(*) Voir : "Al-Dura tué par les siens: accident ou forfait abominable maquillé en crime israélien".
1. Introduction
Depuis le début de cette affaire que je documente depuis début 2001 -, jai été surpris du peu décho qua rencontré la thèse de lun des deux experts nommés par le général Samia pour examiner à qui doivent être imputés les tirs qui ont peut-être été fatals à Mohammed al-Dura. Je veux parler du rapport de lingénieur Joseph Doriel, qui fut écarté de lenquête en octobre 2000, pour avoir donné son avis personnel à la presse (1). Selon lui, ce sont des tireurs palestiniens, embusqués derrière le caméraman Talal Abu Rahma, qui ont tué lenfant et blessé son père.
Cette version des faits correspond plus ou moins au quatrième des "Cinq scenarii", exposés, en son temps, par le prof. Richard Landes (2).
Bien que jaie soutenu de toutes mes forces les détracteurs du reportage de France 2, depuis que Philippe Karsenty sen est fait le héraut, je nai jamais changé davis sur le fait quil ny a pas eu, comme certains lont affirmé témérairement, de collusion entre le journaliste de France 2, Charles Enderlin, et son caméraman palestinien, Talal Abou Rahma, pour ourdir un complot visant à criminaliser lEtat dIsraël. Si, jusquici, je me suis abstenu de rendre publique ma thèse personnelle en la matière, cétait pour ne pas nuire à la procédure judiciaire, alors en cours.
Bien que France 2 et Ch. Enderlin aient déposé un pourvoi en cassation, jai estimé, après avoir pris conseil de personnes sérieuses et compétentes, quil ny avait aucun empêchement juridique ou tactique à ce que jexprime publiquement ce que jai maintes fois exposé en privé à mes collègues (Karsenty, Landes, Juffa, Poller, Huber, Rosenzweig, etc.), sans parvenir à les convaincre, à une exception près (hésitante, il est vrai).
Ce sont les récentes initiatives, et en particulier celle qui vise à mettre sur pied une commission denquête, qui mont décidé à le faire. En effet, comme dautres dont on nentend, hélas, pas la voix, je pense quon prend un risque considérable en exigeant une exhumation du corps de Mohammed al-Dura, qui est peut-être réellement mort, quelles que soient les circonstances de son décès. Il en va de même pour les blessures du père, Jamal al-Dura. Jai, en son temps, soutenu la position de plusieurs spécialistes de laffaire al-Dura, dont celle du psychanalyste Gérard Huber (3), qui insistent sur lurgence dune contre-expertise médicale des blessures de Jamal, pour lever le doute sur le point de savoir sil sagit du résultat dune agression à larme blanche, comme le soutiennent certains, ou dimpacts de balles. Bien quun tel examen ne soit pas inutile, je le considère, aujourdhui, comme aussi risqué que lexhumation.
Quarrivera-t-il, en effet, si les expertises exigées aboutissent à la confirmation éclatante que le cadavre exhumé est bien celui de lenfant de Jamal Al-Dura, et que les blessures de ce dernier ont réellement été causées par des balles ? Une humiliation et une défaite médiatiques et morales qui seront fatales à la crédibilité de celles et ceux et je suis du nombre qui croient que Tsahal, France 2 et Enderlin ont été victimes dune audacieuse (et immonde) escroquerie de la propagande palestinienne ? Et si, ayant été mis en déroute, comme je crains que nous le serons, nous nous rabattons alors sur la thèse que je vais exposer ci-après, il sera trop tard : nous ne serons plus crédibles, et notre défaite sera totale.
