1. Introduction
Il est symptomatique que les meilleurs dentre nous ne prennent pas suffisamment garde au tumulte dans lequel les entraînent, ces derniers mois, les plaidoyers pro domo de M. Enderlin, de Mlle Chabot et de ceux qui les soutiennent. Cest pourtant une règle élémentaire de lart du débat que de résister au prurit de répliquer à chaque objection, surtout si comme cest souvent le cas elle na rien ou peu à voir avec la controverse. Cen est une autre de sinterdire de recourir à des arguments dont on a soi-même discrédité lemploi par ladversaire. Cest le cas, par exemple, de ce que jappellerai la « preuve par la situation générale », pour résumer lexpression de M. Enderlin lui-même (1), qui na pas trouvé grâce aux yeux de la Cour dappel de Paris, et que deux journalistes en vue ont énergiquement répudiée (2).
Or, cest précisément ce qui se passe dans la polémique incessante entre Ch. Enderlin et ses détracteurs. Lun lutte pour sa survie et son honneur professionnels, les autres sont farouchement déterminés à exposer ce quils croient être et qui est peut-être - sa mauvaise foi persévérante. Dans ce chassé-croisé par voie darticles (ou plutôt de pamphlets), les arguments fusent, sentrechoquent, sannulent ou se cumulent : bref, on ne peut plus parler de débat, mais plutôt dun échange de horions parfois cruels ou indignes, même sils ne sont que virtuels. Toute personne de bon sens comprendra que la vérité, quelle quelle soit, ne pourra jamais sortir de ce hourvari.
Aussi, avant même dexaminer comme elles le méritent les anomalies sérieuses du reportage controversé, je propose que lon mette un peu dordre et de clarté dans les critiques que nous adressons à leur auteur et à la chaîne qui leur a donné un retentissement mondial.
2. Exonérer France 2 et Enderlin de laccusation de complot contre Israël nefface ni natténue la gravité de leur responsabilité
Tout dabord, observons que, si prudente quen soit la formulation, les attendus de larrêt de la Cour dappel du 21 mai 2008 sont défavorables à France 2 et Ch. Enderlin, et en particulier ceux-ci, qui figurent en pages 11 et 12 de larrêt :
«
lexamen en cause dappel, des 18 minutes de rushes de Talal ABU RAHMA communiquées par FRANCE 2, ne permet pas décarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats
» [qui sont tous favorables aux arguments de Ph. Karsenty]
«
les attestations produites par les soins du cameraman
ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles
»
« Charles ENDERLIN a reconnu [implicitement] que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire quil avait donné
»
«
en létat des éléments de lenquête, qui constituent une base factuelle suffisante pour admettre que les propos litigieux, souvent proches dun jugement de valeur, aient pu être tenus par lauteur de larticle et du communiqué incriminés pour traiter de sujets dintérêt aussi général que le danger dun pouvoir, en loccurrence celui de la presse, en labsence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse, il y a lieu de décider que Philippe KARSENTY a exercé de bonne foi son droit de la libre critique ; que, ce faisant, il na pas dépassé les limites de la liberté dexpression reconnue par larticle 10 de la Convention européenne des droits de lhomme, laquelle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent
»
Il est notable que lexpression "mise en scène" qui constitue, rappelons-le, le cur de laccusation des détracteurs du reportage de France 2 et dEnderlin revient 10 fois dans le texte de larrêt. Toutefois, la Cour dappel ne la reprend pas à son compte ; elle en fait seulement état pour résumer les différents arguments qui sy réfèrent, tout en faisant remarquer (début p. 10 de larrêt), à propos de deux documents filmés - le film dE. Schapira et la vidéo de
Ce qui frappe, dans cette quasi-unanimité, est son caractère de profession de foi. Et malheur à limprudent, ou au naïf qui oseraient émettre une hypothèse divergente : ils risquent le lynchage médiatique, ou au mieux, lostracisme de leurs coreligionnaires. Jen ai fait lamère expérience, il y a près de quatre ans (3). Quon ne se méprenne pas : je naccuse pas mes détracteurs dhier de fanatisme. Jai vite compris la raison de leur émotion. Ils craignaient (ils craignent toujours) quavec la meilleure bonne volonté du monde, je ne "dédouane" France 2 et Charles Enderlin de leur responsabilité, ou à tout le moins, que je ne conforte leur dénégation dencourir le moindre reproche professionnel pour leur reportage. Ce nétait pas plus le cas alors quaujourdhui.
Je lai écrit, à plusieurs reprises, et je le réitère ici. Je nai jamais cru et je ne crois toujours pas à la théorie dun complot ourdi par Enderlin/France 2, dune part, et Talal Abou Rahma dautre part, pour jeter le discrédit sur Israël et son armée. Elle est exorbitante et stupide. Elle met celles et ceux dentre nous qui la professent dans le camp des Meyssan et autres monomaniaques, et jette, par contrecoup, le discrédit sur la cause noble que nous défendons. Ce nest pas un hasard si Philippe Karsenty lui-même ne la pas invoquée dans la procédure dont il a été lobjet. Je me réfère, pour affirmer cela, à la phrase, que cite dailleurs larrêt de la Cour dappel (fin de la page 6 et début de la p. 7), et qui figurait dans un article de Media-Ratings, en date du 22 novembre 2004 : « Charles Enderlin
se trompe et, du même coup, nous trompe ». Et même si, dans ce passage, Ph. Karsenty use de la formule « fausse mort », il ne fait rien de plus que démettre une opinion qui, comme je lai signalé plus haut, est presque universellement partagée par les détracteurs de France 2 et dEnderlin, et dont il importe peu ici, quelle soit fondée ou non. Et quand il « affirme que le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, a effectivement diffusé un faux reportage, ce 30 septembre 2000 », il ninfère pas que le journaliste la fait en toute connaissance de cause, et donc pour tromper le public, puisquil écrit lui-même que le journaliste « se trompe ».
Il reste quil nest pas question de passer par pertes et profits la grave responsabilité qui incombe à la chaîne et à son journaliste - surtout pour le refus obstiné de ce dernier de revenir sur son imputation à Tsahal de la mort de lenfant palestinien -, il nest pas question non plus de renoncer à leur en demander des comptes.
