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Al-Dura tué par les siens: accident ou forfait abominable maquillé en crime israélien, M. Macina
Comme je m’y attendais, mon précédent article sur ce sujet [*] m’a valu l’effarement inquiet, voire irrité de certains internautes amis. Ils m’ont remontré ce que, bien sûr, je sais de longue date, à savoir, que les rushes témoignent abondamment de la volonté de mise en scène des caméramans palestiniens présents sur les lieux de la fusillade de Netzarim le 30 septembre 2000. Ils m’ont sommé, pour la énième fois, d’expliquer l’absence de blessures visibles et de sang sur le corps de Mohammed al-Dura et de son père, et je leur ai fait les mêmes réponses que celles qui ont émaillé mes discussions orageuses, en petit comité, l’an dernier, avec les meilleurs enquêteurs de l’affaire al-Dura, à Paris, en marge des audiences judiciaires. J’ai cru utile de revenir en détail, ci-après, sur ces points litigieux, afin que nos internautes se fassent leur propre conviction. Toutefois, pour la santé et la clarté du débat, je recommande à quiconque lira ces analyses d’avoir toujours présent à l’esprit : 1) qu’il ne s’agit pas d’une polémique, mais d’une confrontation de points de vue; 2) que je ne cherche pas à avoir raison contre mes contradicteurs, qui, je le rappelle, sont d’excellentes relations, voire, pour certains, des amis; 3) que mon seul objectif est de contribuer, comme d’autres, à la recherche de la vérité, en bannissant préjugés et positions dogmatiques, qui font un tort considérable à notre cause, même s’ils procèdent d’une intime conviction. Car, au bout du compte, eux comme moi, nous n’avons qu’un but : obtenir de Charles Enderlin et des autorités de la chaîne nationale France 2, l’aveu qu’ils ont gravement contrevenu à leur devoir de vérification de l’information et persévéré, avec arrogance, dans une version des faits qui, dès le départ, n’était pas crédible, sans tenir compte des preuves que les enquêtes des années subséquentes ajoutaient au dossier, et surtout en faisant fi des conséquences dramatiques et cruelles que leur reportage ont entraînées et dont les effets se font sentir jusqu’à ce jour. (Menahem Macina).
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 [*] Voir : "Affaire Al-Dura: Le piège palestinien dans lequel il ne faut pas tomber".

 

15/07/08 


1. Introduction


Il est symptomatique que les meilleurs d’entre nous ne prennent pas suffisamment garde au tumulte dans lequel les entraînent, ces derniers mois, les plaidoyers pro domo de M. Enderlin, de Mlle Chabot et de ceux qui les soutiennent. C’est pourtant une règle élémentaire de l’art du débat que de résister au prurit de répliquer à chaque objection, surtout si – comme c’est souvent le cas – elle n’a rien ou peu à voir avec la controverse. C’en est une autre de s’interdire de recourir à des arguments dont on a soi-même discrédité l’emploi par l’adversaire. C’est le cas, par exemple, de ce que j’appellerai la « preuve par la situation générale », pour résumer l’expression de M. Enderlin lui-même (1), qui n’a pas trouvé grâce aux yeux de la Cour d’appel de Paris, et que deux journalistes en vue ont énergiquement répudiée (2).

Or, c’est précisément ce qui se passe dans la polémique incessante entre Ch. Enderlin et ses détracteurs. L’un lutte pour sa survie et son honneur professionnels, les autres sont farouchement déterminés à exposer ce qu’ils croient être – et qui est peut-être - sa mauvaise foi persévérante. Dans ce chassé-croisé par voie d’articles (ou plutôt de pamphlets), les arguments fusent, s’entrechoquent, s’annulent ou se cumulent : bref, on ne peut plus parler de débat, mais plutôt d’un échange de horions – parfois cruels ou indignes, même s’ils ne sont que virtuels. Toute personne de bon sens comprendra que la vérité, quelle qu’elle soit, ne pourra jamais sortir de ce hourvari.

Aussi, avant même d’examiner comme elles le méritent les anomalies sérieuses du reportage controversé, je propose que l’on mette un peu d’ordre et de clarté dans les critiques que nous adressons à leur auteur et à la chaîne qui leur a donné un retentissement mondial.  

 

2. Exonérer France 2 et Enderlin de l’accusation de complot contre Israël n’efface ni n’atténue la gravité de leur responsabilité


Tout d’abord, observons que, si prudente qu’en soit la formulation, les attendus de l’arrêt de la Cour d’appel du 21 mai 2008 sont défavorables à France 2 et Ch. Enderlin, et en particulier ceux-ci, qui figurent en pages 11 et 12 de l’arrêt :

«…l’examen en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talal ABU RAHMA communiquées par FRANCE 2, ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats… » [qui sont tous favorables aux arguments de Ph. Karsenty]

« …les attestations produites par les soins du cameramanne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles… » 

« Charles ENDERLIN a reconnu [implicitement] que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné… »

« …en l’état des éléments de l’enquête, qui constituent une base factuelle suffisante pour admettre que les propos litigieux, souvent proches d’un jugement de valeur, aient pu être tenus par l’auteur de l’article et du communiqué incriminés pour traiter de sujets d’intérêt aussi général que le danger d’un pouvoir, en l’occurrence celui de la presse, en l’absence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse, il y a lieu de décider que Philippe KARSENTY a exercé de bonne foi son droit de la libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, laquelle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent… »

Il est notable que l’expression "mise en scène" – qui constitue, rappelons-le, le cœur de l’accusation des détracteurs du reportage de France 2 et d’Enderlin – revient 10 fois dans le texte de l’arrêt. Toutefois, la Cour d’appel ne la reprend pas à son compte ; elle en fait seulement état pour résumer les différents arguments qui s’y réfèrent, tout en faisant remarquer (début p. 10 de l’arrêt), à propos de deux documents filmés - le film d’E. Schapira et la vidéo de Metula News Agency -, que « le premier conforte la mort de l’enfant sous une balle palestinienne, tandis que le second impute une mise en scène palestinienne de cette mort ». Elle cite également (fin p. 6) Media-Ratings qui parle de « fausse mort ». Ce dernier avis est, celui de la plupart des critiques, mais il n’est pas partagé par les journalistes Jeambar et Leconte, ni exprimé par l’ancien journaliste du Monde, Luc Rosenzweig, sans parler des experts entendus par la Cour ou dont les témoignages ont été versés au dossier, ce qui ne saurait surprendre de la part de professionnels, par nature discrets et prudents. Quant aux animateurs et internautes de sites de réinformation et la majorité des sites pro-sionistes et communautaires, à quelques exceptions près, ils reprennent, sans état d’âme, la thèse de la survie de l’enfant et celle de l’attribution des blessures du père, à une agression antérieure à l’arme blanche.