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2. Premiers doutes, premières enquêtes et premières hypothèses
Dès la fin de lannée 2000, à peine plus dun mois après les faits, Joseph Doriel lexpert écarté de lenquête - avait donné sa version des circonstances du mitraillage des al-Dura. Annette Cygielman, une journaliste israélienne, les résumait en ces termes (4) :
« Cinq jours après la réunion avec [le général Yom Tov] Samia, la première reconstitution fut effectuée à partir de lemplacement de tir de Tsahal. Tandis que lon reconstituait la scène, Doriel accordait une interview à léquipe de télévision américaine [CBS]. Il exposa sa thèse devant la caméra de [l'émission] "60 minutes". La mort de Al-Dura a été mise en scène dans le but de produire une image qui deviendrait emblématique et entacherait la réputation dIsraël aux yeux du monde entier. Les acteurs de lincident mis en scène comprenaient des Palestiniens armés, un cameraman français (5) de télévision (qui avait reçu des "instructions de mise en scène"), et le père, Jamal Al Dura ("qui, apparemment, navait pas compris que lopération sachèverait par le meurtre de son fils"). Doriel fit remarquer le fait que lon pouvait voir le père faire des gestes au photographe dans le film. »
Laffirmation était si "énorme", quelle ne fut pas prise en compte par les journalistes américains et ne bénéficia daucun écho médiatique digne de ce nom. Par la suite, elle fut systématiquement ignorée par les principaux enquêteurs indépendants - pourtant compétents et sincères, et qui considéraient, avec juste raison, tout lévénement comme une mise en scène -, parce quelle accréditait la thèse de la mort de lenfant, dont ils croyaient, à tort, quelle était de nature à fragiliser leur certitude quil y avait eu complot. Selon la majorité dentre eux, la mise en scène postulait que lenfant nétait pas mort ni le père blessé, puisquils étaient eux-mêmes acteurs bénévoles de la saynète filmée à laquelle ils prêtaient leur concours. Doù les justifications (chiffon rouge pour simuler une tache de sang, absence de blessures visibles et de sang sur la vidéo de moins dune minute, signe de deuxième prise de vues, matérialisée par les doigts en V, entraperçus dans une succession dimages furtives, chaotiques et floues, etc.).
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
Dans larticle séminal, lui aussi resté marginal et de diffusion confidentielle, de David Kupelian, début décembre 2000, on peut lire ce qui suit (6).
Doriel, ancien tireur délite de Tsahal, avait quelques raisons de suspecter que ce nétaient pas les Israéliens qui avaient tiré sur le garçon : « Une chose est sûre, le garçon et son père se cachaient derrière et à gauche dun fût qui se trouvait entre eux et les forces israéliennes », a-t-il dit à IsraelNationalNews.com « Dans la vidéo, on distingue, à côté deux, quatre trous nets de balles. Elles nont pas été tirées par les Israéliens ce sont des trous 'propres', nets, et non de simples éraflures quauraient causées des tirs israéliens provenant dun angle de 30 degrés -, mais plutôt par des Palestiniens (postés plus directement devant le père et le fils), pour sassurer que lun et lautre resteraient dans leur position. Soudain, vous voyez le garçon qui gît, allongé sur les genoux de son père, alors quun autre impact de balle est visible dans le mur, juste derrière lui là aussi, ce tir ne pouvait pas provenir de la position de Tsahal, qui se trouvait au-delà du fût et sur le côté, mais uniquement de la position palestinienne, qui faisait plus directement face au père et au fils. Cest cette balle qui lui a traversé le ventre et est ressortie par son dos » À ce stade de la vidéo, dit Doriel, « on peut entendre la salve - mais la position israélienne était très éloignée! [On peut donc en déduire que] ce qui sest produit, cest quun Palestinien sest avancé jusquà un endroit très proche du caméraman, et a tiré la rafale mortelle. On peut noter également quau moment des tirs mortels, le caméraman a 'sursauté' et que limage est devenue floue ce qui indique que les tirs provenaient dun endroit proche de lui. » Une équipe de CBS était sur place pour filmer la reconstitution pour lémission "60 minutes" [Son verdict :] les résultats sont peu concluants. Mais, [le général] Samia, [lingénieur Doriel] et beaucoup dautres qui ont examiné les preuves nont guère de doutes quant à lidentité des responsables de la mort de Mohammed al-Dura. « Les forces palestiniennes ont mis en scène lévénement », affirme Doriel avec emphase. « Les Israéliens tiraient, bien sûr, mais la salve mortelle na pas été tirée par eux : elle venait de la position palestinienne qui faisait face au garçon, derrière le cameraman. »
On lit encore, dans le rapport de Doriel:
« Confirmé par tous : Des soldats israéliens étaient confinés dans un avant-poste situé en travers du carrefour, à une distance de 110 mètres de la victime et dans un angle de 30 degrés par rapport au mur de parpaings, où le garçon et son père sétaient réfugiés derrière un fût de ciment. A cette époque, des avant-postes palestiniens étaient disséminés dans tout le secteur - devant et derrière la victime.