3. Mise en scène ? Sans aucun doute. Mais pas celle à laquelle on a pensé jusquici
Il est étrange, voire surréaliste, que les meilleurs dentre nous soient divisés sur ce que recouvre lexpression "mise en scène", dans laffaire al-Dura. Pour faire simple, je résume les positions des deux théories en présence.
Pour les tenants de la "théorie du tout-mis-en-scène" impliquant, même si ce nest pas toujours dit explicitement, une conjuration ourdie par France 2/Enderlin et des militants Palestiniens, et censée durer jusquà ce jour -, la mise en scène, entièrement concoctée par avance, a consisté à faire croire que Mohammed al-Dura serait mort, alors que, selon eux, il ne lest pas, et que son père a été blessé par balles, alors que, toujours selon eux, il na pas eu une égratignure et que ses blessures sont les séquelles dune agression à larme blanche remontant à deux ans auparavant. La paternité de cette thèse incombe à lexpert israélien, Nahum Shahaf, qui dirigea la commission d'enquête de Tsahal; elle a été popularisée par Metula News Agency et est devenue majoritaire, surtout en milieu juif.


Nahum Shahaf, physicien responsable de lenquête pour Tsahal. A droite, il mesure la distance entre le cameraman et les Al-Dura, dont le rôle est tenu par des figurants
Pour les tenants de la "théorie de lexécution préalable", la mise en scène, hâtivement et maladroitement "bricolée" a posteriori, a consisté à maquiller en crime de larmée israélienne ce qui fut, au mieux, une bavure, au pire un meurtre palestiniens. Cest la thèse du premier expert israélien, Yossef Doriel, évincé de lenquête pour avoir parlé à la presse (je suis, sauf erreur, le seul à la reprendre entièrement à mon compte), dont je rappelle ici les propos, cités dans mon article précédent (4) :
« La mort de Al-Dura a été mise en scène dans le but de produire une image qui deviendrait emblématique et entacherait la réputation dIsraël aux yeux du monde entier. Les acteurs de lincident mis en scène comprenaient des Palestiniens armés, un cameraman français (5) de télévision (qui avait reçu des "instructions de mise en scène"), et le père, Jamal Al Dura ("qui, apparemment, navait pas compris que lopération sachèverait par le meurtre de son fils"). »
Notons encore, sans quil soit possible de déterminer le degré de crédibilité de ce qui suit, que la même journaliste qui rapportait le propos ci-dessus, ajoutait, dans le même article, publié, rappelons-le, début novembre 2000 :
« Doriel est furieux contre Tsahal. Il ne peut comprendre pourquoi larmée "ne rend pas publique la vérité". Chaque jour qui passe, dit-il, augmente les dommages causés à la réputation dIsraël. Il laisse entendre que Tsahal a intérêt à empêcher la divulgation des résultats de linvestigation. Il suggère également que Tsahal a tenu caché au public un fait crucial : tout près du père et du fils, affirme-t-il, il y avait un second emplacement doù les Palestiniens tiraient sur Tsahal. Selon les estimations de Doriel, les balles qui ont tué Mohammed Al-Dura ont dû être tirées de cette deuxième position palestinienne. Quand on lui demande pourquoi Tsahal garde secrets ces faits cruciaux qui, apparemment, mettent ses soldats hors de cause, Doriel est évasif. "La réponse est explosive", dit-il, refusant de donner plus de détails. »
Aujourdhui, il est facile de décoder la réponse sibylline de Doriel, à la lumière de ce que nous savons de léchec du processus de paix, suite au comportement irrationnel et fanatique dArafat. Et si cela ne suffit pas, les réflexions, relativement récentes, de C. Glick, rapportées par H. Fendel (6), nous mettent les points sur les "i". Sexprimant, dans le cadre dun panel de discussion, lors de la Conférence de Jérusalem, en février 2008, la rédactrice en chef du Jerusalem Post expliquait ainsi le silence de larmée et de lEtat dIsraël sur ce qui sest réellement passé au Carrefour de Netzarim :
"La fameuse affaire de la vidéo de lenfant de 12 ans, Mohammed Al-Dura, diffusée dans le monde entier par France 2 Télévisions, le récit de France 2 et les séquences vidéo choisies ont amené le monde entier à croire que Tsahal était responsable davoir tué un enfant innocent que son père essayait désespérément de protéger.
"Pourquoi" se demande-t-elle, "Israël ne sest-il pas défendu ? Pourquoi un général de haut rang a-t-il immédiatement endossé la responsabilité de la mort du garçon ? Pourquoi Israël na-t-il pas adopté une posture plus offensive contre cette attaque ?"
- « A cause dOslo », répond Glick.
« Cest parce quEhoud Barak était en pleine négociation dun accord avec Yasser Arafat concernant le Mont du Temple ; dans ces conditions comment aurait-il pu salir le nom de ceux à qui il voulait céder Gaza ? » " (7).
Revenons brièvement sur les premières années qui virent sabattre sur laffaire la chape de plomb officielle, laquelle, à ce jour, na pas encore été complètement levée. Le physicien israélien, Nahoum Shahaf, responsable de lenquête (quil avait lui-même proposée à larmée), était parvenu à la conclusion que non seulement les soldats israéliens en poste à plus dune centaine de mètres des lieux du drame, nétaient en rien responsables du tir fatal, mais quil sétait agi dune mise en scène visant à criminaliser Tsahal. Cétait, apparemment, la reprise de la thèse de son collègue Doriel, qui avait été évincé de lenquête, comme relaté plus haut. Mais, en réalité, le scénario de Shahaf était très différent. Penchant, semble-t-il, pour lhypothèse dun tir mortel accidentel des Palestiniens, le physicien israélien était intimement persuadé que le caméraman de Charles Enderlin, Talal Abou Rahma, était le véritable responsable de lintoxication, avidement relayée par la presse, et dont il fallait bien reconnaître le succès. Dès lors, Shahaf et, plus tard, ceux qui se rallièrent à ses thèses, neurent de cesse de dénoncer ce quils considéraient comme une machination médiatique.
Parmi les quelques enquêteurs sérieux qui subirent la forte empreinte de Shahaf, il faut citer en premier lieu Stéphane Juffa. Cet Israélien, très sensibilisé à la dégradation inexorable de limage dIsraël, et persuadé de la responsabilité écrasante des médias dans ce processus, commençait alors à réunir autour de lui une petite équipe de collaborateurs, avec le but général de réagir, par voie de presse précisément, à la désinformation médiatique que le cas al-Dura avait rendue plus violente. Il procédait alors à une enquête personnelle sur cet événement et fut vite convaincu par les arguments de Shahaf, quil rencontra à plusieurs reprises, et dont il adopta la majeure partie des conclusions.
