29/08/08
Texte repris du Bloc-Notes dIvan Rioufol.
Les démocraties vont mal. À preuve, la fascination quexercent la Chine et la Russie, y compris sur lopinion occidentale. Élevée dans la repentance et leffacement, celle-ci découvre que des nations peuvent imposer leurs volontés, sans complexes. Les fastes des Jeux de Pékin, ajoutés à une forte croissance économique, ont fait oublier le régime liberticide. Et nombreux sont ceux qui, en France, ont justifié linvasion, par limpériale Russie, de la Géorgie coupable davoir choisi le monde libre.
La pusillanimité de la "Vieille Europe", confrontée à ce coup de force contre un pays ayant choisi en 2003 de se rapprocher des États-Unis, rappelle le tragique des politiques dapaisement face aux autocrates. Tandis que lOuest angélique réduisait ses budgets militaires, lex-KGB Vladimir Poutine augmentait ceux de son pays. Certes, Nicolas Sarkozy, président de lUnion, a eu raison de négocier un cessez-le-feu. Mais les Russes nont trouvé aucun obstacle, jusquà présent, à leur reconquête. Après la Géorgie: Ukraine ou Moldavie?
Ce que donnent à voir nos démocraties bavardes mais désarmées nincite pas forcément à les suivre. Dautant que la récession qui les frappe ne leur permet plus doffrir le bien-être pour tous. Leur incapacité à se faire respecter de certains de leurs nouveaux hôtes montre le désarroi de leurs dirigeants. Eux-mêmes ne semblent plus croire en la souveraineté des citoyens, quand ils redoutent leurs voix, comme sur le traité européen. Les mensonges du politiquement correct ajoutent au sentiment détouffement.
Cest sur ce terreau que sépanouit, singulièrement en France, un discours de haine de lOccident judéo-chrétien, remarquablement décortiqué par lhistorien Pierre-André Taguieff (La Judéophobie des Modernes, Odile Jacob). Partagé par lextrême gauche et les islamistes, ce rejet des démocraties sexprime dans un antisémitisme décomplexé. "La haine des Juifs va sans conteste de pair avec celle de lOccident", soutient Taguieff. Mais lantiaméricanisme est du même tonneau.
Il est évidemment impossible de se satisfaire de ce constat dun retour possible à la tentation totalitaire, qui trouve des échos, par exemple, auprès du futur Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) du gentil facteur Besancenot. Lislam révolutionnaire, qui dénonce, comme lui et les altermondialistes, la "marchandisation du monde", est prêt à pactiser sur le dos de lOccident et des Lumières. Les démocraties dépressives doivent donc urgemment se ressaisir. Pour lEurope, voici venue lépreuve de vérité.
Les deux guerres
Oui, les démocraties sont en danger. Leur faiblesse, qui sobserve aussi à travers de petites lâchetés récurrentes pour prix dapprovisionnements en pétrole et en gaz, en fait désormais des proies. Une étude de la Fondation Friedrich-Ebert (Le Monde, 15 août) révèle que près dun Allemand sur trois pense que la démocratie fonctionne mal. En France, depuis le 11 septembre 2001, le "complot américano-sioniste" fait florès dans les discours des extrêmes, à la satisfaction des djihadistes. Désormais installés en Algérie, ceux-là sont aux portes de lEurope (Antoine Basbous, Le Figaro, 26 août). Dautres sont même au cur des cités. La guerre, que lon disait chassée du Vieux Continent, y pointe à nouveau son mufle, et sur deux fronts. Il y en a, au moins, un de trop.
La menace russe nest certes pas comparable à la menace islamiste, même si Moscou nexclut plus la guerre froide. Il y a des familiarités entre lOccident et la Russie qui rendent possible un rapprochement. Pour autant, le monde libre ne peut laisser sans réponse les provocations du Kremlin, qui a reconnu mardi lindépendance de lAbkhazie et de lOssétie du Sud [territoires] appartenant à la Géorgie. Bien sûr, les Occidentaux ont eu tort de cautionner lindépendance de la province serbe du Kosovo. Mais Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, indifférents au sort des minorités (les Tchétchènes en savent quelque chose), ont engagé un bras de fer que lUnion européenne ne peut perdre. Il est à espérer que la diplomatie et des pressions économiques sauront raisonner les Russes enfiévrés. Confrontés eux-mêmes au fondamentalisme, que gagneraient-ils à sallier à lIran et à la Syrie?
Impensable recul
Dans ce contexte, un recul de la France en Afghanistan, où dix de nos soldats ont été tués par des talibans, signerait la débandade. Impensable. Les démocraties, solidairement attaquées le 11 septembre 2001 à New York, se défendent, dans ce pays lointain, du totalitarisme islamique qui veut leur perte. Un échec y serait une victoire pour les djihadistes qui enrôlent de jeunes Français fanatisés. Aux défaitistes qui prophétisaient le bourbier en Irak, faut-il rappeler que des troupes arabes y combattent al-Qaida au côté de troupes américaines, et que cette guerre a été gagnée, nen déplaise à Dominique de Villepin ? LAfghanistan est loccasion pour la France, adepte du soft power, de montrer sa détermination face aux terroristes, "ces barbares moyenâgeux" dénoncés par Nicolas Sarkozy. Le président et Bernard Kouchner ont bien replacé lenjeu de civilisation de cette guerre qui nose pourtant dire son nom. "Je conteste le mot de guerre, je le conteste totalement", dit Hervé Morin, ministre de la Défense. Mais derrière la peur des mots, ny a-t-il pas la peur tout court ?
Héros modernes
Ces jeunes soldats qui disent tous, dans les reportages, vouloir aller au bout de leur mission en Afghanistan après la mort de leurs camarades : une abnégation qui fait d'eux les nouveaux héros modernes.
Ivan Rioufol
© Le Figaro
[Texte aimablement signalé par P. Golt.]
Mis en ligne le 02 septembre 2008, par











