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France 2 contre Philippe Karsenty : un rapport à peu près exhaustif, Michèle Rollin
L'encyclopédie Wikipedia consacre un article à l'affaire Al Dura, équipé d'une documentation et d'une revue de presse, dont une revue des sites "alter". Sans surprise, les quelques articles consacrés à l'affaire - assez peu nombreux au demeurant -, sont "pro Enderlin", Mais, contre toute attente, les sites Bellaciao, Indymedia-Lille, et Indymedia-Paris (page aujourd'hui inaccessible) ont eu l'honnêteté de publier une documentation presque exhaustive. Nous n'avons pas l'habitude de diffuser ici des articles de Bellaciao ou d'Indymedia, mais aux fins de référence, nous publions l'article paru dans Bellaciao. Il va sans dire que nous enlèverions immédiatement ce texte si Bellaciao nous le demandait. (Menahem Macina).
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9 juin 2008

Texte repris du site Bellaciao. Il a été mis en ligne également sur le site de Indymedia-Lille.


Voici une documentation concernant les récents développements des poursuites en diffamation, intentées par France 2 à l’encontre de
Philippe Karsenty, pour avoir contesté l’authenticité du reportage signé de Charles Enderlin, diffusé le 30 septembre, au 20 heures de France 2 : sur des images de Talal Abu Rahma, prises à Gaza, au carrefour de Netzarim, Charles Enderlin commente :

« Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus des positions israéliennes. Mohammed a 12 ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes (…) Mais une nouvelle rafale. Mohammed est mort et son père grièvement blessé ».

Philippe Karsenty a été acquitté en appel le 21 mai 2008.

 

1/ Introduction
2/ Eléments de Documentation
3/ Procès en appel de
Philippe Karsenty
4/Articles de Charles Enderlin
5/ Motions de soutien à Charles Enderlin
6/ Le traitement par la presse en France
7/ Sur la notion de diffamation et de bonne foi
8/ Le jugement rendu le 21 mai 2008 : résumé des principaux points et transcription exacte des extraits des paragraphes essentiels.
9/ Annexe : Les personnes citées dans le corps du jugement

 

I/ INTRODUCTION

« Le 30 septembre 2000, au journal de 20 heures de FRANCE 2, Béatrice Schoenberg annonce « des affrontements et une violence sans précédent ayant fait 15 morts et 500 blessés côté palestinien samedi » en Israël et dans les territoires palestiniens après la visite à Jérusalem d’Ariel Sharon, président du parti d’opposition (…)

« la présentatrice illustre cette information par un reportage d’une durée de 57 secondes, signé de Charles ENDERLIN, correspondant permanent de FRANCE 2 au Proche Orient, relatant un échange de tirs à balles réelles à un croisement routier près de l’implantation israélienne de Netzarim dans la bande de Gaza, et montrant une scène au cours de laquelle on voyait un père tenter de protéger son enfant de douze ans, Mohammed AL DURA (…)

Charles ENDERLIN commente les images (tournées par Talal Abu Rahma) dans les termes suivants :

« 15 heures, tout vient de basculer au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent. Ambulanciers, journalistes, simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus des positions israéliennes. Mohammed a 12 ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes (…) Mais une nouvelle rafale. Mohammed est mort et son père grièvement blessé. Un policier palestinien et un ambulancier ont également perdu la vie au cours de cette bataille. » (Extrait du jugement d’appel).

Mis gracieusement à disposition des télévisions par France 2, ce reportage devait faire immédiatement le tour du monde.

Depuis bientôt 8 ans, l’origine des tirs d’une part, l’authenticité des images d’autre part, se sont vues controversées. En 2004, France 2 annonçait qu’elle poursuivrait désormais quiconque mettrait en cause l’authenticité du reportage.

Le 19 octobre 2006, Philippe Karsenty interjetait appel après avoir été condamné en première instance, bien que le procureur ait demandé la relaxe, fustigeant au passage la non-présentation par France 2 des rushes (matière brute intacte) qui auraient pu infirmer ou confirmer la thèse de la mise en scène.

Le 3 Octobre 2007, la cour d’appel ordonnait « un supplément d’information afin que France 2 transmette (…) les rushes tournés le 30 septembre 2000 par son caméraman Talal Abu Rahma (…) ».

Ces rushes ont été présentés, pour la première fois depuis 7 ans, à la justice et au public, lors de l’audience du 14 novembre 2007.

Le mercredi 21 mai, la cour d’appel de Paris, (11e chambre) « déboute les parties civiles (Fr 2 et Charles Enderlin) de toutes leur demandes.»

Le monde note :

(…) Si elle (la cour) ne se prononce pas sur le contenu du reportage diffusé sur France 2, elle relève que "l’examen des rushes ne permet plus d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure" qui avaient mis en doute l’authenticité du reportage. "On a mis sept ans à obtenir ces rushes. On en attendait 27 minutes, on est passé à 18. Pourquoi ?" s’était interrogé l’avocat de M. Karsenty, Me Patrick Maisonneuve à l’audience le 27 février. : http://www.lemonde.fr/

 

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2/ ELEMENTS DE DOCUMENTATION

Je donne ici surtout des éléments de documentation qui sont en rapport avec le jugement.

A propos de « l’affaire Al Doura » : il y a eu de nombreux articles sur la question, aussi bien dans la grande presse, majoritairement favorable à Enderlin, que sur les sites spécialisés. Pour une synthèse de l’affaire et revue générale de presse :

voir Wikipedia, l’affaire Al Dura

l’affaire Al Dura http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Mohamed_Al-Durah

Concernant les différentes thèses en présence, le journal Jeune Afrique, sous la plume de Jacques Bertoin, (le Monde) avec Farid Alilat, en donne le 23 janvier 2005 un compte rendu semble-t-il assez exhaustif , sans prendre parti sur le fond.

http://www.jeuneafrique.com/jeune_a...
ou
http://www.lintelligent.com/gabarit...
ou l’affaire Al Dura
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...

A propos de Jeune Afrique :
fr.wikipedia.org/wiki/Jeune_Afrique

Lire aussi l’hommage à Marcel Péju : jeune Afrique : Collaborateur historique récemment disparu, Marcel Péju, secrétaire général des «Temps modernes» de Jean-Paul Sartre, a été une des grandes figures de l’anticolonialisme lors de la guerre d’Algérie. Et sur Algeria Watch «Porteurs de valise» et «porteurs de mémoire»

http://jeuneafrique.com/jeune_afrique/
http://www.algeria-watch.org/fr/art...


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Le reportage diffusé le 30 septembre 2000 est disponible sur le blog de Charles Enderlin :
http://blog.france3.fr/charles-ende...

Talal Abu Rahma est le seul cameraman présent sur les lieux à avoir filmé la scène.

Déclaration sous serment de Talal Abu Rahmah au Palestinian Centre for Human Rights http://www.pchrgaza.org/special/tv2.htm devant Me Surani, le 3 octobre 2000.

« (…) J’ai passé environ 27 minutes à filmer l’incident qui a duré 45 minutes (…) l’enfant a été abattu, intentionnellement et de sang froid, et son père blessé par l’armée israélienne (…) ».