Pour ne pas être tenté de juger trop sévèrement ces conclusions et celles dautres enquêteurs volontaires de lépoque, il faut se souvenir quils ne disposaient pas des rushes de la journée, farouchement gardés par France 2 qui refusait obstinément de les communiquer même à Tsahal. Tout ce dont disposait alors le commun des mortels était la vidéo de moins dune minute diffusée par France 2. Shahaf avait lavantage incontestable davoir été aussi près des faits quil était alors possible, puisquil avait été à la tête de la commission denquête nommée par le général Samia, sur laquelle je ne métendrai pas ici, ayant eu loccasion den parler à maintes reprises dans des articles et des notes antérieurs. Jignore sil était déjà en possession de rushes des caméramans dautres chaînes, mais cela me paraît probable.
Lessentiel de lactivité dinvestigation et danalyse de Shahaf et de Juffa a surtout consisté, comme cétait normal, à mettre en lumière les inconsistances des affirmations dEnderlin, sur la « prise pour cible » des al-Dura par les soldats de Tsahal, et les contradictions, voire les incohérences de cette affirmation avec les résultats des analyses balistiques de la commission denquête et ceux de lexamen minutieux de la séquence vidéo de France 2.
A peu près à la même époque (entre octobre 2000 et juin 2001), le cinéaste Pierre Rehov menait sa propre enquête, qui sappuyait fortement, comme il le reconnaît lui-même, « sur les recherches de Nahum Shahaf et Yossi Doriel, ainsi que sur lenquête menée par Tsahal à la requête du Général Yom-Tov Samia, mais également sur les rushes dautres caméramans qui filmaient la scène sous des angles différents, ce jour-là » (8).


Prises de vues, sous un angle différent, d'un cameraman d'Associated Press (AP). On aperçoit la jambe de l'enfant et le baril.
Sauf erreur, aucune des autres enquêtes postérieures - à lexception de celle de la cinéaste allemande, Esther Shapira, dont le titre dit éloquemment quelle y croit (9), nadmet la possibilité que lenfant palestinien ait été tué, et encore moins la thèse de Doriel, que jai appelée, plus haut, "théorie de lexécution préalable". Au fil des mois, puis des années, seule subsiste la "théorie du tout-mis-en-scène", et ses conclusions : tout est "bidon", il sagit dune saynète jouée, et donc lenfant nest pas mort ni le père blessé. Elle est renforcée et, en quelque sorte, rendue "canonique" par la publication de la majeure partie des rushes, suite à linjonction de leur mise à disposition de la justice par la Cour dappel de Paris, fin 2007.
Comme on le sait, ces rushes abondent en mises en scène grossières, voire burlesques, ce qui, dès lors, accréditera à tort, à mon avis - la certitude quil en va de même de la très brève séquence, éditée par France 2, montrant ce que Ch. Enderlin affirme être la mort de lenfant palestinien. Suite à ce consensus écrasant, il est aujourdhui impossible de le remettre en cause comme lont fait, avec juste raison, en 2005, les journalistes Jeambar et Leconte, qui soutenaient que la terreur de lenfant et ce qui semble bien être sa mort en direct, sous lil de la caméra de Talal Abou Rahma, ne pouvaient pas être feintes (10).
4. Ma démarche est-elle inopportune, voire contreproductive ?
Il est probable que seules les vacances estivales, ou la distraction des internautes mont épargné lavalanche de contradictions et de reproches à laquelle je mattendais, suite à mon précédent article sur le sujet. Jusquici, les rares amis et sympathisants qui mont écrit pour mexprimer leur dissentiment, ont insisté sur le fait que malgré ma bonne foi et le sérieux de mon analyse, mon souci de disculper France 2 et Enderlin de laccusation de complot avec des Palestiniens, revenait à diminuer leur responsabilité et à détourner lattention du public des énormes dégâts causés à limage dIsraël et de son armée par la hâte malsaine avec laquelle ce journaliste et sa chaîne ont conclu à la culpabilité dIsraël dans la fusillade dont ont été victimes les al-Dura, et lénorme publicité quils ont faite à cette accusation gravissime en autorisant les télévisions du monde entier à diffuser gratuitement la vidéo accusatrice.
Outre que ce type de critique indique que lémotionnel la emporté sur lanalyse et que largumentation que je développe na pas été comprise, il va de soi que je récuse énergiquement ce soupçon. Quiconque relit sans préjugé mon article précédent constatera que je ne minimise en rien la responsabilité dEnderlin et de France 2, au contraire. Il suffit de relire mon point n° 4, Ma thèse personnelle (sous réserve dinventaire), pour sen convaincre.
Pour ce qui est de mon intention, je lai exprimée en toute clarté, dans mon Introduction au dit article, dont je me permets de reprendre ici le passage suivant :
« Quarrivera-t-il, en effet, si les expertises exigées aboutissent à la confirmation éclatante que le cadavre exhumé est bien celui de lenfant de Jamal Al-Dura, et que les blessures de ce dernier ont réellement été causées par des balles ? Une humiliation et une défaite médiatiques et morales qui seront fatales à la crédibilité de celles et ceux et je suis du nombre qui croient que Tsahal, France 2 et Enderlin ont été victimes dune audacieuse (et immonde) escroquerie de la propagande palestinienne ? Et si, ayant été mis en déroute, comme je crains que nous le serons, nous nous rabattons alors sur la thèse que je vais exposer ci-après, il sera trop tard : nous ne serons plus crédibles, et notre défaite sera totale. »
Je concluais mon article en évoquant, au point 4 du dit article (Rayer de notre argumentaire la thèse d'un complot anti-israélien impliquant France 2 nuira-t-il à la cause de la vérité dans cette affaire ?) :
« le tort considérable quont infligé à notre cause, les excès de la thèse dun complot ourdi par Enderlin et les Palestiniens avec la complicité, active ou passive, de France 2 »
Jy exprimais également mon avis
« que nous rallierions sans difficulté à notre quête de vérité une bonne partie des journalistes et personnalités qui ont signé lappel en faveur dEnderlin, ainsi que nombre de diplomates, d'hommes politiques israéliens et de dirigeants communautaires juifs, en nous en tenant à la thèse - plus modérée et, me semble-t-il, plus plausible -, exposée ci-dessus. »
Jajoutais:
« Il nest ni avisé, ni correct de décréter que les signataires ont agi uniquement par conformisme aveugle, ou esprit de corps borné. Cest, précisément, me semble-t-il, parce que laccusation de complot mettant en cause France 2 et Enderlin, leur a paru énorme et grossière, que la plupart dentre eux ont pris parti pour le journaliste et sa chaîne. »
Jespère montrer, de façon convaincante, dans la suite et la conclusion de la présente analyse les avantages incontestables quil y a à revisiter la "théorie de lexécution préalable", émise, dès octobre 2000 par Joseph Doriel.