Confirmé par le représentant officiel de lautorité palestinienne sur la deuxième chaîne israélienne 31 oct. 2000 : Le garçon a été tué par une balle, qui lui est entrée dans le corps par devant et en est ressortie par le dos (cest pourquoi aucune balle na été trouvée dans le corps du garçon).
Le cameraman est retourné sur les lieux de lévénement, le lendemain, et a confirmé: le fût derrière lequel le garçon sest abrité était en béton (et non en métal), donc, aucune balle de fusil ne pouvait le percer de part en part (journal Haaretz, 7 novembre 2000).
Le film tourné par le cameraman palestinien a révélé [lexistence], sur le mur, du seul trou [laissé par] la balle qui a pénétré dans le corps du garçon. »
CONCLUSIONS:
« Le trou qui apparaissait sur le mur de parpaings, derrière le corps du garçon, après quil soit tombé sur le trottoir, est la seule évidence montrant quune balle a pénétré son corps, comme la avoué le représentant de lAutorité palestinienne.
La localisation du trou fait par la balle meurtrière, se trouve bien à lintérieur de lespace protégé contre un tireur délite de lavant-poste israélien, par le fût de béton.
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Le trou de la balle mortelle peut avoir été causé uniquement par un tireur isolé se postant face au garçon (à labri des buissons qui se trouvent derrière le caméraman), et le bruit enregistré par le caméraman avant que le garçon apparaisse mort provient dune arme toute proche et émettant un bruit tout à fait différent du tir entendu auparavant [qui provenait des avant-postes distants].
Les avant-postes armés situés face au garçon et devant lui étaient tenus uniquement par des Palestiniens. Par conséquent, eux seuls peuvent avoir tué le garçon. Il en va de même pour les balles qui ont blessé le père du garçon: il était tellement recroquevillé dans langle formé par le mur et le fût que seules des balles tirées de face pouvaient latteindre, et elles ne pouvaient en aucun cas provenir de la position israélienne qui se situait dans un angle de 30 degrés par rapport au mur. Même avec un angle de 43 degrés, ceût été impossible. »
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3. Ma thèse personnelle (sous réserve dinventaire)
Tout en reconnaissant quil reste un certain nombre dinconnues (soupçon de mise en scène antérieure, pas de traces de blessures du père, arrêt brutal du film, etc.), il me semble quelles ninfirment pas la possibilité que les choses se soient passées à peu près de la manière suivante.
- Une saynette était en cours de tournage, mettant en scène les al-Dura (ce qui explique qu'ils soient restés postés à l'abri du baril, alors que la foule des manifestants passait en courant devant eux (séquence visible sur les rushes).
- Des tireurs palestiniens, embusqués dans les buissons derrière le caméraman, atteignent (volontairement ou non) l'enfant et son père. Ils se précipitent sur les lieux, bousculent Talal Abou Rahma qui, de son plein gré, ou sous la contrainte, cesse de filmer (il prétendra ensuite que sa batterie était presque vide), font évacuer l'enfant (mort ou encore vivant ?) et son père (blessé), et extraient les balles palestiniennes du mur. Ensuite, Talal devra se débrouiller pour rendre le scénario plausible. Ce qu'il a fait.
- Le rôle respectif des acteurs de la mise en scène reste flou. A en croire Doriel (voir plus haut), Jamal al-Dura et Talal Abou Rahma, en accord avec des hommes armés palestiniens, ont simulé une scène de mitraillage. Jamal ignorait que limposture se terminerait de façon tragique. Talal, lignorait-il également ? Cest possible. Les images floues et confuses qui suivent la proclamation de la mort de lenfant semblent indiquer quil y a eu bousculade entre Talal et au moins un homme, dont on voit la nuque - probablement lun de ceux qui ont fait irruption sur les lieux après le tir. Ce qui est sûr cest que Talal a collaboré avec les tireurs, avant lissue fatale - et donc de son plein gré -, ou après - contraint et forcé. D'où les mensonges dans lesquels il sempêtrera plus tard, au fil des interviews et dépositions.