1er et 2 octobre 2000, France 2 revient sur les événements, toujours commentés par Charles Enderlin. Le 2, Talal Abu Rahmah à l’antenne, déclare à l’antenne qu’il est « sûr que les tirs provenaient du côté israélien ».

27 et 28 novembre 2000 donne les résultats de l’enquête menée par le général Samya mais fait valoir que plusieurs éléments de cette thèse sont en contradiction avec les éléments recueillis sur place et le témoignage du médecin palestinien.

Le 12 octobre 2000 : Yossi Avrahami et Vadim Nurzhitz, deux soldats de réserve israéliens non combattants (chauffeurs militaires), qui s’étaient égarés à Ramallah, sont défénestrés dans un commissariat, et lynchés par une foule voulant venger Mohammed Al Dura. La scène est filmée par une équipe italienne. Le représentant de la RAI, Ricardo Cristiano publie le 13 octobre une lettre d’excuse dans le journal palestinien Al Hayat al Jedida., attribuant le reportage à une chaîne concurrente.

Octobre 2000 suite : des émeutes éclatent et font 13 morts parmi les arabes israélien. La commission Orr, dont les travaux s’achèvent en septembre 2003, note que la vidéo de Mohammed al Dura, en était l’une des causes. Elle conclut aussi dans plusieurs épisodes à la réaction excessive de la police.

http://amnestyinternational.be/doc/article12394.html - Impunité pour les policiers israéliens

23 février 2002 : le journaliste Daniel Pearl est enlevé par Le mouvement national pour la restauration de la souveraineté pakistanaise dirigé par Omar Sheikh, qui se livrera par la suite à la police. Il est égorgé 6 jours plus tard. Le 21 février, une vidéo de son assassinat circule sur internet. Des images de la vidéo de Mohammed Al-Dura étaient utilisées comme arrière-plan de la vidéo du meurtre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel...
http://en.wikipedia.org/wiki/Ahmed_...

2002 : Diffusion du film d’Esther Shapira sur ARD (l’équivalent de nos France 2/France 3).
Diffusion du film de la Mena en circuits indépendants.

Octobre 2002 : projection du film d’Esther Shapira sur un écran géant devant les locaux de France Télévision. Prix de la désinformation remis à Charles Enderlin et France 2. Selon certains, dont justement l’article « Enderlin, France 2 et Lerner » l’intitulé aurait été prix Goebbels de la désinformation. Ce qui est démenti par les organisateurs de la manifestation. Les photos de la remise du prix montrent en tout cas qu’il ne porte que la mention Prix de la désinformation.

Le documentaire intitulé "Qui a tué Mohamed AL DURA", d’Esther Shapira réalisé et diffusé sur ARD en 2002 adopte des conclusions contraires à celles de France 2 et, selon le jugement

« met l’accent sur le défaut de preuves matérielles permettant notamment de déterminer l’origine des tirs et sur l’absence de véritable autopsie de l’enfant.»

Un article et une interview d’Esther Shapira :
http://www.3sat.de/3sat.php?http://... en 2002
http://www.daserste.de/ttt/beitrag_... article en 2008

« (…) 2002 Abu Rahma se rétracte par un courrier adressé à France 2 Jérusalem (qui n’en fera état que bien plus tard) : "Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme que les Israéliens avaient tué intentionnellement ou en connaissance de cause Mohamed al Dura et blessé son père… » Jeune Afrique.

http://www.lintelligent.com/gabarit... 2004 : action en conseil d’Etat : Serge Farnel, ingénieur, plus connu pour sa défense des victimes du génocide du Rwanda, et son soutien à la thèse de l’implication de la France dans le génocide, http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nui... et ses recueils de poèmes publiés aux éditions La lyre et la licorne, Rivages de l’existence, http://ecrits-vains.com/recueils/fa... a introduit deux recours devant le Conseil d’Etat, et devant la Cour européenne des Droits de l’Homme, en vain, après que ni France-Télévisions ni le CSA n’aient répondu à sa requête : en tant qu’usager du service public de l’information diffusée par France-Télévisions, il demandait à France Télévisions de rectifier son information attribuant, avec certitude, l’origine des tirs qui auraient touché Mohamed Al Dura aux forces israéliennes, en mettant cette annonce au conditionnel.

Charte de France télévision :

« (…) L’exigence d’honnêteté implique la vérification et le sérieux des sources d’information, la présentation des informations incertaines, au conditionnel et en référence à une source. France Télévisions s’interdit toute présentation partiale des faits (…) »

http://www.francetelevisions.fr/rec...

Charte du journaliste :

http://www.ancienscfj.com/legal1-la...

Octobre/ novembre 2004 : En octobre, France 2 montre les rushes à 3 journalistes mais le résultat du visionnage ne sera révélé au public qu’en 2005. Arlette Chabot déclare sur Radio J que

"l’on ne pouvait pas dire à 100% que c’étaient les Israéliens qui avaient tiré sur Al-Dura".

Le 17 novembre, Arlette Chabot organise une conférence de presse :

Dépêche AFP :

« Depuis six mois, on essaye de lancer une rumeur, selon laquelle (…) tout ceci avait été une mise en scène complaisamment filmée par France 2", a souligné Arlette Chabot à l’occasion d’une "réunion d’information" sur cette affaire.

Les invités à cette "réunion" étaient soigneusement filtrés à l’entrée de l’immeuble de France Télévisions, afin, selon Arlette Chabot, que les accusateurs de la chaîne, notamment l’agence Metula News Agency (Mena), ne soient pas présents. »

Suite sur :

http://archquo.nouvelobs.com/cgi/ar...

Communiqué du Syndicat National des Personnels de la Communication et de l’Audiovisuel (SNPCA).

20 minutes pour convaincre : Information relative à l’affaire Al Dura, en date du 24 novembre 2004,

http://www.chez.com/media2000/infos...
(SNPCA CGC)

« (…) Il est étrange de constater qu’une chaîne, par la voix de sa directrice générale adjointe chargée de l’information, décide dans le cadre d’une conférence de Presse de déclarer certaines personnes « non grata » et donc de refouler à l’entrée le ou les indésirables évitant ainsi la moindre question au sujet du dossier concernant soit le fond, soit le respect de la charte de la chaîne publique.

« (…) puisque France 2 dit avoir en sa possession tous les éléments permettant de "lever la rumeur". Que ne se livre-t-elle avec tous ceux qui ont légitimement fait connaître leurs doutes à un véritable travail de démonstration, quitte à ce qu’un comité ad hoc se prononce sur le contenu des images et des rushes à l’origine de cette polémique ? (…) »

22 Novembre 2004, Medias-Rating écrit l’article "Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions".

http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair.... France 2 porte plainte.

2005 : L’article intitulé "Guet-apens dans la guerre des images", de Jeambar (directeur de L’Express) et de Leconte (producteur réalisateur pour Arte, lauréat du prix Albert Londres), qui, les premiers, ont visionné les rushes en octobre 2004, avec Luc Rosenzweig, ex rédacteur en chef du Monde, est paru le 25 janvier 2005, dans Le Figaro : ils révèlent pour la première fois que l’agonie de l’enfant, qu’Enderlin affirmait avoir coupée au montage, « n’existe pas », que « rien ne permet d’affirmer que l’enfant est mort et encore moins tué par des soldats israéliens », enfin, que le reportage est précédé de scènes jouées. Ils ne font pas leur, pour autant, la thèse de la mise en scène du reportage lui-même.