5. Nécessité dune révision de linterprétation donnée jusquici aux inconséquences et aux éléments troublants du reportage
Je ne réexaminerai pas ici, un à un, tous les éléments factuels qui rendent plus que probable que la séquence vidéo montée par le caméraman palestinien, Talal Abou Rahma, et commentée, a posteriori, en voix off, par Charles Enderlin, le correspondant permanent de France 2 (qui, de son propre aveu, nétait pas présent sur les lieux de lévénement), est le dispositif central dune fraude, aussi colossale que criminelle, visant à enflammer la colère de lopinion publique mondiale à lencontre de lEtat dIsraël et de son armée.
Ce qui mamène à revenir brièvement sur ce que jai exposé en détail, au point 3, ci-dessus, à savoir, quil y a bien eu mise en scène de la mort dal-Dura, mais que celle-ci a mal tourné. La différence avec la "théorie du tout-mis-en-scène" - qui fait aujourdhui figure de dogme - peut paraître minime : elle est, en fait, capitale, joserais même dire "archimédique".
En effet, la "théorie du tout-mis-en-scène" contraint les détracteurs de France 2 et dEnderlin à procéder, comme les mauvais doctorants qui ne retiennent que les éléments qui vont dans le sens de leur thèse et écartent arbitrairement ceux qui la contredisent, ou au moins invitent à la nuancer. Les adeptes de cette théorie interprètent toutes les anomalies du reportage et même les détails les plus flous et sujets à des interprétations fantaisistes - du genre de celles qui invitent à voir des figures humaines ou animales dans des amas de nuages -, comme des preuves de mise en scène.
- Cest le cas du « chiffon rouge » dont parlait Ph. Karsenty et qui, selon une avocate qui lui était favorable, « interloqua la Présidente du Tribunal », laquelle demanda alors à lintéressé : « Rien dautre ? ». Réponse de Karsenty : « Si... Justement... Le chiffon rouge a disparu de la poche arrière, lenfant a changé de position, mais le morceau de tissu réapparaît étrangement sur limage daprès... au niveau de labdomen... » (11).
(Mais lenfant a très bien pu se saisir, volontairement ou machinalement, de ce "chiffon" - ou mouchoir - rouge, sans quil faille y voir, pour autant, comme cela a été dit et écrit ici ou là, un simulacre découlement de sang aux fins de mise en scène)
· Cest également le cas des deux doigts, très flous et presque au contact de lobjectif -, qui, sur la vidéo de France 2, dessinent une sorte de V, et dont Shahaf décréta quils indiquaient le chiffre 2, pour une deuxième prise, théorie adoptée sans hésitation par Stéphane Juffa, de Metula New Agency (12).
(Mais un examen attentif révèle que ces doigts apparaissent au cours de ce qui ressemble à une bousculade, et que le geste peut tout aussi bien être celui dune main qui tente dobstruer lobjectif, peut-être pour que lirruption des tireurs palestiniens, de derrière le caméraman, ne soit pas filmée. Et de fait, on aperçoit aussi la nuque dun homme qui ne semble pas être Talal, car il pouvait difficilement filmer sa propre nuque. Bref, le décodage de cette scène confuse est loin dêtre aussi lisse que le veut la théorie de la "deuxième prise" aux fins de mise en scène)
· Cest encore le cas du coup dil de lenfant en direction de la caméra (passage coupé au montage), et du mouvement étrange de lune de ses jambes, alors que lenfant a été déclaré mort.
(Mais un expert médical a, paraît-il, expliqué que ces attitudes peuvent sinterpréter comme des spasmes et des réflexes dagonie. Et même si cela paraît difficile à croire, il faut répondre à lobjection de manière convaincante et non par une profession de foi aveugle en lexistence dune mise en scène).
· Cest aussi le cas du nombre très limité dimpacts de balles dans le mur, remarqué par tous les commentateurs, et mis en contraste avec les nombreux tirs entendus durant plusieurs minutes. Ce fait patent a été presque universellement interprété comme "preuve" indiscutable" de la mise en scène.


A gauche, les impacts avant la mort de Mohammed, à droite, on distingue le trou supplémentaire, censé correspondre à la balle qui a atteint Mohammed.
(Cest lévidence même, mais cette constatation ne suffit pas, et ce mode opératoire na de sens que si les tireurs voulaient créer lillusion que seuls des tireurs délite de Tsahal pouvaient avoir tiré au but et au coup par coup. Il suffisait ensuite dôter les balles des trous pour empêcher lidentification de lorigine des tirs, les projectiles des Kalachnikovs et des fusils-mitrailleurs utilisés par les Palestiniens étant différents de ceux des armes des snipers de Tsahal.)
· Cest enfin le cas de l'affirmation, selon laquelle le visage de l'enfant photographié à la morgue ne correspond pas à celui de al-Dura vivant, et serait celui d'un autre enfant amené le matin à la morgue, et donc avant al-Dura, au point qu'on a parlé d'un "Mohammed du matin" et d'un "Mohammed de l'après-midi.
(Fort bien, mais comment prouver cela? J'ai fait mon propre test et montré les deux clichés ci-dessous à plusieurs de mes relations. Pour les uns, c'était indéniablement le même enfant; pour les autres, indéniablement un autre enfant.)


Mohammed "du matin", ou Mohammed "de laprès-midi" ? Et qui est l'enfant sur la civière, qui a été enterré ce jour-là?