Ce qui frappe, dans cette quasi-unanimité, est son caractère de profession de foi. Et malheur à l’imprudent, ou au naïf qui oseraient émettre une hypothèse divergente : ils risquent le lynchage médiatique, ou au mieux, l’ostracisme de leurs coreligionnaires. J’en ai fait l’amère expérience, il y a près de quatre ans (3). Qu’on ne se méprenne pas : je n’accuse pas mes détracteurs d’hier de fanatisme. J’ai vite compris la raison de leur émotion. Ils craignaient (ils craignent toujours) qu’avec la meilleure bonne volonté du monde, je ne "dédouane" France 2 et Charles Enderlin de leur responsabilité, ou à tout le moins, que je ne conforte leur dénégation d’encourir le moindre reproche professionnel pour leur reportage. Ce n’était pas plus le cas alors qu’aujourd’hui.

Je l’ai écrit, à plusieurs reprises, et je le réitère ici. Je n’ai jamais cru et je ne crois toujours pas à la théorie d’un complot ourdi par Enderlin/France 2, d’une part, et Talal Abou Rahma d’autre part, pour jeter le discrédit sur Israël et son armée. Elle est exorbitante et stupide. Elle met celles et ceux d’entre nous qui la professent dans le camp des Meyssan et autres monomaniaques, et jette, par contrecoup, le discrédit sur la cause noble que nous défendons. Ce n’est pas un hasard si Philippe Karsenty lui-même ne l’a pas invoquée dans la procédure dont il a été l’objet. Je me réfère, pour affirmer cela, à la phrase, que cite d’ailleurs l’arrêt de la Cour d’appel (fin de la page 6 et début de la p. 7), et qui figurait dans un article de Media-Ratings, en date du 22 novembre 2004 : « Charles Enderlin… se trompe et, du même coup, nous trompe ». Et même si, dans ce passage, Ph. Karsenty use de la formule « fausse mort », il ne fait rien de plus que d’émettre une opinion qui, comme je l’ai signalé plus haut, est presque universellement partagée par les détracteurs de France 2 et d’Enderlin, et dont il importe peu ici, qu’elle soit fondée ou non. Et quand il « affirme que le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, a effectivement diffusé un faux reportage, ce 30 septembre 2000 », il n’infère pas que le journaliste l’a fait en toute connaissance de cause, et donc pour tromper le public, puisqu’il écrit lui-même que le journaliste « se trompe ».

Il reste qu’il n’est pas question de passer par pertes et profits la grave responsabilité qui incombe à la chaîne et à son journaliste - surtout pour le refus obstiné de ce dernier de revenir sur son imputation à Tsahal de la mort de l’enfant palestinien -, il n’est pas question non plus de renoncer à leur en demander des comptes.

 

3. Mise en scène ? Sans aucun doute. Mais pas celle à laquelle on a pensé jusqu’ici

 

Il est étrange, voire surréaliste, que les meilleurs d’entre nous soient divisés sur ce que recouvre l’expression "mise en scène", dans l’affaire al-Dura. Pour faire simple, je résume les positions des deux théories en présence.

Pour les tenants de la "théorie du tout-mis-en-scène" – impliquant, même si ce n’est pas toujours dit explicitement, une conjuration ourdie par France 2/Enderlin et des militants Palestiniens, et censée durer jusqu’à ce jour -, la mise en scène, entièrement concoctée par avance, a consisté à faire croire que Mohammed al-Dura serait mort, alors que, selon eux, il ne l’est pas, et que son père a été blessé par balles, alors que, toujours selon eux, il n’a pas eu une égratignure et que ses blessures sont les séquelles d’une agression à l’arme blanche remontant à deux ans auparavant. La paternité de cette thèse incombe à l’expert israélien, Nahum Shahaf, qui dirigea la commission d'enquête de Tsahal; elle a été popularisée par Metula News Agency et est devenue majoritaire, surtout en milieu juif.


Nahum Shahaf, physicien responsable de l’enquête pour Tsahal. A droite, il mesure la distance entre le cameraman et les Al-Dura, dont le rôle est tenu par des figurants


Pour les tenants de la "théorie de l’exécution préalable", la mise en scène, hâtivement et maladroitement "bricolée" a posteriori, a consisté à maquiller en crime de l’armée israélienne ce qui fut, au mieux, une bavure, au pire un meurtre palestiniens. C’est la thèse du premier expert israélien, Yossef Doriel, évincé de l’enquête pour avoir parlé à la presse (je suis, sauf erreur, le seul à la reprendre entièrement à mon compte), dont je rappelle ici les propos, cités dans mon article précédent (4) :

« La mort de Al-Dura a été mise en scène dans le but de produire une image qui deviendrait emblématique et entacherait la réputation d’Israël aux yeux du monde entier. Les acteurs de l’incident mis en scène comprenaient des Palestiniens armés, un cameraman français (5) de télévision (qui avait reçu des "instructions de mise en scène"), et le père, Jamal Al Dura ("qui, apparemment, n’avait pas compris que l’opération s’achèverait par le meurtre de son fils"). »

Notons encore, sans qu’il soit possible de déterminer le degré de crédibilité de ce qui suit, que la même journaliste qui rapportait le propos ci-dessus, ajoutait, dans le même article, publié, rappelons-le, début novembre 2000 :

« Doriel est furieux contre Tsahal. Il ne peut comprendre pourquoi l’armée "ne rend pas publique la vérité". Chaque jour qui passe, dit-il, augmente les dommages causés à la réputation d’Israël. Il laisse entendre que Tsahal a intérêt à empêcher la divulgation des résultats de l’investigation. Il suggère également que Tsahal a tenu caché au public un fait crucial : tout près du père et du fils, affirme-t-il, il y avait un second emplacement d’où les Palestiniens tiraient sur Tsahal. Selon les estimations de Doriel, les balles qui ont tué Mohammed Al-Dura ont dû être tirées de cette deuxième position palestinienne. Quand on lui demande pourquoi Tsahal garde secrets ces faits cruciaux qui, apparemment, mettent ses soldats hors de cause, Doriel est évasif. "La réponse est explosive", dit-il, refusant de donner plus de détails. »

Aujourd’hui, il est facile de décoder la réponse sibylline de Doriel, à la lumière de ce que nous savons de l’échec du processus de paix, suite au comportement irrationnel et fanatique d’Arafat. Et si cela ne suffit pas, les réflexions, relativement récentes, de C. Glick, rapportées par H. Fendel (6), nous mettent les points sur les "i". S’exprimant, dans le cadre d’un panel de discussion, lors de la Conférence de Jérusalem, en février 2008, la rédactrice en chef du Jerusalem Post expliquait ainsi le silence de l’armée et de l’Etat d’Israël sur ce qui s’est réellement passé au Carrefour de Netzarim :

"La fameuse affaire de la vidéo de l’enfant de 12 ans, Mohammed Al-Dura, diffusée dans le monde entier par France 2 Télévisions, le récit de France 2 et les séquences vidéo choisies ont amené le monde entier à croire que Tsahal était responsable d’avoir tué un enfant innocent que son père essayait désespérément de protéger.