La réponse de Charles Enderlin, "Non à la censure à la source", est parue le 27 janvier 2004 dans le même organe :

Il évoque le témoignage de son cameraman, puis déclare :

« (…) l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Dans ce contexte, Denis Jeambar et Daniel Leconte évoquent l’utilisation qui a été faite de l’image de la mort de l’enfant et posent ainsi un problème fondamental : lors de la réalisation de son reportage, un journaliste doit-il tenir compte de l’usage malhonnête qui pourrait en être fait ultérieurement par des groupes extrémistes ? Une telle exigence signifierait une inacceptable censure à la source (…) ».

Enderlin fait sans doute référence à la vidéo de l’assassinat de Daniel Pearl, et/ou aux cassettes de recrutement de Ben Laden, sur lesquelles on voit également la vidéo d’Al Dura.

Les deux articles sont disponibles sur le site de La Paix maintenant/ Belgique
http://www.shalomarchav.be/imprimer...

2006 : une pétition est initiée pour obtenir le visionnage des rushes. (Appel des 4000).

Octobre 2006 : Philippe Karsenty est condamné, malgré l’avis du procureur. Il fait appel.

Le jugement n’est pas en ligne. Dépêche AP sur
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/ar...

Depuis 2002, France 2 et Charles Enderlin ont poursuivi en diffamation deux autres sites, pour avoir diffusé un communiqué et un article de la Mena.

 

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3/ PROCES EN APPEL DE PHILIPPE KARSENTY.


Sources : mes notes personnelles, vérifiées en croisant avec les divers comptes-rendus (cf. revue de presse de Wikipedia) et Le Monde.

Le 3 octobre 2007, la présidente de la cour, Madame Trébucq, ordonne le visionnage des rushes. Les rushes de France 2 sont visionnés le 14 novembre 2007.

Le public présent à l’audience a pu effectivement constater la véracité des assertions de Jeambar et Leconte : il n’y a pas d’agonie de l’enfant. Concernant le reportage diffusé, il n’y a pas de différence entre le reportage diffusé et les rushes sauf sur deux points.

Le plan du poste israélien, inséré à l’intérieur de la scène, se continue par un mouvement de caméra vers les manifestants (coupé dans le reportage diffusé). Ce plan est se trouve paradoxalement à la même place dans les rushes que dans le reportage diffusé.
D’autre part, le dernier plan du reportage diffusé, où sur l’enfant immobile, le commentaire précise, « Mohammed est mort », est suivi de 10 secondes où l’on voit l’enfant se retourner sur le flanc, lever le coude et regarder vers la caméra, puis se mettre sur le ventre et baisser ses mains devant les yeux.

Les rushes sont disponibles sur

http://www.youtube.com/watch?v=6Qtv... (9 premières minutes)
http://www.youtube.com/watch?v=IUhM... (9 dernières minutes)
Voir aussi les images Reuters et AP sur wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...
Affaire Al Dura, rubrique : Liens soutenant la version d’une manipulation de la chaîne.

Le 27 février, 2008, en audience publique, Philippe Karsenty présentait sa défense (films, photos et articles de presse) : une analyse critique croisée du reportage de France 2 avec les images tournées ce jour là par les principales agences de presse (Reuters, AFP), ainsi que des extraits de la BBC, d’ARD, (interviews d’Enderlin et de Talal Abu Rahma,) de Canal +, l’attestation sous serment du cameraman dans les jours suivants, des extraits de presse.

Il a, en outre, mentionné que Jamal Al Dura, avait été victime d’une agression à la hache en 1992, suite à laquelle il avait perdu presque complètement l’usage de sa main droite. Les médecins de l’hôpital Shifa de Gaza l’envoient, en mars 1994, à l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv pour qu’il y subisse une opération et des greffes, dont le chirurgien israélien, Yehouda David, est prêt à témoigner, radio à l’appui. Ce qu’il d’ailleurs a fait sur Arouts 10 le 12 décembre 2007, puis sur Mabat Sheni, la 1e chaîne de télévision israélienne dans l’émission de Yoram Shefer et Avital Ben Moshe : Al Dura : spin ’o semel ? Diffusée le 7 mars 2008, elle donne la parole à des personnalités aussi opposées que Gidéon Levy, Nahum Shahaf, Stephan,e Juffa et est suivie d’un débat contradictoire.

Philippe Karsenty rappelle également que l’enfant décédé aurait été amené à l’hôpital de Gaza, soit avant le reportage montrant son assassinat. Pourrait-il s’agir d’une reconstitution ?

Jeune Afrique précisait, le 23 janvier 2005 :

« Deux médecins palestiniens de l’hôpital Shifa, à Gaza, ont déclaré qu’on leur avait apporté le cadavre du petit Mohammed avant 13 heures. Or, la longueur des ombres apparaissant à l’image confirme les propos d’Enderlin : la fusillade fatale a eu lieu, au plus tôt, à 15 heures. »

http://www.lintelligent.com/gabarit...

La défense a également proposé d’entendre, en qualité de témoin, Jean-Claude SCHLINGER, expert en armes et munitions près de la cour d’appel de Paris, agréé par la cour de cassation, qui avait réalisé une expertise balistique commandée par Philippe Karsenty, à partir du reportage de France 2. L’avocat général et l’accusation ont refusé le débat contradictoire, et la juge, a rejeté la demande d’audition de témoin. On peut consulter ce rapport sur Wikipedia :

Affaire Al Dura :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...
#cite_note-10
note 11/ Rapport établi [pdf] par Jean-Claude Schlinger.

Charles Enderlin, quant à lui, a présenté une compilation : de larges extraits des rushes expliqués.

Le commentaire affirme, pour la première fois, que l’enfant est tué d’une balle dans la tête (au lieu d’une balle dans le ventre et la poitrine, comme il avait toujours été affirmé).

Talal Abu Rahma est filmé par AP, alors qu’il filme lui-même une ambulance emmenant un vrai blessé. Le commentaire affirme que Talal Abu Rahma se retourne juste après pour filmer Mohammed et Jamal Al Dura. Pourtant, la direction des regards du père situerait bien plutôt la place de la caméra à l’opposé.

Egalement, le reportage diffusé sur TF1 le même jour : on y voit, dans un hôpital, le torse d’un adolescent blessé par balles, accompagné d’un commentaire (de TF1) précisant qu’il s’agit d’un enfant de 12 ans blessé par balles à Gaza. En fait, cette image, qui ne sera jamais liée explicitement à Al Dura par TF1, ni reprise par TF1 ensuite, à ma connaissance, est une image de Reuters, clairement identifiée dans les notices comme celle d’un adolescent de 14 ans mort à l’hôpital de Naplouse. La suite des images de Reuters (coupées au montage de TF1) montrent d’ailleurs que ce n’est pas le même enfant.