Par contre, il me semble plus utile et productif de mettre en exergue les anomalies intolérables suivantes - déjà soulignées, certes, mais pas avec assez de force, alors quelles sont véritablement incontournables et explosives.
Et entre autres, dans lordre séquentiel des prises de vues :
· Lors dune scène de "panique", visiblement dirigée par un ou plusieurs meneurs, on peut voir les "fuyards", apparemment pas effrayés du tout, passer en trombe devant les al-Dura, qui, eux, ne semblent pas soucieux de se joindre au mouvement, alors que, selon le scénario général, ils sont en danger de mort. Ce qui inspirera à Philippe Karsenty la réflexion ironique selon laquelle la famille al-Dura « patiente avant dentrer en spectacle » (13). Un commentateur exprimait la même idée, avec au moins autant de mordant, ce qui eut pour effet de révulser un éditorialiste du Jerusalem Post, qui notait, scandalisé (14):
« quand un groupe de jeunes Palestiniens passent en courant devant les al-Dura, alors que le père et le fils restent accroupis devant le mur, le commentaire pose la question (sur fond sonore de tirs) : "Se sauvaient-ils ou dégageaient-ils le plateau ?" »
· Quand on entend crier : mat hawalad ! (lenfant est mort), on a devant les yeux la preuve indiscutable que le petit Mohammed est encore vivant. Dans une vidéo postérieure, montée par Enderlin, le commentaire suivant, en voix off, résoudra la difficulté, en ces termes :
« On entend : "Lenfant est mort, lenfant est mort !". Ce qui signifie, en arabe parlé, quil est en danger de mort » (15).
· Autre observation. Si on le compare aux tirs antécédents, le niveau très élevé de bruit de la « dernière rafale », rend évident, même à un non-spécialiste, quelle provient dune ou de plusieurs armes qui tirent tout près du caméraman. Ce détail néchappe pas à lingénieur Joseph Doriel, ancien tireur délite de Tsahal, qui remarque (16) :
« on peut entendre la salve - mais la position israélienne était très éloignée! [On peut donc en déduire que] ce qui sest produit, cest quun Palestinien sest avancé jusquà un endroit très proche du caméraman, et a tiré la rafale mortelle. On peut noter également quau moment des tirs mortels, le caméraman a 'sursauté' et que limage est devenue floue ce qui indique que les tirs provenaient dun endroit proche de lui. »

La caméra de Talal sort du champ
· Lépisode peut aussi sinterpréter autrement. Le flou et la déviation de langle de prise de vues de la caméra de Talal Abou Rahma, conjugués à la main qui sinterpose entre les lieux en cours de filmage et lobjectif, sont peut-être le résultat dune bousculade, voire, comme je lai déjà écrit, dune interruption autoritaire et musclée de la prise de vues, effectuée par les tireurs palestiniens, après quils aient tué lenfant et blessé son père. On peut comprendre, en effet, quils ne voulaient pas être filmés en train dévacuer leurs victimes et deffacer les traces de leur forfait, en particulier en extrayant du mur les balles palestiniennes qui eussent signé lidentité des tueurs.


Signe de deuxième prise, ou tentative d'un tiers de saisir (ou de masquer) l'objectif ?...


A qui appartient cette tête filmée de derrière et plus visible sur le cliché de droite ? Talal Abou Rahma ne s'est tout de même pas filmé lui-même...
· Enfin on est en droit de se demander si Enderlin et France 2 ont fait preuve dune naïveté confinant à la stupidité, ou dune complicité scandaleuse, en cautionnant la version ridicule de leur caméraman, qui mettait son interruption soudaine de filmer au compte dun épuisement prochain des batteries de sa caméra. Tout journaliste digne de ce nom eût continué de filmer jusquà extinction complète de la batterie, ne serait-ce que parce que le Pulitzer était à portée de sa main.
6. Décider entre la "théorie du tout-mis-en-scène" et la "théorie de lexécution préalable"

Instrumentalisation de l'épisode al-Dura par les assassins du journaliste juif américain
Avant de mengager sur cette voie, jai examiné soigneusement les arguments de la "théorie du tout-mis-en-scène", et je lai estimée insoutenable, pour les raisons expliquées plus haut.
Je réitère ici, avec quelques variantes, ma vision personnelle du déroulement des faits, déjà exposée dans mon précédent article sur le sujet.
· La séquence des al-Dura était probablement lune des nombreuses mises en scène filmées ce jour-là et que lon peut voir dans les 18 minutes de rushes remis par France 2 à la cour dappel de Paris en 2007. Elle était en cours de tournage quand sest produit le drame au cours duquel, volontairement ou accidentellement, Mohammed al-Dura a été mortellement blessé.

Regard effaré du père dont la bouche semble émettre un cri. Voit-il les Palestiniens armés faire irruption à côté du caméraman et comprend-il ce qui va se passer ?
· Des tireurs palestiniens sortent précipitamment des buissons où ils étaient embusqués, derrière le caméraman et face aux al-Dura - ce qui explique peut-être le regard effaré du père en direction de Talal Abou Rahma, à côté duquel il voit sans doute apparaître les tireurs palestiniens (18). Ils tirent en direction de l'enfant et de son père, sans quon sache si cétait avec ou sans intention de tuer. Ils se précipitent sur les lieux, bousculent Talal Abou Rahma qui, de son plein gré, ou sous la contrainte, cesse de filmer, quitte à se débrouiller ensuite pour rendre le scénario plausible. Ce qu'il a fait.
· Le rôle respectif des acteurs de la mise en scène reste flou. A en croire Doriel, Jamal al-Dura et Talal Abou Rahma, en accord avec des hommes armés palestiniens, ont posé pour une scène de mitraillage fictif. Jamal ignorait que limposture se terminerait de façon tragique. Talal, lignorait-il également ? Cest possible. Comme dit plus haut, les images floues et confuses qui suivent les cris proclamant la mort de lenfant semblent indiquer que des hommes armés palestiniens, venus de la position "Pita", située en face des al-Dura et derrière le caméraman, font irruption sur les lieux après le tir. Au stade actuel, il est impossible détablir si Talal était de mèche avec les hommes de main palestiniens et sil savait quelle serait lissue réelle de cette mise en scène. Il se peut quil nait compris la situation quaprès le drame. En tout état de cause il a collaboré à rendre plausible limposture, d'où, sans doute, les mensonges dans lesquels il sempêtrera plus tard, au fil de ses interviews et de ses témoignages.
