20/07/08
Texte repris du site Causeur.fr, dElisabeth Lévy et Gil Mihaely
La semaine dernière, je vous ai promis de décrire lambiance familiale, à une semaine du container. Je vous ai aussi promis de vous présenter les autres membres de ma famille. Aujourdhui, jai un problème avec ces deux sujets. Lambiance familiale à une semaine du container : on na pas trop envie den parler, dautant que jai trouvé le moyen de partir en déplacement professionnel durant 3 jours
Je sais, cest mal, mais cest un fait : jai fui le foyer familial en laissant à ma femme Valérie le démontage des meubles destinés à nos amis, le décrochage de nos divers tableaux et lorganisation de la vie dans ce qui sapparente maintenant plus à un marché aux puces permanent quà une maison familiale. Donc lambiance familiale, on repassera. Il est dailleurs difficile de ne froisser personne et on croise le fer facilement en ce moment chez les Cudkowicz (oui, je sais, les jeux de mots dépassent parfois la réalité).
Voilà qui est fait pour lambiance familiale
Vous croyez donc que je vais maintenant pouvoir aborder aisément la présentation des autres membres de la famille ? Vous vous leurrez : jai eu droit à une réelle levée de boucliers de la part de certains dentre eux que je ne nommerai pas : du « tu nas pas le droit de révéler ma vie privée » à « jai le droit de tattaquer en diffamation ». Comme vous voyez, la vie nest pas un long fleuve tranquille, ni chez les Groseille, ni chez les Le Quesnoy, ni chez les Cudkowicz. Je vais donc commencer par ceux qui nont manifesté aucune opposition. Je trouverai bien une solution pour les autres.
Ben : le petit dernier de la famille. Il a 4 ans, il sait que nous partons en Israël « et pas en vacances ». Il a, depuis plusieurs semaines, deux caisses dans sa chambre : une contient les jouets quil emporte, et lautre ceux dont il devra se séparer. Je ne dis pas quil ne fait pas subir des transbordements au contenu de ces deux caisses, mais on peut dire, quen gros, lidée est là. En tous cas, il semble lavoir comprise. Tout le monde est bien conscient que Ben est le membre de la famille qui sadaptera le plus vite à son nouvel environnement. Cest lui qui aura le plus rapidement pris laccent israélien en parlant français (si tant est que les autres le prennent un jour). Cest lui qui apprendra à lire et à écrire lhébreu avant le français. Bref, il est le seul de la famille à pouvoir mettre la charrue avant lhébreu (bon, daccord, celle-là est approximative). Cest aussi lui qui risque, durant les toutes premières semaines au sein de son nouveau jardin denfants, de commencer à sexprimer avec les poings plutôt quavec les mots, il paraît que cest classique, nous a-t-on dit, on verra bien. Il paraît que nous aussi, les adultes, nous aurons parfois cette envie, lors des grands moments de solitude face à ladministration israélienne.
Tamar, 7 ans: elle nest ni laînée, ni le premier garçon, ni le petit dernier. Elle est la troisième. Elle défend très bien son titre par une personnalité et une sensibilité exacerbées. Cest elle qui, lors dune soirée-surprise que nos amis nous ont préparée, la semaine dernière, est subitement montée sur une chaise pour adresser un discours de remerciement aux 80 convives ébahis. Tamar est très contente dimmigrer en Israël, pour de très nombreuses raisons. Entre autres, dans quelques mois, elle pourra parler hébreu à sa meilleure copine de classe dont cest la langue maternelle : les enfants découvrent la richesse linguistique.
Jarrive aux adolescents : je prends donc les précautions juridiques dusage, et veille à ne rien dévoiler qui ne soit pas vrai, laudatif, ou par trop personnel.
Elie, 14 ans (jusque là, rien de répréhensible) : il est parmi les membres de la famille qui ont participé à la décision démigrer, celui qui a donné son accord le plus rapidement, le plus simplement, le plus naturellement. Elie est un perfectionniste dans lâme, courageux et travailleur. Depuis sa bar-mitzvah, il grandit en taille, en capacités intellectuelles, en raison. Il a sauvé lhonneur de son père, avec 25 ans de décalage. Il y a quelques mois, je retrouvais un ami denfance que javais perdu de vue et nous avons entamé un match de football entre nos deux familles sur la pelouse de la Cour suprême dIsraël (il faut bien quelle serve à quelque chose, la pelouse bien sûr). Adolescent, jétais nul au foot, mais Elie a été tellement bon que ma nullité dantan en a été complètement effacée.
Noémie, 16 ans : cest elle la « procédurière », donc on va la faire « à la Aldous Huxley » : Noémie est une formidable jeune fille, très équilibrée, mignonne, intelligente, perspicace, pleine dhumour, taquine, persévérante. Elle sest prise de passion pour le karaté, dans le sillage, sans doute, de son grand-père, 3e dan. Elle est capable de vous réciter, comme si vous y étiez, le fameux monologue du scribe dans Astérix et Cléopâtre (Edouard Baer : « Je ne crois pas quil y ait de bonne ou de mauvaise situation
») Elle na aucun défaut apparent, et a de suite adhéré au projet démigration. On va sarrêter là pour linstant. Si je ne suis pas assigné en justice dans les prochains jours, je vous en dirai plus dans un texte ultérieur.
Valérie (presque le même âge que moi) : juste une idée qui dit tout : lorsque nous nous sommes mariés, Valérie navait non seulement jamais habité dans une autre ville que sa ville natale, mais navait jamais changé de chambre à coucher. Dès le lendemain de notre mariage, elle prenait le large avec moi (la Manche pour être précis), puisque que nous avons passé nos premiers mois de vie commune en Angleterre. Depuis, elle connaît le sens du mot "déménager", et cela na pas lair de trop mal lui réussir. A moins que ce ne soit la vie avec moi qui la rende aussi heureuse. Avec un peu de chance, jarriverai à la convaincre de prendre la plume ici même. Vous verrez, elle se fera un plaisir de me décrire sans mépargner.
La semaine prochaine, les déménageurs seront dans la maison. Je vous parlerai de lorganisation de notre vie durant nos 3 dernières semaines en France, sans maison, sans toit, mais avec tellement damis et de famille, que nous ne savons plus comment choisir entre les propositions de nous héberger.
Laurent Cudkowicz
© Causeur
Mis en ligne le 02 septembre 2008, par