Enfin, sont présentées des images des cicatrices de Jamal Al Dura, sa carte d’identité, et un certificat (non traduit), dont il nous est précisé que c’est le certificat médical.

Les Images réalisées et présentées à la cour d’appel de Paris le 27 février sont disponibles sur son blog [celui de Charles Enderlin] :

http://blog.france3.fr/charles-ende...

Charles Enderlin - comme Philippe Karsenty - a présenté les images des cicatrices de Jamal Al Dura, et les photos du corps de l’enfant blessé au ventre, prises à la morgue. L’un et l’autre ont également présenté la « fuite » de Palestiniens passant devant Jamal et Mohammed Al Dura assis à côté du baril, filmée par AP.

L’avocate de l’accusation, Maître Amblard, rappelle qui est Enderlin, parle de folie pure pour qualifier la thèse de Karsenty, cite le témoignage de l’ambulancier (qui affirme avoir ramassé les tripes de l’enfant), discrédite l’expert israélien, Nahum Shahaf. Surtout, elle insiste sur l’animosité personnelle de Philippe Karsenty envers Charles Enderlin.

L’avocat de Charles Enderlin, maître Szpiner qualifie Philippe Karsenty de "croisement aigri de Faurisson et de Thierry Meyssan". Le Monde : Article de Pascale Robert-Diard paru du 29.02.08

Il ridiculise les experts, aussi bien les experts israéliens que ceux de Karsenty, infère de la couleur noire des mannequins utilisés pour les expériences balistiques par Nahum Shahaf, que :

« Pour certains Israéliens, les Palestiniens sont les Nègres de leur temps »,

et conclut, arguant de sa qualité d’avocat de SOS attentats, en refusant toute relation entre les actes de terroristes et la diffusion de la cassette :

« Les terroristes n’ont pas besoin de prétexte pour tuer et n’ont pas un raisonnement intentionnel ».

L’avocat général, Me Bartoli, reconnaît qu’il y a des recherches et pluralité des sources, mais leur reproche d’être univoques. (Elles confortent les propos de Karsenty). Il demande la confirmation de la peine.

L’avocate de la défense, Me Delphine Meillet rappelle l’engagement de Talal Abu Rahma dans la cause palestinienne, et, citant RSF (Reporters sans frontières), le contrôle des médias par l’autorité palestinienne, tout en affirmant que l’armée israélienne n’est pas non plus un parangon de vertu concernant la liberté d’expression. Elle mentionne la loi de 1995, instaurant une peine de 6 mois de prison en cas de critique de l’autorité palestinienne, et l’affaire Cristiano. Elle évoque quelques erreurs célèbres des médias dont notamment l’affaire des faux charniers de Timisoara puis récapitule les sources de Philippe Karsenty.

fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_charniers_de_Timişoara
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id...
annuel 2002 - Censure et autocensure : des journalistes toujours sous la botte des dictateurs

Maître Maisonneuve [avocat de Ph. Karsenty] s’étonne des 9 minutes manquantes dans les rushes fournis par France 2, s’interroge sur le rôle du commentaire de Charles Enderlin dans les conséquences entraînées par les images. Il rappelle que l’expert en balistique est un des trois plus grands experts agréés, expose la thèse de la mise en scène.

« L’expert n’est pas un mercenaire de Philippe Karsenty. Il corrobore ses affirmations. Les tirs ne provenaient pas de la position israélienne. »

Il expose la théorie de la mise en scène, et énumère les contrevérités et les invraisemblances, selon lui, de l’affaire (rapport de l’expert en balistique) Rapport établi [pdf] par Jean-Claude Schlinger.

Philippe Karsenty a la parole en dernier :

« Je suis sincère. J’ai fait une enquête sérieuse. Des gens ont payé de leur vie (…) Dans cette affaire, il n’y a pas de complot, mais une somme de lâchetés. La plupart des médias se sont fourvoyés (…) »

Puis il réitère son intention de se battre jusqu’au bout pour trouver la vérité et la faire reconnaître par les autorités :

« Je le dois au père de Daniel Pearl, qui, un jour, m’a demandé d’obtenir justice au nom de son fils. Je le dois à mes parents, qui sont dans la salle, et qui m’ont élevé dans le respect de la vérité. »

28 avril 2005 : le magazine “Jeudi Investigation” diffuse, sur Canal +, une enquête intitulée « Rumeurs, intox : les nouvelles guerres de l’info/les faussaires de la toile », violemment hostile à Philippe Karsenty.

« D’après Vincent Hugueux, dans L’Express, l’épisode consacré au journaliste Charles Enderlin, (…) cible d’une campagne aussi haineuse et acharnée qu’inepte, a le mérite, (…) de mettre en scène les spécimens les plus atteints par une forme pathétique de névrose obsessionnelle : citons l’historien Richard Landes ou le Français Philippe Karsenty. »

http://www.lexpress.fr/actualite/so...

21 mai 2008, Philippe Karsenty est acquitté :
http://www.lemonde.fr/

 

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Charles Enderlin annonce que France 2 et lui se sont pourvus en cassation.

La Cour de cassation ne tranche que des questions de droit ou d’application du droit, elle ne juge pas les faits. http://www.courdecassation.fr/br_institution_br_br_1/

Le juge de cassation, saisi par un pourvoi, juge de la régularité et de la conformité au droit des ordonnances, arrêts ou jugements rendus en dernier ressort par les cours ou tribunaux inférieurs. Si la décision de justice attaquée est effectivement irrégulière ou contraire à une règle de droit, elle est alors cassée (ou annulée) (…) Le pourvoi en cassation ne constitue en aucun cas un troisième degré de juridiction, le juge de cassation ayant pour mission de juger le droit et non les faits.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cassation_%28droit%29


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4/ ARTICLES D’ENDERLIN

Les articles d’Enderlin intitulés « Les propos de Karsenty étaient diffamatoires", et "Quelques vérités sur la campagne de désinformation et de diffamation", figurent sur son blog :
http://blog.france3.fr/charles-enderlin/index.php/Al-dura

Egalement sur France Palestine : "Non, le petit Mohammed al-Dura ne vend pas des tomates sur le marché de Khan Younes". http://www.france-palestine.org/article9197.html

Biographie d’Enderlin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Enderlin


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5/ MOTIONS DE SOUTIEN A CHARLES ENDERLIN

du SNJ-CGT de France 3 :

www.snrt-cgt-f3.org/communique/2007/071016a.pdf

du SNJ de France 2  : http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=124 le SNJ n’est pas un syndicat confédéral mais a choisi l’option de l’autonomie :
http://www.snj.fr/article.php3?id_article=559

Appel à signatures du nouvel Observateur : "pour Charles Enderlin "

http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...