· Quant à Enderlin, selon moi, c'est le vrai "dindon de la farce". Aussi plein de confiance en son caméraman que le naïf mari trompé en sa femme infidèle, il nétait certainement pas de mèche avec les Palestiniens, et il fait peu de doute quil ait dabord cru au récit de son caméraman, dautant quun haut gradé de larmée israélienne avait reconnu que ses soldats pouvaient avoir tué lenfant accidentellement. Ce qui paraît plus difficile à croire, par contre, cest quà un stade ou à un autre, Enderlin nait pas compris que quelque chose sonnait faux dans cette affaire. A partir de quel moment a-t-il eu des soupçons ? Ses préjugés idéologiques favorables à la cause palestinienne et son incapacité à concevoir un tel cynisme palestinien ont-ils inhibé son sens critique au point qu'il n'ait pas eu l'ombre d'un doute ? Toujours est-il quà ce jour, il na jamais rétracté, ni nuancé sa version catégorique de lévénement quil doit à son caméraman palestinien et qui fait pour lui figure darticle de foi.
Les deux seuls éléments qui semblent contredire la "théorie de lexécution préalable" sont : 1) limage furtive de lenfant regardant dans la direction du caméraman (elle est absente de la vidéo de France 2, mais présente dans les rushes) ;




Prises de vues, image par image, de linstant où lenfant semble regarder vers la caméra.
Les sceptiques affirmeront que lenfant se débat dans les affres de lagonie.
2) les cris « lenfant est mort », qui coïncident avec une image montrant lenfant encore en vie.


En hébreu : "Lenfant est mort !" Les images illustrent le fait troublant que ce cri est poussé alors que lenfant est vivant
Une seule hypothèse - plausible, quoique impossible à prouver -, pourrait résoudre dun coup les deux éléments de cette contradiction : une interpolation des images. Techniquement, la chose est possible, relativement facile à réaliser et très difficile à prouver, au stade actuel, dautant que nous travaillons tous sur des images portées sur CD. Mais il faut un mobile à cette manipulation, et celui-ci napparaît pas avec évidence. Je propose lhypothèse suivante.
Lexcision de limage très gênante pour Enderlin et France 2 montrant lenfant qui jette un coup doeil en direction du caméraman, aurait obligé Talal Abou Rahma à décaler les images, avec, pour conséquence, qu'elles ne coïncident plus exactement avec le son. Je précise que je nai aucune expertise en prises de vues et traitement dimages, il se pourrait donc que jaie émis là une niaiserie. Ce sera aux spécialistes de ces techniques den juger.
7. Conclusion
Si imparfaite je nen doute pas que soient les analyses ci-dessus et les hypothèses qui les sous-tendent, jespère quà défaut dadopter la "théorie de lexécution préalable" de J. Doriel, à laquelle je me suis rallié, celles et ceux qui devront décider de la stratégie de la Commission dexperts, envisagée par le CRIF, et du contenu de son "cahier des charges", tiendront compte de lavertissement que jexprimais dans lIntroduction de mon article précédent et plus haut dans le présent article, et que je me permets de citer à nouveau ici :
« Comme dautres dont on nentend, hélas, pas la voix, je pense quon prend un risque considérable en exigeant une exhumation du corps de Mohammed al-Dura, qui est peut-être réellement mort, quelles que soient les circonstances de son décès. Il en va de même pour les blessures du père, Jamal al-Dura... Bien quun tel examen ne soit pas inutile, je le considère, aujourdhui, comme aussi risqué que lexhumation.
Quarrivera-t-il, en effet, si les expertises exigées aboutissent à la confirmation éclatante que le cadavre exhumé est bien celui de lenfant de Jamal Al-Dura, et que les blessures de ce dernier ont réellement été causées par des balles ? Une humiliation et une défaite médiatiques et morales qui seront fatales à la crédibilité de celles et ceux et je suis du nombre qui croient que Tsahal, France 2 et Enderlin ont été victimes dune audacieuse (et immonde) escroquerie de la propagande palestinienne ? Et si, ayant été mis en déroute, comme je crains que nous le serons, nous nous rabattons alors sur la thèse que j'ai exposée ci-dessus, il sera trop tard : nous ne serons plus crédibles, et notre défaite sera totale. »
Il est crucial que nous fondions notre exigence de reddition de comptes sur des faits incontestables et/ou des soupçons raisonnables, et non sur une intime conviction. Toute surenchère dans les accusations est contreproductive et même nuisible. Elle ne fera que crédibiliser les reproches de ceux qui nous accusent de paranoïa et de volonté malsaine de salir la réputation de la chaîne nationale France Télévisions, de ses dirigants et de son correspondant permanent à Jérusalem. Charles Enderlin s'est suffisamment mis en tort, et ce à plusieurs reprises, pour qu'il ne soit pas nécessaire de charger davantage la barque. Il suffira de documenter sérieusement les dégâts considérables déjà causés et leurs conséquences constatables, pour établir un dossier solide, éventuellement assorti d'une demande de réparation des préjudices matériels, politiques et moraux subis, qui sera porté à la connaissance de la presse et de l'opinion publique internationales.
© Menahem Macina
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Notes
(1) « pour moi, limage correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. Larmée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par lutilisation massive de tirs à balles réelles. Dailleurs, Ben Kaspit du quotidien israélien Maariv révélera un secret militaire deux années plus tard : durant le premier mois de lIntifada, Tsahal avait tiré un million de cartouches de calibres divers, 700 000 en Cisjordanie et 300 000 à Gaza. Des enfants palestiniens se sont retrouvés en première ligne. Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Les envoyés spéciaux sur place et les reportages filmés sur le terrain peuvent le confirmer. » (Charles Enderlin, "Non à la censure à la source", Le Figaro, 27 janvier 2005).