"Pourquoi" se demande-t-elle, "Israël ne s’est-il pas défendu ? Pourquoi un général de haut rang a-t-il immédiatement endossé la responsabilité de la mort du garçon ? Pourquoi Israël n’a-t-il pas adopté une posture plus offensive contre cette attaque ?"

- « A cause d’Oslo », répond Glick.

« C’est parce qu’Ehoud Barak était en pleine négociation d’un accord avec Yasser Arafat concernant le Mont du Temple ; dans ces conditions comment aurait-il pu salir le nom de ceux à qui il voulait céder Gaza ? » " (7).

 

Revenons brièvement sur les premières années qui virent s’abattre sur l’affaire la chape de plomb officielle, laquelle, à ce jour, n’a pas encore été complètement levée. Le physicien israélien, Nahoum Shahaf, responsable de l’enquête (qu’il avait lui-même proposée à l’armée), était parvenu à la conclusion que non seulement les soldats israéliens en poste à plus d’une centaine de mètres des lieux du drame, n’étaient en rien responsables du tir fatal, mais qu’il s’était agi d’une mise en scène visant à criminaliser Tsahal. C’était, apparemment, la reprise de la thèse de son collègue Doriel, qui avait été évincé de l’enquête, comme relaté plus haut. Mais, en réalité, le scénario de Shahaf était très différent. Penchant, semble-t-il, pour l’hypothèse d’un tir mortel accidentel des Palestiniens, le physicien israélien était intimement persuadé que le caméraman de Charles Enderlin, Talal Abou Rahma, était le véritable responsable de l’intoxication, avidement relayée par la presse, et dont il fallait bien reconnaître le succès. Dès lors, Shahaf et, plus tard, ceux qui se rallièrent à ses thèses, n’eurent de cesse de dénoncer ce qu’ils considéraient comme une machination médiatique.

Parmi les quelques enquêteurs sérieux qui subirent la forte empreinte de Shahaf, il faut citer en premier lieu Stéphane Juffa. Cet Israélien, très sensibilisé à la dégradation inexorable de l’image d’Israël, et persuadé de la responsabilité écrasante des médias dans ce processus, commençait alors à réunir autour de lui une petite équipe de collaborateurs, avec le but général de réagir, par voie de presse précisément, à la désinformation médiatique que le cas al-Dura avait rendue plus violente. Il procédait alors à une enquête personnelle sur cet événement et fut vite convaincu par les arguments de Shahaf, qu’il rencontra à plusieurs reprises, et dont il adopta la majeure partie des conclusions.

Pour ne pas être tenté de juger trop sévèrement ces conclusions et celles d’autres enquêteurs volontaires de l’époque, il faut se souvenir qu’ils ne disposaient pas des rushes de la journée, farouchement gardés par France 2 qui refusait obstinément de les communiquer même à Tsahal. Tout ce dont disposait alors le commun des mortels était la vidéo de moins d’une minute diffusée par France 2. Shahaf avait l’avantage incontestable d’avoir été aussi près des faits qu’il était alors possible, puisqu’il avait été à la tête de la commission d’enquête nommée par le général Samia, sur laquelle je ne m’étendrai pas ici, ayant eu l’occasion d’en parler à maintes reprises dans des articles et des notes antérieurs. J’ignore s’il était déjà en possession de rushes des caméramans d’autres chaînes, mais cela me paraît probable.

L’essentiel de l’activité d’investigation et d’analyse de Shahaf et de Juffa a surtout consisté, comme c’était normal, à mettre en lumière les inconsistances des affirmations d’Enderlin, sur la « prise pour cible » des al-Dura par les soldats de Tsahal, et les contradictions, voire les incohérences de cette affirmation avec les résultats des analyses balistiques de la commission d’enquête et ceux de l’examen minutieux de la séquence vidéo de France 2.

A peu près à la même époque (entre octobre 2000 et juin 2001), le cinéaste Pierre Rehov menait sa propre enquête, qui s’appuyait fortement, comme il le reconnaît lui-même, « sur les recherches de Nahum Shahaf et Yossi Doriel, ainsi que sur l’enquête menée par Tsahal à la requête du Général Yom-Tov Samia, mais également sur les rushes d’autres caméramans qui filmaient la scène sous des angles différents, ce jour-là » (8).


Prises de vues, sous un angle différent, d'un cameraman d'Associated Press (AP). On aperçoit la jambe de l'enfant et le baril.


Sauf erreur, aucune des autres enquêtes postérieures - à l’exception de celle de la cinéaste allemande, Esther Shapira, dont le titre dit éloquemment qu’elle y croit (9), n’admet la possibilité que l’enfant palestinien ait été tué, et encore moins la thèse de Doriel, que j’ai appelée, plus haut, "théorie de l’exécution préalable". Au fil des mois, puis des années, seule subsiste la "théorie du tout-mis-en-scène", et ses conclusions : tout est "bidon", il s’agit d’une saynète jouée, et donc l’enfant n’est pas mort ni le père blessé. Elle est renforcée et, en quelque sorte, rendue "canonique" par la publication de la majeure partie des rushes, suite à l’injonction de leur mise à disposition de la justice par la Cour d’appel de Paris, fin 2007.

Comme on le sait, ces rushes abondent en mises en scène grossières, voire burlesques, ce qui, dès lors, accréditera – à tort, à mon avis - la certitude qu’il en va de même de la très brève séquence, éditée par France 2, montrant ce que Ch. Enderlin affirme être la mort de l’enfant palestinien. Suite à ce consensus écrasant, il est aujourd’hui impossible de le remettre en cause comme l’ont fait, avec juste raison, en 2005, les journalistes Jeambar et Leconte, qui soutenaient que la terreur de l’enfant et ce qui semble bien être sa mort en direct, sous l’œil de la caméra de Talal Abou Rahma, ne pouvaient pas être feintes (10).

 

4. Ma démarche est-elle inopportune, voire contreproductive ?

 

Il est probable que seules les vacances estivales, ou la distraction des internautes m’ont épargné l’avalanche de contradictions et de reproches à laquelle je m’attendais, suite à mon précédent article sur le sujet. Jusqu’ici, les rares amis et sympathisants qui m’ont écrit pour m’exprimer leur dissentiment, ont insisté sur le fait que malgré ma bonne foi et le sérieux de mon analyse, mon souci de disculper France 2 et Enderlin de l’accusation de complot avec des Palestiniens, revenait à diminuer leur responsabilité et à détourner l’attention du public des énormes dégâts causés à l’image d’Israël et de son armée par la hâte malsaine avec laquelle ce journaliste et sa chaîne ont conclu à la culpabilité d’Israël dans la fusillade dont ont été victimes les al-Dura, et l’énorme publicité qu’ils ont faite à cette accusation gravissime en autorisant les télévisions du monde entier à diffuser gratuitement la vidéo accusatrice.

Outre que ce type de critique indique que l’émotionnel l’a emporté sur l’analyse et que l’argumentation que je développe n’a pas été comprise, il va de soi que je récuse énergiquement ce soupçon. Quiconque relit sans préjugé mon article précédent constatera que je ne minimise en rien la responsabilité d’Enderlin et de France 2, au contraire. Il suffit de relire mon point n° 4, Ma thèse personnelle (sous réserve d’inventaire), pour s’en convaincre.