Egalement sur le site de France 2, la Télé Libre, France solidarité Palestine :

http://info.france2.fr/medias/43787...
et http://www.france-palestine.org/article9194.html


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6/ LE TRAITEMENT PAR LA PRESSE EN FRANCE


Si la blogosphère est active et très partagée, encore que surtout sur les sites spécialisés, la "grande presse" généraliste a soutenu majoritairement Enderlin, mis à part l’article de Jeambar et Lecomte en 2005 (Le Figaro), et une émission d’Elisabeth Levy, sur France culture. La thèse de la mise en scène est mentionnée mais n’est pas exposée, sauf dans Jeune Afrique. Aujourd’hui, globalement, la presse reprend, du bout des lèvres, les dépêches de Reuters et de l’AFP concernant le jugement, en insistant sur le pourvoi en cassation engagé par Charles Enderlin. Jusqu’à l’appel à soutiens, du Nouvel Observateur, on peut dire que la presse en parlait le moins possible.

Lerner, ancien journaliste de France 2, envoyé spécial de France à Jérusalem à de nombreuses reprises, rappelle, dans Bakchich, que le bureau de France 2 en Israël

« (…) est orchestré de main de maître par Charles Enderlin. » Mais…. "Il y a parfois des ratés, des déficiences dans le fonctionnement du système" (…) aussi envisage-t-il que le cameraman et/ou Charles Enderlin aient pu "se faire avoir". Et il conclut, désabusé : il suffit parfois de reconnaître ses erreurs ou ses failles dans le "fonctionnement de son système". C’est tout ce que l’on pouvait demander à la direction de France 2 qui, dans le JT du 21 mai dernier, a jugé bon de consacrer une brève de 14 secondes à l’arrêt de la cour d’appel de Paris. J’ai eu un peu honte de "ma chaîne", ce soir-là. »
http://www.bakchich.info/article3912.html

Voir aussi, sur IMP, la réponse de Jacques-Marie Bourget, parue sur http://paris.indymedia.org/article.... provenant, elle aussi, de Bakchich (« Echange de coups de boule") http://www.bakchich.info/article395...

Consulter la revue de presse de Wikipedia : L’affaire Al Dura http:
//fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Mohamed_Al-Durah 

Sur le traitement général du conflit par la presse :

wikipedia : Manipulation des images dans le conflit du Proche-Orient http://fr.wikipedia.org/wiki/Manipu...

INA, "Le traitement médiatique du conflit Israël-Palestine : un journalisme controversé."

Enfin, pour rétablir l’équilibre, dans la mesure où les paragraphes suivants sont consacrés au jugement qui acquitte Philippe Karsenty, je donne trois liens d’articles contraires.

"Mohammed Al Dura ... ineffaçable !"

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=1729

Le carnaval des imposteurs par Guillaume Weill-Raynal

http://www.palestine-solidarite.org...
ou sur Oumma.com

Récit du procès Enderlin/karsenty sur l’affaire Mohammed Al Dura au tribunal de Paris :

http://www.alterinfo.net/Recit-du-p...
ou
http://bellaciao.org/fr/spip.php?ar...
ou
http://mcpalestine.canalblog.com/ar...

sur free Palestine

 

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7/ SUR LA NOTION DE DIFFAMATION ET DE BONNE FOI


"L’allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation" http://fr.wikipedia.org/wiki/Diffamation, voir aussi blog d’Eolas.

" En matière de diffamation, l’intention coupable est présumée (L. 19 juillet 1881, art. 35bis), il appartient donc à l’auteur des propos prétendument diffamatoires d’apporter la preuve de sa « bonne foi ». La démonstration de la bonne foi est parfois difficile et exige la réunion de quatre critères : la sincérité : l’auteur disposait d’élément suffisant pour croire à la vérité des faits relatés ;la poursuite d’un but légitime : les propos visent à informer et non à nuire ;la proportionnalité du but poursuivi et du dommage causé ;le souci d’une certaine prudence.

En outre, si la preuve des faits jugés diffamatoires est rapportée, l’auteur de la diffamation peut être relaxé en vertu du principe « d’exception de vérité » (pouvant être exercé dans un délai de 10 jours). Il conviendra d’apporter la preuve de la vérité des faits mais également celle de la légitimité du propos relatant le fait diffamatoire.

Cf. mon post http://lille.indymedia.org/spip.php... informations et liens à propos de l’affaire Karsenty contre France 2.

D’après le site http://www.e-juristes.org/L-injure-... et http://fr.wikipedia.org/wiki/Diffamation

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8/ LE JUGEMENT RENDU LE 21 MAI 2008


Le jugement rappelle le contexte de la diffusion du reportage par France2 :

« Le 30 septembre, au journal de 20 heures de FRANCE 2 (…) annonce "des affrontements et une violence sans précédent ayant fait 15 morts et 500 blessés côté palestinien samedi", en Israël et dans les territoires palestiniens, après la visite à Jérusalem d’Ariel Sharon, président du parti d’opposition (…) la présentatrice illustre cette information par un reportage d’une durée de 57 secondes, signé de Charles ENDERLIN (…) ».

Puis il décrit le reportage.

Ensuite, il revient sur les principaux faits de 2000 à 2005 : retour sur ces événements par France 2, du 1er octobre au 28 novembre 2000, diffusion du film d’Esther Shapira sur ARD, projection sur grand écran devant France 2, lors de la remise du prix de la désinformation, réalisation du film de la Mena, parution du livre de Gérard Huber « Contre expertise d’une mise en scène », conférence de presse de France 2, présentation par Arlette Chabot des rushes aux 3 journalistes Rosenzweig, Jeambar et Leconte, parution de l’article des 2 derniers.

Puis il cite les passages de l’article et du communiqué poursuivis par les parties civiles, soulignés lorsqu’ils ne visent que Charles ENDERLIN.

Article du 22 novembre 2004 FRANCE 2, Arlette CHABOT et Charles ENDERLIN doivent être démis de leurs fonctions(extraits)

« Les critères de Précision, d’Indépendance de Transparence et de Responsabilité de la méthode Philtre ont été violés à de nombreuses reprises par FRANCE2 par la diffusion de la fausse mort de Mohamed AL DURA le 30 septembre 2000.

Précisions préalables (…)

« Au moins deux membres du gouvernement de M. Jean-Pierre Raffarin et de nombreux journalistes savent que FRANCE 2a présenté un faux reportage le 30 septembre 2000. Il serait bien qu’ils se manifestent afin de faire cesser cette mascarade (…)

« Nous espérons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à cette supercherie ».

« Au regard des éléments dont nous disposons, nous affirmons que le correspondant de FRANCE 2 à Jérusalem, Charles ENDERLIN, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000 ».

« Voici les incohérences du document de FRANCE 2 :

« Dès le début du reportage, on s’aperçoit que l’on assiste à une série de scènes jouées(…) Ce premier épisode est une pure fiction (…) Charles ENDERLIN, en l’occurrence, se trompe et du même coup, nous trompe. Pourquoi ?
Cherche-t-il à couvrir son imposture ?

Et

Communiqué de presse électronique diffusé le 26 novembre 2004 sur sa liste, dont France 2, par Media-Ratings.