(2) " en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, dans Le Figaro du 27 janvier 2005, que « limage correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors que la définition dun reportage sentend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde, en entraînant des violences sans précédent dans toute la région, ne correspondait peut-être pas au commentaire quil avait donné " (Extrait de la "Transcription intégrale de larrêt de la Cour dappel de Paris "). Les deux journalistes cités avaient déjà exprimé leur rejet de ce procédé (voir: "Al-Dura/Fr2 Interview D. Jeambar- D. Leconte (RCJ)", 1er février 2005 :
- S. Malka :
il y a eu une réponse
de Charles Enderlin à votre propre papier, dans Le Figaro du lendemain, ou du surlendemain, et alors, lun de ses arguments majeurs cest de dire : limage correspondait à la réalité de la situation. - D. Leconte :
quand il dit: "limage correspond à la réalité de linstant", ou du moment
vous me permettrez de ne pas être tout à fait daccord avec cette expression
- S. Malka : Il ne parle pas du moment, il dit que limage correspond à la réalité de lensemble. Elle nest peut-être pas vraie sur lévénement lui-même, mais elle est vraisemblable, parce quelle correspond à la réalité de la situation en Cisjordanie et à Gaza. - D. Leconte :
.ce genre dargument est un argument dune faiblesse inouïe. Quand on est journaliste, on ne se préoccupe pas de savoir de lensemble, mais de là où on est et de ce quon décrit. - D. Leconte :
moi je dirais : cela correspond, en gros, à ce que lopinion française, globalement, veut entendre à ce moment-là. Et ça, je pense que cest, me semble-t-il, quelque chose qui est plus préoccupant. Cest-à-dire que, en gros, jai le sentiment quon a une grille de lecture de ce qui se passe au Proche-Orient et que, finalement, les faits sont convoqués pour entretenir cette grille de lecture
cest pas le rôle dun journaliste de faire ça. Le rôle dun journaliste, cest dessayer de rendre compte dune situation, à un moment donné. Et il me semble que, dans cette affaire
personne nest à labri derreurs, et moi le premier. Mais le minimum, cest, quand on fait des erreurs comme celles-là, qui sont aussi graves et qui ont autant de conséquences, cest dessayer de les reconnaître. Voilà mon point de vue. - D. Jeambar : Je partage tout à fait le point de vue de Daniel, naturellement, et ce quil vient dobserver
mais la phrase quil [Enderlin] écrit dans Le Figaro est quand même contraire à ce quest ce métier. On nest pas là pour essayer dimaginer des images qui vont donner le reflet dune situation. On est là pour donner des faits, la réalité des faits, et non pas pour les réinterpréter. La vérité nest pas celle que lon veut : la vérité est dans la réalité. Et donc je trouve que cest une phrase qui est préoccupante du point de vue journalistique. Par ailleurs, en effet, aucun dentre nous, comme le disait Daniel, nest à labri dune erreur, mais, en loccurrence, tout de même, limpact de ces images a été considérable : elles ont fait le tour du monde, elles ont frappé les esprits, et, dans une situation qui est aussi délicate, on na pas le droit, dune certaine manière, de ne pas reconnaître quand on sest trompé.
(3) Voir, entre autres : "Les ravages du «meyssanisme» juif (Fr2/Al-Dura" (6 décembre 2004) ; "Al-Dura/Fr2: coupable dintelligence avec lennemi (I)" ; "Al-Dura/Fr2: coupable dintelligence avec lennemi (II)" (8 février 2005) ; "(Al-Dura) Mise au point sur les faits imputés à France 2" (21 novembre 2004) ; "Affaire Al-Dura: cesser de se marcher sur les pieds !" (23 novembre 2004). Pour mieux fixer les choses, je crois utile de remettre en course ma réponse dil y a bientôt deux mois, à un internaute qui semblait accréditer le bien-fondé des accusations récurrentes dont jétais lobjet pour avoir refusé de massocier à laccusation de conjuration entre France 2/Enderlin et des Palestiniens :
« je nai pas changé davis sur le fait quil ny avait aucune raison, à lépoque, daccuser tant Mme Chabot que Ch. Enderlin de complot pour nuire à lEtat juif. Je le pense encore aujourdhui. Je le répète : le seul reproche que méritent lun et lautre, cest, après sêtre trompés ou avoir été trompés, de refuser obstinément de le reconnaître et dadmettre leur responsabilité dans la diffusion, hâtive et gratuite, de ce document et de laccusation contre Tsahal, qui allait avec; et tout cela avec les conséquences dramatiques que l'on sait. Quant à mon appellation ironique de "meyssanisme juif" pour qualifier lattitude extrême de certains Juifs, je constate, avec surprise, quà 4 ans de distance, elle ne ma encore pas été pardonnée. Cest dautant plus étonnant à mes yeux, que les propos publics, au moins aussi sévères, émis par Clément Weill-Raynal, à la même époque, nont pas déclenché le tollé quont suscité les miens. Ce journaliste de FR 3, que beaucoup - dont moi-même - tiennent en haute estime, déclarait ce qui suit, le 3 octobre 2002, au micro de RCJ, le lendemain de la manifestation devant France 2 [dont javais été un relais actif]: « quels que soient les griefs que l'on a contre Charles Enderlin, on ne peut accepter d'aller conspuer son nom dans une manifestation collective sur la voie publique. Cela autorise tous les dérapages, on ne peut répondre au lynchage médiatique que nous avons subi par un contre-lynchage. L'hystérie collective, à propos de l'affaire du Petit Mohammed Al Dura, a atteint un tel niveau, que circule actuellement sur Internet une incroyable rumeur propagée par plus d'un site juif : Le petit Mohammed ne serait pas mort. La scène filmée par France 2 ne serait qu'une mise en scène palestinienne. C'est un peu l'équivalent juif de la rumeur selon laquelle aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone. Après tout, les juifs ne sont pas plus immunisés que les autres contre ce genre d'intox et de délire. »
Clément Weill-Raynal na pas utilisé lexpression 'macinienne' de "meyssanisme juif", mais il a assimilé lattitude de ceux qui « conspuent » Enderlin à lun des "canards" popularisés par Meyssan. En l'espèce, il ne lui en a rien coûté. Alors, pourquoi suis-je seul pris à partie ? » ("Témoignages en faveur dun Juif accusé par un autre Juif davoir fait tort à la cause Al-Dura", 28 mai 2008).
(4) Anat Cygielman, "Dubious Probe of the al Dura Case Backfires" (7 novembre 2000); traduction française : "L'enquête sur l'affaire Al-Dura ne convainc pas la presse".
(5) Confusion au demeurant bien compréhensible de Doriel. En fait il sagissait de Talal Abou Rahma, caméraman palestinien, travaillant pour la chaîne française nationale.