Pour ce qui est de mon intention, je l’ai exprimée en toute clarté, dans mon Introduction au dit article, dont je me permets de reprendre ici le passage suivant :

« Qu’arrivera-t-il, en effet, si les expertises exigées aboutissent à la confirmation éclatante que le cadavre exhumé est bien celui de l’enfant de Jamal Al-Dura, et que les blessures de ce dernier ont réellement été causées par des balles ? – Une humiliation et une défaite médiatiques et morales qui seront fatales à la crédibilité de celles et ceux – et je suis du nombre – qui croient que Tsahal, France 2 et Enderlin ont été victimes d’une audacieuse (et immonde) escroquerie de la propagande palestinienne ? Et si, ayant été mis en déroute, comme je crains que nous le serons, nous nous rabattons alors sur la thèse que je vais exposer ci-après, il sera trop tard : nous ne serons plus crédibles, et notre défaite sera totale. »

Je concluais mon article en évoquant, au point 4 du dit article (Rayer de notre argumentaire la thèse d'un complot anti-israélien impliquant France 2 nuira-t-il à la cause de la vérité dans cette affaire ?) :

« le tort considérable qu’ont infligé à notre cause, les excès de la thèse d’un complot ourdi par Enderlin et les Palestiniens avec la complicité, active ou passive, de France 2… »

J’y exprimais également mon avis

« que nous rallierions sans difficulté à notre quête de vérité une bonne partie des journalistes et personnalités qui ont signé l’appel en faveur d’Enderlin, ainsi que nombre de diplomates, d'hommes politiques israéliens et de dirigeants communautaires juifs, en nous en tenant à la thèse - plus modérée et, me semble-t-il, plus plausible -, exposée ci-dessus. »

J’ajoutais:

« Il n’est ni avisé, ni correct de décréter que les signataires ont agi uniquement par conformisme aveugle, ou esprit de corps borné. C’est, précisément, me semble-t-il, parce que l’accusation de complot mettant en cause France 2 et Enderlin, leur a paru énorme et grossière, que la plupart d’entre eux ont pris parti pour le journaliste et sa chaîne. »

J’espère montrer, de façon convaincante, dans la suite et la conclusion de la présente analyse les avantages incontestables qu’il y a à revisiter la "théorie de l’exécution préalable", émise, dès octobre 2000 par Joseph Doriel.

 

5. Nécessité d’une révision de l’interprétation donnée jusqu’ici aux inconséquences et aux éléments troublants du reportage


Je ne réexaminerai pas ici, un à un, tous les éléments factuels qui rendent plus que probable que la séquence vidéo montée par le caméraman palestinien, Talal Abou Rahma, et commentée, a posteriori, en voix off, par Charles Enderlin, le correspondant permanent de France 2 (qui, de son propre aveu, n’était pas présent sur les lieux de l’événement), est le dispositif central d’une fraude, aussi colossale que criminelle, visant à enflammer la colère de l’opinion publique mondiale à l’encontre de l’Etat d’Israël et de son armée.

Ce qui m’amène à revenir brièvement sur ce que j’ai exposé en détail, au point 3, ci-dessus, à savoir, qu’il y a bien eu mise en scène de la mort d’al-Dura, mais que celle-ci a mal tourné. La différence avec la "théorie du tout-mis-en-scène" - qui fait aujourd’hui figure de dogme - peut paraître minime : elle est, en fait, capitale, j’oserais même dire "archimédique".

En effet, la "théorie du tout-mis-en-scène" contraint les détracteurs de France 2 et d’Enderlin à procéder, comme les mauvais doctorants qui ne retiennent que les éléments qui vont dans le sens de leur thèse et écartent arbitrairement ceux qui la contredisent, ou au moins invitent à la nuancer. Les adeptes de cette théorie interprètent toutes les anomalies du reportage et même les détails les plus flous et sujets à des interprétations fantaisistes - du genre de celles qui invitent à voir des figures humaines ou animales dans des amas de nuages -, comme des preuves de mise en scène.

  • C’est le cas du « chiffon rouge » dont parlait Ph. Karsenty et qui, selon une avocate qui lui était favorable, « interloqua la Présidente du Tribunal », laquelle demanda alors à l’intéressé : « Rien d’autre ? ». Réponse de Karsenty : « Si... Justement... Le chiffon rouge a disparu de la poche arrière, l’enfant a changé de position, mais le morceau de tissu réapparaît étrangement sur l’image d’après... au niveau de l’abdomen... » (11).

(Mais l’enfant a très bien pu se saisir, volontairement ou machinalement, de ce "chiffon" - ou mouchoir - rouge, sans qu’il faille y voir, pour autant, comme cela a été dit et écrit ici ou là, un simulacre d’écoulement de sang aux fins de mise en scène)…

·         C’est également le cas des deux doigts, très flous et presque au contact de l’objectif -, qui, sur la vidéo de France 2, dessinent une sorte de V, et dont Shahaf décréta qu’ils indiquaient le chiffre 2, pour une deuxième prise, théorie adoptée sans hésitation par Stéphane Juffa, de Metula New Agency (12).

(Mais un examen attentif révèle que ces doigts apparaissent au cours de ce qui ressemble à une bousculade, et que le geste peut tout aussi bien être celui d’une main qui tente d’obstruer l’objectif, peut-être pour que l’irruption des tireurs palestiniens, de derrière le caméraman, ne soit pas filmée. Et de fait, on aperçoit aussi la nuque d’un homme qui ne semble pas être Talal, car il pouvait difficilement filmer sa propre nuque. Bref, le décodage de cette scène confuse est loin d’être aussi lisse que le veut la théorie de la "deuxième prise" aux fins de mise en scène)…

·         C’est encore le cas du coup d’œil de l’enfant en direction de la caméra (passage coupé au montage), et du mouvement étrange de l’une de ses jambes, alors que l’enfant a été déclaré mort.

(Mais un expert médical a, paraît-il, expliqué que ces attitudes peuvent s’interpréter comme des spasmes et des réflexes d’agonie. Et même si cela paraît difficile à croire, il faut répondre à l’objection de manière convaincante et non par une profession de foi aveugle en l’existence d’une mise en scène).

·         C’est aussi le cas du nombre très limité d’impacts de balles dans le mur, remarqué par tous les commentateurs, et mis en contraste avec les nombreux tirs entendus durant plusieurs minutes. Ce fait patent a été presque universellement interprété comme "preuve" indiscutable" de la mise en scène.


A gauche, les impacts avant la mort de Mohammed, à droite, on distingue le trou supplémentaire, censé correspondre à la balle qui a atteint Mohammed.


(C’est l’évidence même, mais cette constatation ne suffit pas, et ce mode opératoire n’a de sens que si les tireurs voulaient créer l’illusion que seuls des tireurs d’élite de Tsahal pouvaient avoir tiré au but et au coup par coup. Il suffisait ensuite d’ôter les balles des trous pour empêcher l’identification de l’origine des tirs, les projectiles des Kalachnikovs et des fusils-mitrailleurs utilisés par les Palestiniens étant différents de ceux des armes des snipers de Tsahal.)