« Au regard des éléments dont nous disposons, nous affirmons que le correspondant de FRANCE 2 à Jérusalem, Charles ENDERLIN, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000 (…)

« Nous vous invitons à découvrir les incohérences du document de France 2 sur Media-Ratings, ainsi que les réactions de certains médias à cette imposture.
« Arlette Chabot a menacé de porter plainte contre toute personne qui accuserait France 2 d’avoir diffusé un faux ce 30 septembre 2000 (…)

« Nous espérons que le Conseil supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à cette supercherie (…)

« Espérons que les médias français informeront rapidement leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs de l’imposture médiatique à laquelle s’est livrée FRANCE 2, depuis plus de quatre ans (…)

Précisons qu’il ne s’agit que des extraits litigieux poursuivis par les parties civiles et pas de l’intégralité de l’article, qui est ici amputé de toute sa partie démonstrative. Les coupes provoquent un effet d’accumulation des propos litigieux, et « musclent » le texte. (qui n’en a pas vraiment besoin). Ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans les affaires de diffamation.

Le texte intégral est sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...
Liens vers des centaines d’articles traitant de l’affaire

A la question, les propos publiés par Philippe Karsenty sont-ils à caractère diffamatoire, la réponse est évidemment oui.

« (…) le fait de tromper sciemment le public en diffusant et/ou en faisant diffuser un faux reportage comportant des images qui ne reflètent pas la réalité en représentant une "fausse mort", même si l’auteur a pris le soin d’accompagner son accusation d’un certain nombre d’explications, porte incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation de professionnels de l’information, et ce d’autant plus que le fait diffamatoire est appuyé par l’emploi de termes tels que "mascarade", "imposture", "supercherie" pour qualifier l’attitude de FRANCE 2 (…) »>

Le délit de diffamation est une véritable épée de Damoclès pour les sites indépendants.

Diffamer, on ne le rappellera jamais assez, ne signifie pas calomnier, mais porter atteinte à l’honneur et à la réputation d’une personne et/ou d’une institution. Une diffamation peut être vraie. En bonne logique, le délit de diffamation devrait rendre impossible toute espèce de publication autre qu’apologétique.

Aussi peut-on bénéficier d’exceptions en prouvant la vérité et/ou sa bonne foi. Si la diffamation est reconnue, la cour examine s’il convient « d’exonérer » (acquitter) le prévenu pour ces motifs.

« Les éléments de preuve doivent avoir une origine licite, transparente et devaient être en la possession de l’auteur de la diffamation au moment de l’infraction. » http://www.e-juristes.org/L-injure-... :

L’accès aux éléments de preuve (les rushes) n’étant pas public en France, le cas de Philippe Karsenty avait tout du cercle vicieux juridique, que le juge a rompu en exigeant le visionnage public des rushes, réclamés en vain par le procureur du premier procès.

Pour bénéficier de l’exonération de vérité ou de bonne foi, le prévenu doit, de surcroît, prouver que sa démarche est légitime, motivée par le devoir d’information : s’il découle automatiquement de la fonction de journaliste de la grande presse, un site indépendant peut avoir plus de mal à le faire reconnaître.

Medias-Ratings, dont Philippe Karsenty est directeur de la publication, se présente comme « une "instance indépendante évaluant la fiabilité des informations diffusées par les médias". Tout pouvoir ayant, par essence, tendance à devenir abusif s’il n’est pas limité par un contre pouvoir, Medias-Ratings postule que « face à l’influence grandissante que les médias prennent dans les sociétés modernes il est nécessaire de disposer d’un outil fiable d’évaluation ». Il élabore ainsi une méthode d’analyse selon 7 critères : Précision, Homogénéité, Indépendance, Liberté, Transparence, Responsabilité Exhaustivité. (Qui se déclinent en sous-critères.)

Invoquer le droit à l’information peut inciter le juge à plus de rigueur envers un site indépendant (qu’il n’en aurait montré pour un site amateur) et se révéler périlleux, s’il est poursuivi par une chaîne nationale qui dispose d’énormes moyens pour attaquer. Enfin, les grands médias peuvent-ils être tentés d’utiliser la diffamation pour échapper à toute critique, tout en considérant que les exonérations de diffamation doivent être réservées à leur usage exclusif.

La cour d’appel a tranché :

« (…) il est incontestablement légitime, pour une agence de notation des médias, d’enquêter, [ne] serait-ce [qu’]en raison de l’impact qu’on eu les images critiquées dans le monde entier, sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé, et de porter les résultats de l’enquête à la connaissance du public, ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels.

(…) alors que Philippe Karsenty aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, partant, du droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches, Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères… »

Sans trancher sur le fond (l’authenticité ou non des faits) ce qu’elle n’a d’ailleurs pas à faire, compte tenu de la spécificité de l’affaire, la cour rejette l’exception de vérité, laquelle doit être « parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée », car, « en faisant valoir que ses offres de preuve établiraient un montage douteux, largement contesté à la date de la diffusion des propos incriminés, le prévenu ne peut prétendre démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un faux reportage (…) ».

En somme, la pertinence ou non de la démonstration n’est pas le motif du rejet de l’exception de vérité : prouver qu’un reportage est douteux, ou même mis en scène, ne prouve pas pour autant que le journaliste (absent du terrain) qui a commenté les images, ait été au courant. Cela ne prouve pas d’avantage que le diffuseur, France 2, s’en soit rendu compte. Faire une erreur, n’équivaut pas à diffuser consciemment et volontairement un faux, « tant il est vrai que la première imputation (accuser le reportage d’être douteux) ne constitue au mieux qu’un diminutif de l’imputation poursuivie : accuser Enderlin et la chaîne d’avoir sciemment diffusé un faux. Les expressions employées par Media-Ratings, "effectivement diffusé un faux", "se sont livrés à cette supercherie", "imposture médiatique", peuvent s’entendre eא se résumer par le terme 'sciemment'.

Reste donc l’exception de bonne foi.

Le jugement rappelle que, pour la bonne foi, « Il convient d’apprécier la validité de l’enquête du prévenu en fonction, non pas de sa vertu démonstratrice de la vérité des imputations diffamatoires, mais de la valeur et de la variété des sources utilisées, ainsi que de la pertinence de leur contenu. »

(…) « l’enquête de Philippe Karsenty fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre du reportage, soit que Charles Enderlin ait présenté à tort les tirs mortels comme délibérés en provenance des positions israéliennes, soit que les images de la mort du jeune Mohammed Al–Dura, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée par le journaliste. »

Philippe Karsenty « s’appuie essentiellement sur l’incohérence inexplicable, des images visibles, selon lui, même dans la scène principale, sur l’absence de caractère probatoire des photos des blessures de Jamal Al-Dura, présentées par France 2, enfin sur les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme de celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions de tournage. » (…)

« Charles Enderlin n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés », (…) « selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des spectateurs » mais, note la juge, « les indications données (…) ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux » et « ce fait avait conduit Philippe Karsenty à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien(c’est moi qui décide de ce qui est important) l’entend- on dire dans une des interviews, et le commentaire de ces images par Charles Enderlin. »