- Quant à Enderlin, c'est le vrai "dindon de la farce". Aussi plein de confiance en son caméraman que le naïf mari trompé en sa femme infidèle, il nétait certainement pas de mèche avec les Palestiniens, et il fait peu de doute quil ait dabord cru à cette histoire rocambolesque, dautant que larmée avait reconnu quelle pouvait avoir tué lenfant accidentellement. Ce qui paraît plus difficile à croire, par contre, cest quà un stade ou à un autre, il nait pas compris que quelque chose sonnait faux dans cette histoire. A partir de quel moment a-t-il eu des soupçons ? Sa conviction quun tel cynisme palestinien nétait pas concevable a-t-elle inhibé son sens critique, au point qu'il n'ait pas eu l'ombre d'un doute ? Toujours est-il quil na jamais rétracté, ni nuancé, jusquà ce jour, sa version catégorique de lévénement quil doit à son caméraman palestinien.
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4. Rayer de notre argumentaire la thèse d'un complot anti-israélien impliquant France 2 nuira-t-il à la cause de la vérité dans cette affaire ?
Je ne le crois pas. Je pourrais citer maintes bonnes raisons à lappui de ma certitude, mais je me limiterai à une seule, qui me paraît capitale.
Tous ceux et celles qui ont consacré le meilleur de leur énergie, de leur temps, voire de leurs ressources, à la découverte de la vérité dans la ténébreuse affaire al-Dura, sont obligés de reconnaître le tort considérable quont infligé à notre cause, les excès de la thèse dun complot ourdi par Enderlin et les Palestiniens avec la complicité, active ou passive, de France 2 (je rappelle que ce nest pas la thèse officielle de Philippe Karsenty, ni celle de personnalités tels Elie Barnavi et Richard Prasquier, entre autres).
Mon avis est que nous rallierions sans difficulté à notre quête de vérité une bonne partie des journalistes et personnalités qui ont signé lappel en faveur dEnderlin, ainsi que nombre de diplomates, d'hommes politiques israéliens et de dirigeants communautaires juifs, en nous en tenant à la thèse - plus modérée et, me semble-t-il, plus plausible -, exposée ci-dessus. Il nest ni avisé, ni correct de décréter que les signataires ont agi uniquement par conformisme aveugle, ou esprit de corps borné. Cest, précisément, me semble-t-il, parce que laccusation de complot mettant en cause France 2 et Enderlin, leur a paru énorme et grossière, que la plupart dentre eux ont pris parti pour le journaliste et sa chaîne.
La suite des événements dépend de la sagesse dont, je ne doute pas que sauront faire preuve tant les responsables communautaires impliqués que les enquêteurs méritants sans les efforts tenaces desquels laccusation ignoble davoir assassiné, de sang-froid, un enfant palestinien sans défense, aurait à jamais terni lhonneur des armes et lhonneur tout court de lEtat juif qui nous est si cher.
Dans un prochain article, j'examinerai l'épineuse question des "vraies-fausses" images de la séquence de 59 secondes diffusées par France 2, et celle de la véritable nature de la "mise en scène" dont parlent des détracteurs de la chaîne nationale et de son correspondant permanent à Jérusalem.
© Menahem Macina
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Notes
(1) M. Macina, "Al-Dura victime de Palestiniens, pas dun complot journalistique" (27 novembre 2004).
(2) Richard Landes, "Cinq scenarii pour laffaire al-Dura" (29 octobre 2006).
(4) Anat Cygielman, "Dubious Probe of the al Dura Case Backfires" (7 novembre 2000); traduction française : "L'enquête sur l'affaire Al-Dura ne convainc pas la presse".
(5) Confusion au demeurant bien compréhensible de Doriel. En fait il sagissait de Talal Abou Rahma, caméraman palestinien, travaillant pour la chaîne française France 2.
(6) "Who killed Mohammed al-Dura? 12-year-old Palestinian 'martyr' likely killed by his own people", paru, le 4 décembre 2000, dans World Net Daily, que jai traduit en français, dans mon article, déjà cité (note 1, ci-dessus) : "Al-Dura victime de Palestiniens, pas dun complot journalistique" (27 novembre 2004).
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Mis en ligne le 12 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