·         C’est enfin le cas de l'affirmation, selon laquelle le visage de l'enfant photographié à la morgue ne correspond pas à celui de al-Dura vivant, et serait celui d'un autre enfant amené le matin à la morgue, et donc avant al-Dura, au point qu'on a parlé d'un "Mohammed du matin" et d'un "Mohammed de l'après-midi.

(Fort bien, mais comment prouver cela? J'ai fait mon propre test et montré les deux clichés ci-dessous à plusieurs de mes relations. Pour les uns, c'était indéniablement le même enfant; pour les autres, indéniablement un autre enfant.)

Mohammed "du matin", ou Mohammed "de l’après-midi" ? Et qui est l'enfant sur la civière, qui a été enterré ce jour-là?


Par contre, il me semble plus utile et productif de mettre en exergue les anomalies intolérables suivantes - déjà soulignées, certes, mais pas avec assez de force, alors qu’elles sont véritablement incontournables et explosives.

Et entre autres, dans l’ordre séquentiel des prises de vues :

·         Lors d’une scène de "panique", visiblement dirigée par un ou plusieurs meneurs, on peut voir les "fuyards", apparemment pas effrayés du tout, passer en trombe devant les al-Dura, qui, eux, ne semblent pas soucieux de se joindre au mouvement, alors que, selon le scénario général, ils sont en danger de mort. Ce qui inspirera à Philippe Karsenty la réflexion ironique selon laquelle la famille al-Dura « patiente avant d’entrer en spectacle » (13). Un commentateur exprimait la même idée, avec au moins autant de mordant, ce qui eut pour effet de révulser un éditorialiste du Jerusalem Post, qui notait, scandalisé (14):

« quand un groupe de jeunes Palestiniens passent en courant devant les al-Dura, alors que le père et le fils restent accroupis devant le mur, le commentaire pose la question (sur fond sonore de tirs) : "Se sauvaient-ils ou dégageaient-ils le plateau ?" »

·         Quand on entend crier : mat hawalad ! (l’enfant est mort), on a devant les yeux la preuve indiscutable que le petit Mohammed est encore vivant. Dans une vidéo postérieure, montée par Enderlin, le commentaire suivant, en voix off, résoudra la difficulté, en ces termes :

« On entend : "L’enfant est mort, l’enfant est mort !". Ce qui signifie, en arabe parlé, qu’il est en danger de mort » (15).

·         Autre observation. Si on le compare aux tirs antécédents, le niveau très élevé de bruit de la « dernière rafale », rend évident, même à un non-spécialiste, qu’elle provient d’une ou de plusieurs armes qui tirent tout près du caméraman. Ce détail n’échappe pas à l’ingénieur Joseph Doriel, ancien tireur d’élite de Tsahal, qui remarque (16) :

« on peut entendre la salve - mais la position israélienne était très éloignée! [On peut donc en déduire que] ce qui s’est produit, c’est qu’un Palestinien s’est avancé jusqu’à un endroit très proche du caméraman, et a tiré la rafale mortelle. On peut noter également qu’au moment des tirs mortels, le caméraman a 'sursauté' et que l’image est devenue floue – ce qui indique que les tirs provenaient d’un endroit proche de lui. »


La caméra de Talal sort du champ

 

·         L’épisode peut aussi s’interpréter autrement. Le flou et la déviation de l’angle de prise de vues de la caméra de Talal Abou Rahma, conjugués à la main qui s’interpose entre les lieux en cours de filmage et l’objectif, sont peut-être le résultat d’une bousculade, voire, comme je l’ai déjà écrit, d’une interruption autoritaire et musclée de la prise de vues, effectuée par les tireurs palestiniens, après qu’ils aient tué l’enfant et blessé son père. On peut comprendre, en effet, qu’ils ne voulaient pas être filmés en train d’évacuer leurs victimes et d’effacer les traces de leur forfait, en particulier en extrayant du mur les balles palestiniennes qui eussent signé l’identité des tueurs.

 


Signe de deuxième prise, ou tentative d'un tiers de saisir (ou de masquer) l'objectif ?...


A qui appartient cette tête filmée de derrière et plus visible sur le cliché de droite ? Talal Abou Rahma ne s'est tout de même pas filmé lui-même...

 

·         Enfin on est en droit de se demander si Enderlin et France 2 ont fait preuve d’une naïveté confinant à la stupidité, ou d’une complicité scandaleuse, en cautionnant la version ridicule de leur caméraman, qui mettait son interruption soudaine de filmer au compte d’un épuisement prochain des batteries de sa caméra. Tout journaliste digne de ce nom eût continué de filmer jusqu’à extinction complète de la batterie, ne serait-ce que parce que le Pulitzer était à portée de sa main.

 

6. Décider entre la "théorie du tout-mis-en-scène" et la "théorie de l’exécution préalable"


Les longues analyses qui précèdent avaient pour but de justifier loyalement mon choix personnel de la "théorie de l’exécution préalable" – émise, je le rappelle, dès octobre 2000, par l’ingénieur Joseph Doriel, qui dirigea, conjointement à Nahoum Shahaf, la commission d’enquête autorisée par Tsahal, avant d’en être écarté pour cause d’indiscrétion au profit de la presse. Je précise que je n’ai pas opté pour cette théorie, en vertu de sa convenance, ni parce qu’elle serait plus favorable à l’image d’Israël et de son armée. Je ne considère pas non plus, comme on me l’a reproché, qu’elle est de nature à exonérer France 2 et Charles Enderlin de toute culpabilité dans cette affaire. je tiens en effet, la chaîne nationale française et son journaliste pour responsables des désastres qu’a causés leur décision inexcusable de diffuser urbi et orbi, sans examen préalable et gratuitement, cette version moderne de l’accusation médiévale "de meurtre d’enfants non-Juifs", qui a livré à l’opprobre et à la vindicte universelle l’Etat juif, ses institutions et ses citoyens, et même d’autres Juifs dans le monde, comme l’a tragiquement illustré le sauvage égorgement du journaliste américain Daniel Pearl (17).


Instrumentalisation de l'épisode al-Dura par les assassins du journaliste juif américain

 

Avant de m’engager sur cette voie, j’ai examiné soigneusement les arguments de la "théorie du tout-mis-en-scène", et je l’ai estimée insoutenable, pour les raisons expliquées plus haut.

Je réitère ici, avec quelques variantes, ma vision personnelle du déroulement des faits, déjà exposée dans mon précédent article sur le sujet.

·         La séquence des al-Dura était probablement l’une des nombreuses mises en scène filmées ce jour-là et que l’on peut voir dans les 18 minutes de rushes remis par France 2 à la cour d’appel de Paris en 2007. Elle était en cours de tournage quand s’est produit le drame au cours duquel, volontairement ou accidentellement, Mohammed al-Dura a été mortellement blessé.