(6) Hillel Fendel, "Effondrement des efforts dIsraël en matière de communication [dont laffaire Al-Dura]", 22 février 2008.
(7) Opinion déjà émise par Paul Foster (pseudonyme), contributeur de louvrage collectif, Nouveaux visages de lantisémitisme. Haine passion ou haine historique, NM7 Editions, 2001 : « Sil y a une responsabilité de larmée israélienne, cest uniquement dêtre restée évasive pour ne pas entraver dhypothétiques négociations, pour ne pas générer une nouvelle crise, de nouveaux affrontements avec lAutorité palestinienne. » ("Al-Dura Ghetto de Verre, P. Foster 20 sept. 2001").
(8) « La mort du petit Mohammed et la salissure programmée dIsraël (Complicité de FRANCE 2 ou naïveté partisane ?) », dossier publié en exclusivité et sous copyright de lUPJF. On aurait tort dinférer de lancienneté du reportage quil ne vaut pas la peine de le lire. Au contraire, il comporte des descriptions et des analyses qui, aujourdhui encore, sont pertinentes, et auxquelles on na peut-être pas prêté suffisamment dattention.
(9) Voir la vidéo de son film "« Trois balles et un enfant mort » : La vidéo du documentaire dEsther Schapira", et sa transcription.
(10) Voir linterview de Jeambar et Leconte, sur RCJ, le 5 janvier 2005. Significative est la cacophonie verbale déclenchée par la question de S. Malka, qui semble vouloir faire dire aux deux journalistes que la mort de lenfant est simulée :
- S. Malka :
cest tout de même très troublant : vous dites quau moment où Tallal Abu Rahme est en train de filmer la supposée agonie du gosse... à côté, on filme des mises en scène de... [Interruption de D. Jeambar et D. Leconte] - D. Jeambar et D. Leconte : [Ensemble] Avant, avant, avant ! Avant, avant, avant ! - D. Jeambar : Quelques minutes avant. - D. Leconte : Voilà. - S. Malka : [qui tente de finir sa phrase] ...des [Interruption des deux interviewés]
- D. Jeambar et D. Leconte : [Ensemble, et à nouveau] Avant, avant, avant ! Avant, avant, avant ! - S. Malka : [qui parvient à achever sa phrase] ...des blessures imaginaires. - D. Jeambar : Sauf une ! Sauf une ! - D. Leconte : Voilà. Tout ça, cest avéré. Si un jour, France Télévisions décide de montrer ces rushes, on pourra faire le même constat. Dailleurs, les gens de France 2 qui étaient autour de la table avec nous ont reconnu ça sans aucun problème. Maintenant, dire que tout est une mise en scène dans la mort de lenfant, dans les blessures du père, etc., moi jen sais rien. Que la Ména dise ça, sils ont des éléments, quils nous les donnent, quils le disent. Nous, ce quon a vu ne nous amène pas du tout à dire ça, et plutôt même à dire le contraire.
(11) Voir : Nina Ruben (Primo) "Affaire Al-Dura : Une journée au TGI de Paris !" (14 novembre 2007).
(12) En témoigne ce passage de lémission "Al-Dura, spin ou symbole ?" (7 mars 2008) :
- Yoram Schefer : « Juffa veut parler de cette image [on voit limage brouillée, censée montrer la salve fatale] sur laquelle, malgré le flou, on distingue les doigts du caméraman Talal faisant le signe 2. Cest le signe convenu de deuxième prise, cest-à-dire quon filme à nouveau la même scène, ce qui a pour but de préparer un montage. »
- S. Juffa : « Si on fait défiler le film de France 2 à vitesse lente, on voit la prise 2... et je me suis demandé: quest-ce que cest "prise 2" ? Nous avons questionné lentourage de Talal Abu Rahma : quest-ce que cest "prise 2" ? Et, avec un sourire, ils nous ont dit que cest un signe de victoire. Alors, on leur a demandé: un signal de victoire pour un enfant mort ? Quelle victoire avez-vous remportée ? Vous avez vaincu Tsahal ? »
(13) Voir : "Les déclarations dofficiels israéliens contribueront-elles à faire éclater la vérité dans laffaire Enderlin-France 2 ?", Media-Ratings (10 janvier 2007).
(14) Larry Derfner, "Affaire Mohammed al-Dura - Enderlin : Un peu de bon sens SVP" (18 juin 2008).
(15) Voir M. Macina, "Al-Dura: Quelques invraisemblances du reportage de France 2, dorénavant accessible à tous" (14 mars 2008).
(16) Voir larticle de David Kupelian, "Who killed Mohammed al-Dura? 12-year-old Palestinian 'martyr' likely killed by his own people", paru le 4 décembre 2000 dans World Net Daily, traduit en français dans mon article : "Al-Dura victime de Palestiniens, pas dun complot journalistique" (27 novembre 2004).
(17) Rappelons que la vidéo de son exécution était jalonnée dimages des événements du carrefour de Netzarim, et que lune des affiches de propagande des assassins représentait une photo de Pearl encore vivant, avec, à larrière-plan et en médaillon, une image de Mohammed al-Dura et de son père recroquevillés contre un baril de béton.
(18) Voir "Al-Dura victime de Palestiniens, pas dun complot journalistique", chapitre 2: « Y a-t-il eu machination palestinienne, et si oui, avec ou sans la complicité des journalistes de France 2 ? ».
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Annexe : Propagande
Le maître, montrant le mot au tableau : « Killed » [elle a tué]
Les élèves reprennent, sur un registre assourdissant : « Killed »
Le maître : « Our friend » [notre camarade (Al-Dura)]
Les élèves : « Our friend »
Le maître : « The Israeli Army » [larmée israélienne]
Les élèves : « The Israeli Army »
Le maître : « Killed » [a tué]
Les élèves : « Killed »
Le maître : « Our friend » [notre camarade]
Les élèves : « Our friend »
Le maître : « Shame on them ! » [Honte à eux!]
Les élèves : « Shame on them !»

À gauche: le maître au tableau montre le mot "killed" (elle a tué) - À droite les enfants répètent : "Israeli army" (larmée israélienne)

Le maître : "Shame on them!" (Honte à eux) - La classe : "Shame on them!"