Le film d’Esther Shapira réalisé pour la chaîne allemande ARD en Mars 2002, (l’équivalent de nos Fr 2 ou Fr 3) en mars 2002, et le film Al-Dura, réalisé en novembre suivant par la Mena à partir des déclarations du physicien « Nahum Shahaf, désigné pour diriger une commission d’enquête initiée par le commandant de la zone sud », ne parviennent pas aux mêmes conclusions : le premier conforte la thèse de la mort de l’enfant sous une balle perdue palestinienne, le second conclut à une mise en scène, mais « il n’importe pas que ces thèses soient inconciliables, dès lors que les deux documents ont conduit le prévenu, par étapes successives, à interroger le reportage de France 2 quant à la réalité des faits rapportés par des professionnels de l’information. »

« La thèse dite de la Mena, sujet de l’ouvrage de Gérard Huber «Contre-expertise d’une mise en scène », paru en janvier 2003 [mise en scène] qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif de la mort du jeune Mohammed AL-DURA, reprise par Philippe Karsenty, s’appuie sur les réticences persistantes de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage l’agonie de l’enfant et sur les déclarations faites par plusieurs journalistes ayant visionné les rushes. »

Vient alors l’analyse du témoignage de Luc Rosenzweig, ancien rédacteur en chef du Monde, et de l’article, versé au dossier, de Denis Jeambar (directeur de L’Express) et Daniel Lecomte, producteur réalisateur de Dock en stock/Arte, lauréat du prix Albert Londres.

Ils sont les seuls journalistes à qui la chaîne France 2 avait accepté de montrer les rushes, qu’ils ont visionnés en présence d’Arlette Chabot et de Didier Epellbaum.

Le jugement examine d’abord le témoignage de Luc Rosenzweig :

« après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles Enderlin et s’en être ouvert, par la suite, à Denis Jeambar et à Daniel Leconte, il a visionné, avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de France 2 et a été surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de Talal Abu Rahma, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohammed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens (…) le témoin a conclu, à l’audience de première instance, en déclarant avoir la conviction que la version de la mise en scène(de la mort de l’enfant) a une probabilité plus grande que la version présentée par France 2, tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, les critères ne permettent pas d’aller plus loin. »

Le témoignage de Luc Rosenweig est « conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel Lecomte et de Denis Jeambar, issues d’un point de vue donné au Figaro du 25 janvier 2005 et (…) et d’une interview diffusée le 1er février 2005 sur l’antenne de RCJ. »

« Les deux journalistes déclarent sans ambiguïté avoir confié à Arlette Chabot leurs doutes sérieux, mais être prêts à écarter les accusations de Rosenzweig sur la mise en scène de la mort de l’enfant, si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal Abu Rahma confirme ce que Charles Enderlin a déclaré, à deux reprises au moins, dont à Télérama : "j’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus" puis, au vu des rushes, que cette fameuse agonie qu’Enderlin affirme avoir coupé au montage n’existe pas. »

Voici l’extrait du texte de l’article :

« Sauf que le visionnage des rushes ne nous apprend rien de plus sur "l’agonie de l’enfant". Ou plutôt, si ! Cette fameuse "agonie", qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage, n’existe pas.

(…) En revanche, le visionnage permet de relever, avec l’approbation de nos confrères de France 2 présents autour de la table, que, dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène. Ils "jouent" à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires. Le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il [le garçon] est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes.

Face à cette dernière remarque, nos confrères de France 2 reconnaissent que rien, effectivement, ne permet de dire que l’enfant a été touché par des tirs israéliens (...)"

Le jugement poursuit :

« (…) selon eux, les journalistes de France 2 leur ont assuré, lors de la séance de présentation des rushes, que leurs experts eux-mêmes ont démontré (…) que l’enfant a été touché par des éclats ( ?) ou par des balles qui auraient ricoché sur la chaussée, des balles, qui, en tout état de cause, ne visaient, ni l’enfant, ni le père (…)

Mais (…)

« tout en notant que leur confrère devrait reconnaître qu’il avait extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman, et que le commentaire sur "la barbarie israélienne" n’a rien à voir avec les images qui ont fait le tour du monde, Denis Jeambar et Daniel Lecomte refusent de prendre à leur compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant.

Ils s’appuient, "sur le film de Talal Abu Rahma, présenté par France 2 le 18 novembre 2004, pour démontrer que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements qu’il avait le lendemain à l’hôpital de Gaza", sans, note la juge au passage, « s’arrêter sur la possibilité d’une contradiction entre les photos qui leur ont été présentées et leurs propres constatations que, dans les rushes, le père porte un T-shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang. »

Enfin,

« Richard Landes, journaliste, professeur à l’Université de Boston » (…), "après avoir étudié les rushes de Reuters et le reportage de Charles Enderlin avec lequel il s’est entretenu", conclut à la probabilité de la mise en scène de la mort de l’enfant (à plus de 95 pour cent).

La juge reprend alors les conclusions du premier jugement, et expose ses raisons de l’infirmer.

Rappelons encore une fois ici, qu’il est possible d’être acquitté au bénéfice de la bonne foi, même en ayant fait une erreur, on peut "se tromper de bonne foi", à condition de prouver sa sincérité. (L’auteur disposait d’éléments suffisants pour croire à la vérité des faits relatés).

Mais l’erreur de bonne foi n’est pas le motif invoqué par la juge. Sans pour autant la valider, la cour ne considère pas que la thèse de Philippe Karsenty soit erronée : au vu des rushes, les arguments et preuves présentés apparaissent désormais assez solides et pertinents pour qu’on ait le droit de la prendre en compte sans être traîné et condamné en justice.

En effet les rushes, demandés en appel comme complément d’information, qui, avait-il été affirmé pendant 7 ans, devaient présenter les critères d’authenticité absents du reportage diffusé, ne permettent pas d’infirmer les éléments du dossier, suffisamment étayé pour qu’un doute sérieux soit légitime. Enfin les attestations produites par le cameraman, ne peuvent pas être tenues pour parfaitement crédibles.

Le Monde introduit ainsi son article intitulé : "Charles Enderlin a perdu son procès" :

"Un permis de douter a été décerné, mercredi 21 mai, par la cour d’appel de Paris, dans l’affaire qui oppose, depuis sept ans, France 2 et Charles Enderlin au directeur d’une agence de notation des médias, Philippe Karsenty, à propos des images de la mort de, Mohammed Al-Dura, 12 ans, dans les bras de son père, à Gaza."

« (…) si aucun des arguments du prévenu ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du général Samya (…) ni l’imprudente affirmation de Charles Enderlin, déjà relevée (concernant l’agonie de l’enfant), n’[ont] paru aux premiers juges, à [eux] seul[s] suffisamment déterminant[s] en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talal Abu Rahma, communiquées par France 2, ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations produites par les soins du cameraman (…) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles> »

Puis, la juge écarte l’argumentצ opposé à Medi/ד-Ratings : le silence et/ou l’absence de soutien supposés de l’armée israélienne à sa thèse :

« aucun principe ne permet de refuser sans examen ni explication tout crédit à un document qui ne bénéficierait pas d’un label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la part des autorités ».

Elle relève aussi que

« les premières déclarations des autorités israéliennes, notamment celle du Général Eiland, ont été faites au vu des seules images du reportage de France 2, qu’il est par ailleurs notoire, ainsi que l’ont expliqué Denis Jeambar et Daniel Lecomte, que l’armée israélienne ne répond quasiment jamais sur rien, c’est le choix de communication qu’elle a fait. »

Enfin, analyse est faite de la réponse de Charles Enderlin à Denis Jeambar et à Daniel Lecomte dans le Figaro du 27 janvier 2007.

