailleurs, dans certaines familles (dont la mienne), on a lhabitude de jeter de leau devant un proche qui sen va. Navez-vous jamais vu une mère en robe de chambre sur le trottoir avec une casserole à la main en train dasperger la vitre latérale dune voiture ? En général on explique que cest pour entraîner le retour des personnes qui partent, par similitude à leau de la marée qui va et revient. On pourrait peut-être finalement aussi dire que la pureté de leau représente la vérité du départ. Eh oui, je suis sûr que, même si vous ne connaissez pas cette coutume, vous comprendrez aisément que leau ne peut pas être remplacée par de la bière. Imaginez la mère avec son fichu sur la tête en train de jeter le contenu de son bock de bière sur la voiture de son fils.
Les dernières rencontres avec les amis sont très particulières. En plus de lhospitalité débordante dont tous font preuve, on sent une certaine nostalgie de leur part. Il est vrai que, pour ce qui nous concerne et du fait que nous sommes toujours dans le feu de laction, nous navons pas le temps ni la présence desprit de réfléchir à la vie que nous laissons sur place. Les discussions portent sur des sujets que nous aurons sans doute complètement évacués de notre esprit dans quelques semaines, mais que nous considérons sincèrement comme faisant encore complètement partie de notre vie.
Nous nous sommes même pris à évoquer avec tout le sérieux requis par des parents, la future rentrée scolaire en France, alors que nous ne devrions en fait plus du tout être concernés. A la veille de franchir un des pas les plus importants de notre vie, nous nous préoccupons de problèmes qui nous seront, objectivement, étrangers dans quelques semaines. On pourrait très facilement expliquer que cela provient dune absence dégoïsme de notre part, que nous ne pouvons pas facilement oublier les problèmes de la ville dans laquelle nous avons passé 9 ans de notre vie et qui a vu naître deux de nos enfants et grandir les deux autres. Je pense que cette explication est un peu trop aisée, même si elle est en partie vraie.
La véritable raison est que la vie dun homme est faite plus dactes que de pensées. Aujourdhui, notre émigration na pas encore eu lieu, même si elle est très proche et quelle a engendré de nombreuses actions très concrètes. Dailleurs sans elle, je ne serais pas en train décrire ce texte dans une maison complètement vide, assis sur le seul tabouret qui reste. Lacte démigrer lui-même, la confrontation quotidienne à notre nouvel environnement, linscription des enfants dans les écoles, nont pas encore eu lieu. Il ne sagit donc, pour le moment que de pensées. En revanche, évoquer et tenter de résoudre les problèmes concrets de la prochaine rentrée scolaire en France, constituent des actes concrets qui influencent réellement la vie. Je vous donne un exemple pour illustrer ce que je veux dire. De nombreuses religions portent une importance accrue au rituel et aux actes. Ainsi, le judaïsme religieux repose en grande partie sur le Chabat, le jour de repos hebdomadaire. Lors de cette journée, on a lhabitude de sabstenir de pratiquer certains actes de la vie quotidienne, afin den privilégier dautres, dans lobjectif dinterrompre le rythme du reste de la semaine. On aurait pu imaginer que pour atteindre lobjectif fixé par cette journée spéciale, une simple prise de conscience spirituelle eût été suffisante. Ce nest pas le cas. Pour atteindre cette prise de conscience spirituelle, des prescriptions très précises de la vie quotidienne sont énoncées. Très souvent, la pensée suit lacte, et non linverse.
Nous sommes à trois semaines de notre départ effectif. Il vous faudra donc attendre encore un peu avant que nous rentrions dans le vif du sujet
Dici là, je vous propose, la semaine prochaine, de vous exposer les différentes manières dont les Juifs de France perçoivent Israël.
Laurent Cudkowicz
© Causeur
Mis en ligne le 02 septembre 2008, par