Regard effaré du père dont la bouche semble émettre un cri. Voit-il les Palestiniens armés faire irruption à côté du caméraman et comprend-il ce qui va se passer ?

·         Des tireurs palestiniens sortent précipitamment des buissons où ils étaient embusqués, derrière le caméraman et face aux al-Dura - ce qui explique peut-être le regard effaré du père en direction de Talal Abou Rahma, à côté duquel il voit sans doute apparaître les tireurs palestiniens (18). Ils tirent en direction de l'enfant et de son père, sans qu’on sache si c’était avec ou sans intention de tuer. Ils se précipitent sur les lieux, bousculent Talal Abou Rahma qui, de son plein gré, ou sous la contrainte, cesse de filmer, quitte à se débrouiller ensuite pour rendre le scénario plausible. Ce qu'il a fait.

·         Le rôle respectif des acteurs de la mise en scène reste flou. A en croire Doriel, Jamal al-Dura et Talal Abou Rahma, en accord avec des hommes armés palestiniens, ont posé pour une scène de mitraillage fictif. Jamal ignorait que l’imposture se terminerait de façon tragique. Talal, l’ignorait-il également ? C’est possible. Comme dit plus haut, les images floues et confuses qui suivent les cris proclamant la mort de l’enfant semblent indiquer que des hommes armés palestiniens, venus de la position "Pita", située en face des al-Dura et derrière le caméraman, font irruption sur les lieux après le tir. Au stade actuel, il est impossible d’établir si Talal était de mèche avec les hommes de main palestiniens et s’il savait quelle serait l’issue réelle de cette mise en scène. Il se peut qu’il n’ait compris la situation qu’après le drame. En tout état de cause il a collaboré à rendre plausible l’imposture, d'où, sans doute, les mensonges dans lesquels il s’empêtrera plus tard, au fil de ses interviews et de ses témoignages.

·         Quant à Enderlin, selon moi, c'est le vrai "dindon de la farce". Aussi plein de confiance en son caméraman que le naïf mari trompé en sa femme infidèle, il n’était certainement pas de mèche avec les Palestiniens, et il fait peu de doute qu’il ait d’abord cru au récit de son caméraman, d’autant qu’un haut gradé de l’armée israélienne avait reconnu que ses soldats pouvaient avoir tué l’enfant accidentellement. Ce qui paraît plus difficile à croire, par contre, c’est qu’à un stade ou à un autre, Enderlin n’ait pas compris que quelque chose sonnait faux dans cette affaire. A partir de quel moment a-t-il eu des soupçons ? Ses préjugés idéologiques favorables à la cause palestinienne et son incapacité à concevoir un tel cynisme palestinien ont-ils inhibé son sens critique au point qu'il n'ait pas eu l'ombre d'un doute ? Toujours est-il qu’à ce jour, il n’a jamais rétracté, ni nuancé sa version catégorique de l’événement – qu’il doit à son caméraman palestinien et qui fait pour lui figure d’article de foi.


Les deux seuls éléments qui semblent contredire la "théorie de l’exécution préalable" sont : 1) l’image furtive de l’enfant regardant dans la direction du caméraman (elle est absente de la vidéo de France 2, mais présente dans les rushes) ;  

Prises de vues, image par image, de l’instant où l’enfant semble regarder vers la caméra.
Les sceptiques affirmeront que l’enfant se débat dans les affres de l’agonie.

 

2) les cris « l’enfant est mort », qui coïncident avec une image montrant l’enfant encore en vie.

En hébreu : "L’enfant est mort !" Les images illustrent le fait troublant que ce cri est poussé alors que l’enfant est vivant


Une seule hypothèse - plausible, quoique impossible à prouver -, pourrait résoudre d’un coup les deux éléments de cette contradiction : une interpolation des images. Techniquement, la chose est possible, relativement facile à réaliser et très difficile à prouver, au stade actuel, d’autant que nous travaillons tous sur des images portées sur CD. Mais il faut un mobile à cette manipulation, et celui-ci n’apparaît pas avec évidence. Je propose l’hypothèse suivante.

L’excision de l’image – très gênante pour Enderlin et France 2 – montrant l’enfant qui jette un coup d’oeil en direction du caméraman, aurait obligé Talal Abou Rahma à décaler les images, avec, pour conséquence, qu'elles ne coïncident plus exactement avec le son. Je précise que je n’ai aucune expertise en prises de vues et traitement d’images, il se pourrait donc que j’aie émis là une niaiserie. Ce sera aux spécialistes de ces techniques d’en juger.

 

7. Conclusion

 

Si imparfaite – je n’en doute pas – que soient les analyses ci-dessus et les hypothèses qui les sous-tendent, j’espère qu’à défaut d’adopter la "théorie de l’exécution préalable" de J. Doriel, à laquelle je me suis rallié, celles et ceux qui devront décider de la stratégie de la Commission d’experts, envisagée par le CRIF, et du contenu de son "cahier des charges", tiendront compte de l’avertissement que j’exprimais dans l’Introduction de mon article précédent et plus haut dans le présent article, et que je me permets de citer à nouveau ici :

 

« Comme d’autres – dont on n’entend, hélas, pas la voix, je pense qu’on prend un risque considérable en exigeant une exhumation du corps de Mohammed al-Dura, qui est peut-être réellement mort, quelles que soient les circonstances de son décès. Il en va de même pour les blessures du père, Jamal al-Dura... Bien qu’un tel examen ne soit pas inutile, je le considère, aujourd’hui, comme aussi risqué que l’exhumation.

Qu’arrivera-t-il, en effet, si les expertises exigées aboutissent à la confirmation éclatante que le cadavre exhumé est bien celui de l’enfant de Jamal Al-Dura, et que les blessures de ce dernier ont réellement été causées par des balles ? – Une humiliation et une défaite médiatiques et morales qui seront fatales à la crédibilité de celles et ceux – et je suis du nombre – qui croient que Tsahal, France 2 et Enderlin ont été victimes d’une audacieuse (et immonde) escroquerie de la propagande palestinienne ? Et si, ayant été mis en déroute, comme je crains que nous le serons, nous nous rabattons alors sur la thèse que j'ai exposée ci-dessus, il sera trop tard : nous ne serons plus crédibles, et notre défaite sera totale. »


Il est crucial que nous fondions notre exigence de reddition de comptes sur des faits incontestables et/ou des soupçons raisonnables, et non sur une intime conviction. Toute surenchère dans les accusations est contreproductive et même nuisible. Elle ne fera que crédibiliser les reproches de ceux qui nous accusent de paranoïa et de volonté malsaine de salir la réputation de la chaîne nationale France Télévisions, de ses dirigants et de son correspondant permanent à Jérusalem. Charles Enderlin s'est suffisamment mis en tort, et ce à plusieurs reprises, pour qu'il ne soit pas nécessaire de charger davantage la barque. Il suffira de documenter sérieusement les dégâts considérables déjà causés et leurs conséquences constatables, pour établir un dossier solide, éventuellement assorti d'une demande de réparation des préjudices matériels, politiques et moraux subis, qui sera porté à la connaissance de la presse et de l'opinion publique internationales.


