13 juillet 2008
Texte repris du site Causeur.fr, dElisabeth Lévy et Gil Mihaely
Nous lavons tous expérimenté au moins une fois dans notre vie : rappelez-vous, à 4 ans et demi déjà, vous avez subitement pris la décision dentreprendre votre petit camarade de classe pour quil échange son camion bleu Saviem de chez Majorette, échelle 1/43e, contre la moitié du biscuit que votre Maman avait soigneusement rangé dans votre besace. Plus rien ne pouvait sopposer à votre volonté. Plus tard, à treize ans, vous vous êtes vu subitement rêver devant le demi-course Motobécane à dix vitesses. Vous avez contacté tous vos ascendants pour quils vous aident à concrétiser votre désir. A vingt ans, vous avez réalisé que votre vu le plus cher était de commencer à partager le reste de votre vie avec la fille de votre professeur de chimie. A trente ans, vous avez compris que lentreprise dans laquelle vous avez débuté, progressé, mûri, noffrirait plus lenvironnement favorable à lépanouissement que vous recherchiez. Et répondu oui à lappel hebdomadaire du chasseur de têtes.
Avez-vous déjà réfléchi à la façon dont vous avez pris les décisions-clé de votre vie ? Quest-ce qui différencie lavant- de laprès-décision ? Quel rôle joue lenvironnement extérieur ? A quelle influence étrangère avez-vous succombé, quel discours ou argument avez-vous rejetés ?
Depuis que je travaille sur ce projet démigration en Israël, accompagné par ma femme Valérie et mes enfants, jai analysé la manière dont nous avons pris notre décision. Clairement, un véritable déclic est intervenu. Il ne sagit ni dun contexte extérieur nous ayant forcés à prendre une décision, ni dune rencontre avec un personnage particulièrement persuasif, voire prosélyte. Non, je parle dun réel déclic. Je parviens sans aucune difficulté à le situer, le dater, le circonscrire. En revanche, il mest impossible de donner la raison pour laquelle il est intervenu ce jour-là, précisément, cest-à-dire ni la veille, ni le lendemain, ni plusieurs années auparavant.
Si je tiens à vous décrire les circonstances concrètes de ce déclic, cest dans le seul objectif de vous en prouver lextrême banalité apparente : nous sommes en vacances dans un moshav 1 du sud du Golan. Nous nous sommes liés damitié avec nos hôtes. Ils nous incitent à rencontrer une famille francophone du moshav voisin, ce que nous acceptons, non sans certaines réticences : en effet, nous craignions tout simplement de "perdre du temps" sur notre programme de randonnées à travers le plateau du Golan, à la recherche de vieilles synagogues datant de deux mille ans, ou sur celui de la dégustation de vins locaux, moins âgés mais excellents. Au cours de cette rencontre qui na pas dû durer plus que quarante-cinq minutes, le fameux déclic a eu lieu. Comment ? Grâce à un discours simple, direct, descriptif et concret, ouvert et accueillant de la part de ce couple danciens immigrants dorigine française, qui a simplifié et désacralisé, dans nos esprits, lémigration en Israël. Jai compris, un plus tard, comment avait fonctionné ce déclic : il a agi comme une graine plantée sur une terre arable, arrosée et entretenue depuis plusieurs années, mais sur laquelle on navait jamais semé. Autrement dit, un déclic ne peut intervenir que si vous vous êtes déjà préparé, tout à fait consciemment, à laccueillir. On nest donc pas du tout dans le domaine de lirrationnel, contrairement aux apparences. Nos actions, nos décisions majeures sont le résultat de nos propres attitudes et état desprit. Lintervention extérieure nest que le catalyseur quon attendait. Inversement, cela veut dire aussi que, si vous constatez quun déclic intervient sur quelquun de votre entourage, par exemple si votre concierge devient tout dun coup supporter assidue du PSG, arborant pins, drapeaux, photos de joueurs sur la porte de sa loge, alors que jusquà présent elle ne sintéressait quau patinage artistique, est-ce un déclic ou une influence externe malsaine ? Si elle na effectivement jamais porté le moindre intérêt au football, cest une influence malsaine. Si son fils est lentraîneur, cest un déclic, parce que léducation quelle aura donnée à son fils lui aura permis dentrer dans ce monde.
Pour ce qui me concerne, jai bien compris que ce qui sest passé, il y a dix mois, sur le plateau du Golan, nétait pas le fruit du hasard : après des années de réflexion, déducation, dapprentissage, de sensibilisation, la graine a été plantée sur une terre favorable. Trois semaines après, nous avions une décision familiale, et dix mois plus tard, nous avons un père de famille qui passe son temps derrière son ordinateur à "causer", alors que le container 20 sera devant notre porte dans deux semaines, que tous les meubles que nous avons prévu de vendre ou de donner sont encore bien à leur place dorigine, que la voiture familiale nest pas encore cédée, et que le frigo est encore plein !
La semaine prochaine, nous serons à une semaine du container. Je vous proposerai alors un petit tour dhorizon de lambiance familiale et jen profiterai pour vous présenter les autres membres de la famille.
Laurent Cudkowicz
© Causeur
Mis en ligne le 02 septembre 2008, par