« en répondant (…) que l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie, alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation. »

Le jugement examine ensuite la prudence, un des critères nécessaires pour retenir la bonne foi.

« il convient de souligner que les limites de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet est d’intérêt public et les accusations étayées sur un faisceau d’éléments d’enquête, et d’autant plus larges à l’égard de ceux qui, par leur fonction ou leur activité, s’exposent au public. Que c’est en ce sens qu’il convient d’entendre le propos de Francis Balle, professeur à l’université de Paris 2, spécialiste de l’image et de l’information, qui a déclaré devant le tribunal qu’il ne lui semblait pas que Philippe Karsenty ait franchi la ligne jaune en usant des termes incriminés pour parler d’un sujet d’intérêt public. »

« Enfin, (…) il résulte d’une lecture plus approfondie de l’article en ligne (…) que leur auteur explique, avec véhémence, mais sans véritable outrance, en quoi la chaîne publique a mérité sa critique au regard des critères de notation de son agence.

« le prévenu rappelle les faits, relate la polémique, indique que la Mena accuse la chaîne française de faux, avant de donner sa propre analyse et ses conclusions (…) dans ce cadre, il qualifie le premier épisode de pure fiction, ce qui est aussi soutenu par plusieurs des grandes signatures de la presse et de l’information ayant vu les rushes en 2004 ; « il expose ensuite, au sujet de la scène principale, dans laquelle il a observé des incohérences inexplicables et des contradictions dans les explications sur l’agonie de l’enfant, données par Charles Enderlin, que celui-ci se trompe, ce qui revient à lui imputer une simple erreur, et du même coup, trompe le public, ce qui apparaît comme une formulation euphémique (…) en concluant par une interrogation sur les raisons de chercher et couvrir cette imposture, Philippe Karsenty aborde le fond du sujet avec une vivacité de l’expression que l’importance de la question débattue doit pourtant autoriser. »

Vient ensuite l’analyse des buts légitimes (informer et non pas nuire).

Le jugement écarte l’animosité personnelle : les attestations produites par l’accusation sont postérieures à la publication de l’article et du communiqué, dont le contenu ne révèle « aucun sentiment personnel hostile à l’égard de Charles Enderlin et de France 2 ».

Le jugement rappelle enfin l’intérêt général inclus dans la problématique de fond :

« le danger d’un pouvoir, en l’occurrence celui de la presse, en l’absence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse »,

et conclut que :

« (…) Philippe Karsenty a exercé de bonne foi son droit de libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la convention européenne des droits de l’homme, laquelle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent.

Que la décision de première instance sera donc infirmée, Philippe Karsenty renvoyé des fins de la poursuite et les parties civiles déboutées de leurs demandes.

 

La copie PDF de l’intégral du jugement est sur wikipedia en notes

 

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9/ ANNEXE :

LES PERSONNES CITEES DANS LE CORPS DU JUGEMENT

TEMOIGNAGES EN FAVEUR DE KARSENTY (A LA BARRE, OU EN ATTESTATION)

FRANCIS BALLE : ancien assistant de Raymond Aron, professeur de sciences politiques à l’université de Paris 2, spécialiste de l’image et de l’information, De 1989 à 1993, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Depuis 2004, membre du Conseil d’administration de la société Radio France. Crée, en 1999, le Master professionnel Communication et Multimédia (ex. DESS Communication et Multimédia). Il y dirige l’Institut de Recherches et d’Études sur la Communication (IREC). http://fr.wikipedia.org/wiki/Franci...

DANIEL DAYAN : directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la sociologie des médias. http://cems.ehess.fr/document.php?id=181

GERARD HUBER : docteur en psychopathologie clinique et psychanalyse (Paris), et psychanalyste. A été membre du comité d’éthique du CNRS (COPE) et vice-président de la commission française "sciences fondamentales et appliquées" à l’Unesco. Spécialiste de bioéthique, a pris position contre les tests ADN. Auteur de « Contre expertise d’une mise en scène ». www.gerardhuber.fr/

RICHARD LANDES journaliste, professeur à l’université de Boston. Richard Landes is an American historian and author, specializing in Millennialism. He currently serves as an Associate Professor in the Department of History at Boston University. Landes is the director of the Center for Millennial Studies. http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Landes

LUC ROSENZWEIG ; ancien journaliste à Libération, puis rédacteur en chef du Monde. Aujourd’hui écrivain. http://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_Rosenzweig

ESTHER SHAPIRA ; rédactrice auteur - réalisatrice de la chaîne allemande ARD, (équivalent Fr 2/Fr 3) auteur du documentaire "Qui a tué Mohammed Al Dura ?". http://www.3sat.de/3sat.php?http://... en 2002 http://www.3sat.de/3sat.php?http://...

EXPERTISE BALISTIQUE : Jean-Claude Schlinger, expert en armes et munitions près la cour d’appel de Paris, agréé par la cour de cassation. Rapport sur Wikipedia : Affaire Al Dura : http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair... / Rapport établi [pdf] par Jean-Claude Schlinger.

TRAVAUX CITES ET ANALYSES DANS LE DOSSIER DE LA DEFENSE

JEAMBAR, directeur de L’Express jusqu’en 2006. Denis Jeambar débute sa carrière dans la presse écrite à l’hebdomadaire Paris-Match en 1970, puis il est recruté, en 1972, par l’équipe fondatrice du Point. Actuellement directeur des éditions du Seuil.

DANIEL LECONTE : Lauréat du prix Albert Londres, il dirige Doc en stock et Films en stock, sociétés de production de films documentaires et de fictions pour la télévision et le grand écran. Il anime le plateau de « De quoi je me mêle », c’est-à-dire le débat suivant les documentaires des Thema d’Arte, http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Leconte.

METULA NEWS AGENCY, DITE MENA : agence de presse franco israélienne controversée, situé à Metula [israël], à la frontière du Liban. Force est de constater que chaque fois que ses informations ont pu être vérifiées, elles se sont révélées exactes, ce qui ne prouve pas que ce qui n’a pas pu l’être, le soit. Défend et enquête sur la thèse de Nahum Shahaf. Le site semble « politiquement éclectique », mais soutient les accords de Genève fr.wikipedia.org/wiki/Metula_News_Agency

NAHUM SHAHAF : physicien, "spécialiste du guidage des missiles pour l’armée israélienne", d’après Jeune Afrique. "En tout état de cause, d’après Adi Schwartz dans le Haaretz du 4.11.07 : "(..) La nomination de Shahaf, qui n’avait aucune fonction militaire ni policière officielle à cette époque, suscite la critique du fait des doutes qu’il avait émis, dans le passé, sur l’identité de l’assassin du Premier ministre, Yitzhaq Rabin (...)" (selon d’autres sources, il aurait étudié l’implication possible de complices et non mis en doute l’identité de l’assassin).

 

Michèle Rollin

rollin.michele@noos.fr

 

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