© Menahem Macina

 

 

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Notes

 

(1) « …pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. D’ailleurs, Ben Kaspit du quotidien israélien Maariv révélera un secret militaire deux années plus tard : durant le premier mois de l’Intifada, Tsahal avait tiré un million de cartouches de calibres divers, 700 000 en Cisjordanie et 300 000 à Gaza. Des enfants palestiniens se sont retrouvés en première ligne. Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Les envoyés spéciaux sur place et les reportages filmés sur le terrain peuvent le confirmer. » (Charles Enderlin, "Non à la censure à la source", Le Figaro, 27 janvier 2005).

(2) " …en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, dans Le Figaro du 27 janvier 2005, que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde, en entraînant des violences sans précédent dans toute la région, ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné…" (Extrait de la "Transcription intégrale de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris…"). Les deux journalistes cités avaient déjà exprimé leur rejet de ce procédé (voir: "Al-Dura/Fr2 Interview D. Jeambar- D. Leconte (RCJ)", 1er février 2005 :

- S. Malka : …il y a eu une réponse… de Charles Enderlin à votre propre papier, dans Le Figaro du lendemain, ou du surlendemain, et alors, l’un de ses arguments majeurs c’est de dire : l’image correspondait à la réalité de la situation. - D. Leconte : …quand il dit: "l’image correspond à la réalité de l’instant", ou du moment… vous me permettrez de ne pas être tout à fait d’accord avec cette expression… - S. Malka : Il ne parle pas du moment, il dit que l’image correspond à la réalité de l’ensemble. Elle n’est peut-être pas vraie sur l’événement lui-même, mais elle est vraisemblable, parce qu’elle correspond à la réalité de la situation en Cisjordanie et à Gaza. - D. Leconte : ….ce genre d’argument est un argument d’une faiblesse inouïe. Quand on est journaliste, on ne se préoccupe pas de savoir de l’ensemble, mais de là où on est et de ce qu’on décrit. - D. Leconte : …moi je dirais : cela correspond, en gros, à ce que l’opinion française, globalement, veut entendre à ce moment-là. Et ça, je pense que c’est, me semble-t-il, quelque chose qui est plus préoccupant. C’est-à-dire que, en gros, j’ai le sentiment qu’on a une grille de lecture de ce qui se passe au Proche-Orient et que, finalement, les faits sont convoqués pour entretenir cette grille de lecture… c’est pas le rôle d’un journaliste de faire ça. Le rôle d’un journaliste, c’est d’essayer de rendre compte d’une situation, à un moment donné. Et il me semble que, dans cette affaire… personne n’est à l’abri d’erreurs, et moi le premier. Mais le minimum, c’est, quand on fait des erreurs comme celles-là, qui sont aussi graves et qui ont autant de conséquences, c’est d’essayer de les reconnaître. Voilà mon point de vue. - D. Jeambar : Je partage tout à fait le point de vue de Daniel, naturellement, et ce qu’il vient d’observer… mais la phrase qu’il [Enderlin] écrit dans Le Figaro est quand même contraire à ce qu’est ce métier. On n’est pas là pour essayer d’imaginer des images qui vont donner le reflet d’une situation. On est là pour donner des faits, la réalité des faits, et non pas pour les réinterpréter. La vérité n’est pas celle que l’on veut : la vérité est dans la réalité. Et donc je trouve que c’est une phrase qui est préoccupante du point de vue journalistique. Par ailleurs, en effet, aucun d’entre nous, comme le disait Daniel, n’est à l’abri d’une erreur, mais, en l’occurrence, tout de même, l’impact de ces images a été considérable : elles ont fait le tour du monde, elles ont frappé les esprits, et, dans une situation qui est aussi délicate, on n’a pas le droit, d’une certaine manière, de ne pas reconnaître quand on s’est trompé.

(3) Voir, entre autres : "Les ravages du «meyssanisme» juif (Fr2/Al-Dura" (6 décembre 2004) ; "Al-Dura/Fr2: coupable d’intelligence avec l’ennemi (I)" ; "Al-Dura/Fr2: coupable d’intelligence avec l’ennemi (II)" (8 février 2005) ; "(Al-Dura) Mise au point sur les faits imputés à France 2" (21 novembre 2004) ; "Affaire Al-Dura: cesser de se marcher sur les pieds !" (23 novembre 2004). Pour mieux fixer les choses, je crois utile de remettre en course ma réponse d’il y a bientôt deux mois, à un internaute qui semblait accréditer le bien-fondé des accusations récurrentes dont j’étais l’objet pour avoir refusé de m’associer à l’accusation de conjuration entre France 2/Enderlin et des Palestiniens :

« …je n’ai pas changé d’avis sur le fait qu’il n’y avait aucune raison, à l’époque, d’accuser tant Mme Chabot que Ch. Enderlin de complot pour nuire à l’Etat juif. Je le pense encore aujourd’hui. Je le répète : le seul reproche que méritent l’un et l’autre, c’est, après s’être trompés ou avoir été trompés, de refuser obstinément de le reconnaître et d’admettre leur responsabilité dans la diffusion, hâtive et gratuite, de ce document et de l’accusation contre Tsahal, qui allait avec; et tout cela avec les conséquences dramatiques que l'on sait. Quant à mon appellation ironique de "meyssanisme juif" pour qualifier l’attitude extrême de certains Juifs, je constate, avec surprise, qu’à 4 ans de distance, elle ne m’a encore pas été pardonnée. C’est d’autant plus étonnant à mes yeux, que les propos publics, au moins aussi sévères, émis par Clément Weill-Raynal, à la même époque, n’ont pas déclenché le tollé qu’ont suscité les miens. Ce journaliste de FR 3, que beaucoup - dont moi-même - tiennent en haute estime, déclarait ce qui suit, le 3 octobre 2002, au micro de RCJ, le lendemain de la manifestation devant France 2 [dont j’avais été un relais actif]: « quels que soient les griefs que l'on a contre Charles Enderlin, on ne peut accepter d'aller conspuer son nom dans une manifestation collective sur la voie publique. Cela autorise tous les dérapages, on ne peut répondre au lynchage médiatique que nous avons subi par un contre-lynchage. L'hystérie collective, à propos de l'affaire du Petit Mohammed Al Dura, a atteint un tel niveau, que circule actuellement sur Internet une incroyable rumeur propagée par plus d'un site juif : Le petit Mohammed ne serait pas mort. La scène filmée par France 2 ne serait qu'une mise en scène palestinienne. C'est un peu l'équivalent juif de la rumeur selon laquelle aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone. Après tout, les juifs ne sont pas plus immunisés que les autres contre ce genre d'intox et de délire. »

Clément Weill-Raynal n’a pas utilisé l’expression 'macinienne' de "meyssanisme juif", mais il a assimilé l’attitude de ceux qui « conspuent » Enderlin à l’un des "canards" popularisés par Meyssan. En l'espèce, il ne lui en a rien coûté. Alors, pourquoi suis-je seul pris à partie ? » ("Témoignages en faveur d’un Juif accusé par un autre Juif d’avoir fait tort à la cause Al-Dura", 28 mai 2008).

(4) Anat Cygielman, "Dubious Probe of the al Dura Case Backfires" (7 novembre 2000); traduction française : "L'enquête sur l'affaire Al-Dura ne convainc pas la presse".

(5) Confusion – au demeurant bien compréhensible – de Doriel. En fait il s’agissait de Talal Abou Rahma, caméraman palestinien, travaillant pour la chaîne française nationale.

(6) Hillel Fendel, "Effondrement des efforts d’Israël en matière de communication [dont l’affaire Al-Dura]", 22 février 2008.   

(7) Opinion déjà émise par Paul Foster (pseudonyme), contributeur de l’ouvrage collectif, Nouveaux visages de l’antisémitisme. Haine passion ou haine historique, NM7 Editions, 2001 : « S’il y a une responsabilité de l’armée israélienne, c’est uniquement d’être restée évasive pour ne pas entraver d’hypothétiques négociations, pour ne pas générer une nouvelle crise, de nouveaux affrontements avec l’Autorité palestinienne. » ("Al-Dura Ghetto de Verre, P. Foster 20 sept. 2001"). 
(8) « La mort du petit Mohammed et la salissure programmée d’Israël (Complicité de FRANCE 2 ou naïveté partisane ?) », dossier publié en exclusivité et sous copyright de l’UPJF. On aurait tort d’inférer de l’ancienneté du reportage qu’il ne vaut pas la peine de le lire. Au contraire, il comporte des descriptions et des analyses qui, aujourd’hui encore, sont pertinentes, et auxquelles on n’a peut-être pas prêté suffisamment d’attention. 
(9) Voir la vidéo de son film "« Trois balles et un enfant mort » : La vidéo du documentaire d’Esther Schapira", et sa transcription.

(10) Voir l’interview de Jeambar et Leconte, sur RCJ, le 5 janvier 2005. Significative est la cacophonie verbale déclenchée par la question de S. Malka, qui semble vouloir faire dire aux deux journalistes que la mort de l’enfant est simulée :

- S. Malka : …c’est tout de même très troublant : vous dites qu’au moment où Tallal Abu Rahme est en train de filmer la supposée agonie du gosse... à côté, on filme des mises en scène de... [Interruption de D. Jeambar et D. Leconte] - D. Jeambar et D. Leconte : [Ensemble] Avant, avant, avant ! Avant, avant, avant ! - D. Jeambar : Quelques minutes avant. - D. Leconte : Voilà. - S. Malka : [qui tente de finir sa phrase] ...des [Interruption des deux interviewés]

- D. Jeambar et D. Leconte : [Ensemble, et à nouveau] Avant, avant, avant ! Avant, avant, avant ! - S. Malka : [qui parvient à achever sa phrase] ...des blessures imaginaires. - D. Jeambar : Sauf une ! Sauf une ! - D. Leconte : Voilà. Tout ça, c’est avéré. Si un jour, France Télévisions décide de montrer ces rushes, on pourra faire le même constat. D’ailleurs, les gens de France 2 qui étaient autour de la table avec nous ont reconnu ça sans aucun problème. Maintenant, dire que tout est une mise en scène dans la mort de l’enfant, dans les blessures du père, etc., moi j’en sais rien. Que la Ména dise ça, s’ils ont des éléments, qu’ils nous les donnent, qu’ils le disent. Nous, ce qu’on a vu ne nous amène pas du tout à dire ça, et plutôt même à dire le contraire.

(11) Voir : Nina Ruben (Primo) "Affaire Al-Dura : Une journée au TGI de Paris !" (14 novembre 2007).    

(12) En témoigne ce passage de l’émission "Al-Dura, spin ou symbole ?" (7 mars 2008) : 

- Yoram Schefer : « Juffa veut parler de cette image [on voit l’image brouillée, censée montrer la salve fatale] sur laquelle, malgré le flou, on distingue les doigts du caméraman Talal faisant le signe 2. C’est le signe convenu de deuxième prise, c’est-à-dire qu’on filme à nouveau la même scène, ce qui a pour but de préparer un montage. » 

- S. Juffa : « Si on fait défiler le film de France 2 à vitesse lente, on voit la prise 2... et je me suis demandé: qu’est-ce que c’est "prise 2" ? Nous avons questionné l’entourage de Talal Abu Rahma : qu’est-ce que c’est "prise 2" ? Et, avec un sourire, ils nous ont dit que c’est un signe de victoire. Alors, on leur a demandé: un signal de victoire pour un enfant mort ? Quelle victoire avez-vous remportée ? Vous avez vaincu Tsahal ? »

(13) Voir : "Les déclarations d’officiels israéliens contribueront-elles à faire éclater la vérité dans l’affaire Enderlin-France 2 ?", Media-Ratings (10 janvier 2007).

(14) Larry Derfner, "Affaire Mohammed al-Dura - Enderlin : Un peu de bon sens SVP" (18 juin 2008).

(15) Voir M. Macina, "Al-Dura: Quelques invraisemblances du reportage de France 2, dorénavant accessible à tous" (14 mars 2008). 

(16) Voir l’article de David Kupelian, "Who killed Mohammed al-Dura? 12-year-old Palestinian 'martyr' likely killed by his own people", paru le 4 décembre 2000 dans World Net Daily, traduit en français dans mon article : "Al-Dura victime de Palestiniens, pas d’un complot journalistique" (27 novembre 2004). 

(17) Rappelons que la vidéo de son exécution était jalonnée d’images des événements du carrefour de Netzarim, et que l’une des affiches de propagande des assassins représentait une photo de Pearl encore vivant, avec, à l’arrière-plan et en médaillon, une image de Mohammed al-Dura et de son père recroquevillés contre un baril de béton.

(18) Voir "Al-Dura victime de Palestiniens, pas d’un complot journalistique", chapitre 2: « Y a-t-il eu machination palestinienne, et si oui, avec ou sans la complicité des journalistes de France 2 ? ».

 

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Annexe : Propagande

 

Un instituteur et ses élèves


Le maître, montrant le mot au tableau : « Killed » [elle a tué]
Les élèves reprennent, sur un registre assourdissant : « Killed »

Le maître : « Our friend » [notre camarade (Al-Dura)]
Les élèves : « Our friend »

Le maître : « The Israeli Army » [l’armée israélienne]
Les élèves : « The Israeli Army »

Le maître : « Killed » [a tué]
Les élèves : « Killed »

Le maître : « Our friend » [notre camarade]
Les élèves : « Our friend »

Le maître : « Shame on them ! » [Honte à eux!]
Les élèves : « Shame on them !»

 
À gauche: le maître au tableau montre le mot "killed" (elle a tué) - À droite les enfants répètent : "Israeli army" (l’armée israélienne)
 
Le maître : "Shame on them!" (Honte à eux) - La classe : "Shame on them!"